Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Deux enigmas de Sakanoko Khioud

J’ai un rêve : que la littérature africaine ait plus de visibilité, que le genre du roman policier connaisse un essor considérable tant sur le plan local qu’international.

« Il existe deux tendances dans ce genre littéraire en Afrique. D’un côté les auteurs anglo-saxons qui, influencés par les thrillers américains, mettent un peu plus l’accent sur l’intrigue, et de l’autre, les auteurs francophones qui s’appliquent particulièrement à bien manipuler la langue française, parfois au détriment de l’intrigue. » 

Ce genre étant peu exploré en Côte d’Ivoire, apprendre que la maison d’édition NEI-CEDA avait créé une collection ENIGMAS destinée aux auteurs de romans policiers m’a remplie de joie. 

La particularité d’Enigmas réside dans le fait que le policier, celui qui mène l’enquête, est un africain. Le crime peut se passer en Afrique ou en dehors de l’Afrique mais son origine part d’un terroir africain.

Je vous présente aujourd’hui deux titres de cette collection écrits par Sakanoko Khioud : Le tueur du Remblai et Dans les griffes du Cartel. 

Sakanoko Khioud c’est qui ? 

SAKANOKO Khioud, de son vrai nom SANGANOKO Mamadou, est né le 27 mars 1956 à Dimbokro en Côte d’Ivoire.
Parallèlement à sa carrière professionnelle, ce passionné de littérature passait ses temps libres à écrire des manuscrits. En 1999, il en présenta une demi-dizaine au Directeur Littéraire des NEI qui fut immédiatement séduit par son style simple et rapide. Un accord de collaboration fut signé et une nouvelle collection de romans policier baptisée ENIGMAS fut créée en 2002. Trois titres (La Secte des Christiantins, Dans les Griffes du Cartel et Le Tueur du Remblais) furent publiés entre 2002 et 2005. Cependant, pris par ses occupations professionnelles (affectation à l’étranger en 2005), l’auteur a été contraint d’arrêter sa production littéraire. Maintenant qu’il est à la retraite, nul doute qu’il reprendra sa plume très bientôt pour le bonheur de ses fans.

Entrons dans le vif du sujet 

Le tueur du Remblai

Le tueur du remblai

Maintenant je vais vous tuer, lui annonça solennellement le braqueur.
Non… pitié, supplia Sylvain Agnini. Ne me tuez pas. Je ferai tout ce que vous voulez.
À ce moment. ils aperçurent dans le lointain, les faisceaux lumineux des phares d’une voiture. Ce n’était que le camion d’une société de travaux publics qui filait vers un chantier à Anyama.
Je dois vraiment vous tuer, insista le braqueur.
Pour moi, vous représentez la société qui m’a rejeté.

Mon avis 

Le Remblai battait tous les records de criminalité en Côte d’Ivoire depuis quelques années. Tous les jours, des habitants étaient cambriolés. Certains y perdaient la vie. Les jeunes filles qui habitaient seules dans des studios étaient l’objet de violences sexuelles et de mises à mort. […] Mais tout cela n’inquiétait pas Madeleine Groh Zieu. « De toutes les façons, il y a l’insécurité dans tous les quartiers d’Abidjan », se disait-elle. Il suffit d’être prudente et c’est tout. »

Le discours plein d’assurance de Madeleine Groh Zieu ne se joue plus en gamme majeure quand sa domestique se fait assassiner dans son appartement. Elle engage Wamba, détective privé pour trouver rapidement le coupable, la police ne mettant pas assez d’énergie pour résoudre ces enquêtes. 

Avec Wamba, on analyse le mode opératoire du tueur, on passe tout au peigne fin, on examine les moindres détails. 

On s’interroge sur l’identité et le mobile du coupable quand surviennent le deuxième et le 3ème meurtre. Sont-ils liés ? La réponse est assez évidente quand on rassemble les morceaux du puzzle.

L’histoire est assez prévisible mais elle n’en demeure pas moins intéressante. Le style de l’auteur, simple et dynamique, maintient notre intérêt pour l’histoire, nous rend empathique. La construction des personnages est réussie, leurs profils psychologiques sont réalistes. Il y a dans l’histoire, un petit côté sensuel et quelques bribes d’inattendu qui rendent l’histoire attrayante. 

En 191 pages, l’auteur a su nous emporter dans les dérives d’une âme humaine portée par le désir de rétablir la justice qu’elle a elle-même piétinée, une âme qui accuse la société des fautes qu’elle a elle-même commises… 

Dans les griffes du Cartel 

dans les griffes du cartel

Sévèrine recomposa le numéro pour la dernière fois et attendit. 

– Allô! répondit une voix d’homme.
Sévèrine ouvrait la bouche pour parler quand un grand bruit la fit sursauter. D’un puissant coup d’épaule, Tony venait de faire voler la porte de la cabine en éclats. Effrayée, Séverine courut se réfugier dans l’angle opposé mais Tony la tira par le col de son tailleur et lui administra une terrible gifle qui l’envoya valser contre la paroi gauche de la cabine. 

– Allô ! allô faisait la voix au bout du combiné qui se balançait dans le vide. 

Mon avis 

Le titre laisse présager un récit où drogue, corruption, manipulation, trahison, mauvais coups se mêlent. La quatrième de couverture, elle, laisse présager de la violence. On s’imagine un décor plein d’action, de souffrance, de tension.  

Sévèrine Akissi Biandè, jeune femme ivoirienne et personnage principal de l’histoire, a joué de mauvaises cartes. Elle s’est longtemps appuyée sur son potentiel physique pour avoir ce qu’elle veut et construire son ascension sociale. L’âge avançant, les nombreux prétendants se retirent. Les possibilités d’avoir un mari se faisant rares, elle bondit sur l’occasion que lui offre Robert, jeune américain de 37 ans. Elle part au pays de l’Oncle Sam. Là-bas, un homme s’appuiera sur son potentiel physique pour avoir ce qu’il veut et construire son ascension sociale. Sonne l’heure de la déchéance de Sévèrine. Son oncle confie l’affaire à Wamba, détective privé, qui fera son possible pour la retirer des griffes du Cartel. 

J’ai eu du mal à classer ce livre. Si l’on s’en tient à la définition du roman policier proposée par Messac : «Un crime mystérieux, graduellement éclairci par les raisonnements et les recherches d’un policier. » Dans les griffes du Cartel n’est absolument pas un roman policier. Il n’ y a aucun crime élucidé. 

Ce n’est pas un roman noir. Est-ce un thriller, un roman à suspense ? Je dirai que l’auteur a tenté d’en faire un sans y parvenir réellement. 

Le roman met en scène un personnage placé dans une situation de danger (Sévèrine) mais n’a pas joué machiavéliquement du compte à rebours et de la tension dramatique, de l’attente et de la chute. Le tempo était rapide mais pas fiévreux. La tension narrative n’a pas provoqué chez moi une excitation ou une appréhension, ne m’a pas tenue en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue. 

En lisant cette histoire, j’ai eu l’impression qu’on me faisait boire un bon verre de Sprite en lieu et place de l’exquis verre de Baileys que j’avais commandé. 

L’histoire n’est pas un chef d’oeuvre du roman à suspense. Elle n’est ni bouleversante, haletante mais elle n’est pas décevante. Les personnages sont vivants, il y a de l’inattendu. 

L’auteur avec son style simple nous embarque dans son histoire et dans les rues de Los Angeles. C’est une douce lecture, 159 pages qui conviennent aux vacances, aux moments sans prise de tête. 

GM signature

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Auteur :

Quand j’ai eu envie d’écrire pour me décharger des maux de la vie, le courant poétique s’est imposé comme le canal d’expression par excellence. En décembre 2014, j’ai publié mon recueil de poèmes «Chimères de verre» aux Editions Edilivre. En 2015, finaliste au prix Littérature et musique 2015 organisé par les éditions Souffle Court, je deviens co-auteur du recueil de nouvelles «Une nuit avec Baker » Désirant partager ma passion pour la lecture et l’écriture, j'ai créé en mai 2015 ce blog éponyme. Je lis, j'écris et je n'oublie pas de vivre !!!

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