Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Je suis seul de Beyrouk

Je suis seul, dit le narrateur, caché de tous, alors que sa ville située aux portes du désert est tombée aux mains de terroristes. Au fil de son soliloque haletant, se déroule la mécanique inexorable des événements qui l’ont mené à se retrancher, presque à étouffer, dans cette chambre étroite et sombre. L’histoire de sa vie, de la pauvreté nomade aux succès mondains, porte en son cœur le germe de la perte. Seule Nezha, son ex-bien aimée, qu’il avait abandonnée pour la fille du maire, aurait le pouvoir de le sauver. Mais le veut-elle ?

l'Afrique écrit

Dans ce résumé, il y a des mots qui attisent ma curiosité (terrorisme, ex-bien aimée) et un qui rebute (soliloque). J’ai peur des soliloques. J’ai peur de m’ennuyer, de tourner en rond.

Première page de lecture et je suis saisie par la poésie qui émane de chaque ligne.

Jean L’Anselme a dit : la poésie, on ne sait pas ce que c’est, mais on la reconnaît quand on la rencontre.

 

J’ai rencontré la poésie dans ce roman de Beyrouk. Le langage est imagé, les mots sont musique, l’écriture est belle. J’ai envié l’auteur, j’aimerais pouvoir écrire comme ça un jour.

Ce livre traite du fanatisme religieux : pure folie, foi théorique, idéal déconnecté de la réalité.

Il évoque les terroristes à travers Ethman, ces hommes qui régissent la vie des autres et font régner la terreur, le repli sur soi. Ces hommes haïssent le monde, ils aiment la mort.

Ce sont des repentis, ils se repentent d’avoir un jour souri, d’avoir peut-être aimé, d’avoir vécu, ils enragent d’avoir un jour pensé que la vie était la vie, qu’elle avait ses inquiétudes, et ses plaisirs, que l’esprit est chair et que la chair est esprit, et que l’humanité existe malgré tout.

 

Comment se transforment–ils en chefs de guerre ? Mais qu’est-ce qui fait qu’on donne sa vie pour une cause ? Qu’est-ce qui fait que des hommes, possédant leur tête et leur cœur, parfaitement conscients, instruits des choses de la vie, choisissent en toute connaissance de cause une voie qui mène vers les dénuements et la mort ?

 

Le narrateur évoque quelques causes. Mépris subi, frustrations endurées, blessures contenues, désir de commander, espèce de folie.

C’est un long monologue, il n’y a qu’un bref dialogue tout au long de son roman. Un soliloque philosophique captivant où un regard critique est posé sur notre société.

Le narrateur appelle à la résistance mais se cache de ceux qui font désormais la loi dans la ville. Ce n’est pas un héros, il le confesse. Il fait des aveux, regrette cette vie où il n’a couru qu’après les succès mondains, pratiqué vol et corruption.

Maintenant qu’il est privé de la liberté de se mouvoir, il regrette son ambition, la peine infligée à Nehza.

Le portrait qu’il fait de cette dernière est admiratif. Elle aborde les choses posément, paisiblement. Elle est solide, possède une volonté peu commune.

De quel côté est Nezha ? Elle ne choisit pas, Nezha. Elle est trop agrippée à elle-même, à son ventre quand il crie, à ses nerfs quand ils pleurent, à son cœur quand il rit ou gémit, elle est elle, corps entier, filaments de sens, elle est elle, elle était moi quand je la serrais dans mes bras, elle est son frère prisonnier dans une baie lointaine, elle est ces blessés dans ce dispensaire infect où elle s’use à soigner des combattants pouilleux prêts à se lever demain pour aller piétiner les pâturages des cœurs, elle est de toutes les blessures, mais elle n’adhère aux idées de personne, elle ne peut partager ni les ambitions, ni les rêves des autres, tout ce qu’elle sait, c’est lécher les plaies, partager les douleurs, et vivre au présent, rien qu’au présent.

J’aurais voulu qu’elle prenne la parole mais hélas, le narrateur est seul. Épuisé de sa solitude, il se décide finalement à affronter la peur.

Beyrouk signe un manifeste pour la liberté, il interroge la foi qui plane au dessus des hommes, s’installe sur les terres de l’absolu. Je me suis posé la question : quel visage a ma foi ?

J’ai surligné à 26 reprises des passages. Ils sont tellement pleins de sens.

 

Pourquoi les historiens parlent-ils si peu de toi ? Moctar m’avait une fois répondu : « Parce qu’elle est une pute, l’histoire, elle ne couche qu’avec ceux qui la payent, seulement les puissants, les pauvres, eux, elle ne les fréquente pas. Peut-être qu’elle a raison, après tout. »

 

Je vous recommande cette lecture. Vous risquez d’aimer.

Pour plus d’informations sur le livre, cliquez ICI

 

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Auteur :

En décembre 2014, j’ai publié mon recueil de poèmes «Chimères de verre» aux Editions Edilivre. En 2015, finaliste au prix Littérature et musique 2015 organisé par les éditions Souffle Court, je deviens co-auteure du recueil de nouvelles «Une nuit avec Baker » En 2017, mon 1er roman "Tristesse au paradis" voit le jour aux éditions Vallesse. Je lis, j'écris et je n'oublie pas de vivre !!!

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