Publié dans Arrêt sur une oeuvre

JE SUIS QUELQU’UN – Aminata Aidara

Estelle, 26 ans, est arrivée en France 15 ans auparavant avec sa mère et deux de ses sœurs. Penda, sa mère métisse franco-sénégalaise, a quitté le Sénégal par amour d’un homme autre que son mari.

Estelle a des dreadlocks pas soignés, elle se lave chez ses sœurs ou sa mère. Elle travaille juste si besoin. Il n’y a pas là où elle loge le confort espéré, elle squatte, commet de petits larcins, vit au jour le jour. 

Estelle a le spleen, elle est perdue. Elle nous convie à ses délires où elle tente de se définir.

Je suis quelqu’un qui a peur

Je suis quelqu’un qui a mis du temps à éprouver du désir pour l’Autre.

Je suis quelqu’un qui veut être vu par sa mère.

Je suis quelqu’un qui n’a jamais aimé un homme.

Je suis quelqu’un qui ne tient pas à revendiquer une identité africaine.

Je suis quelqu’un qui connaît un secret.

Je suis quelqu’un dont la mère a beaucoup d’attentes.

Je suis quelqu’un de nostalgique

Je suis quelqu’un qui se perd et qui se retrouve toujours.

Estelle n’est pas la seule à éprouver ce spleen. Sa mère, Mansour son cousin, Eric, l’amant de sa mère et Cindy, l’ex-amoureuse de l’oncle Ousmane s’épanchent.

Ces personnages racontent leurs histoires. Ils évoquent l’absence de la mère, de l’enfant, l’amour contrarié, le passé honteux et douloureux. 

Pour moi, ça aurait eu plus de sens qu’on oublie le passé. Pour que nous puissions vivre en paix, nous, les foutus enfants de « collabos » n’ayant rien demandé.

 

Ce roman polyphonique narré de façon interne et externe évoque divers sujets : la charge mentale assignée aux femmes, l’identité culturelle, le métissage, l’africanité versus francité, l’histoire des harkis, du peuple afro-américain, les secrets de famille.

Les réflexions des personnages sont pleines de sens. 

Puis je lui aurais expliqué que le monde est patriarcal et que cela avait été mon drame, mais que ça ne devait pas être le sien. Donc il fallait qu’il sache qu’il y a beaucoup trop d’attentes sur l’homme, trop de privilèges à assumer sans être formé à la conscience de l’autre sexe, au véritable partage de la vie avec les femmes. […] Je lui aurais appris à être le roi de sa propre existence mais jamais le maître de la vie de quelqu’un d’autre.

 

Je suis quelqu’un qui entend les peurs des jeunes hommes noirs de France. Ces peurs qui naissent du miroir qui leur est tendu par la société : vous n’êtes pas assez africains ! Et vous, là, trop noirs pour être français ! […] pas assez virils, trop sexués, pas assez sportifs, incarnant un cliché musclé, pas assez dragueurs, polygames confirmés, pas assez attirés par les femmes noires, promoteurs de l’endogamie communautaire, pas assez riches, trop matérialistes. Seuls se sauvent les hommes zen, les sûrs de soi. Ou les artistes écorchés vifs, ceux qui refusent de voir en leur peau autre chose que cette enveloppe, cette frêle barrière à l’invasion du monde extérieur.

Quand je leur disais « Je suis français », ça les faisait rire. On était d’une autre catégorie, tu vois ? Parfois, les flics changeaient de discours, ils nous disaient de ne pas traîner avec les « racailles », avec les enfants d’immigrés. Il fallait faire attention à ne pas basculer de l’autre côté, au risque de perdre notre « francité ».

 

Lorsque son peuple subit des injustices, faut-il qu’il tende l’autre joue ou épaule un fusil ?

Mon père, le révérend, héritier de Martin Luther King, prêchait d’attendre sans rage, de se faire valoir dans la non-violence. Les mauvais sentiments, disait-il, corrodent l’intégrité, usent la psyché.

Non, nous devions nous tourner vers King, emprisonné quatorze fois mais resté tout de même ouvert au dialogue, les mains nues et tendues vers le prochain, fût-il blanc ou noir. Susan portait alors, sous les réflecteurs de notre attention, Malcolm X et elle criait, dans mille et une nuances : « Les personnes comme toi, papa, sont la meilleure arme que les Blancs aient jamais eue ! »

Ce roman suscite des interrogations et demande une réponse personnelle.

J’ai apprécié l’ambivalence des personnages secondaires rencontrés au fil des pages comme Zev, le juif pro-palestinien, le Français anticolonialiste, le commerçant anticapitaliste.

J’ai apprécié le ton poétique et les références littéraires : Bernard Dadié, Frantz Fanon.

Le livre ne se laisse pas lire aisément du fait de l’écriture imagée. J’ai réussi à l’apprivoiser puis ai commencé à m’ennuyer de la linéarité du roman. Aucune surprise, aucun rebondissement jusqu’à la révélation du secret de famille.

Merci à l’auteure d’avoir gardé le meilleur pour la fin. 

Pour en savoir plus sur l’auteure et son oeuvre, cliquez ICI.

 

GM signature

Auteur :

En décembre 2014, j’ai publié mon recueil de poèmes «Chimères de verre» aux Editions Edilivre. En 2015, finaliste au prix Littérature et musique 2015 organisé par les éditions Souffle Court, je deviens co-auteure du recueil de nouvelles «Une nuit avec Baker » En 2017, mon 1er roman "Tristesse au paradis" voit le jour aux éditions Vallesse et me permet d'avoir plusieurs prix dont le Prix Horizon 2018. Je lis, j'écris et je n'oublie pas de vivre !!!

Un p'ti mot pour me faire plaisir ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.