Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Et ma langue se mit à danser de Ysiaka Anam

Peut-être qu’entrer profondément dans la langue de l’Autre, c’est risquer de voir disparaître sa langue à soi ; celle qui résonne dans notre tête et nous rappelle qui on est. Peut-être n’y a-t-il rien de plus affolant que de voir disparaître sa langue. C’est perdre un chez soi.

 

De notre narratrice on ne connaît qu’une lettre de son nom : Z.

D’origine africaine, elle arrive en France à un âge où la mémoire n’a pas laissé de trace. 

Z. grandit en s’éloignant de sa terre d’origine, sa langue maternelle. L’immigration, l’intégration entraînent souvent l’oubli du « soi » d’origine. On ôte une peau pour en revêtir une autre. Il faut choisir son camp, la double culture est parfois mal perçue.

Z. est entre deux eaux. Elle ne sait pas véritablement ce qu’elle est. En France, elle se sent noire, ressent une différence continue avec les autres. Elle a l’impression de ne pas être tout à fait à sa place.

Tout me rappelle que je ne suis « pas d’ici ».

Son identité ? Z. ne sait comment la définir. Les parents immigrés ont peur de ne plus se reconnaître dans leurs enfants. Ils leur demandent de ne pas devenir comme des blancs, de garder leur africanité. 

 

Ne deviens pas comme eux, dit-il. Ne deviens pas comme eux, les Blancs. Réussis aussi bien qu’eux, montre-leur que tu peux faire comme eux. Mais, ne te prends pas pour eux. Ne crois pas que tu es comme eux. Ni qu’ils te considèrent pleinement comme des leurs. Ne te confonds pas avec eux. N’oublie pas qui tu es, vraiment,

Et d’où Tu viens, Toi, d’où On vient, Nous.

Mais comment garder l’identité des parents quand on n’en maîtrise pas assez bien la langue, les manières, les codes, lorsqu’on ne connaît pas leur histoire ?

Comment se construit-on à partir d’un si grand trou sur celui qui nous a engendré ?

 

Face à cette demande impossible, chacun se débrouille, mais toujours mal. Il y a ceux qui ont refusé dur comme fer de trahir le premier camp, qui devra rester leur référence, coûte que coûte. Il y a les autres, qui ont choisi de s’évader pour se réfugier dans l’autre camp. Et puis il y a aussi ceux qui sont restés à côté, hors-jeu, ou sur la ligne de démarcation. C’est cette place-là que j’ai choisie, moi. Une non-place. Double compromis : double refus.

Et ma langue se mit à danser s’inscrit dans l’actualité du moment. Il pose des questions essentielles comme l’a fait Je suis quelqu’un d’Aminata Aidara.

Il souligne l’importance de l’affirmation de soi, la transmission de l’identité culturelle, historique. Il met en évidence les effets secondaires de l’intégration. L’écriture d’Ysiaka est belle, poétique, son style poli.

Ce n’est pas la lecture du siècle mais elle demeure une lecture intéressante.

 

fleur v1

Auteur :

En décembre 2014, j’ai publié mon recueil de poèmes «Chimères de verre» aux Editions Edilivre. En 2015, finaliste au prix Littérature et musique 2015 organisé par les éditions Souffle Court, je deviens co-auteure du recueil de nouvelles «Une nuit avec Baker » En 2017, mon 1er roman "Tristesse au paradis" voit le jour aux éditions Vallesse et me permet d'avoir plusieurs prix dont le Prix Horizon 2018. Je lis, j'écris et je n'oublie pas de vivre !!!

4 commentaires sur « Et ma langue se mit à danser de Ysiaka Anam »

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