Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Ah Sissi, il faut souffrir pour être française ! – Jo Güstin

« Être française à plein temps quand on n’est pas blanche est une gageure exigeante : lundi, il faut râler parce que, quand même, c’est lundi ; mardi, il faut être la personnalité préférée des Français ; mercredi, il faut se désolidariser de l’Islam ; jeudi, il faut remporter un tournoi international ; vendredi, il faut décrocher un Prix Nobel… car à la moindre déconvenue on se fait immanquablement rappeler d’où l’on vient. » Pétillante et caustique, Jo Güstin nous livre, entre récit et essai libre, un roman choc sous la forme d’une lettre d’adieux à la France écrite à la pointe d’une plume impitoyable et corrosive. Elle ouvre la voie d’une littérature féministe et intersectionnelle africaine d’une grande finesse en racontant avec le ton piquant qui la caractérise des moments de vie de femmes racisées en France, entrecoupés de saillies dans la propre vie de sa narratrice.

 

l'Afrique écrit

Tout commence le dimanche 18 septembre 2016. Sissi B. Lama, née au Cameroun en 1987, naturalisée Française en 2010, renonçant, par la même occasion, à la citoyenneté camerounaise (On ne peut pas être à la fois Française et Camerounaise. Du moins, c’est ce qu’on lui a dit) rédige un journal de bord en vue de la préparation de son premier livre, son cri d’adieu à la France. Pour l’écrire, elle part à la rencontre de plusieurs Françaises non blanches et les interroge sur les rapports, douloureux ou forcés, qu’elles entretiennent avec l’institution « France ».

 

Il y a l’élégance à la Française mais aussi le racisme à la Française. L’auteure évoque à travers son témoignage personnel mais aussi de femmes et personnes non-binaires racisées, les actes de racisme ordinaire, la suprématie blanche, l’exigence d’assimilation, la bonne manière d’être Français.

On m’a attribué ce qu’on a appelé une race, une race qui n’en domine aucune, une race dominée, une race opprimée, une race écrasée. Et avec cette race, on m’a attribué une valeur sur le marché de l’emploi, sur le marché de l’amour, sur le marché des esclaves, sur le damier trafiqué du jeu mortel de la vie.

Je ne suis pas née Noire, j’ai été racisée. Parfois, on dit « ethnicisée », mais moi, je dis « racisée ». Je ne suis pas là pour adoucir ton malaise, le mot « race », tu vas l’entendre parce que la race, je la subis. Le gouvernement français veut nous empêcher d’employer des termes comme « racisée », et tu veux que je te dise pourquoi ? Pourquoi « personne de couleur », ça ne le dérange pas, mais « racisée », oh la la ? « Personne de couleur » est une expression de blancs, créée par des blancs pour désigner toute personne non blanche. Quand tu entends ces mots, tu penses à moi, à quelque chose qui vient de moi : c’est moi qui suis de couleur, c’est dans mon essence, c’est dans mes gènes. « Personne racisée », en revanche, est une expression de non-blancs, créée par des non-blancs pour désigner toute personne que les blancs ont appelée « personne de couleur », toute personne qui subit le racisme systémique. 

 

La suprématie blanche, ce n’est pas juste accrocher un drapeau tricolore à sa fenêtre, se tatouer des croix gammées, se coiffer d’une cagoule blanche pointue, s’habiller chez Redskin et dresser des croix enflammées en écoutant Vald ou Johnny.
C’est aussi se réserver le dernier mot pour valider ou non la légitimité de mes maux, c’est me mettre sous silence dès que j’ai quelque chose à redire, c’est se prendre pour une victime quand j’ouvre les yeux sur sa violence. Accepter la non-mixité politique dans les réunions d’ouvriers non ouvertes aux patrons, dans des locaux d’associations féministes blanches non ouverts aux hommes cis, mais la refuser à des associations de militantes Noires, hurler au communautarisme et au racisme antiblanc, c’est aussi ça, la suprématie blanche. 

 

Elle rappelle son parcours pour obtenir la nationalité Française. Et là, le titre du livre prend tout son sens.

Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls sont Français. On l’a compris. Et personne n’a eu à nous le dire. Ils ne sont pas soumis à la pression sourde et permanente de le prouver, de chanter La Marseillaise, de montrer qu’ils aiment la France, qu’ils n’ont pas un pied dedans, un pied dehors, que si leur cœur ose battre pour le pays de leurs aïeuls, il bat encore plus fort pour la France. Ils sont Français et on les croit. Mais lorsque nos aïeuls viennent d’Afrique (ou d’Asie aussi, je présume), que ça se lise sur notre nez ou dans notre nom de famille, il faut se préparer au quotidien, à des interrogations surprises, des contrôles d’identité, des remises en question de la légitimité de notre nationalité. 

La nationalité française est pour les Françaises et Français originaires d’Afrique, de tous les côtés du Sahara, comme un emploi précaire. Il est à la fois à temps partiel et intérimaire. Dur, dur d’être Française quand on descend d’Afrique, on ne l’est pas à plein temps. On l’est à chaque médaille que l’on remporte, et quand on perd la course, c’est pour entendre dire : « Pas de médaille cette année pour la coureuse guyanaise. »

 

Des sous-thèmes sont également abordés : les diktats de la beauté, les difficultés vécues par les minorités notamment les albinos, la revendication de la non-binarité. 

 

L’auteure cherche un Ailleurs à soi où elle ne sera pas ramenée chaque fois à sa couleur de peau mais existe-t-il vraiment ?

Mais même si je suis convaincue qu’il n’existe dans cette galaxie, ou du moins, sur cette planète, aucun pays parfait pour moi, je sais qu’il y en a un où j’aurai statistiquement moins de chances d’être discriminée, stigmatisée, violée, assassinée parce que je suis Noire et/ou parce que je suis femme et/ou… Une fois que je l’aurai trouvé, je m’y ancrerai à pieds joints, pour le meilleur et pour le pire.

 

Quid de la forme ?

7 chapitres denses constituent la charpente de ce livre écrit dans un registre courant voire familier. L’auteure écrit comme elle parle.

Des morceaux de rap sont également insérés dans le récit. 

Ce roman se lit vite grâce à la fluidité du ton de l’auteur.

 

J’ai beaucoup apprécié les coups de gueule de l’auteure, l’exposition des réalités que vivent les français noirs en France. C’est un livre d’actualité mais…

je pense que l’auteur aurait pu dire l’essentiel en 200 pages. Certaines idées sont répétées un peu trop à mon goût.  

 

Christmas

 

Éditeur : Présence Africaine

Date de publication : Mars 2019

Nombre de pages : 360

Disponible aux formats papier et numérique 

 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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Auteur :

En décembre 2014, j’ai publié mon recueil de poèmes «Chimères de verre» aux Editions Edilivre. En 2015, finaliste au prix Littérature et musique 2015 organisé par les éditions Souffle Court, je deviens co-auteure du recueil de nouvelles «Une nuit avec Baker » En 2017, mon 1er roman "Tristesse au paradis" voit le jour aux éditions Vallesse et me permet d'avoir plusieurs prix dont le Prix Horizon 2018. Je lis, j'écris et je n'oublie pas de vivre !!!

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