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TTL 127: l’amas ardent -Yamen Manai

C’est l’heure du Throwback Thursday Livresque ! Cette semaine, le thème est : Une couverture jaune

Aux abords de Nawa, village de l’arrière-pays, le Don, apiculteur, mène une vie d’ascète auprès de ses abeilles, à l’écart de l’actualité. Pourtant, lorsqu’il découvre les corps mutilés de ses « filles », il doit se rendre à l’évidence : la marche du monde l’a rattrapé, le mettant face à un redoutable adversaire. Pour sauver ce qu’il a de plus cher, il lui faudra conduire son enquête dans une contrée quelque peu chamboulée par sa toute récente révolution, et aller chercher la lueur au loin, jusqu’au pays du Soleil-Levant.

En véritable conteur, Yamen Manai dresse avec vivacité et humour le portrait aigre-doux d’une Tunisie vibrionnante, où les fanatiques de Dieu ne sont pas à l’abri de Sa foudre. Une fable moderne des plus savoureuses.

L’amas ardent a été mon compagnon de voyage à Antalya. Ne s’étalant que 224 pages, j’étais sûre de pouvoir le finir soit durant le vol, soit dans les instants farniente du périple. Je l’ai terminé durant le vol retour. 🙂

J’ai découvert Yamen Manai à travers la sérénade d’Ibrahim Santos. Séduite par l’œuvre, j’ai voulu explorer davantage la bibliographie de l’auteur.

Le 1er chapitre du livre m’a fait un peu peur. Il donne l’impression d’une erreur sur la marchandise. Il y est question d’un prince du moyen orient qui a un club de football, qui organise des soirées oisives. Il y a pas mal de dialogues, l’ensemble est assez décousu.

Fort heureusement, la réelle intrigue de l’histoire se dévoile dans les chapitres suivants.

Celui qui aime la nature, s’intéresse à l’apiculture ou est tout simplement curieux trouvera son compte dans ce récit. L’auteur nous mène au cœur de la vie des abeilles. Pour ma part, j’ai découvert ce qu’est l’amas ardent.

Il nous fait également voyager en Asie plus précisément au Japon.

L’auteur prend son temps pour exposer les appâts utilisés pour arriver au pouvoir, l’endoctrinement des populations, la réforme des mœurs imposée par les barbus au pouvoir. La thématique de l’extrémisme religieux est loin d’être survolée mais il m’a manqué l’atmosphère oppressante ressentie dans Terre ceinte et qui m’avait beaucoup plu.

Quel livre auriez-vous choisi pour ce thème ?

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L’heure du chacal – Bernhard Jaumann

Windhoek, Namibie au mois de janvier. La saison des pluies tarde à venir et le pays tout entier courbe l’échine sous la chaleur et la sécheresse. Dans le quartier riche de Ludwigsdorf, un homme – blanc – qui arrose ses citronniers à la tombée de la nuit, est abattu à l’AK-47, à travers les barbelés électrifiés de sa propriété. C’est le premier d’une série de meurtres à travers le pays. Les victimes, des blancs riches, tous liés à une affaire politique vieille de 20 ans : l’assassinat de Anton Lubowski dans les heures sombres de la fin de l’Apartheid. La détective en charge de l’enquête, Clemencia Garises est un produit de la « nouvelle » Namibie : noire, originaire d’un quartier pauvre, elle a pu étudier grâce à une bourse. Des exactions de l’Apartheid et du combat pour l’indépendance de la Namibie, elle ne connait que les histoires qu’on lui a racontées. Un polar engagé, qui tourne autour de la mort politique de la Namibie, et qui pose les questions universelles sur la vérité, la culpabilité et la morale.

Une enquête policière qui se déroule en Namibie ? Je dis oui avec grand plaisir!

La mort, elle, frappe tôt ou tard à toutes les portes

La mort frappe d’abord à la porte d’Abraham Van Zyl puis convoque Leon Andre Maree, Ferdi Barnard et Donald Acheson. Leur point commun : soupçonnés d’avoir assassiné Anton Lubowski.

Qui est l’ange de la mort, ce tueur vengeur ? J’ai suspecté plusieurs personnes au fil des pages et avec les indices dont le lecteur dispose. J’étais sur la bonne piste à moitié. 🙂

J’ai apprécié cette enquête et le fait de savoir que le point d’entrée de cette fiction policière est un fait réel renforce le sentiment d’injustice.

Clemencia est une inspectrice de police charismatique et attachante. Sortie major de l’école de police, elle est la seule policière du pays à posséder un master en criminologie. Elle tente tant bien que mal de s’imposer dans son équipe composée majoritairement d’hommes.

Elle essaie surtout de préserver son intimité au sein de la maison qu’elle partage avec sa famille imposante. Ses mikis (tantes) et leurs immersions incessantes dans sa vie apportent une touche d’humour au tableau sombre de ce récit.

J’ai apprécié le temps passé avec elle, la parenthèse d’amour vécue et je compte lire l’une de ses enquêtes traduites en français.

J’ai apprécié le style de l’auteur. Je trouve dommage que sa bibliographie ne soit traduite en français qu’à proportion de 15%. J’aurais vraiment aimé découvrir sa saga policière sur les cinq sens.

Avez-vous déjà lu cet auteur allemand ?

Un amour interdit Alyssa Cole

Ce qui n’est raconté, ce n’est pas de l’Histoire, ce n’est même jamais arrivé.

Un animal restait toujours un animal, tandis qu’un homme pouvait se changer en chacal, en tortue, en chouette ou en n’importe quelle autre bête du Kalahari.

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TTL 122: La trahison de Désiré Atsain

C’est l’heure du Throwback Thursday Livresque ! Cette semaine, le thème est : une couverture verte.

En Afrique, dit-on ‘’ce sont les deux mains qui se lavent’’, faisant ainsi allusion au soutien sans faille dans un couple entre l’épouse et l’époux. Ce qui ne sera pas le cas lorsque Bako, un fonctionnaire compétent, va perdre brusquement son emploi. En effet, sa femme, manipulée par sa mère, va employer tous les moyens pour briser le couple malgré leurs deux enfants. Ceci, dans le seul but que sa fille se trouve un autre homme aisé…

Caricaturiste, auteur de bandes dessinées, illustrateur de livres pour enfants, scénariste et metteur en scène de photos romans, Désiré Atsain a travaillé dans plusieurs journaux et magazines tels que Fraternité Matin le quotidien gouvernemental, Gbich ! le journal d’humour, Go Magazine, Allo Police, Go mag Love ; et a participé à plusieurs ouvrages collectifs dont Côte d’Ivoire, on va où là ? Volume 1 et 2. Il a par ailleurs représenté la Côte D’Ivoire au salon de la Bande Dessinée au Congo Kinshasa « 2002 », et obtenu à deux reprises la 2e place du prix de la caricature organisé par l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire « UNJCI ». Il est auteur de plusieurs bandes dessinées que vous pourrez lire sur Youscribe.

J’ai découvert ses dessins dans les journaux et magazines précités. Ayant obtenu un abonnement gratuit à Youscribe, il y a quelques mois, j’ai décidé de lire quelques unes de ses BD disponibles sur la plateforme.

Prenez une belle-mère matérialiste à souhait, une femme sous l’influence de sa mère, un homme qui perd son emploi et vous aurez un scénario digne d’un film d’action.

Le titre de la BD est bien choisi car il y a de multiples trahisons.

Dire que j’ai détesté la belle-mère de Bako est un euphémisme. Son machiavélisme, son ingratitude donnent envie de la smither*.

La BD se lit vite, elle ne s’étale que sur 68 pages. L’histoire est captivante, l’auteur parvient à nous faire ressentir les émotions des différents personnages. J’ai été très heureuse du sort final réservé à Bako et à sa belle-mère.

Le seul bémol se situe au niveau de la colorisation. Je ne suis, en effet, pas fan des BD en noir & blanc.

*Nouvelle expression ivoirienne, synonyme du verbe gifler, en référence au fâcheux incident des oscars.

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La société des rêveurs involontaires de José Eduardo Agualusa

Le journaliste Daniel Benchimol rêve de gens qu’il ne connaît pas mais reconnaît dans la mémoire de l’appareil photo qu’il retrouve sur une plage d’Angola. Moira Fernandes, une artiste mozambicaine habitant Le Cap, met en scène et photographie ses rêves. Hélio de Castro, un neuroscientifique, les filme. Hossi Kaley, le patron de l’hôtel Arco-Iris, ancien guérillero au passé obscur et violent, se promène dans les rêves des autres vêtu d’un costume violet, ce qui va donner à un service secret l’idée de l’utiliser pour manipuler les rêves de la population lors des élections, mais ne l’empêchera pas malgré tout de connaître un grand amour.

Les rêves rassemblent ces quatre personnages dans un pays totalitaire au bord de la destruction, où se réveillent aussi les rêves de liberté de la jeunesse.

Écrite dans un style éblouissant, cette Société des rêveurs involontaires est une histoire d’amour, un récit fantastique, un polar onirique et une vraie satire politique pleine d’humour, qui questionne la nature de la réalité tout en réhabilitant le rêve comme instrument de transformation du monde.

José Eduardo Agualusa est le 2eme auteur angolais que je lis. Le point d’entrée de ce roman est le rêve. L’onirisme a une part importante dans le récit.

Daniel, jounaliste, rêve de gens qu’il ne connaît pas mais reconnaît dans la mémoire de l’appareil photo qu’il retrouve sur une plage d’Angola.

Hossi Kaley, ancien guérillero au passé obscur et violent, se promène dans les rêves des autres vêtu d’un costume violet.

Moira Fernandes, une artiste mozambicaine met en scène et photographie ses rêves et Hélio, un neuroscientifique mène une expérience scientifique sur le rêve.

Le rêve est décrit comme un moyen d’entrer en contact avec l’autre. J’étais au début très emballée par le volet orinique du roman mais le développement de ce volet ne m’a pas convaincue. Ou peut-être suis-je passée à côté de ce que l’auteur voulait traduire.

Ce roman de 252 pages est déroutant, il demande de la concentration. Au début, je me suis emmêlée les pinceaux avec Daniel, le narrateur principal et Hossi, narrateur occasionnel. 

Je méconnais l’histoire de l’Angola et il m’a fallu quelques recherches pour savoir à quoi faisait référence l’UNITA par exemple. J’ai apprécié la partie « révolution » de l’intrigue qui met en avant de jeunes femmes et hommes. Des rêveurs de liberté mais pas que. Ils veulent aller au-delà du rêve, ils veulent que la liberté se matérialise dans leur pays. Ils la revendiquent au prix de leurs vies.

Ce roman est truffé de passages qui font réfléchir. Si les personnages sont bien construits, je n’ai malheureusement pas réussi à m’attacher à eux.

«ne vous faites pas d’illusion, mon cher Armando. Ce peuple qui proteste contre moi ne tardera pas à m’applaudir. Le peuple est inconstant, stupide et sans mémoire.»

Ce passage m’a fait penser à tous ces humains qui sont plus sensibles à la souffrance des animaux qu’à celle des humains…

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Huit monologues de femmes-Barzou Abdourazzoqov

« Creusez-vous un peu la tête, un peu de fantaisie que diable, rajustez-vous. Et n’ayez peur de rien. Croyez en vous. Vous conquerrez le monde. Et alors on verra qui aura la peau de qui… »

Huit femmes entrent en scène. Avec beaucoup de verve et d’humour, malgré la vie qui ne les a pas ménagées. Elles viennent tour à tour raconter leur histoire – et se donner en exemple plus qu’en spectacle. Car elles n’ont, à vrai dire, rien perdu de cet espoir qui, entre accès de rage et jubilation, leur prête une liberté de ton au pouvoir salvateur.

Les monologues ont l’habitude de m’ennuyer mais ces 8 monologues de femmes sont une exception.

Huit femmes. Qui sont-elles ? Des anonymes. Des mères, des épouses qui s’épanchent. Un mari qui s’évapore dans la nature, un mari délaissé qui vous cocufie, un mari qu’on aimerait tromper et qui peut nous prendre en flagrant délit, des malheurs qui s’enchaînent, une fille qui a disparu ou encore s’amouracher d’un mioche, ça ne vous ferait pas monologuer, vous ?

J’ai ri avec ces femmes, j’ai aussi pleuré avec elles car deux des récits de vie sont émouvants.

Le troisième monologue est mon préféré. J’ai beaucoup apprécié cette femme résiliente face aux vicissitudes de la vie. J’ai d’ailleurs souligné l’une de ses phrases :

Car le malheur, ça ne dure pas, tout comme la joie, du reste. Ce qui demeure, c’est la conscience de soi, la patience, la foi peut-être. Mes chères amies, je connais le sort de beaucoup d’entre vous, je le connais mieux que personne. Mais je vous le redis encore une fois, le salut est dans la Foi, dans l’Espérance, dans l’Amour.

Ce recueil se lit très vite, il ne s’étale que sur 80 pages. Bien à insérer entre des pavés. Pour ma part, ça a été une belle découverte.

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La défaite des mères – Adrienne Yabouza & Yves Pinguilly

Après la box d’Août, j’ai mis une pause de deux mois à mon abonnement. Je n’avais pas encore lu le livre reçu en Août et j’avais d’autres livres à lire. Septembre est passé. Octobre a pointé son nez et lorsque j’ai vu les goodies de la Kube d’Octobre sur Instagram, j’ai flanché. J’ai passé commande.

Mon envie de lecture est toujours la même: je remplis ma carte des auteurs africains. Il me reste une dizaine de nationalités pour la terminer.

Sarah, ma fidèle libraire dans l’aventure Kube n’étant toujours pas disponible, une libraire Kube m’a été attribué. L’un de ses genres littéraires de prédilection étant la littérature étrangère, je n’avais pas de crainte. Le lendemain, en consultant le statut de ma commande, je me suis aperçue qu’il y avait eu changement de libraire. Un libraire Kube avec pour genres littéraires de prédilection la littérature française et le feel-good. Pour ne rien vous cacher, j’ai flippé. Connait-il assez la littérature africaine pour me proposer un excellent titre ?

Il m’a choisi la défaite des mères. Grâce à ce livre, je peux cocher la République Centrafricaine sur ma carte. Mais le contenu du livre est-il bon ?

Au lendemain des indépendances, Niwalie naît à Kinshasa, avant de grandir en République ­centrafricaine. Son père, chasseur de léopards, devient le garde du corps de la Première dame du pays… et disparaîtra bientôt de la vie de son enfant. Niwalie grandira essentiellement auprès de sa mère, puis donnera elle-même naissance à quatre filles. C’est donc une histoire de femmes que nous raconte ce livre. Sauf qu’il ne s’arrête pas là. C’est l’Afrique centrale des années 1970, son personnage principal. Un pays en proie à un empereur mégalo et ­tyrannique qui échange de grandes claques dans le dos avec « Végéheu, le roi de France ». La violence, la pauvreté, la guerre, l’exil. La peur d’être une femme dans ce monde-là, la peur d’être la mère de quelqu’un dans ce monde-là, surtout quand ce quelqu’un n’est pas un homme. Sans jamais se départir de son humour et de sa poésie, Niwalie dresse le portrait au vitriol d’une société sur le point d’à nouveau basculer.

J’ai eu un peu de mal avec la narration et ce style parlé, imagé qui m’a d’ailleurs fait penser à Ahmadou Kourouma. L’humour et la dérision sont fortement sollicités pour évoquer ces présidents dictateurs en RDC et République Centrafricaine avec la complicité de VGE, que dis-je Vegeheu, roi de France.

L’Afrique Centrale des années 70-80 est au cœur du récit. J’aurais voulu que les dates soient précisées car difficile de se retrouver pour qui ne connaît pas parfaitement l’histoire politique de ces 2 pays.

Cette Afrique Centrale est racontée par Niwalie. Une enfant qui aimait apprendre mais n’a pas eu la chance de poursuivre ses études scolaires ; une jeune fille qui va être donnée en mariage sans avoir son mot à dire et connaître des maternités précoces ; une jeune femme qui va se battre pour rester en vie et préserver ses filles quand vont éclater des affrontements en République Centrafricaine. J’ai eu de l’empathie pour cette femme.

Je n’ai pas du tout compris le sens du titre du roman. Je n’arrive pas à comprendre les défaites des mères qui sont présentes dans le roman.

Je m’attendais également à ce que les portraits des sœurs de Niwalie, de ses filles soient faits. A part l’une de ses sœurs qui est brièvement évoquée, on ignore ce que sont devenues ses autres sœurs.

La défaite des mères fait moins de 200 pages et c’est un avantage de taille pour moi qui aime les romans courts. La lecture n’a pas été déplaisante mais ce n’est pas un livre que je recommanderai d’instinct.

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Un monstre est là, derrière la porte – Gaëlle Bélem

Couverture Un monstre est là, derrière la porte

Tout commença un soir de 1981 lorsque dans la ville de Sainte Marie, au Nord de l’île, deux jeunes gens eurent le malheur de se rencontrer. Tandis qu’au-dehors la fête battait son plein, à l’arrière d’un restaurant un cuisinier retirait sa veste et la toque blanche qu’il portait depuis le matin.

Les Dessaintes forment l’une des familles les plus célèbres de La Réunion. Ils sont ambitieux, courageux et un brin fantaisistes. Mais, de l’avis du voisinage, des psychiatres et de la police, ils sont juste cinglés. Tout aussi barjos qu’ils soient, ils mettent au monde une fille. Une petite teigne qui compte bien devenir quelqu’un. C’est cette histoire familiale poignante au cœur de La Réunion des années 1980 qui est ici racontée.

La lectrice, le lecteur y trouveront du rythme, un ton vif, décalé, et, surtout, un humour décapant. Ils sont priés d’ouvrir la porte pour voir bondir le monstre. Des surprises, sans nul regret !

— C’est comme ça, un point c’est tout !
Alors que les parents se perdent d’ordinaire en circonlocutions pour expliquer à leur progéniture les grands mystères de la vie et le pourquoi du comment, les Dessaintes ont toujours fait preuve d’une incomparable avarice en matière d’explication et d’argumentation rationnelle.
Bien sûr, ils attachaient une certaine importance au fait de nourrir, habiller et coiffer l’unique enfant qu’ils avaient mis au monde, mais jamais, absolument jamais, ils ne forcèrent le zèle jusqu’à l’instruire, pire, l’éduquer.

Cet unique enfant est la narratrice. Elle dresse le portrait de parents aux comportements très étranges, à la limite de la folie.

Bref, mes parents à qui le hasard donna de surcroît ce nom de Dessaintes étaient, sans le savoir, d’horribles versions créoles d’un laconique Bartleby accouplé à ce cinglé de Lovecraft ! Et ils étaient animés d’une seule et abjecte conviction : que la meilleure façon d’élever des enfants était de leur clouer le bec en les terrorisant ! Ils n’expliquaient donc pas, ils épouvantaient.

La narratrice se réfugie dans ses lectures et trouve sa vocation à sept ans: elle veut devenir écrivain.

Dorénavant, j’exige qu’on m’appelle Ratus, au grand dam des Dessaintes ! Et je commets un crime qu’aucun d’entre eux n’aurait imaginé : je lis. Pire ! Cela me plaît.
Absolument. À un point tel que je trouve comment faire vraiment mieux que ces canailles : je vais lire et inventer des histoires pour les mettre dans des livres. Je vais outrepasser mon rang, ma condition, et être là où l’on ne m’attend plus. Alta alatis patent ! a hurlé dame Bélina. Mais, je n’ai pas compris son baragouin de maîtresse d’école. Dans ma tête à moi, résonna un vigoureux « à l’attaque » et je me mis effectivement à attaquer.
Voilà comment j’ai décidé à sept ans de devenir écrivain, sans savoir qu’ils étaient tous suicidaires, névrosés, mégalomanes et alcooliques.

Elle s’accroche à la lecture, au savoir, à l’école. On lui prédit un échec retentissant car les Dessaintes n’ont jamais réussi, ils vivent dans la misère, meurent incultes lui dit-on mais elle s’accroche.

Les désastres familiaux s’enchaînent, s’accumulent : chômage, alcoolisme, bagarres, disparition du père, vols, viols. Les Dessaintes semblent voués au malheur, aux vies déchirées par la violence.

A travers ses personnages, Gaelle Bélem évoque les problèmes socio-économiques de l’île dans les années 80. Un monstre est là, derrière la porte est une longue prose, aux dialogues rares et avec de jolies tournures de phrase. Mais les tableaux sombres décrits de l’île m’ont perturbée. Plusieurs fois au cours de ma lecture, j’ai perdu le fil. L’humour intervient par moment pour apporter un peu plus de légèreté au récit mais je suis ressortie de ce roman comme on quitte un film plein de noirceur.

Ce roman est un peu trop condensé à mon goût. Il aurait été judicieux à mon sens d’en faire une fresque familiale où on aurait une vue à 360° des Dessaintes. Aborder le « dedans » de cette famille sous l’angle unique de la narratrice ne m’a pas convaincue…

 

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TTL 110: Until I saw your smile

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Lecture de Noël

Pour moi, romance rime avec Noël. Par ailleurs, certaines péripéties du livre que je vous présente se passent durant la période de Noël.

Chez Smith’s Sweet Treats and Coffee, vous trouverez le meilleur café de Brooklyn et les pâtisseries maison les plus fraîches. C’est plus qu’un commerce pour la propriétaire Angela Smith. C’est sa maison et son refuge, qu’elle risque de perdre à cause de l’arnaque de son propriétaire. Mais un nouvel habitué de son café propose de couvrir l’augmentation de son loyer si Angela le laisse y rencontrer ses clients. Si Matthew McConnell n’était pas un avocat aussi persuasif – et aussi gentil, drôle et sexy – elle ne songerait pas à le laisser entrer.

Depuis qu’il a quitté un cabinet d’avocats très bien payé pour se mettre à son compte, Matthew n’a pas réussi à s’en sortir, tant sur le plan professionnel que personnel. Ce qu’il préfère dans sa vie amoureuse, c’est régaler Angela avec ses histoires de rencards foirés autour d’un café fumant et parfumé. Derrière son sourire captivant se cache une femme intelligente et sensuelle dont il aimerait se rapprocher. Et lorsqu’un douloureux secret de son passé est soudainement dévoilé, il a l’occasion de prouver qu’il est l’homme qu’il lui faut, dans tous les domaines…

Comment ce livre est arrivé dans ma PAL ?

Les couples mixtes étant très peu représentés en littérature francophone, j’ai jeté mon dévolu depuis quelques années sur la littérature anglo-saxonne.

Ayant obtenu un abonnement de 6 mois à la plateforme Youscribe après avoir été lauréate de la plume de l’amour, j’ai fait une petite recherche sur la littérature sentimentale. J’ai découvert une dizaine de titres dont Until your smile de J.J. Murray.

J’ai apprécié l’humour de certaines scènes notamment les rencards foirés de Matt. Après, je pense que 2 ou 3 rencards foirés auraient suffi. Malheureusement, il y en a plus et on se lasse de ces rencards foirés qui ont tous la même conclusion.

Je ne suis pas une adepte des coups de foudre. J’aime quand les sentiments s’installent progressivement mais dans cette romance, l’auteur a un peu trop forcé sur le progressif. Au chapitre 10, il n’y avait toujours pas de rapprochement amoureux entre Angela et Matt et cela a entrainé mon désintérêt pour certaines péripéties de l’histoire. J’avoue avoir survolé certaines parties parce que je voulais atterrir assez vite dans le vif du romantique, de la romance.

Matt & Angela sont attendrissants. Ils forment un joli couple, j’ai aimé leur complicité, le soutien mutuel qu’ils se portent mais je n’ai pas été éblouie. J’en attendais beaucoup plus de la construction de leur idylle. Je vais néanmoins poursuivre ma découverte de la bibliographie de l’auteur car un homme qui écrit du BWWM, c’est un événement exceptionnel.

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TTL 109: Du miel sous les galettes – Roukiata Ouédraogo

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: O comme…

Ouedrago. Roukiata Ouedraogo.

Couverture Du miel sous les galettes

Roukiata est née au Burkina-Faso. De sa plume, légère et nostalgique, elle raconte avec tendresse et humour ses années d’enfance, son pays, ses écrasantes sécheresses et ses pluies diluviennes, la chaleur de ses habitants, la corruption et la misère.
Elle raconte sa famille, sa fratrie, ses parents, l’injustice qui les frappe avec l’arrestation de son père. Mais, surtout, elle raconte sa mère.
Cette femme, grande et belle, un  » roc  » restée seule pour élever ses sept enfants, bataillant pour joindre les deux bouts, en vendant sur le pas de sa porte ses délicieuses galettes. Des galettes au miel qui, pour la jeune Roukiata, auront toujours le goût de l’enfance et du pays natal.

Cette autobiographie de plus de 200 pages est un bel hommage à la résilience de la femme, épouse et mère. La mère de la narratrice ne courbe pas l’échine face à la difficulté, elle n’hésite pas à clamer haut et fort ce qu’elle pense.

La narratrice navigue entre son passé où la mère est racontée et son présent où l’artiste française d’origine burkinabè qu’elle est, est la marraine de la Journée internationale de la Francophonie.

On lit sa fierté d’être marraine d’un tel événement, son attachement à la Francophonie et à la langue française

Je suis le prototype de la francophone qui a réussi grâce au français, grâce à la France aussi. Sans la maîtrise de cette langue, je n’aurais jamais pu avoir un public et j’aurais dû me limiter à mon pays. Sans la puissance des réseaux culturels et des médias français, je n’aurais jamais eu cette audience.

Dans son discours précédant la lecture de la dictée de cette journée internationale, elle évoque ce que représente la Francophonie pour elle : union, communion, outil de partage, héritage commun à faire fructifier.

La narratrice évoque également son expérience personnelle et son engagement face à l’excision en fin d’ouvrage. Hélas, de façon très brève. Ce thème fort et important aurait mérité un développement.

Du miel sur les galettes est un roman accessible à tous. Le niveau de langue est courant, le style sans fioritures.

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La danse du vilain – Fiston Mwanza Mujila

Couverture La Danse du Vilain

Entre trafic de pierres précieuses et boîtes de nuit frénétiques, entre l’Angola en pleine guerre civile et un Zaïre au bord de l’explosion, une exploration de la débrouille.
Toute la vitalité et le charme de Tram 83
reviennent en force avec la langue inimitable de Fiston Mwanza Mujila.

Sanza, exaspéré par la vie familiale, quitte ses parents et rejoint le Parvis de la Poste, où vivent d’autres gamins de la rue. Commence la dolce vita, larcins petits et grands, ciné avec Ngungi l’enfant-sorcier et voyages en avion vers l’infra-monde… Mais les bagarres et les séances de colle finissent par le mettre vraiment sur la paille et l’obligent à céder au mystérieux Monsieur Guillaume et à sa police secrète.

Lubumbashi est en plein chaos, on conspire dans tous les coins, on prend des trains pour nulle part, on se précipite dans l’Angola en guerre pour aller traquer le diamant sous la protection de la Madone des mines de Cafunfu, un écrivain autrichien se balade avec une valise pleine de phrases, le Congo devient Zaïre et le jeune Molakisi archevêque. Mais la nuit, tous se retrouvent au « Mambo de la fête », là se croisent tous ceux qui aiment boire et danser ou veulent montrer leur réussite et leur richesse. Là on se lance à corps perdu dans la Danse du Vilain.

Lunda Norte-Lubumbashi, Angola-Zaïre

Le lecteur voyage entre ces contrées minières convoitées et fait la connaissance de personnages truculents.

Commençons par Franz. Cet écrivain d’origine autrichienne, qui veut écrire sur les gendarmes katangais, fait ressortir cette notion de légitimité de l’auteur à écrire tel ou tel récit.

“A-t-on le droit d’entretenir des personnages qui n’ont pas la même expérience mémorielle que soi ?”

Tournons-nous maintenant vers un trio d’enfants : Molakisi, Sanza et Ngungi. Trois enfants qui préfèrent la rue au logis de leurs parents

On ne guérit jamais d’une nuit passée à la belle étoile surtout après avoir subi la bleusaille et goûté à la colle.


Ngungi ne pouvait que regagner la rue. Ses yeux avaient vu ce qu’un enfant ne doit pas voir ; entendu des choses très éloignées de son univers.

Des garçons qui ont perdu l’insouciance de l’enfance, des garçons qui volent et se droguent, rêvent d’indépendance et surtout de richesse. 

Il y a aussi M. Guillaume. A première vue, l’on pourrait le considérer comme un bon samaritain puisqu’il recueille avec bienveillance les enfants mais ce n’est qu’apparence. Les enfants recueillis sont intégrés à un réseau d’espionnage…

Terminons par Tshiamuena, surnommée la Madone des mines de Cafunfo, une femme mythique, insaisissable qui dit avoir vécu plusieurs vies et règne sur les orpailleurs.

A travers l’histoire commune de ces différentes personnages, on se rend compte que les guerres civiles sont toujours des fonds de commerce

Savez-vous combien de vos compatriotes construisent des villas grâce à l’argent angolais ? La guerre civile angolaise avait été un véritable fonds de commerce pour de nombreux Zaïrois. D’habitude c’est l’argent qui haït et qui fuit l’être humain mais avec la guerre civile angolaise, les Zaïrois s’étaient tellement engraissés sur les diamants d’autrui qu’ils commençaient à détester et à fuir leur propre richesse.

Les courts chapitres, l’humour qui teinte chaque page donnent du rythme à l’histoire mais dans ce roman choral, la narration m’a souvent perdue. Toutes les narrations sont presque utilisées : du “je” à “il” en passant par « nous » et sans réelle transition. La narration interne est utilisée pour plusieurs personnages et il faut souvent avancer de quelques lignes dans sa lecture avant de découvrir l’identité du personnage.

Ce roman est finaliste du Prix les Afriques 2021.