Publié dans Histoires

L’IMPRIME AU CHOIX #BYNFRENCHCHALLENGE

Juillet #BYNFRENCHCHALLENGE

Faisant partie de la sympathique communauté des blogueuses/youtubeuses noires francophones, j’ai participé au BYN French Challenge. Ce mois-ci, nous avons choisi comme thème « l’imprimé au choix».

Quel imprimé ai-je choisi de mettre en valeur en tant que blogueuse littéraire? Découvrez le dans les lignes ci-dessous 🙂

Irène avait une conception particulière de l’éclat

Mode, tendance, style étaient des mots inconnus

Pour elle. Dans sa garde-robe, il n’y avait

Rien de flashy, rien d’expressif,

Irène préférait les tons blanc, noir et gris. Se

Maquillait-elle? Non! Irène ne camouflait pas ses défauts

Etre naturelle jusqu’au bout des ongles, tel était son credo;

Transparent était l’adjectif qu’elle attribuait à sa beauté jusqu’au jour où un

Regard perçant croisa le sien au détour d’une ruelle. Ces yeux, qui l’

Observaient sans gêne, la troublaient et pour la

Première fois en 25 années de vie, Irène se sentit terne, banale et jugea sa tenue

Incomplète! Il manquait l’ombre à paupières pour agrandir son regard, de la

Couleur à son chemisier, des escarpins pour ne pas avoir l’air d’une ado et des

Accessoires. Elle voulut en acheter sur-le-champ mais se rappela qu’elle était sortie pour acheter un

Livre. Beauté du corps ou beauté de l’esprit? Irène avait choisi son camp…

Challenge relevé ou pas? 🙂

Vous pouvez retrouver les articles des membres de la communauté sur la page Facebook de BYNF Challenge. Les publications seront mises à jour au fur et à mesure.

challengefill

les bons amis

A très bientôt,

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre

Publié dans Histoires, Vingt-trois

L’accusé de réception

Grâce Minlibé

Vingt-trois – Chapitre 1

«C’est pas vrai! Je vais arriver en retard!» Dis-je en replaçant le moule dans le four. Je n’ai pas encore peigné ma tignasse et ce cake salé n’est pas encore cuit! C’était pourtant marqué sur la recette qu’il ne fallait que 45 minutes de cuisson!
Je parcours la fiche, vérifie que le thermostat est bien à 6. J’ai respecté la recette à la lettre, pourquoi ça met donc autant de temps à cuire?

Un brin d’inquiétude me fait plisser le front. Je ne peux pas rater ce gâteau. Meg compte sur moi, le cake est la seule entrée qu’elle propose pour son dîner d’anniversaire et s’il n’est pas bon et bah, elle est dans la merde! J’aurais dû m’y prendre un peu à l’avance mais bon je voulais un gâteau tout chaud, moi! Il ne me reste plus qu’à augmenter le thermostat, si le gâteau cuit en moins de 20 mn je me ferai un plaisir de faire une suggestion à marmiton.

Un quart d’heure plus tard, j’ai l’impression d’avoir gagné une épreuve décisive de MasterChef quand je porte un bout de gâteau à ma bouche. L’entrée de Meg est assurée!

J’enfile un chemisier blanc, une jupe bleu marine, j’hésite entre mettre des accessoires blancs, bleu marine ou d’une autre couleur. Je fais sortir une pièce de monnaie puis je me rends compte que ça ne sera pas facile de jouer à pile ou face puisque j’ai 3 choix. Allez, Karlise, dépêche! On est samedi et le tram il n’y en a pas toutes les 2 minutes.

En attendant l’arrivée du tram en direction de François Mitterand, je me fais une rapide mise en beauté, rien de bien raffiné, juste du gloss et une légère touche de fard à paupières. Oui, je peux faire mieux mais bon à quoi ça va servir? A rien, strictement à rien. Je ne me fais jamais remarquer par les hommes qui me plaisent même quand je ressemble à une barbie alors…

Je reçois un message de Meg au moment où le tram est à l’approche. Elle espère que je suis en route et que j’ai respecté le dress code. Bien sûr que je l’ai respecté, il ne me reste plus que le sac à dos pour ressembler à une studieuse lycéenne de Mamie Faitai. Pensé-je en soupirant.

Non mais quelle idée de faire habiller ses invités de cette manière? Oui c’est vrai, elle nous invite à célébrer le 7ème anniversaire de sa rencontre avec Dan, rencontre qui s’est effectuée à la fin d’une journée de cours (elle était au Lycée Mamie Faitai de Bingerville et lui au Lycée Garçons de Bingerville) mais je n’étais pas là quand ça s’est passé et les autres invités non plus. Pourquoi nous faire subir ces tenues?
Mon Dieu, qu’est-ce que ça aurait donné s’ils s’étaient rencontrés au primaire?

Je remue la tête et elle se fige quand mon regard croise le sien. Mes mains tremblent, mes lèvres suivent le mouvement.

Il est là… Me suit-il ou est-ce moi qui suis toujours à sa recherche?
Il a ce sourire empreint de tristesse et d’impuissance qu’il avait quand il a… Oh non! Je ne veux pas me rappeler. Je ne veux pas y penser, pas aujourd’hui…

Je me précipite hors du tram dès qu’il stationne à l’arrêt Michelet-Sciences, je m’éloigne de lui encore une fois…

Devant la porte de Meg, je respire pleinement avant de faire un pas du côté gauche. C’est un petit rituel que j’ai pour prendre de la distance, laisser ma peur sur le côté.

«Vis autrement Karlise, concentre-toi sur le présent.»

Meg vient m’ouvrir après ma deuxième sonnerie. Elle est toute rayonnante, elle a la joie singulière des grands événements, ceux qu’on n’attendait pas et qui ne se présentent à nous qu’une fois.

– Joyeux anniversaire de rencontre Maguéééééééé. Dis-je en lui tendant le gâteau
– Je te rappelle que j’ai un autre prénom et un surnom très raffiné aussi.
– Mais c’est Marguerite que je préfère. Il te va si bien! Dis-je un sourire ironique flottant sur les lèvres.
– Je prends le gâteau, toi, tu peux rentrer chez toi. Fait-elle faussement vexée.
– C’est vraiment une injustice qu’une jeune femme aussi belle que toi puisse s’appeler ainsi.
– Arrête sinon tu vas vraiment rentrer chez toi.

Je lui tire la langue. Ça y est, je suis ancrée bien le présent, je ne pense plus à ce qui s’est passé dans le tram. J’entre dans son coquet studio en esquissant quelques pas de danse. Au cas où on pourrait oublier, la musique diffusée par les enceintes nous rappelle le sentiment que nous célébrons ce soir.

J’ai à peine le temps de ranger ma veste dans sa penderie qu’elle me tire vers le coin cuisine. Je sors des verres lorsqu’on sonne à la porte.

– Ça doit être Dan et ses amis. Va ouvrir s’il te plaît. Je vais sortir quand ils seront installés. Je vais faire une entrée digne d’une reine. Tous les yeux seront braqués sur moi. Allez! Fais vite!

Marguerite Elsa Gnahoré et ses scénarii!! J’accueille avec le sourire Dan, Omar, Athara (la copine d’Omar), Aaron et Samuel.

Le regard plein de désir de Dan quand Meg nous rejoint fait naître une once de jalousie en moi. Meg n’est pas un top model, elle est habillée simplement mais elle a cette touche d’élégance que donne l’assurance d’être aimée…

Ils s’embrassent chastement puis Meg reproche à Samuel de n’avoir pas respecté le «dress code», il devait s’habiller en kaki ou en marron mais pas en bleu et blanc. Un rire général retentit dans la salle quand il nous dit que dans son lycée l’uniforme était unique: bleu blanc aussi bien pour les filles que pour les garçons.

Assise entre Athara et Aaron, je ne m’ennuie absolument pas. Leur simplicité et leur sens de l’humour parviendraient à dérider la femme la plus acariâtre.

Je trouvais un peu débile de fêter son anniversaire de rencontre avec ses amis mais j’avoue que ça me fait du bien d’être là. Je fais de nouvelles rencontres et mes papilles gustatives découvrent de nouvelles saveurs. Le poisson au four de Meg est exquis!
S’il n’y avait qu’elle et Dan, je me serais servie plus de 3 fois.

– On a fini de manger, on a un peu discuté. On peut quitter le registre de chanson très romantique et avoir des chansons plus dynamiques? Lance Omar
– On arrêtera la section romantique après une série de zouk! S’exclame Aaron. Karlise, j’ai décelé dans ta gestuelle une certaine aptitude pour ce type de danse. Tu veux bien qu’on danse ensemble?

Il me le dit avec une lueur assez déstabilisante dans le regard. Merde! J’espère qu’il ne va pas en profiter pour me susurrer des mots doux à l’oreille et m’annoncer avec entrain que je l’intéresse!

J’ai bien fait de ne pas me maquiller ce soir, j’aurais gaspillé fond de teint et mascara. Pfft!! Pourquoi je n’attire jamais les jolis mecs?

Bon, Aaron n’est pas moche mais ce n’est pas mon genre. Je n’ai pas à lever la tête pour croiser son regard et il est un peu trapu. Omar est mon genre mais il est très casé, Samuel n’est pas mal mais il a l’air d’être attiré par Léa, l’amie de fac de Meg qui nous a rejoints au début de l’apéritif.

Je m’imagine dans les bras de Fally Ipupa quand je débute mon premier slow avec Aaron, ça me permet de savourer le moment.
A la fin du 2ème slow, Dan, Omar et Samuel vont au balcon pour fumer, Meg discute avec les filles et moi, je suis avec Aaron qui s’intéresse de plus en plus à ma vie.
Pitié! On est là pour un anniversaire de rencontre pas pour préparer un futur anniversaire de rencontre.

La fatigue se lit sur les visages aux environs de trois heures, il n’y a plus de tram à cette heure-ci alors Aaron est chargé de raccompagner Léa et Samuel de me raccompagner. Aaron est un peu déçu mais ce n’est pas de ma faute si je suis plus sur le chemin de Samuel que sur le sien.

Avant de partir, je remets un petit présent à Meg et le juron qu’elle me lance n’est pas très décent à décrire.
– Tu veux me faire culpabiliser, c’est ça? Dit-elle en regardant la première de couverture du livre: 10 raisons d’être chaste jusqu’au mariage
– Non, je veux juste te remettre sur le droit chemin. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.
– Tu es une vraie tarée.
– Mais tu m’aimes comme ça.

Elle me sourit avant de me prendre dans ses bras. Je lui fais un gros bisou avant de lui dire de prendre bien soin d’elle et de sa relation avec Dan.

Samuel et moi rejoignons sa voiture en silence. Un silence qui se prolonge dans l’habitacle. Nous suivons la route du tram 2 en direction du nord. Il a les yeux fixés sur la route et moi aussi. Je sursaute presque quand il me demande si je suis à l’école centrale comme Meg.

– Non, j’ai fait la fac de droit et je suis en stage de fin d’études dans un cabinet de recrutement.
– Elle est courageuse, Meg. Je n’aurais jamais pensé à faire un doctorat.
– Moi non plus.
– Et vous vous connaissez comment?

Pourquoi je souris? Parce que ça me fait plaisir qu’il engage la discussion! Je lui raconte donc que Meg était un peu comme ma grande sœur à l’internat au Lycée mamie faitai, qu’elle m’a encouragée à poursuivre mes études supérieures en France et qu’elle a été comme ma tutrice dans cette ville où je ne connaissais qu’elle.

Au fil de notre discussion, j’apprends qu’il réside à Rouen, est à Nantes et précisément à Carquefou en visite à un oncle et repart demain dans l’après-midi.

– Voilà, la demoiselle est bien arrivée.
– Merci beaucoup. Dis-je en lui adressant un sourire timide.
– De rien. Enchanté de t’avoir rencontrée.
– Pareil. Rentre bien. Dis-je en ouvrant la portière.

Il attend que je referme la porte de ma résidence avant de démarrer.

***

Deux semaines s’écoulent après le dîner. Un soir, en rentrant du stage, je découvre un avis de passage du facteur. J’ai reçu un recommandé avec avis de réception. Vu l’heure d’ouverture de la poste, je ne pourrai le retirer qu’à la pause de midi.

Le lendemain à midi et quart, je tiens une lettre dans mes mains qui a pour expéditeur un certain Sekongo Tiefigué. Je l’ouvre sans tarder et j’éclate d’un rire nerveux après lecture.

“Dans la vie, tout est signe.”
“Quand on veut une chose, tout l’Univers conspire à nous permettre de réaliser notre rêve.”
“Personne ne peut fuir son cœur. C’est pourquoi il vaut mieux écouter ce qu’il dit.”
Karlise Tié, est-ce que tu veux m’épouser?

Je regarde autour de moi histoire de repérer la caméra cachée, quelques clients entrent dans la Poste, me regardent bizarrement mais je n’en ai cure. Je cherche cette foutue caméra, c’est sûr et certain que c’est un traquenard.

Je commence à avoir mal au cou à force de promener mon regard à la recherche de cette foutue caméra. Non mais c’est qui ce débile qui ose me faire une farce pareille?

Publié dans D.S.K, Histoires

D.S.K (1)

dsk

D.S.K – Chapitre 1

«Eh ben! On n’est pas prêt d’arriver au Plateau» Dis-je intérieurement en observant la longue file dans laquelle le wôro-wôro* se trouve depuis un quart d’heure.

J’habite à Angré depuis plus de six mois et les jours ouvrés se ressemblent, entre 06 heures 30 et 08 heures la circulation n’est jamais fluide.

A 07 heures 20, je suis devant l’immeuble Alpha au Plateau. Wahed Conseil, le cabinet de conseil en conduite du changement dans lequel je travaille depuis trois ans s’y trouve. Yaoundé. 

Une bonne journée souhaitée aux occupants de l’ascenseur, je me rends au bureau de Madame Brégui, notre assistante de direction. Elle sort une bouteille de dêguê de son petit réfrigérateur dès qu’elle me voit entrer. Comme d’habitude, j’essaie de marchander le prix de la bouteille en vantant la beauté étincelante de la vendeuse et comme d’habitude mes mots n’ont aucun effet sur Madame Brégui, elle réclame ses 850 francs.

Je n’ai aucun problème d’argent surtout que mon salaire a été revu à la hausse lors de mon passage au grade de consultant senior, il y a trois mois. Je ne suis pas avare non plus, je fais semblant de marchander juste pour taquiner Madame Brégui. La tête qu’elle fait quand je fais l’éloge de sa beauté  et le sourire qu’elle a quand elle me demande son dû me rappelle ma mère et j’adore taquiner ma mère.

 

Ma bouteille en main, je rejoins le bureau que je partage avec deux autres consultants seniors.  J’ai à peine le temps de répondre à un mail qu’Adelka, une collègue, vient me chercher. La réunion hebdomadaire de l’équipe va bientôt commencer. 

Pendant un quart d’heure, nous échangeons sur les missions en cours et les prochaines qui seront déployées.  A mon retour au bureau, je peaufine un rapport quand je reçois un mail de M. Rached, l’un des trois managers du cabinet. J’inspire un grand coup. J’espère qu’il m’a positionné sur la mission sur laquelle je rêve d’être, celui-là ! 

Un énorme sourire se dessine sur mes lèvres. Yes ! Je suis sur la mission SOLIC ! Dans dix jours, je serai à Dakar !

Je prends mon bloc-notes et me dirige vers le bureau de M. Rached avec le regard brillant. Quand j’en sors, je vais voir Madame Brégui pour la planification  de mon séjour dakarois.

Je passe le reste de ma journée à parfaire les rapports des missions terminées et à planifier ma mission chez Solic. Je quitte le boulot aux alentours de 19 heures. Il me faut un quart d’heure à pied pour rejoindre le domicile de mes parents.

En bon célibataire et n’ayant pas de servante, je vais quotidiennement dîner chez eux. C’est ma mère qui vient m’ouvrir.

 

Ma mère: Didier! Toujours à l’heure quand il s’agit de manger.

 

Moi, faussement vexé: Maman! Faut pas gâter mon nom. Vous mangez à 20 heures et il est 19 heures 30. Tu vois bien que je ne suis pas venu pour ça.

 

Ma mère :Donc à 19h 58, tu vas rentrer chez toi alors? Pas besoin de mettre une assiette. Me dit-elle en ouvrant les placards où elle range les couverts:

 

Moi: Maman, tu vas laisser, ton 2ème fils, celui qui te ressemble le plus, rentrer chez lui sans manger?  Demandé-je avec le visage le plus tendre au monde 

 

Ma mère: Fais, tu vas te marier, Didier. Je suis fatiguée de cuisiner pour toi. Fait-elle en remuant la tête 

 

Moi, le sourire aux lèvres : Je ne vais pas te manquer quand je ne viendrai plus manger ici?

 

Ma mère : Pas du tout.

 

Moi : Merci maman _ Elle me regarde étonnée _ Oui, je sais tu dis toujours le contraire de ce que tu penses.

 

Je l’enlace très fort avant de lui demander où se trouve le boss de la maison. Il est chez le voisin en train de jouer aux dames. C’est son activité favorite depuis qu’il a pris sa retraite, il y a deux ans. Mon père arrive à 19h58. Je regarde ma mère en souriant. Je ne suis pas le seul à arriver à l’heure pour manger hein mais comme c’est le boss, nul n’osera lui faire la remarque. 🙂

 

Ma mère me remet deux Tupperware quand je leur annonce que je rentre chez moi, une heure plus tard. Humm! La femme là n’est pas prête à me revoir.

 

Mon prochain séjour à Dakar occupe mes pensées sur le trajet du retour. Je sens que je vais y passer les plus beaux jours du reste de ma vie…

 

Je file à la  douche dès que je suis chez moi puis j’allume mon ordinateur. Je dois informer mes potes du 221, Khari et Salim-Yeni, de mon arrivée prochaine.

Khari, Salim-Yeni et moi, nous nous sommes rencontrés lors d’un match de football qu’organisait la CESAM (Confédération des Etudiants et Stagiaires Africains au Maroc) Casablanca il y a neuf ans. Nous étions à l’époque de jeunes bacheliers venus frapper aux portes du Royaume du Maroc afin de recevoir le savoir.

Nos affinités ont créé un lien très fort entre nous, je les considère comme des frères.

 

Khari est connecté sur Skype. Je l’appelle.

 

Moi : Allô! Khari, Khari!

 

Khari : Nous sommes dans l’obligation de rejeter votre appel. Votre correspondant ne reçoit que des appels provenant de la classe féminine et…

 

Moi : Allô Khari! Dis-je en imitant la voix d’une femme.

 

Khari: Tu es fou, mon gars. Alors on dit quoi?

 

Moi: Je suis calé. Salim-Yeni est à la maison?

 

Khari: Non. Il est au boulot.

 

Moi: Ah ouais, j’avais oublié qu’il bossait en soirée. Bon, tu es bien assis?

Khari: Pourquoi tu es si excité? T’es enceinte? 

 

Moi, riant: Oui, on va avoir un bébé, idiot!

 

Khari, le regard coquin : J’espère que la grossesse te donnera des formes.

 

Moi, remuant la tête: Quand est-ce que tu vas grandir, l’ami? Bref ! Je serai à Dakar dans dix jours, type !

 

Khari : C’est cool ça ! Et tu viens pour…

 

Moi : Le boulot mais je me ferai un plaisir de me jouer les touristes à mes heures perdues. Je vais goûter à l’enjaillement à la sénégalaise.

Khari : En tout cas et je ne pense pas que tu auras envie de repartir à Abidjan.

 

Moi : Non, toi aussi. Tu ne peux pas comparer Dakar à Abidjan. Ce n’est pas la même Champions’League!

 

Khari : Comment tu dis déjà? Fait-il en fermant les yeux. Ah oui, c’est coca-cola qui fait publicité sinon bissap est serein.

 

Moi : Lol. Je vais arrêter de te sortir les phrases de ce genre.

 

Khari : Continue, type. Je sors souvent ça à mes proies niveau 3. Elles sont toutes émoustillées. Dit-il en souriant. Bref! Tiens-nous informé de ta date d’arrivée et du lieu de ton séjour. Salim-Yeni et moi allons te concocter un programme de feu.

 

Moi: Avec masseuse et danseuse privée, j’espère. J’ai besoin de prendre du bon temps, Khari, de profiter de la joie d’être à nouveau célibataire.

 

Khari : Olidia ne veut vraiment plus de toi?

 

Moi : Je ne veux plus d’elle également. Ce n’est pas l’unique fille sur la terre. Je ne vais pas courir après elle. Bon, je vais te laisser, type. J’ai ramené des dossiers à traiter.

 

Khari : Ok. Bonne soirée. A bientôt.

 

Je raccroche et Skype me notifie que la chère Olidia mentionnée plus tôt est connectée. Je la bloque avant de me déconnecter.  Il ne faut garder aucun lien avec le passé.

 

Olidia a été ma copine pendant un an et elle a mis un terme à notre relation parce que je n’étais pas assez impliqué dans la relation selon elle. Après un an de relation, je ne m’étais toujours pas décidé à la présenter à mes parents et à rencontrer au moins sa mère, selon elle c’était un synonyme de manque de sérieux donc Madame a mis fin à la relation. Je l’aimais beaucoup mais je n’ai pas cherché à la retenir. Je ne suis pas le genre d’homme à supplier, des femmes, la terre en compte en grand nombre.

Fermons donc cette parenthèse sans valeur ajoutée, ouvrons un nouveau chapitre: mon prochain séjour en terre sénégalaise. Je compte me jouer aux touristes, assouvir mes fantasmes sur les femmes sénégalaises, m’enivrer de leurs secrets érotiques. J’ai fréquenté une sénégalaise à Abidjan mais je ne pense pas avoir eu affaire à une vraie sénégalaise. Vivre à Abidjan l’a sûrement dénaturée. Il vaut mieux prendre le fruit qui est encore sur l’arbre que celui qui se trouve à côté.

 

 

10 jours plus tard

 

L’avion vient d’atterrir, je tente de m’insérer dans la file de passagers tant bien que mal, ils semblent tous plus pressés les uns que les autres. A la sortie, j’ai ma première déconvenue, il n’y a pas de tube mais un escalier en fer que l’on doit tout bonnement descendre pour rejoindre le bus qui nous attend sur le tarmac. Bus dans lequel il faut un petit peu jouer des coudes pour entrer. Il fait très chaud, une chaleur étouffante qui me fait tomber la veste, et qui a fait tomber la veste à deux jeunes filles en face de moi pour le plus grand plaisir de mes yeux ! Elles me sourient je leur souris aussi malheureusement le bus s’arrête, ça n’ira pas plus loin. Une fois dans la salle des formalités je m’insère dans la file CEDEAO qui me permet d’évoluer plus rapidement, vive la libre circulation des personnes!

 

Le policier : Vous êtes là pour affaires?

 

Moi : Oui on peut dire ça comme ça!

 

Le policier: ok.

 

Il me rend mon passeport et je passe dans la salle d’à côté pour tenter de récupérer mes bagages. C’est un peu la jungle, j’essaie de m’approcher du tapis roulant.

 

_ : Mr SSariot ! SSariot !

 

Je me retourne pour voir qui m’appelle, je tombe sur un Monsieur en tenue grise manœuvrant le fameux « ssariot ».

 

Lui : tu veux un « ssariot » mon frère?

 

Moi : Oui merci

 

Lui : ça fait 5000

 

O_o! 5000 pour un chariot?! Il n’exagère pas un petit peu lui? Je me retourne pour voir s’il y a d’autres et une dame vient de laisser son chariot sur lequel je me précipite. Mon vendeur-loueur de chariot s’éloigne vers un autre pigeon!

 

Une fois mes bagages récupérés il me reste un dernier rempart à franchir, et pas des moindres la douane. On sait tous comment ils peuvent être chiant, mais apparemment je suis dans un bon jour ils n’ont pas fait de difficulté, il faut dire qu’avant moi il y avait une dame dont la valise était remplie de chemises qu’ils soupçonnaient d’être destinés à la vente même si elle jurait par tous les dieux que ce n’était que des cadeaux. J’ai refermé mes valises et je suis sorti à la recherche de mes potes…

 

Je remue la tête quand je vois Khari et Salim-Yeni avec des pancartes où sont écrits: Didier N’Gouan toujours imité jamais égalé.

Je fais semblant de les dépasser et ils me suivent avec leurs pancartes.

 

Moi : Les gars vous êtes fous !

 

Salim-Yeni (SY) : Bonne arrivée l’ami.

 

On s’enlace puis on quitte l’aéroport. Je prends possession de ma chambre à la Résidence Gogo Sara puis nous mettons le cap sur le Plateau, le quartier où résident mes potes depuis 2 ans.  

Ils me font entrer dans un trois-pièces sobre mais élégant. Salim-Yeni  m’emmène au salon tandis que Khari se dirige vers leur cuisine. Il en revient avec une bouteille de champagne et des flûtes.

 

Moi : Ça fait du bien de vous retrouver les gars ! Notre dernière rencontre remonte à …

 

Khari : 4 ans. On quittait définitivement Casablanca. Ah ! C’était la belle époque.

 

Moi : Tu parles comme si nous sommes vieux. Nous n’avons que 27 ans.

 

SY : Et il faut en profiter.

 

Moi, en le pointant du doigt et l’air malicieux : Tu es dans le vrai. On trinque à quoi? (j’observe la bouteille de champagne). Je rêve où Salim-Yeni a oublié sa bonne résolution qui était de ne plus toucher à l’alcool?

Khari, dubitatif: Ah, il a fait des recherches très avancées dans le coran et il y a lu qu’on peut boire mais ne pas en abuser.

 

SY: Bon! On la boit cette bouteille ? (Levant son verre) A ton séjour parmi nous et à notre amitié.

 

Moi et Khari : A notre amitié.

 

SY, après avoir pris une gorgée: Ça fait plaisir de voir que tu n’as pas perdu ton alacrité.

 

Moi : Et toi ton héritage de la langue française. Le poste de Senghor est toujours vacant à l’Académie française, non?

 

Nous éclatons de rire. La soirée s’écoule vite, mes potes me ramènent à ma résidence vers 23 heures.

 

La réceptionniste me dévisage avec un sourire désarmant. Ce n’est pas celle qui m’a accueilli. Celle-là est beaucoup plus belle : yeux de biche, nez fin, lèvres fines, teint noir. Je m’avance vers elle avec mon sourire de séducteur. Je lui demande l’heure à laquelle est servi le petit-déjeuner pour engager la conversation, mon sourire disparait quand elle ouvre la bouche.

 

*Nom qui désigne les taxis communaux

Publié dans Anémone, Histoires

Négatif, chapitre 1 d’Anémone

Anémone – Chapitre 1

Seigneur faites qu’il y ait deux barres,  je vous en supplie faites qu’il y ait deux barres. Je ferme les yeux, respire un grand coup comme si j’allais effectuer le saut de la mort puis je jette un coup d’œil au résultat.

Merde! Ce n’est pas possible! Je me laisse glisser le long du mur des toilettes. J’essuie du revers de ma main les larmes qui viennent de s’écraser sur mes joues. Elles devaient être des larmes de joie, un torrent qui annonçait le début de la moisson, le début de ma vie de femme, de ma vie de mère. Mais ce n’était pas le cas. Elles étaient des larmes de rage, de colère, d’impuissance, de tristesse face à cette énième tentative échouée. J’ai perdu un enfant avant de l’avoir conçu. Avez-vous déjà ressenti pareille frustration? Je ne la souhaite à personne. Je suis enceinte, il doit avoir une erreur. Demain, j’irai acheter un autre test et s’il est encore négatif j’irai voir mon gynécologue.

 

***

-Désolé Janyce mais ce n’est pas la bonne cette fois-ci

Il retire ses gants, je descends ma marinière et vais m’asseoir en face de lui.

Mais c’est impossible que je ne sois pas enceinte Dr Assezo. Vous êtes sûr que je n’ai pas un problème ?

-Vous n’êtes pas stérile, Janyce et votre mari non plus.

-Mais pourquoi ça n’arrive pas alors? On a des rapports aux moments propices. Qu’est ce qui ne va pas ?

-Calmez-vous, Janyce. Arrêtez de stresser. Laissez les choses se faire d’elles-mêmes. Vous êtes en bonne santé, ce bébé viendra au moment opportun.

Pourquoi ce moment opportun ne peut pas coïncider avec maintenant ? Je n’ai plus envie d’attendre. J’ai peur qu’en attendant le contraire se produise. J’ai peur de m’installer dans la passivité, de ne plus désirer un enfant et de m’arrêter dans ma marche.

Je quitte le bureau de mon gynécologue et m’assois dans la salle d’attente. Je passe ma matinée là, à regarder ces femmes qui vivent mon rêve. Je suis arrivée au stade où on aimerait vivre la vie de l’autre.

 

Sur la route qui mène à notre quartier des 220 logements, j’achète des bananes braisées, je n’ai pas la tête à cuisiner.

Je passe mon après-midi à colorier, à repasser des habits et à pleurer. Je veux une autre vie…

-Je suis rentré mon bébé ! Lance Lary

-Je suis dans la douche, j’arrive!

Je me passe de l’eau sur le visage et vais rejoindre mon mari. Je m’efforce de répondre joyeusement à ses câlins, il va dans la douche et moi à la cuisine. Nous sommes mercredi et les mercredis j’ai l’habitude de faire une recette d’un pays étranger. Aujourd’hui ça sera des beignets nigérians aux crevettes.

 

Lary a l’air de manger avec appétit, moi non. Je laisse tomber ma fourchette.

-Quelque chose ne va pas mon bébé?

-J’ai fait un test de grossesse ce matin parce que j’avais un retard mais bon je ne suis pas enceinte. Dans 8 mois, tu ne seras toujours pas papa.

Il pousse sa chaise et vient me prendre dans ses bras. Je n’arrive pas à donner d’enfants à mon mari. Ah Seigneur! Quel terrible supplice!

-Ce n’est pas grave mon bébé. On essaiera encore et encore jusqu’à ce que ça soit bon.

-On a vraiment essayé cette année. Je suis sûre que c’est l’utilisation de la pilule qui provoque cela. Je n’aurais jamais dû la prendre, je n’aurais jamais dû t’écouter.

-Arrête… Dit-il en me faisant une bise dans le cou. Je n’avais pas une situation professionnelle stable et toi non plus. On ne pouvait pas élever un enfant dans ces conditions!

-Quelles conditions? Quelles conditions? Il y a des gens qui vivent dans des conditions pires que celle que nous avons eue mais ils arrivent à élever leurs enfants.

-Mais ils ne savent pas quel sera leur avenir.

-N’importe quoi ! On a raté notre chance, notre opportunité. C’est DIEU qui donne et on n’a pas su discerner le moment où il voulait nous en donner.

Je me mets à pleurer. Nous sommes mariés depuis 3 ans et on n’a toujours pas d’enfant. J’ai pris la pilule pendant 2 ans parce que Lary voulait qu’on ait un CDI  et un minimum d’épargne avant de faire un bébé. Ça fait un an que j’ai arrêté d’en prendre mais il n’y a toujours pas de vie en moi.

 

***

Mon visage est plus souriant aujourd’hui. Ma tristesse n’a pas disparu mais je ne peux pas la montrer aujourd’hui, surtout pas en présence de mes bouts de chou, ces enfants que j’éveille à la vie via le coloriage, la peinture, le dessin et le chant.

Je suis maîtresse de la petite enfance à l’école les poussins d’Adjamé, je m’occupe de la petite section.

Je les aime tous mais particulièrement ceux qui me prennent dans leurs bras en arrivant le matin ou ceux qui me disent que je ressemble à leur maman.

En début d’année, ils étaient tous apeurés et au fil des jours, ils se sont habitués à moi et à tous leurs petits copains. J’aime les enfants, je prends soin des enfants des autres, n’est-ce pas assez suffisant pour que le Ciel m’en accorde juste un?

 

-Allez les enfants, on s’assoit et on mange en silence. On ne parle pas …

-La bouche pleine !!!! Crient-ils en chœur

-Bon appétit !

-Merci maîtresse !

Je m’installe à côté de Kendall qui ne sait pas manger sans s’en mettre partout. Je vais ensuite essuyer les larmes de Noah qui vent de faire tomber ses biscuits. Je remercie Esdras qui lui propose gentiment une part de son gâteau. C’est si mignon, les enfants à cet âge.

 

-Maîtresse, tu veux mon du pain là ?

-On dit : maîtresse, tu veux mon pain ?

Elle répète après moi.

-C’est bien. Merci Mackenzie mais je n’ai pas faim. Bon appétit.

-Merci maîtresse.

Elle repart proposer à ses amies. Qu’est-ce qu’elle est mignonne, Mackenzie ! Et dire que sa mère ne vient jamais la chercher, en tout cas, pas à temps. Elle est la seule à rester avec le gardien à la fin de la journée. Ah ! Si j’avais un enfant, je me pointerais une demi-heure avant. On ne fait pas attendre les belles choses. 

A midi, mon ventre gargouille fortement. J’ai décidé de jeûner. Au lieu de manger, je me nourris des paroles de Dieu qui portent sur l’enfantement. Ce n’est pas facile de rester le ventre vide quand on doit s’occuper d’enfants mais le jeu en vaut la chandelle. Je me suis levée en plein milieu de la nuit et j’ai rappelé au Seigneur la liste des femmes stériles à qui il avait donné un enfant.

« Ouvrirais-je le sein maternel, Pour ne pas laisser enfanter ? Dit l’Éternel ; Moi, qui fais naître, empêcherais-je d’enfanter ? Dit ton Dieu. »

Seigneur ne m’oublie pas tu as dit que tu ne nous éprouveras pas au-delà de nos forces. Je ne suis pas Sarah, je ne pourrai pas attendre 24 ans. Pitié !!!

Le reste de la journée passe avec une sidérante rapidité. On ne voit pas le temps passer quand on fait ce qu’on aime.

Je les laisse prendre chacun leur cartable et vérifie la carte d’identité de ceux qui viennent les récupérer avant de les laisser partir avec eux. Je fais vraiment attention, ça me peinerait qu’une mère soit séparée de son fils. Moi, ça me fendrait le cœur.

Mackenzie est la seule à rester comme de coutume. Mais où est donc sa mère ? Je lui fais signe et elle s’avance vers moi. Je la prends dans mes bras et on se met à chanter.

On chante encore et encore comme pour appeler sa mère, l’aider à hâter le pas, lui rappeler qu’un don précieux ne se fait pas attendre. Mais maman n’arrive toujours pas…

Je refais une de ses nattes et pose le regard sur elle. Ah Seigneur ! Une si belle petite fille et sa mère n’est pas capable de s’en occuper. Pourquoi prends-tu un malin plaisir à donner à ceux qui n’en ont pas besoin ?

Mackenzie n’avait pas l’âge autorisé pour être en petite section mais sa mère avait négocié pour qu’elle soit prise. Voulait-elle se débarrasser d’elle ? En quoi un ange comme elle pouvait déranger ?

-Maîtresse, le bébé !

Je la regarde, surprise.

-Le bébé ? Il est où ?

Elle me touche le ventre et me sourit. Mes larmes coulent instantanément…

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