Publié dans Quand on est célib'

Je veux être maman !

je veux être maman

Le célibat à durée indéterminée ne me fait pas peur. 

Connaissant ma position, un ami m’a demandé si je n’avais pas envie d’avoir des enfants.

Je lui ai dit que je considérais que j’en avais déjà (je considère mes neveux comme mes bébés) et ne pas avoir d’enfant possédant mes traits ne me gênait absolument pas.

C’est un homme alors il n’est pas allé plus loin dans le débat.

J’ai une amie qui est allée plus loin dans le débat. Comprenez que les hommes et les femmes ne voient pas la chose de la même façon. 😀

Mes propos l’ont choquée ! Comment je pouvais ne pas vouloir être femme jusqu’au bout, ne pas vouloir d’enfant à moi et m’accaparer ceux de mes sœurs ? L’enfant de l’autre dira à un moment ou à un autre que je ne suis pas sa mère !

Je lui ai dit ceci :  » il y a des enfants qui renient leur propre mère. Lequel de ces deux cas te ferait le plus mal : être renié par un enfant que tu considères comme ton enfant ou un enfant qui est sorti de tes entrailles ? »

Je ne voulais pas qu’elle s’arrête à une comparaison mais qu’elle prenne de la hauteur dans sa façon de voir les choses, qu’elle dépasse sa logique de possession.

Je ne considère pas un enfant comme une propriété, quelque chose qui est à moi et que je pourrai chanter sur tous les toits. Un enfant n’est pas un trophée, il ne naît pas pour flatter notre ego. Un enfant n’est pas une porte de salut face à la solitude. 

Pour moi, l’envie d’un enfant est la combinaison de deux désirs : celui d’un homme et d’une femme, et non une envie personnelle. Pour employer des termes poétiques, il est la réponse à un amour qui ne veut pas s’évanouir, un amour qui a rempli l’intérieur de notre être et veut maintenant s’exposer.

Si je suis célibataire, quel amour cet enfant viendra-t-il matérialiser ? 

Je ne veux pas avoir un enfant parce que je dois perpétuer la race ou encore pour éviter que la société me regarde bizarrement.

Je veux avoir un enfant pour les bonnes raisons et dans de bonnes conditions. Je veux avoir un enfant parce que je veux matérialiser un amour et  pas parce que la société décide que toute femme doit respecter son horloge biologique et avoir son enfant. 

Ça ne me gênerait pas de ne pas avoir d’enfant. Ce qui est vital pour moi ce n’est pas de donner la vie mais de l’entretenir. 

Ça ne me gêne pas de ne pas être mère mais ça me gênerait de ne pas être maman.

Une mère c’est celle qui porte et donne la vie. Une maman c’est celle qui entretient cette vie.

On peut être uniquement mère, uniquement maman, être mère et maman à la fois.

Moi, je veux être une maman et d’une multitude d’enfants !!!!

Je veux donner la vie aux enfants qui m’entourent. Je veux les impacter, les inspirer, les encourager, les consoler, les rendre joyeux. Je veux leur être utile. 

C’est mon but et je suis satisfaite de l’orientation que j’ai donné à ma vie. Le monde d’aujourd’hui nous incite à posséder, moi, je m’inscris dans une logique de dépossession. 

Une question vient de naître dans mon esprit : la possession ne s’acquiert-elle pas dans la dépossession ? 

Grâce Minlibé

Célib’ épanouie

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Americanah

Elle prenait les deux partis, pour plaire à tout le monde ; elle choisissait toujours l’apaisement plutôt que la vérité, soucieuse d’être en harmonie avec tous.

Chimamanda Ngozi Adichie est le contraire de «Elle». L’écrivain refuse d’être subtile, la vérité ne l’est pas.

Oh ! Je m’enflamme, romps avec mes habitudes. C’est l’effet Chimamanda !

Revenons donc à nos vieilles habitudes : je vous laisse découvrir la quatrième de couverture avant d’exposer en détail mon avis sur l’œuvre.

Ifemelu quitte le Nigéria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique, qui compte bien la rejoindre.

Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau  prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés ?

Pendant 15 ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux Etats-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigéria.

Chimamanda Ngozi Adichie

Ouvrir un livre et se voir, ouvrir un livre et retrouver le connu…

J’ai adoré Americanah pour la description des parcours d’étudiants africains qui partent étudier en Occident ou en Amérique parce que c’est leur rêve ou tout simplement parce que le système universitaire de leur pays est défaillant. Des étudiants qui débarquent dans une civilisation différente de la leur et qui doivent s’adapter, s’intégrer.

Tu es dans un pays qui n’est pas le tien. Agis comme il faut si tu veux réussir.

Americanah montre comment il peut être tentant de vouloir être une autre personne quand notre singularité dérange, combien rester soi est une lutte, comment notre terre d’intégration peut changer notre mode de vie, notre mentalité et même changer notre regard sur notre terre d’origine quand nous rentrons au bercail.

J’ai apprécié Americanah pour les récits d’immigrants qui se voient obligés de prendre l’identité d’un autre pour pouvoir  travailler légalement, contracter des mariages blancs pour avoir des papiers. Americanah montre comment les contraintes de l’immigration peuvent nous pousser à faire n’importe quoi.

Americanah montre la détermination d’immigrants expulsés qui projettent de revenir et de tout recommencer parce qu’ils n’ont rien à perdre.

J’ai apprécié ce livre pour ces rappels d’ineptie que les gens débitent souvent par bêtise ou par ignorance.

Vous avez chaud ? Pourtant, vous venez d’Afrique !

Vous n’avez pas de sourcils frisés ? Eh ben, je pensais que c’était le cas vu que vous avez des cheveux frisés.

 

J’ai aimé Americanah pour sa critique et sa réflexion profonde et puissante sur des clichés portant sur la race.

Mais pourquoi faut-il que je transcende la race ? Vous voyez, comme si la race était un breuvage qu’il vaut mieux servir tiède, adouci par d’autres liquides, sinon les Blancs sont incapables de l’avaler.

L’homme dit aussi au professeur Hunk : « Pourquoi faut-il que nous parlions toujours de race ? Ne pouvons-nous pas être simplement des êtres humains ? »

Et le professeur Hunk répond : «C’est exactement le privilège des Blancs, que vous puissiez faire ce genre de réflexion.» La race n’existe pas véritablement pour vous parce qu’elle n’a jamais été une barrière. Les Noirs n’ont pas ce choix.

Si la vieille rengaine «l’esclavage est un truc du passé » refait surface, demandez à votre ami de mentionner qu’une quantité de Blancs continuent à hériter de l’argent que leurs familles ont gagné il y a un siècle. Si cet héritage perdure, pourquoi pas l’héritage de l’esclavage ?

J’ai aimé Americanah pour sa critique de certaines églises évangéliques en Afrique appelées également églises de réveil qui tirent profit de la foi aveugle et du désespoir des hommes.

Chimamanda Ngozi Adichie a un humour fin, délicat, à l’aspect d’un frisson qui vous parcoure délicatement la peau et vous laisse une sensation agréable.

La mère d’Ifeoma : « Prions et répandons sur les routes le sang de Jésus.

Le père  réplique : « les routes seront plus sûres, moins glissantes, si elles ne sont pas recouvertes de sang. »

Sa mère demanda : «  Il est chrétien ?

-Non. C’est un adorateur du diable.

– Jésus tout-puissant ! s’écria sa mère.

Tu aurais pu simplement dire que Ngozi est ton nom tribal, Ifemelu ton nom de jungle et en proposer un de plus comme nom spirituel. Ils avalent n’importe quoi dès qu’il s’agit de l’Afrique.

Il se plaint toujours que ses livres n’ont pas de succès. Je lui ai dit qu’il faut qu’il écrive des choses terribles sur son peuple s’il veut réussir. Il doit expliquer que les Africains sont les seuls responsables des problèmes de l’Afrique, et que les Européens ont davantage aidé l’Afrique qu’ils ne lui ont nui. Il deviendra célèbre, les gens diront qu’il est tellement honnête !

J’ai aimé Americanah parce qu’il m’invite à m’aimer entièrement, sans artifice, et pas qu’un peu. M’aimer de la tête aux pieds, de face comme de profil, intérieurement et extérieurement.

Amoureuse de l’amour, j’ai aimé assister aux retrouvailles d’Ifemelu avec son grand amour.

Que dire de ces multiples personnages qui en mêlant leurs vécus forment une belle charpente ?

J’ai beaucoup admiré Obinze pour sa candeur, sa droiture de cœur ; il m’a attendrie, m’a fait rêver.

J’ai beaucoup aimé Curt pour son caractère idéaliste et lisse : j’entre dans ta vie et je la transforme, je la peins d’un blanc pur.

J’ai apprécié Ifemelu pour sa franchise, sa fraîcheur d’esprit, son côté pragmatique.

Cette 3ème œuvre de Chimamanda que j’ai lue est une belle fresque sur les sociétés nigérianes, américaines, occidentales et je peux dire que c’est ma préférée.

J’ai trouvé ce livre plus vivant, plus drôle, plus romantique que les deux autres que j’ai lus. Par contre, je l’ai trouvé trop long, il y avait trop de péripéties à mon goût mais ça se justifie. Les nombreux sujets évoqués sont vastes et l’auteur avait visiblement beaucoup de choses à dire.

En parlant de longueur, une question me vient à l’esprit : faut-il qu’un roman ait plus de 400 pages pour qu’il soit réussi, jugé bon ?

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Fétiches

Les patients de l’établissement psychiatrique de haute sécurité Beechway sont très sensibles à la suggestion. Une hallucination peut se répandre tel un virus. Aussi, lorsque plusieurs malades se livrent à des actes d’automutilation, et que l’un d’entre eux va jusqu’à se donner la mort, la fantôme de « la Maude », une infirmière sadique qui terrorisait les pensionnaires à l’époque où Beechway était un hospice, ressurgit.

Afin de mettre un terme à l’hystérie collective qui gagne même son équipe, A.J, infirmier psychiatrique fraîchement nommé coordinateur, décide de faire appel aux services du commissaire Jack Caffery. Il soupçonne l’un de ses patients, Isaac Handel, d’être à l’origine de la psychose. Si son intuition est juste, il faut agir rapidement. Car Handel vient d’être libéré. Et qui sait ce dont il est capable ?

Mo Hayder

Il y a une sensation que je préfère : commencer un livre, me dire après les 100 premières pages que j’aurais dû en prendre un autre et être entraînée dans un maelström d’émotions : avoir peur qu’un scénario auquel je pense se produise, être heureuse parce que j’espère se produit, faire face à l’inattendu, fermer les yeux devant l’horreur.

En ouvrant les portes de cet établissement psychiatrique, on a envie de rester à son seuil, de ne pas y pénétrer tant ce qu’on lit, ce qu’on découvre est monstrueux. L’histoire débute d’ailleurs avec le portrait de Mère monstre.

L’auteur fait défiler les portraits des personnages principaux, on est intrigué, on se demande où tout ça va nous mener et puis sans qu’on y soit vraiment préparé, la pièce maîtresse de l’histoire nous tombe dessus et là on ne peut que saluer le talent de l’auteur.

Les chapitres sont très courts, les personnages se relaient à tour de rôle pour relater l’histoire ce qui lui donne un vrai dynamisme.

En tant qu’auteur narrant au présent, j’ai énormément apprécié que l’auteur en fasse autant.

J’ai beaucoup apprécié ce thriller pour le suspense, l’inquiétude qu’il dégage et pour le fait de société qu’il aborde. Un fait souvent tu, incompris…

Les éternels romantiques trouveront satisfaction parce que des couples se forment.

Ce livre est fait pour plaire à tout le monde, tous les goûts y trouvent leur compte.

Je vous souhaite une bonne lecture et n’oubliez pas ceci : « les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. »

Publié dans Panaché

Belles… Talentueuses… Africaines…

Mon continent est riche ! Riche en ressources aussi bien naturelles qu’humaines. C’est ce que je me suis dit en regardant l’une des vidéos de Kansiime Anne, une humoriste ougandaise.

Une pensée en entraînant une autre, celle de présenter ces femmes africaines que j’admire s’est imposée à mon esprit. Dans les lignes qui suivent, je vous présente sept femmes africaines. Écrivain, musicienne, actrice, humoriste ou athlète, elles marquent l’esprit  par leur talent.

Kansiime Anne

Kansiime Anne 

Je l’ai connue grâce à une amie qui est l’une de ses grandes fans. Elle était concentrée sur son smartphone et ne cessait de rire, elle regardait une vidéo de Kansiime Anne. Le rire a été communicatif quand je me suis joint à elle pour regarder ladite vidéo.

Cette humoriste originaire de l’Ouganda est fraîche, folle et simple. Ses scénarios sont originaux. D’une simple situation, elle en fait sortir des quiproquos et diversions énormes. J’aime particulièrement son accent anglophone très particulier. Elle est l’une de mes plus belles découvertes de cette année.

Pour voir l’une de ses vidéos, cliquez ici

Zahara

Zahara

Je ne dirai jamais assez merci  à cette amie qui a posté l’une des vidéos de cette artiste sud-africaine sur Facebook. Sans elle, je serai passée à côté d’une merveille.

J’aime Zahara pour sa voix grave, ses mélodies qui nous donnent l’impression d’être dans une pirogue et de voguer sereinement vers l’inconnu et ses textes percutants. Zahara m’apaise, elle fait chanter mon cœur.

Elle chante en Xhosa (ethnie de l’Afrique du Sud) et en Anglais.

Ayant déjà partagé le son que je préfère dans l’un de mes articles, je vous fais découvrir un autre son que j’aime bien : Loliwe

Isabelle Beke actrice ivoirienne

Isabelle Beke

Une beauté qui vient de mon pays : la Côte d’Ivoire. Mannequin et actrice, j’ai adoré sa remarquable interprétation dans le film Le pari de l’amour, adaptation cinématographique du livre du même nom tiré de la collection Adoras.

Elle est ambitieuse, elle a de grand rêves pour le cinéma ivoirien ! Elle a tout ce qu’il faut pour que je l’admire !

Genevieve Nnaji

Genevieve Nnaji

Elle est l’une des actrices les mieux payées de Nollywood (industrie cinématogrophique nigériane). Elle m’impressionne par sa beauté, par son talent mais aussi par son ambition. Elle a sa propre marque de haute couture : St Genevieve.

Pour voir l’un de ses films que je préfère, cliquez ici

Fatou Diome

Fatou Diome

Auteur sénégalaise, Fatou Diome fait beaucoup parler d’elle en ce moment suite aux morts récurrentes des migrants dans les eaux européennes. J’aime son franc-parler, ses interventions médiatisées intelligentes. Comme elle le dit : l’Afrique n’a pas besoin d’aide, elle a besoin de respect !

Son intelligence est largement perceptible dans ses romans. Pour en savoir plus, cliquez sur le lien suivant

https://graceminlibe.wordpress.com/2015/07/04/inassouvies-nos-vies/

Chimamanda Ngozi Adichie

Chimamanda Ngozi Adichie

Je pense que c’est l’une des auteurs africaines contemporaines les plus célèbres. Je l’admire pour ses discours intelligents sur le féminisme, le danger d’une histoire unique (ne connaître qu’un seul pan de l’histoire d’un peuple et s’en servir pour avoir un jugement rigide), sa fierté d’être africaine et son talent d’écrivain.

Envie d’écouter son discours sur le danger d’une histoire unique ? C’est par ici

Murielle Ahouré

Murielle Ahouré

L’une de mes fiertés nationales. J’admire cette athlète ivoirienne pour sa persévérance et son envie de conjuguer rêve personnel et rêve communautaire. Son palmarès est international.

Lors des championnats du monde de Moscou en 2013, elle a été la première africaine à gagner deux médailles d’argent à une telle compétition.

En mai 2015, elle a réalisé la meilleure performance mondiale au 60 mètres à New York  lors de la compétition en salle des Millrose Games.

Et elle gagnera d’autres médailles parce que la persévérance et l’ambition paient toujours.

Très heureuse de vous avoir ouvert la partie « admiration » de mon cerveau.

Et vous, quelles sont les 7 femmes de votre continent que vous admirez ?

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Sept histoires qui reviennent de loin

Sept histoires qui reviennent de loin Jean-Christophe Rufin

Sept nouvelles avec chacune son intrigue, ses personnages, son dénouement inattendu.

Sept nouvelles drôles, tendres.

Six lieux du monde: Kirghizie, île Maurice, France, Italie, Mozambique, Sri Lanka

Sept instants de vie …

Passion francophone, le 1er récit du recueil est l’histoire d’une jeune femme, fille du secrétaire général du Parti communiste kirghiz,  amoureuse de la langue française. Elle l’a apprise avec un professeur particulier et rêve depuis toujours de venir en France. Quand son rêve est enfin réalisé, elle s’aperçoit d’une chose : les français ne semblent pas reconnaître la langue qu’elle parle.

Cette histoire est tout simplement drôle et rafraîchissante.

Les naufragés … une femme, lointaine descendante des premiers arrivants sur une île sent venir le déclin. Cette  affreuse nostalgique du temps colonial, monde ordonné sur lesquels les Blancs régnaient en maître,  où les castes ne se mélangeaient pas, où l’on n’accordait aucun intérêt aux Indiens, se sent envahie par ceux-ci depuis qu’ils se sont emparés du pouvoir politique. Leurs divinités envahissent sa crique, lui donnent l’allure des rives du Gange. Les constructions pauvres et terriblement désordonnées ont remplacé les lieux familiers, sombres et déserts.

« la cohabitation harmonieuse de toutes les ethnies », ce couplet que récitent les touristes, elle ne le supporte pas, elle ne le vit pas.

Cette femme veut conserver autour d’elle une ultime portion de son passé (quand ils étaient les maîtres de l’île), elle ne veut pas qu’on déforme son espace vital. Quand son droit n’est plus respecté, elle commet l’irréparable…

Cette nouvelle met en évidence une question contemporaine : la mixité, la cohabitation de peuples autochtones et immigrés. Elle met en évidence la difficulté de vivre ensemble, le mépris que subissent certains parce qu’on leur fait porter les fautes de leurs ancêtres colons, la liberté de l’autre qu’on étouffe au nom de notre liberté personnelle.

Sans la 4ème de couverture, je n’aurais pas deviné que l’île en question était l’île Maurice. A aucun moment, l’auteur ne le formule clairement. Il donne des informations sur la période coloniale mais quand on ne maîtrise pas l’Histoire et la Géographie eh bien après avoir fermé le livre, on se demande toujours de quelle île il était question.

Le refuge Del Pietro… un homme de petite taille dont l’accoutrement est une véritable panoplie d’alpiniste des années trente dîne dans l’un des restaurants de la région du Passo Falzarego. Tout semble l’insupporter, il a l’air de mauvaise humeur. Cet homme sur qui les dirigeants de la Fédération de Haute Montagne avaient fondé de grands espoirs a attendu 32 ans pour revenir à la montagne et n’y retournera jamais plus. Pourquoi ?

En découvrant la raison, on ne peut s’empêcher de rire tant elle est drôle. Ce récit m’a rappelé toutes les fois où mon entêtement n’a servi à rien.

Nuit de garde… on demande à un interne de signer en pleine nuit l’acte de décès d’un patient à distance, sans avoir eu un contact direct avec lui ou examiné, chose contraire à la déontologie. Il décide de se rendre au bâtiment ou le trépassé l’attend afin de l’examiner.

Je n’en dis pas plus parce que ça ne servirait à rien, j’ai trouvé cette nouvelle fade, sans réel intérêt. J’ignore son rôle dans ce recueil.

Les fiancés de Lourenço Marques … Des fiancés de 20 ans débarquent en Mozambique et se séparent pour permettre à l’un de vivre ses rêves, l’autre d’avoir l’amour total qu’il mérite. Quarante ans plus tard, ils se retrouvent là où ils s’étaient quittés: Maputo.

L’auteur décrit de façon délicate la ville de Maputo, on ne se retrouve donc pas en plein cours d’Histoire. Le ton doux avec lequel le narrateur-personnage relate ses souvenirs  et  cet amour qui a résisté au temps donnent un intérêt à l’histoire.

Garde-robe… Reiter, un employé des Nations Unies à Colombo s’inquiète du comportement de Rahawal,  son majordome pacifique et pourtant capable d’une incroyable violence, un homme qui s’affiche en faveur des rebelles qui fanatisent des enfants pour en faire des combattants aveugles, justifie la torture et les exécutions arbitraires.

Le récit donne un visage humain aux fanatiques, à ceux qui excusent les guerres. Je n’ai pas apprécié cette nouvelle, je ne l’ai pas détesté non plus. Les enfants rebelles ne m’ont pas attendrie parce que l’auteur ne s’est pas vraiment attardé sur le sujet.

Train de vie… Paris, Gare de l’Est. Rokaya, une jeune africaine monte à la dernière minute dans un vieux Corail qui continue jusqu’à Luxembourg. Son voisin semble s’intéresser à elle. La conversation s’engage et l’on découvre au fil de cette discussion animée le parcours d’une gamine courageuse à qui la vie n’avait fait aucun cadeau mais qui n’avait jamais renoncé, une jeune femme prête à tout pour ne pas laisser passer sa chance…

Les touches d’humour, de sensualité et de sournoiserie contenues dans l’histoire la rendent agréable à lire.

En somme, j’ai passé un moment rapide et agréable de lecture. J’espère que vous apprécierez le livre autant sinon plus que moi.

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre

Publié dans Histoires

Mon mari ne veut pas de moi

mon mari ne veut pas de moi

 » Toute femme est née pour un homme. Tu n’es pas une exception. C’est un mari qui donne de la valeur et un équilibre de vie à une femme. Le tien arrivera et il t’honorera. Il nous honorera également.  Les avantages qu’il te procurera t’apporteront le bonheur. Il te permettra de faire de grandes choses.

Il est très exigeant, fais donc ton possible pour répondre à ses exigences et être à sa hauteur. Sois la meilleure.  » M’avait dit ma mère.

Pendant 17 années, ma mère et mon père ont parfait mon éducation. Des sacrifices, ils en ont fait pour que mon homme soit fier de moi. Ils étaient modestes mais m’ont  donné au-delà de ce qu’ils possédaient  pour que je sois la meilleure.

Pendant 17 longues années,  j’ai nourri mon ambition. J’ai donné le meilleur de moi pour être la meilleure.

Pendant 17 ans, je me suis privée, j’ai fait des sacrifices, fui la distraction et la facilité.

Mon homme aimait les femmes studieuses alors je me suis appliquée aux travaux intellectuels, je n’ai rien négligé. J’ai embelli mes qualités, raccourci la liste de mes défauts.

Mon homme voulait que je lui suis dévouée alors j’ai fait la place dans mon cœur et mon esprit pour lui. Je ne pensais qu’à lui, jour et nuit.

A 23 ans, j’étais prête pour l’accueillir, toute excitée, j’attendais qu’il se présente à moi,  me prenne dans ses bras, fasse de moi son élue. 

A 25 ans, je l’attends toujours. Je suis toujours seule, en proie à la confusion. Chaque jour, ma confiance en soi diminue. L’absence de mon homme ne me donne aucune valeur. 

Pourquoi tarde-t-il ? Qu’ai-je fait de mal ? Je le désire trop fort, le sait-il ?

Je ne sors plus parce que j’ai honte. Toutes mes amies ont leurs hommes et moi je suis célibataire. J’ai éteint mon portable parce que je ne veux pas qu’on me demande où j’en suis et que je sois obligée de dire que je ne suis nulle part.

Je pense à mon père et mon cœur saigne. Je pense à ma mère et mon cœur pleure. Je me sens tellement mal, ils attendaient tellement de moi …

Mon homme le sait-il ? Pourquoi ne vient-il donc pas ? 

On m’a dit que je manque d’expérience mais ne doit-il pas être le premier ? 

Je m’interroge, où puis-je trouver des réponses ? 

 » Le premier mari d’une femme c’est son travail.  » Dit-on mais mon premier mari ne veut pas de moi. Il n’est pas pressé de me rejoindre, de m’honorer, de me donner l’équilibre de vie auquel j’ai droit.

Déjà deux ans que mon chômage dure, déjà deux ans que mes diplômes fièrement acquis ne servent pas.

Déjà deux ans que mon passé est plus proche de moi que mon futur. 

Je lutte pour ne pas sombrer dans la dépression. Je veux garder la tête haute, nourrir mon espoir.

J’ai fait mon possible, il ne me reste donc qu’une solution : demander à DIEU l’impossible …

© Grâce Minlibé

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

N’oublier jamais

« Vous croisez au bord d’une falaise une jolie fille ?
Ne lui tendez pas la main !
On pourrait croire que vous l’avez poussée. »

 
Il court vite, Jamal, très vite. A cause de sa prothèse à la jambe et autres coups du sort, il a un destin à rattraper. A Yport, parti s’entraîner sur la plus haute falaise d’Europe, il a d’abord remarqué l’écharpe, rouge, accrochée à une clôture, puis la femme brune, incroyablement belle, la robe déchirée, le dos face au vide, les yeux rivés aux siens. Ils sont seuls au monde ; Jamal lui tend l’écharpe comme on lance une bouée.
Quelques secondes plus tard, sur les galets glacés de la plage déserte, gît sous les yeux effarés de Jamal le corps inerte de l’inconnue.
A son cou, l’écharpe rouge. 

C’est la version de Jamal.
Le croyez-vous ?

N'oublier jamais

Je pourrais comparer ce livre à une feuille  de papier posée sur une table et sur laquelle est inscrit un rebut. Curieux, l’on s’approche. Une dose de confiance nous pousse à  tenter de déchiffrer le rebut. Une dose qui diminue… Le rebut est assez compliqué, on se perd … On triture la feuille et l’on s’aperçoit qu’il y a une autre feuille en dessous, une feuille qui elle aussi contient un rebut, une feuille qui en cache une autre plein de rebuts…

Le roman débute par un message de la Brigade Territoriale de Proximité d’Etretat à l’Unité Gendarmerie d’Identification des Victimes de Catastrophes (UGIVC) de Rosny-sous-Bois. Trois squelettes ont  été retrouvés, aucun effet personnel ne permet de les identifier. Des questions demeurent ouvertes : qui sont ces trois individus ? Quand sont-ils morts ? Quelle est la cause de leur décès ?

L’UGIVC pourra sans doute répondre à ces questions.

A ce niveau de lecture, on retourne lire la 4ème de couverture, histoire d’être bien ancré dans le récit.

Jamal et la femme brune apparaissent après la correspondance. On assiste au drame et dès ce moment, nous faisons notre entrée officielle dans l’histoire. Nous découvrons non pas un meurtre mais trois meurtres ! La surprise ne s’arrête pas là, on découvre que ces 3 meurtres ont des similitudes. Sans aucun doute, elles sont l’œuvre d’un tueur en série.

Serait-ce Jamal ?

Ce dernier clame son innocence, interroge le lecteur et veut savoir s’il croit qu’il a tué cette femme incroyablement belle.

On le croit, il a l’air si sincère ! Mais au fur et à mesure que nous avançons dans l’histoire, au fur et à mesure que la couche de mystères s’épaissit, on ne sait plus que penser.

Jamal est-il un tueur en série qui nous manipule ?

Est-il victime d’une machination ?

Est-il victime de lui-même, des relents de son passé, est-il atteint d’un trouble de la personnalité, sujet à la folie ?

On s’interroge et l’auteur prend plaisir à ne montrer qu’une face de l’iceberg, nous voir nous interroger, douter, enquêter.

Lentement, il soulève l’une après l’autre les couches de mystère et la vérité révélée nous fait l’effet d’une bonne douche froide : jamais nous ne pourrons rivaliser avec Hercule Poirot.

N’oublier jamais est un amas de mystères, une histoire surprenante. Un livre à lire et à faire lire.

Ce polar a un côté romanesque qui attendrit. J’ai aimé la rencontre décalée de Jamal et Mona, j’attendais beaucoup de cette relation, hélas …

Ne pas attraper celle ou celui qu’il nous faut est fatal, n’oubliez jamais cela…

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Odette Toulemonde _ Concerto à la mémoire d’un ange

Quand vous avez une forte envie de lire un recueil de nouvelles et qu’un auteur connu, assez apprécié par des bibliophiles en a écrit, que faites-vous ?

Comme moi, vous videz l’étagère de la médiathèque de votre ville qui abrite ses recueils. 🙂

J’ai lu Odette Toulemonde et autres histoires, Concerto à la mémoire d’un ange. De quoi parlent-ils? Les lignes ci-dessous vous en diront davantage.

Odette Toulemonde et autres histoires

Ce recueil de nouvelles compte 8 récits: récits qui peignent l’amour, récits singuliers et touchants.

Le premier récit est celui de Wanda Winnipeg, une milliardaire intransigeante qui a relooké aussi bien sa plastique que sa biographie, a su utiliser les hommes pour accéder à la gloire dès son adolescence. Bien des années plus tard, elle rencontre le premier homme dont elle s’est servie pour parvenir à ses fins. Que se passera-t-il ?

Cette histoire expose deux passions différentes: la passion pour l’ascension sociale et la passion pour l’art. L’histoire révèle de belles surprises comme la générosité sincère de la milliardaire intransigeante…

C’est un beau jour de pluie est l’histoire d’une trentenaire désabusée, incapable de ressentir des perceptions positives. L’imperfection, elle ne voit que ça; elle ne peut s’empêcher de mépriser, critiquer, vitupérer. Puis, un jour elle rencontre un homme à l’optimisme indécrottable…

J’ai bien aimé cette histoire parce qu’elle contient de l’inattendu et m’a fait réaliser une chose: dans un couple, on ne partage pas que l’intimité, on partage aussi le caractère…

L’intruse… une trentenaire appelle la police parce qu’une vieille femme s’est introduite chez elle et se cache dans le placard. Que fait-elle là ?

Après les 10 premières pages, on croit savoir comment se terminera l’histoire, aux dernières lignes on est « agréablement » surpris de sa tournure.

Le faux… un amant lâche, manipulateur, avare au point de donner des cadeaux sans valeur. Sauf pour un seul objet… On sait comment se terminera l’histoire et cette fois-ci on n’a pas tort…

Tout pour être heureuse c’est la formule qu’utilisait  les amies de notre héroïne à tout bout de champ. Elles l’affirmaient parce qu’elles ne voyaient que l’apparence, elles ignoraient son secret. Cette histoire est surprenante ! Elle rappelle combien de fois nos exigences envers l’autre sont égoïstes, irréalistes.

La princesse aux pieds nus…  Une nuit d’amour, une trace indélébile, une obsession, un désir aveugle, des apparences trompeuses… La fin de cette histoire est étonnante !

Odette Toulemonde… Une grande fan d’un romancier. C’est une histoire assez banale mais j’ai apprécié le fait que l’auteur souligne le point suivant: le but d’un auteur c’est de faire planer et non donner des maux de tête !

Le plus beau livre du monde… Des combattantes pour la liberté sous le régime soviétique, qui, prisonnières veulent rédiger des messages pour leurs filles. L’histoire ne m’a pas emportée malgré la fin inattendue.

Eric-Emmanuel Schmitt

Quel rapport entre une femme qui empoisonne ses maris successifs et un président de la République amoureux ? Quel lien entre un simple marin et un escroc international vendant des bondieuseries usinées en Chine ? Par quel miracle une image de sainte Rita, patronne des causes désespérées, devient-elle le guide mystérieux de leurs existences ?

Tous ces héros ont eu la possibilité de se racheter, de préférer la lumière à l’ombre. A chacun, un jour, la rédemption a été offerte. Certains l’ont reçue, d’autres l’ont refusée, quelques-uns ne se sont aperçus de rien.

Quatre histoires liées entre elles. Sept personnages qui ont embrassé la bonté et la noirceur. Sept personnages qui sont passés du détachement à la passion, de l’admiration au dédain.

J’ai apprécié ces histoires_ surtout Concerto à la mémoire d’un ange_ pour l’effet inattendu qu’elles offrent mais aussi pour les questions qu’elles creusent: Passe-t-on radicalement du mal au bien ? Avons-nous un pouvoir complet de métamorphose ? Changeons-nous volontairement ?

Ces histoires peignent toute la complexité du genre humain. L’imperfection de l’Homme à aimer comme il faut, son regret qui survient trop tard, ses ambitions démesurées, son goût pour les reconnaissances posthumes.

L’auteur a pris d’adjoindre son journal d’écriture. On y retrouve des anecdotes et des jeunes auteurs comme moi auront plaisir à apprendre de l’expérience de l’auteur.

J’ai assez lu d’amour pour la saison. Prochaine lecture: un bon thriller!

A bientôt.

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre

Publié dans D.S.K, Histoires

D.S.K (1)

dsk

D.S.K – Chapitre 1

«Eh ben! On n’est pas prêt d’arriver au Plateau» Dis-je intérieurement en observant la longue file dans laquelle le wôro-wôro* se trouve depuis un quart d’heure.

J’habite à Angré depuis plus de six mois et les jours ouvrés se ressemblent, entre 06 heures 30 et 08 heures la circulation n’est jamais fluide.

A 07 heures 20, je suis devant l’immeuble Alpha au Plateau. Wahed Conseil, le cabinet de conseil en conduite du changement dans lequel je travaille depuis trois ans s’y trouve. Yaoundé. 

Une bonne journée souhaitée aux occupants de l’ascenseur, je me rends au bureau de Madame Brégui, notre assistante de direction. Elle sort une bouteille de dêguê de son petit réfrigérateur dès qu’elle me voit entrer. Comme d’habitude, j’essaie de marchander le prix de la bouteille en vantant la beauté étincelante de la vendeuse et comme d’habitude mes mots n’ont aucun effet sur Madame Brégui, elle réclame ses 850 francs.

Je n’ai aucun problème d’argent surtout que mon salaire a été revu à la hausse lors de mon passage au grade de consultant senior, il y a trois mois. Je ne suis pas avare non plus, je fais semblant de marchander juste pour taquiner Madame Brégui. La tête qu’elle fait quand je fais l’éloge de sa beauté  et le sourire qu’elle a quand elle me demande son dû me rappelle ma mère et j’adore taquiner ma mère.

 

Ma bouteille en main, je rejoins le bureau que je partage avec deux autres consultants seniors.  J’ai à peine le temps de répondre à un mail qu’Adelka, une collègue, vient me chercher. La réunion hebdomadaire de l’équipe va bientôt commencer. 

Pendant un quart d’heure, nous échangeons sur les missions en cours et les prochaines qui seront déployées.  A mon retour au bureau, je peaufine un rapport quand je reçois un mail de M. Rached, l’un des trois managers du cabinet. J’inspire un grand coup. J’espère qu’il m’a positionné sur la mission sur laquelle je rêve d’être, celui-là ! 

Un énorme sourire se dessine sur mes lèvres. Yes ! Je suis sur la mission SOLIC ! Dans dix jours, je serai à Dakar !

Je prends mon bloc-notes et me dirige vers le bureau de M. Rached avec le regard brillant. Quand j’en sors, je vais voir Madame Brégui pour la planification  de mon séjour dakarois.

Je passe le reste de ma journée à parfaire les rapports des missions terminées et à planifier ma mission chez Solic. Je quitte le boulot aux alentours de 19 heures. Il me faut un quart d’heure à pied pour rejoindre le domicile de mes parents.

En bon célibataire et n’ayant pas de servante, je vais quotidiennement dîner chez eux. C’est ma mère qui vient m’ouvrir.

 

Ma mère: Didier! Toujours à l’heure quand il s’agit de manger.

 

Moi, faussement vexé: Maman! Faut pas gâter mon nom. Vous mangez à 20 heures et il est 19 heures 30. Tu vois bien que je ne suis pas venu pour ça.

 

Ma mère :Donc à 19h 58, tu vas rentrer chez toi alors? Pas besoin de mettre une assiette. Me dit-elle en ouvrant les placards où elle range les couverts:

 

Moi: Maman, tu vas laisser, ton 2ème fils, celui qui te ressemble le plus, rentrer chez lui sans manger?  Demandé-je avec le visage le plus tendre au monde 

 

Ma mère: Fais, tu vas te marier, Didier. Je suis fatiguée de cuisiner pour toi. Fait-elle en remuant la tête 

 

Moi, le sourire aux lèvres : Je ne vais pas te manquer quand je ne viendrai plus manger ici?

 

Ma mère : Pas du tout.

 

Moi : Merci maman _ Elle me regarde étonnée _ Oui, je sais tu dis toujours le contraire de ce que tu penses.

 

Je l’enlace très fort avant de lui demander où se trouve le boss de la maison. Il est chez le voisin en train de jouer aux dames. C’est son activité favorite depuis qu’il a pris sa retraite, il y a deux ans. Mon père arrive à 19h58. Je regarde ma mère en souriant. Je ne suis pas le seul à arriver à l’heure pour manger hein mais comme c’est le boss, nul n’osera lui faire la remarque. 🙂

 

Ma mère me remet deux Tupperware quand je leur annonce que je rentre chez moi, une heure plus tard. Humm! La femme là n’est pas prête à me revoir.

 

Mon prochain séjour à Dakar occupe mes pensées sur le trajet du retour. Je sens que je vais y passer les plus beaux jours du reste de ma vie…

 

Je file à la  douche dès que je suis chez moi puis j’allume mon ordinateur. Je dois informer mes potes du 221, Khari et Salim-Yeni, de mon arrivée prochaine.

Khari, Salim-Yeni et moi, nous nous sommes rencontrés lors d’un match de football qu’organisait la CESAM (Confédération des Etudiants et Stagiaires Africains au Maroc) Casablanca il y a neuf ans. Nous étions à l’époque de jeunes bacheliers venus frapper aux portes du Royaume du Maroc afin de recevoir le savoir.

Nos affinités ont créé un lien très fort entre nous, je les considère comme des frères.

 

Khari est connecté sur Skype. Je l’appelle.

 

Moi : Allô! Khari, Khari!

 

Khari : Nous sommes dans l’obligation de rejeter votre appel. Votre correspondant ne reçoit que des appels provenant de la classe féminine et…

 

Moi : Allô Khari! Dis-je en imitant la voix d’une femme.

 

Khari: Tu es fou, mon gars. Alors on dit quoi?

 

Moi: Je suis calé. Salim-Yeni est à la maison?

 

Khari: Non. Il est au boulot.

 

Moi: Ah ouais, j’avais oublié qu’il bossait en soirée. Bon, tu es bien assis?

Khari: Pourquoi tu es si excité? T’es enceinte? 

 

Moi, riant: Oui, on va avoir un bébé, idiot!

 

Khari, le regard coquin : J’espère que la grossesse te donnera des formes.

 

Moi, remuant la tête: Quand est-ce que tu vas grandir, l’ami? Bref ! Je serai à Dakar dans dix jours, type !

 

Khari : C’est cool ça ! Et tu viens pour…

 

Moi : Le boulot mais je me ferai un plaisir de me jouer les touristes à mes heures perdues. Je vais goûter à l’enjaillement à la sénégalaise.

Khari : En tout cas et je ne pense pas que tu auras envie de repartir à Abidjan.

 

Moi : Non, toi aussi. Tu ne peux pas comparer Dakar à Abidjan. Ce n’est pas la même Champions’League!

 

Khari : Comment tu dis déjà? Fait-il en fermant les yeux. Ah oui, c’est coca-cola qui fait publicité sinon bissap est serein.

 

Moi : Lol. Je vais arrêter de te sortir les phrases de ce genre.

 

Khari : Continue, type. Je sors souvent ça à mes proies niveau 3. Elles sont toutes émoustillées. Dit-il en souriant. Bref! Tiens-nous informé de ta date d’arrivée et du lieu de ton séjour. Salim-Yeni et moi allons te concocter un programme de feu.

 

Moi: Avec masseuse et danseuse privée, j’espère. J’ai besoin de prendre du bon temps, Khari, de profiter de la joie d’être à nouveau célibataire.

 

Khari : Olidia ne veut vraiment plus de toi?

 

Moi : Je ne veux plus d’elle également. Ce n’est pas l’unique fille sur la terre. Je ne vais pas courir après elle. Bon, je vais te laisser, type. J’ai ramené des dossiers à traiter.

 

Khari : Ok. Bonne soirée. A bientôt.

 

Je raccroche et Skype me notifie que la chère Olidia mentionnée plus tôt est connectée. Je la bloque avant de me déconnecter.  Il ne faut garder aucun lien avec le passé.

 

Olidia a été ma copine pendant un an et elle a mis un terme à notre relation parce que je n’étais pas assez impliqué dans la relation selon elle. Après un an de relation, je ne m’étais toujours pas décidé à la présenter à mes parents et à rencontrer au moins sa mère, selon elle c’était un synonyme de manque de sérieux donc Madame a mis fin à la relation. Je l’aimais beaucoup mais je n’ai pas cherché à la retenir. Je ne suis pas le genre d’homme à supplier, des femmes, la terre en compte en grand nombre.

Fermons donc cette parenthèse sans valeur ajoutée, ouvrons un nouveau chapitre: mon prochain séjour en terre sénégalaise. Je compte me jouer aux touristes, assouvir mes fantasmes sur les femmes sénégalaises, m’enivrer de leurs secrets érotiques. J’ai fréquenté une sénégalaise à Abidjan mais je ne pense pas avoir eu affaire à une vraie sénégalaise. Vivre à Abidjan l’a sûrement dénaturée. Il vaut mieux prendre le fruit qui est encore sur l’arbre que celui qui se trouve à côté.

 

 

10 jours plus tard

 

L’avion vient d’atterrir, je tente de m’insérer dans la file de passagers tant bien que mal, ils semblent tous plus pressés les uns que les autres. A la sortie, j’ai ma première déconvenue, il n’y a pas de tube mais un escalier en fer que l’on doit tout bonnement descendre pour rejoindre le bus qui nous attend sur le tarmac. Bus dans lequel il faut un petit peu jouer des coudes pour entrer. Il fait très chaud, une chaleur étouffante qui me fait tomber la veste, et qui a fait tomber la veste à deux jeunes filles en face de moi pour le plus grand plaisir de mes yeux ! Elles me sourient je leur souris aussi malheureusement le bus s’arrête, ça n’ira pas plus loin. Une fois dans la salle des formalités je m’insère dans la file CEDEAO qui me permet d’évoluer plus rapidement, vive la libre circulation des personnes!

 

Le policier : Vous êtes là pour affaires?

 

Moi : Oui on peut dire ça comme ça!

 

Le policier: ok.

 

Il me rend mon passeport et je passe dans la salle d’à côté pour tenter de récupérer mes bagages. C’est un peu la jungle, j’essaie de m’approcher du tapis roulant.

 

_ : Mr SSariot ! SSariot !

 

Je me retourne pour voir qui m’appelle, je tombe sur un Monsieur en tenue grise manœuvrant le fameux « ssariot ».

 

Lui : tu veux un « ssariot » mon frère?

 

Moi : Oui merci

 

Lui : ça fait 5000

 

O_o! 5000 pour un chariot?! Il n’exagère pas un petit peu lui? Je me retourne pour voir s’il y a d’autres et une dame vient de laisser son chariot sur lequel je me précipite. Mon vendeur-loueur de chariot s’éloigne vers un autre pigeon!

 

Une fois mes bagages récupérés il me reste un dernier rempart à franchir, et pas des moindres la douane. On sait tous comment ils peuvent être chiant, mais apparemment je suis dans un bon jour ils n’ont pas fait de difficulté, il faut dire qu’avant moi il y avait une dame dont la valise était remplie de chemises qu’ils soupçonnaient d’être destinés à la vente même si elle jurait par tous les dieux que ce n’était que des cadeaux. J’ai refermé mes valises et je suis sorti à la recherche de mes potes…

 

Je remue la tête quand je vois Khari et Salim-Yeni avec des pancartes où sont écrits: Didier N’Gouan toujours imité jamais égalé.

Je fais semblant de les dépasser et ils me suivent avec leurs pancartes.

 

Moi : Les gars vous êtes fous !

 

Salim-Yeni (SY) : Bonne arrivée l’ami.

 

On s’enlace puis on quitte l’aéroport. Je prends possession de ma chambre à la Résidence Gogo Sara puis nous mettons le cap sur le Plateau, le quartier où résident mes potes depuis 2 ans.  

Ils me font entrer dans un trois-pièces sobre mais élégant. Salim-Yeni  m’emmène au salon tandis que Khari se dirige vers leur cuisine. Il en revient avec une bouteille de champagne et des flûtes.

 

Moi : Ça fait du bien de vous retrouver les gars ! Notre dernière rencontre remonte à …

 

Khari : 4 ans. On quittait définitivement Casablanca. Ah ! C’était la belle époque.

 

Moi : Tu parles comme si nous sommes vieux. Nous n’avons que 27 ans.

 

SY : Et il faut en profiter.

 

Moi, en le pointant du doigt et l’air malicieux : Tu es dans le vrai. On trinque à quoi? (j’observe la bouteille de champagne). Je rêve où Salim-Yeni a oublié sa bonne résolution qui était de ne plus toucher à l’alcool?

Khari, dubitatif: Ah, il a fait des recherches très avancées dans le coran et il y a lu qu’on peut boire mais ne pas en abuser.

 

SY: Bon! On la boit cette bouteille ? (Levant son verre) A ton séjour parmi nous et à notre amitié.

 

Moi et Khari : A notre amitié.

 

SY, après avoir pris une gorgée: Ça fait plaisir de voir que tu n’as pas perdu ton alacrité.

 

Moi : Et toi ton héritage de la langue française. Le poste de Senghor est toujours vacant à l’Académie française, non?

 

Nous éclatons de rire. La soirée s’écoule vite, mes potes me ramènent à ma résidence vers 23 heures.

 

La réceptionniste me dévisage avec un sourire désarmant. Ce n’est pas celle qui m’a accueilli. Celle-là est beaucoup plus belle : yeux de biche, nez fin, lèvres fines, teint noir. Je m’avance vers elle avec mon sourire de séducteur. Je lui demande l’heure à laquelle est servi le petit-déjeuner pour engager la conversation, mon sourire disparait quand elle ouvre la bouche.

 

*Nom qui désigne les taxis communaux

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Verre Cassé

verrecasse

L’histoire « très horrifique » du Crédit a voyagé, un bar congolais des plus crasseux, nous est ici contée par l’un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d’en faire la geste en immortalisant dans un cahier de fortune les prouesses étonnantes de la troupe d’éclopés fantastiques qui le fréquentent.

Avez-vous envie de passer un pur moment de détente? Vous voulez rire et ne pas voir le temps passer? « Verre cassé » est ce qu’il vous faut.

Je ne peux pas compter les éclats de rire que j’ai eus durant ma lecture. Alain Mabanckou joue avec les sentiments, les idées, les mots.

Lire Alain Mabanckou c’est comme prendre une douche bien froide en pleine canicule. Son style est rafraîchissant et captivant.

Que dire des personnages. Ils sont si grotesques, si sublimes!

Vous serez touché par la persévérance de L’escargot entêté, le langage rythmé et le talent ironique de Verre Cassé, la déconvenue du type aux Pampers, les grands airs de L’Imprimeur et le côté rustre de Robinette.

Attention de ne pas trop vous attacher à eux. Vous finirez par être un habitué du Crédit a voyagé.

J’enchaîne avec un autre livre de Mabanckou. Quand on découvre un auteur talentueux, il ne faut pas le lâcher.

Grâce Minlibé

Auteure de Chimères de verre