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TTL 80: Born A Crime – Trevor Noah

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est : J comme…

J’ai pensé à J comme Johannesburg, J comme jeunesse et donc au récit autobiographique de Trevor Noah.

Couverture Born a Crime: Stories from a South African Childhood

Le best-seller du New York Times, fascinant, inspirant et comiquement sublime, sur le passage à l’âge adulte d’un homme, se déroule au crépuscule de l’apartheid et des jours tumultueux de liberté qui ont suivi. Le parcours improbable de Trevor Noah, de l’Afrique du Sud de l’apartheid au bureau du Daily Show, a commencé par un acte criminel : sa naissance. Trevor est né d’un père suisse blanc et d’une mère noire Xhosa à une époque où une telle union était punie de cinq ans de prison. Preuve vivante de l’indiscrétion de ses parents, Trevor a été maintenu la plupart du temps à l’intérieur pendant les premières années de sa vie, lié par les mesures extrêmes et souvent absurdes que sa mère a prises pour le cacher à un gouvernement qui pouvait, à tout moment, le voler.

Born a Crime est l’histoire d’un jeune garçon malicieux qui devient un jeune homme agité alors qu’il lutte pour se retrouver dans un monde où il n’était pas censé exister. C’est aussi l’histoire de la relation de ce jeune homme avec sa mère, intrépide, rebelle et fervente de religion, sa coéquipière, une femme déterminée à sauver son fils du cycle de la pauvreté, de la violence et des abus qui menaceraient finalement sa propre vie. Les dix-huit essais personnels rassemblés ici sont tour à tour hilarants, dramatiques et profondément touchants. Qu’il s’agisse d’être jeté d’une voiture en marche lors d’une tentative d’enlèvement, ou simplement d’essayer de survivre aux pièges de la vie et de la mort que représentent les fréquentations au lycée, Trevor éclaire son monde curieux avec un esprit incisif et une honnêteté sans faille. Ses histoires s’entremêlent pour former un portrait émouvant et terriblement drôle d’un garçon se frayant un chemin dans un monde endommagé à une époque dangereuse, armé seulement d’un sens de l’humour aigu et de l’amour inconditionnel d’une mère.

Des extraits percutants de cette autobiographie ont été partagés par des amis sur les réseaux sociaux et m’ont donné l’envie de la lire. Trevor Noah nous partage une tranche importante de sa vie. A cœur ouvert, avec beaucoup d’humour, il nous décrit son enfance, son adolescence, les moments passés avec les amis, les incartades, etc…

Il nous dévoile son monde: la société sud-africaine pendant et après l’apartheid. J’avoue qu’il y a certains passages que je n’ai pas trouvés intéressants mais j’ai beaucoup aimé la vision approfondie de l’apartheid que Trevor nous livre ainsi que ses réflexions sur l’héritage culturel des métis.

Tout au long de son récit, Trevor Noah énonce des vérités percutantes qui m’ont beaucoup fait réfléchir sur les histoires personnelles et communes.

« In Germany, no child finishes high school without learning about the Holocaust. Not just the facts of it but the how and the why and the gravity of it—what it means. As a result, Germans grow up appropriately aware and apologetic. British schools treat colonialism the same way, to an extent. Their children are taught the history of the Empire with a kind of disclaimer hanging over the whole thing. “Well, that was shameful, now wasn’t it?”
In South Africa, the atrocities of apartheid have never been taught that way. We weren’t taught judgment or shame. We were taught history the way it’s taught in America. In America, the history of racism is taught like this: “There was slavery and then there was Jim Crow and then there was Martin Luther King Jr. and now it’s done.” It was the same for us. “Apartheid was bad. Nelson Mandela was freed. Let’s move on.” Facts, but not many, and never the emotional or moral dimension. It was as if the teachers, many of whom were white, had been given a mandate. “Whatever you do, don’t make the kids angry.”

There is also this to consider: The name Hitler does not offend a black South African because Hitler is not the worst thing a black South African can imagine.
Every country thinks their history is the most important, and that’s especially true in the West. But if black South Africans could go back in time and kill one person, Cecil Rhodes would come up before Hitler. If people in the Congo could go back in time and kill one person, Belgium’s King Leopold would come way before Hitler. If Native Americans could go back in time and kill one person, it would probably be Christopher Columbus or Andrew Jackson.

J’ai lu le récit en VO et j’ai trouvé le niveau de langue accessible. J’ignore d’ailleurs s’il a été traduit en français.

Et vous, qu’auriez-vous proposé pour ce thème ?

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Polar sud-africain : les enfants du cap de Michele Rowe

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Il y a un monde entre le township d’Ocean View et la plage de Noordhoek, écrin de beauté
préservée dans la banlieue du Cap, sur laquelle le cadavre d’un homme est retrouvé un matin.
De la même façon, tout sépare Marge Labuschagne, l’ancienne psychologue criminelle qui a découvert le corps, de l’inspectrice farouchement indépendante Persy Jonas : couleur de la peau, âge, milieu social.
Et pourtant, leurs destins sont liés. Comme celui de Persy et du dangereux caïd d’Ocean
View, même s’ils ont pris des chemins différents.
Peu à peu, alors que les deux femmes sont contraintes de collaborer, les pièces du puzzle
s’assemblent, mêlant combines immobilières, corruption policière et crimes violents. Et
révélant toutes les vérités restées jusqu’ici endormies…
Au cœur de ce roman, rôdent les secrets enfouis sous les paysages idylliques de cette
péninsule du Cap et les violences faites aux métis déplacés sous l’apartheid. Michèle Rowe
nous invite à plonger avec elle dans cette Afrique du Sud magnifique et complexe, cette
nation arc-en-ciel.

l'Afrique écrit

La peur était un puissant moteur économique : les gens qui ont peur paieraient n’importe quoi pour se sentir à l’abri. Ils avaient soif de sécurité personnelle. Ils avaient soif de sécurité personnelle. Ils recherchaient aussi le secours des dieux et s’en remettaient à celui qui saurait les apaiser et leur assurer une protection spirituelle.

Je ne connais pas grand chose à la littérature sud-africaine. Les enfants du Cap m’a permis de combler cette lacune. 

J’ai d’abord fait connaissance avec Persie, cette jeune métisse menue dévouée à son rôle d’agent de la loi. Elle essaie de faire régner l’ordre et la justice dans les banlieues du Cap comme elle prend grand soin de son grand-père à qui elle doit beaucoup, son prénom en premier. A travers sa vie, on voit combien il est difficile d’être métisse dans une société où les clivages raciaux persistent. 

J’ai ensuite fait connaissance avec Marge Lebuschagne, psychologue criminelle blanche. Méfiante, elle a un grand penchant pour l’alcool et le désordre. Elle est à la limite de la dépression depuis son divorce.

Persy et Marge sont différentes et pourtant il va falloir qu’elles travaillent ensemble quand Marge Lebuschagne découvre le corps d’un homme sur la plage de Noordhoek. 

Ce roman montre combien tout le monde se méfie de tout le monde, combien l’on préfère se contenter des préjugés plutôt que d’aller à la rencontre de l’autre et de le connaître réellement. 

Un proverbe ivoirien dit : on ne montre pas son village avec la main gauche. Cela signifie qu’on ne dit pas du mal de soi-même ou qu’on ne montre que les bons côtés de son village ou pays. Michele Rowe n’en a que faire de ce proverbe. 

Elle fait un portrait saisissant et réaliste de l’Afrique du Sud où les races ont encore du mal à former un moule homogène. Elle nous mène aux caïds, aux gangs, aux policiers corrompus. Elle étale la xénophobie des sud-africains, l’expropriation des plus pauvres, le mépris des Blancs, les mâles dominants et les femmes soumises, elle n’atténue en rien la violence qui règne. 

Avec une écriture très descriptive, une intrigue qui tient bien la route, des personnages bien travaillés et crédibles comme Mhlabéni (le policier qui sait parfaitement arrondir ses fins de mois) et Sean Dollery, les belles surprises comme le passé en commun de Persy et Marge, Michele Rowe nous fait passer un agréable moment de lecture.

Je n’ai noté qu’un seul bémol :  l’intrigue qui a été un peu longue à décoller. 

Lisez-vous souvent des thriller sociaux ? 

Christmas

  • Titre original : What Hidden Lies.
  • Traduit de l’anglais par Esther Ménévis.
  • Broché: 448 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (2 mars 2016)
  • Collection : LITTERATURE GENERALE

 

 

l'auteur du mois

 

Épouse du Kalahari Surfer, l’un des premiers musiciens blancs à s’opposer à l’apartheid, Michèle Rowe a suivi une brillante carrière de scénariste et de productrice. Elle est l’un des membres fondateurs de Free Film Makers, un collectif de cinéastes anti-apartheid. Cela fait des années qu’elle sonde la réalité sud-africaine dans ses documentaires qui ont remporté de nombreux prix, parmi lesquels un Oscar et un International Emmy. Avec Les Enfants du Cap, son premier roman, elle s’est d’emblée imposée parmi les grands en étant la première sud-africaine à gagner le Debut Dagger Award, décerné par la prestigieuse Crime Writers’ Association.

signature coeur graceminlibe

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Symphonies de l’enfer

En observateur attentif et avisé du spectacle du monde, Camara Nangala, dans les quatre nouvelles, met en exergue son art consommé de la narration, son sens de l’humour et son goût pour la beauté du langage. Chaque nouvelle est construite de façon méthodique et maîtrisée. L’auteur entraîne le lecteur dans des méandres dont lui seul a le secret. Il fait subtilement de lui un complice, voire un acteur de l’intrigue. Puis vient le point de chute de la manière la plus inattendue, soulevant inévitablement une foule de questions chez le lecteur.

symphonies de l'enfer

Camara Nangala est un auteur ivoirien que j’ai découvert à l’école primaire. Son roman « le cahier noir », une histoire bien triste qui relate la maltraitance de deux enfants par leur belle-mère m’avait énormément touchée.

Au secondaire, j’ai lu d’autres œuvres de l’auteur. Je ne me rappelle malheureusement plus de leurs titres et contenus mais je garde en mémoire de bons moments de lecture.

Ces bons moments, j’ai voulu les revivre en lisant «Symphonies de l’enfer», un recueil de 4 nouvelles. Y suis-je parvenue ?

Oui mais… Je n’ai pas intégralement trouvé dans ma lecture ce que la quatrième de couverture promettait. J’ai trouvé l’art de la narration, la beauté du langage, l’humour dans la 4ème nouvelle  mais pas l’inattendu du point de chute, la surprise.

Ne restons pas à la surface du livre. Découvrons le contenu des nouvelles par ordre de préférence croissant (du moins apprécié au plus apprécié) :

Instinct atavique écrit en 1983

Le Syndicat des Mineurs Noirs en Afrique du Sud tiendra son ultime meeting, en vue du mot d’ordre de grève générale. La police et l’armée seront immanquablement au rendez-vous. Oswald aussi.

Sa fille Gladys, jeune étudiante, est sous le choc, ne comprend pas pourquoi son père fait partie de la soldatesque des tenants de l’apartheid, accepte de matraquer et de tirer sur des êtres humains, ses semblables, ses frères de race, dont le seul crime est de réclamer leur droit imprescriptible à la liberté. Elle ne comprend pas pourquoi des Noirs massacrent d’autres Noirs pour le compte des Blancs.

Elle use de stratagèmes pour empêcher son père de se rendre à l’esplanade de la mine sans succès. Il s’y rend et comme ses collègues ouvre le feu sur la foule. Le père de Wilfried, un ami de classe de Gladys se trouvait dans la foule et a été assassiné…

J’ai apprécié le contexte historique de cette nouvelle, je pense que l’apartheid comme toutes les autres luttes du peuple Noir pour accéder à la liberté ne devraient pas être oubliées.

 J’ai apprécié le courage dont a usé Gladys pour défier son père mais je n’ai pas approuvé ce qu’elle a fait de leur relation (je le dis en ces termes pour qu’il vous reste une part de mystère dans l’histoire 🙂 )

La maxime «Œil pour œil, dent pour dent » a été observée et c’est ce qui m’a dérangée dans cette histoire.

L’histoire d’amour entre Gladys et Wilfried m’a également dérangée parce qu’elle n’a pas conduit à quelque chose de constructif.

En lisant la fin de l’histoire, on est tenté de dire que le sang n’arrêtera jamais de couler. On n’arrêtera jamais de tuer …

 

Rififi sur la bande F.M, écrit en 1999

Bientôt, l’entrée dans le 3ème millénaire. Kobenan surfe sur le fluide des fréquences modulées, découvre une station de radiodiffusion : Radio Trouble-Fête. L’animateur de ladite radio fait l’éloge du zouglou (style musical ivoirien), le présente comme un instrument de prise de conscience.

Le Zouglou est la parole des sans-grades, la parole des sans-voix. Le Zouglou est la pâte qui gonfle, gonfle, gonfle encore sous l’effet de la levure que constituent injustices sociales et frustrations.

Il incite ses auditeurs à laisser fleurir la conscience morale, l’éthique, à se révolter contre les brigands semi-cultivés qui président aux destinées de leur pays.

Kobenan est sous le charme de cet éveilleur de conscience qui n’est autre que Romuald  dont la mère se servait de sa grande beauté pour être à l’abri du manque financier jusqu’au jour terrible de son accident qui la condamna à être en chaise roulante. Son nouvel état fit fuir tous ses prétendants, le père de Romuald, Ministre de l’Agriculture à l’époque, y compris.

Les propos de Romuald dérangent fortement le gouvernement en place. Son activisme est brutalement mis à terme. L’annonce est faite au journal télévisé par le Ministre de l’Intérieur qui n’est que …. (à vous de le découvrir dans votre lecture)

J’ai apprécié la poésie qui émanait de cette nouvelle et l’évolution humaine de Romuald mais j’aurais préféré une chute plus époustouflante.

Au fil du flot de sang de Soweto, écrit en 1979

N’kosinati raconte l’apocalypse de son village, le village noir de Rietfontein orchestré par la soldatesque des tenants de l’apartheid.

J’ai redécouvert à travers cette nouvelle le monstrueux système de l’apartheid. Cette nouvelle est pleine d’émotion et de proverbes africains. J’ai apprécié la tristesse qui se lit et se vit dans cette histoire. J’ai également apprécié ses notes poétiques.

La voix de N’kosinati devient plus puissante, plus poignante, plus bouleversante. Et s’élèvent de la gargote de tante Maggy les voix enflées de l’assistance ; les voix grosses du bonheur en devenir. Et scintillent sur les visages les larmes, intempérie qui précède le beau temps ; les larmes qui dissolvent la peur, l’angoisse et la tétanisation ; les larmes qui donnent l’élan vital à la révolte.

Va l’esprit foudroyant de Chaka

Puis il revient

Comme bulle d’air soufflée

Par la mer écumeuse

Va la voix de Biko

Puis elle revient

Amplifier le sac et le ressac

Du tourbillon des jours d’émeute

Va le regard de Moloïse

Puis il revient

Eclairer le flux et le reflux

De la vague des agitations.

Symphonies de l’enfer, écrit en 1999

Un homme  vient tout juste de sortir de prison dans laquelle il a passé 10 ans. Si c’était à refaire, il referait exactement ce pourquoi il a été injustement jeté au trou pour 10 ans.

Sur une note pleine d’humour, il nous raconte ce qu’il a fait depuis sa sortie de prison et ce qui l’y a conduit.

On découvre un homme qui s’est laissé conduire par le destin auquel il croit, un homme dont la quiétude a été brisée par de terribles symphonies : des vendeurs de CD aux églises de réveil en passant par la gérante de maquis.

Ces symphonies créent un vacarme aussi bien extérieur qu’intérieur, un vacarme qui va le pousser à commettre l’irréparable.

J’ai beaucoup ri grâce à cette nouvelle. J’ai aimé son côté vivant, le style détaché du narrateur. J’ai d’ailleurs bien aimé sa personnalité, son côté responsable, bon père de famille qui pense toujours au bien-être de sa famille.

Ces quatre nouvelles ont bien un thème en commun : l’égocentrisme.

 

 

Quelle histoire lue sur l’Apartheid vous a le plus touché ?

A quelle nouvelle lue donneriez-vous le titre de meilleure histoire comique ?