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La traque de la musaraigne -Florent Couao-Zotti

Pour célébrer mon anniversaire, j’avais commandé une box Kube. J’avais demandé à Camille K, libraire Kube qui m’avait recommandé Black Nairobi de me faire découvrir un très bon thriller/ roman policier d’un auteur africain noir écrit en français ou traduit en français de moins de 400 pages.

Elle a choisi un polar de l’auteur béninois Florent Couao-Zotti et j’étais super contente de son choix parce qu’il figurait dans ma wishlist.

Quand Stéphane Néguirec, jeune Breton un brin rêveur, poète à ses heures, amoureux du large et des horizons lointains, débarque à Cotonou, au Bénin, il ne sait pas encore que question dépaysement, il va être servi ! Aux paysages enchanteurs qui l’électrisent, s’ajoutent les charmes des filles aux courbes délicieuses et notamment, ceux de la mystérieuse Déborah Palmer qui lui propose très vite un mariage blanc contre une fortune en billets verts. À l’autre bout de la ville, Jésus Light, un voyou ghanéen, traque sans relâche sa femme, Pamela, partie précipitamment avec le butin de son dernier casse… En temps normal, leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser… Mais c’était sans compter sur cette bande de ravisseurs islamistes venus du Nigéria voisin à la recherche d’otages européens…

Cotonou, à la nuit tombée dans un bar

Stéphane Néguirec, jeune breton immigré, admire le déhanché d’une femme. Il aimerait bien l’avoir pour une nuit. Mais elle semble appartenir à un autre homme qui déteste partager sa belle. Stéphane va en payer les frais à la sortie du bar. Amoché, il est aidé par Déborah qui tient à lui prodiguer les premiers soins.

Une rencontre qui va bouleverser les prochains jours du reste de sa vie.

Les personnages de ce thriller ont un point commun: ils fuient ou sont à la recherche de quelque chose. Ils ont du vécu, un passé composé de péripéties complexes . Je parle surtout de Pamela & Déborah Palmer.

Quant au jeune breton, je l’ai trouvé un peu lâche. Laissez-moi vous dire que ce jeune homme n’a pas vraiment le sens des responsabilités. Il a laissé ses petites filles en France, obsédée par sa quête de l’ailleurs.

Entre découverte du Bénin (ses quartiers, ses habitudes et ses plats) et une course poursuite entre Cotonou, Porto-Novo et Kponton, le programme du lecteur est bien chargé.

La traque de la musaraigne est une histoire qui tient la route. Outre son aspect thriller, le récit aborde des sujets d’actualité comme la vente d’otages occidentaux aux branches islamistes de la sous-région ouest-africaine.

L’auteur ne tombe pas dans le monde des bisounours et de la romance. J’ai apprécié ce voyage littéraire au Bénin et j’ai hâte de faire sortir de ma wishlist son autre polar.

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TTL 125: Gbehanzin version BD

C’est l’heure du Throwback Thursday Livresque ! Cette semaine, le thème est : Action, combat, guerre

Souverain absolu, Gbêhanzin Aïdjrè (1844-1906), le roi requin, règne sans partage jusqu’à l’arrivée des colonisateurs français dans les années 1890. Les auteurs racontent la geste héroïque et tragique de ce héros, « l’une des plus grandes figures de l’histoire des résistances africaines ». Il ne capitula que trahi par ses adversaires, qui le déportèrent par ruse en Martinique puis en Algérie où il finit ses jours tristement.

Gbehanzin est une grande figure de la résistance africaine à la colonisation. C’est à son couronnement, après la mort de son père souverain qu’il choisit ce nom qui signifie « la terre tient l’œuf que le monde désire »

Cette bande dessinée retrace sa vie, de son accession au pouvoir après la mort de son père, le roi Glèlè, en 1889, jusqu’à sa propre mort, en exil en Algérie, en 1906, et le retour de sa dépouille sur la terre de ses ancêtres, en 1928.

Gbehanzin va se battre contre l’occupation française, avec l’appui de son corps d’élites composé uniquement de femmes : les Agodjiés. Plusieurs planches montrent leurs entraînements et leurs combats. Les attaques vont être incessantes entre 1892 et 1894.

La BD contient peu de texte, les images parlent d’elles-mêmes. Par contre, certains dessins manquaient de précision pour moi. En fouinant sur internet, j’ai appris que les planches ont été faites à l’aquarelle. Une technique qui n’était pas familière à l’illustrateur Constantin Adadja, qui dit « s’être exercé sur le projet ».

L’initiative de Sonia Couao-Zotti est à saluer. Cette BD écrite pour les béninois, les africains et le reste du monde est un excellent moyen pour faire connaître le roi Gbehanzin, surtout aux jeunes.

J’espère lire d’autres BD sur des rois et reines d’Afrique.

Bon à savoir : Sur la 1ère de couverture, le roi apparaît de dos, drapé d’un pagne tissé et l’épaule gauche découverte. A la cour d’Abomey, capitale du royaume du Dahomey, aujourd’hui le Bénin, nul n’avait le droit d’observer de face le monarque.

Et vous, quel titre auriez-vous choisi pour ce thème ?

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TTL 121: 69 de Florent Houndjo

C’est l’heure du Throwback Thursday Livresque ! Cette semaine, le thème est : Un livre dont vous repoussez la lecture en lien avec la journée mondiale de la procrastination qui aura lieu demain.

Je me permets de déformer un peu le thème en parlant au passé : Un livre dont vous avez repoussé la lecture.

Le livre élu est 69, un roman lu l’an dernier dans le cadre de la présélection du Prix les Afriques 2021. J’ai repoussé la lecture de ce roman jusqu’au dernier moment parce que le résumé ne m’attirait pas du tout.

D’ailleurs, je n’arrivais pas à faire le lien entre le titre, l’image de la couverture et le résumé.

« … Un bourdonnement tellement puissant qu’il s’assimilait même à un vrombissement d’aéronef soviétique de la Seconde Guerre mondiale. On entendait des vrrrrrrrrr et des zrrrrrrrrrrrrrrrrr ! C’étaient des abeilles ! Une importante nuée d’abeilles.
La grande et épaisse armée d’abeilles se subdivisa en plusieurs bataillons. Lesquels foncèrent chacun, de façon chorégraphique, vers les amphithéâtres. Les essaims d’abeilles entrèrent dans les salles, dépassèrent et contournèrent tous les étudiants présents et, en une vitesse de lumière, atteignirent l’estrade où ils se déchargèrent sur les enseignants. C’était le sauve-qui-peut, la débandade ! Même les assistants des professeurs, n’ont pas cru devoir porter instantanément secours à leurs patrons qui gigotaient convulsivement sous l’armée des volatiles. L’instinct de survie étant plus fort que l’esprit de solidarité et d’assistance, ils n’ont alerté les secours qu’une fois à l’extérieur. C’est ainsi que nos enseignants furent évacués d’urgence. »
Les dessous et les déçus de la conquête du pouvoir. C’est, en un mot, le voyage que nous propose l’auteur au cœur de l’appareil sociopolitique qui dirige l’État en Afrique
.

Le chapitre 1 débute avec une jolie citation d’Hugo. Je m’attendais à ce que les mots suivants soient empreints de poésie. Hélas ! L’intertextualité est fortement présente dans le récit mais j’ai eu avec elle une relation à la « je t’aime moi non plus« . J’ai apprécié certaines références et allusions, il y en a d’autres dont je n’ai pas compris la raison d’être dans le récit.

Le personnage central du récit est Gros-Coeur, un quadragénaire, autrefois leader emblématique de la jeunesse. Il a fui la ville , se retrouve maintenant dans un bourg nommé Allada. Là, il médite sur la vie, sur l’humain. Répudié par la communauté de ce bourg qui le considère comme un clochard insolite, il se lie d’amitié à deux enfants Kamal et Jimmy puis à leur tante Fatou.

Avec cette jeune femme, il évoquera les fantômes de son passé.

Jeu politique en Afrique, boulimie du pouvoir, sort réservé aux veuves, nonnes pédophiles, telles sont les thématiques et sous-thématiques de ce roman.

L’ouvrage est accessible mais il aurait mérité d’être affiné, ciselé dans la construction de l’intrigue, des personnages, des chapitres. En parlant de chapitres, il y en a 28 dans le roman. Ils sont assez courts et certains d’entre eux auraient pu être regroupés afin d’apporter de la consistance au récit.

Je n’ai pas passé un moment agréable avec ce livre. J’ai recherché durant ma lecture la raison du choix de ce titre et je l’ai trouvée à la page 184

— Effectivement, la vie, c’est du 69. Les situations, les positions, les convictions et les actions sont circonstancielles et fluctuantes.

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L’affaire Bissi de Daté Atavito Barnabé-Akayi

Couverture L'affaire Bissi : Il y a mieux que la neige...

Fari, Funmi, Kadara, Rissi, Tobi, cinq personnages trempés dans de sulfureuses intrigues, confrontées chacune à des situations extrêmes où se mêlent visible et invisible, rationnel et irrationnel, naturel et para-naturel et où, sur fond d’humour noir, l’amour côtoie non seulement le religieux et le sacré mais aussi et surtout l’horreur et la mort.

Quatre points communs à chaque nouvelle :

  1. le personnage central est une femme,
  2. le mystique est présent à forte dose,
  3. Un poème est cité,
  4. la chute est tragique.

Le sort des héroïnes est malheureux et il ne leur est offert comme solution que la sollicitation de l’invisible, des ancêtres, devins, guérisseurs traditionnels. 

Dans la première nouvelle, Kemi se retrouve amnésique après avoir assisté à un spectacle horrible. Une cérémonie mystique va lui permettre de retrouver la mémoire, se souvenir de ce qui est arrivé à Fari, son amie. Fari est présentée comme une fille aux bonnes mœurs, intelligente. La chute de la nouvelle est imprévisible. Fari est retrouvée morte et l’auteur ne donne aucune indication au lecteur pour qu’il sache pourquoi cela est arrivé.

Dans la troisième nouvelle, Kadara rêve d’être mère. Elle espère se faire aider par les sciences ancestrales. Elle réalise son rêve mais son bonheur est de courte durée. La faute à la luxure de son époux. C’est la nouvelle que j’ai réellement appréciée. J’ai imaginé la suite de cette histoire. J’aurais tué son mari s’il se trouvait en face de moi. 

 

L’auteur à travers chaque nouvelle émet un plaidoyer pour les sciences occultes, les croyances africaines qu’on a tendance à diaboliser. Il milite pour un retour aux pratiques ancestrales. Ça m’a un peu gênée car je pense que tout n’est pas bon à prendre dans la tradition.

Il parle également du syncrétisme religieux et cela m’a rappelé une discussion avec une ancienne collègue. Des mots qui avaient été prononcés par un prêtre : « la foi des africains est fétichiste. »

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Cette lecture a été mitigée pour moi. L’auteur a une belle plume, une maîtrise de la langue française qu’il manie à sa guise mais l’ensemble des nouvelles ne m’a pas donné l’émotion que j’attendais.

Je vous partage cette préface du livre que j’ai beaucoup appréciée

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Bonne soirée à tous ! Que lisez-vous en ce moment ?

 

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