Publié dans Ma poésie

Au rythme de la saison

automne

J’écris beaucoup sur les sentiments. Dans Chimères de verre, il n’ y a qu’un seul poème qui parle de la nature.  J’avoue qu’il m’est difficile d’écrire sur la nature, peut-être parce que mon écriture penche plus du côté douloureux et que la nature, elle,  ne me fait pas souffrir. 😀

Parce que lire incite à l’écriture, j’ai lu ici et là des poèmes qui évoquent l’automne. Parce que vous le valez bien, je partage ceux que j’ai bien aimés avec vous.  🙂 

Automne malade

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Chant d’automne

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Et vous, quel est votre poème préféré sur l’automne ?

L’Automne

L’Automne s’exaspère ainsi qu’une Bacchante,
Folle du sang des fruits et du sang des baisers
Et dont on voit frémir les seins inapaisés…
L’Automne s’assombrit ainsi qu’une Bacchante
Au sortir des festins empourprés. Elle chante
La moite lassitude et l’oubli des baisers.

Les yeux à demi-morts, l’Automne se réveille
Dans le défaillement des clartés et des fleurs,
Et le soir appauvrit le faste des couleurs.
Les yeux à demi-morts, l’Automne se réveille :
Ses membres sont meurtris et son âme est pareille
Aux coupes sans ivresse où s’effeuillent les fleurs.

Ayant bu l’amertume et la haine de vivre
Dans le flot triomphal des vignes de l’été,
Elle a connu le goût de la satiété.
L’éternelle amertume et la haine de vivre
Corrompent le festin où le monde s’enivre,
Étendu sur le lit de roses de l’été.

L’Automne, ouvrant ses mains d’appel et de faiblesse,
Se meurt du souvenir accablant de l’amour,
Et n’ose en espérer l’impossible retour.
Sa chair de volupté, de langueur, de faiblesse.
Implore le venin de la bouche qui blesse
Et qui sait recueillir les sanglots de l’amour.

Le cœur à demi-mort, l’Automne se réveille
Et contemple l’amour à travers le passé.
Le feu vacille au fond de son regard lassé.
Le cœur à demi-mort, l’Automne se réveille :
La vigne se dessèche et périt sur la treille…
Dans le lointain pâlit la rive du passé.

Renée Vivien, Cendres et Poussières, 1902

Dans le parc …

Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous
Les grands arbres d’où tombe avec un bruit très doux
L’adieu des feuilles d’or parmi la solitude,
Sous le ciel pâlissant comme de lassitude,
Nous irons, si tu veux, jusqu’au soir, à pas lents,
Bercer l’été qui meurt dans nos coeurs indolents.
Nous marcherons parmi les muettes allées ;
Et cet amer parfum qu’ont les herbes foulées,
Et ce silence, et ce grand charme langoureux
Que verse en nous l’automne exquis et douloureux
Et qui sort des jardins, des bois, des eaux, des arbres
Et des parterres nus où grelottent les marbres,
Baignera doucement notre âme tout un jour,
Comme un mouchoir ancien qui sent encor l’amour.

Albert Samain, Le chariot d’or

L’automne

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l’air sévère, ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Comme toutes les voix de l’été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ?
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l’eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller où les oiseaux s’envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Le silence est léger et calme ; par minute
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l’Amour qui jouait sous la bonté des cieux

S’en revient pour chauffer devant le feu qui flambe
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,
Et la vieille maison qu’il va transfigurer
Tressaille et s’attendrit de le sentir entrer.

Anna de Noailles, Le coeur innombrable

L’automne

De boue le chemin est devenu.
Les arbres encore vivement vêtus.
La pluie récente parfume l’air.
Un million de feuilles se couchent par terre.

A la descente de la brume,
le bois secret s’allume.
L’enchantement est divin,
le temps n’a plus de fin.

Errer dans le bois,
voler du passé,
ramasser du thym
gentiment faire du thé.

Rarement le silence reste
dans ce ruisseau fascinant.
Caresser tout le savoir
dans les bras de maintenant.

Chloe Douglas, 1991

Et vous, quel est votre poème préféré sur l’automne ?

Publié dans Histoires

Couleurs automnales – #BYNFRENCHCHALLENGE

pour byn

Ce mois, la sympathique communauté des bloggeuses/youtubeuses noires francophones a choisi comme thème  pour le  BYN French Challenge : « Couleurs automnales». 

J’ai eu peu de temps pour me préparer et ma muse partait dans tous les sens.

Après mille et une interpellations, elle s’est enfin canalisée et a choisi UNE voie. J’espère que c’était la bonne. 😀

 

Elle s’appelait Harmonie

 

2 et 2 ne font pas 4

2 et 2 font 22

22 secondes, 22 jours …

22 janvier ? 22 février ? 22 mars ? Aucune de ces dates n’a autant de valeur que le 22 septembre, le début de la fin, le plaisir de la souffrance…

 

 

En entrant dans ce magasin en début d’après-midi pour fuir la pluie diluvienne qui s’abattait sur la ville, jamais je n’aurais cru frôler mon double, découvrir mon autre.

Devant nos penderies respectives, nous avions opté de porter ce jour-là les mêmes couleurs : un haut rouge marsala et un pantalon bleu foncé. Notre stupéfaction, ton doux rire mêlé au mien si saccadé, nos sourires et numéros échangés, tout me revient en mémoire. Les souvenirs sont permanents et quand je refuse de leur ouvrir la porte, ils s’évertuent à entrer par la fenêtre.

 

Nous avions les même attitudes automnales : nous prenions un café chez Starbucks, toi à la gare du Nord, moi à la gare de l’Est.

Notre pause déjeuner s’effectuait dans les parcs pour profiter de cette nature qui laisse tomber sa robe classique verte pour une robe moulante rouge et jaune.

 

Nous étions sur la même longueur d’ondes. Nos tenues vestimentaires étaient en harmonie :

 

Le lundi, nos tenues se teintaient de gris souris lumineux

 

Le mardi de vert kaki

 

Le mercredi de jaune moutarde

 

Le jeudi de rouge marsala et bleu foncé

 

Le vendredi du chic rouge vif

 

Le samedi  de vert d’eau

 

Le dimanche de gris foncé  parce qu’à notre entendement le dimanche n’était que l’ombre du lundi.

 

Nous étions sur la même longueur d’ondes : nous projetions de faire un  doctorat dans l’une des prestigieuses écoles américaines, désirions découvrir l’Afrique Australe, avoir notre seul et unique enfant à 33 ans.

 

Tant de goûts similaires auraient effrayé le commun des mortels mais moi, cela m’enchantait. Je n’étais plus seule, j’avais trouvé mon autre.

Octobre est passé et dans mes yeux a disparu le regard d’amie que je posais sur toi. Tu étais devenue la sœur jumelle que je désirais, qui ne m’avait jamais été donnée par la providence.

L’automne apportait la monotonie aux autres habitants de Paris, à nous, elle apportait de la vivacité, de l’énergie. Je n’avais pas besoin de faire le plein de magnésium, de calcium et de vitamine C, tu étais là…

Notre harmonie était si puissante, si intense !

Nous étions la matinée et l’après-midi, pile et face d’une pièce de monnaie , nous étions UN

A peine, une pensée formulée à ton égard que tu m’appelais. Je partageais tes migraines, mes règles étaient devenues douloureuses. J’étais toi… jusqu’à ce mardi où tu es arrivée avec ce manteau orange tangerine.

J’avais respecté notre code couleur et je me trouvais ridicule. Tu étais assise à ma droite mais j’avais l’impression d’être à ta gauche, d’être différente, d’être une autre personne. Quand je t’avais demandé la raison de ce changement de code couleur, tu m’avais dit que tu avais besoin de fuir la routine, de changer tes habitudes. Ton regard doux et triste me disait bien que j’en faisais partie.

Nos rencontres se sont espacées dans le temps, la durée de nos appels s’est rétrécie. La lumière de nos échanges a faibli, notre relation a pris froid.

Tu avais décidé de faire un MBA en Afrique du Sud, fini notre projet de doctorat.

Tu avais décidé de faire un enfant maintenant, fini le projet de donner mon prénom à ta fille.

Tu avais trouvé ton autre, ton semblable. L’énergie que tu me donnais, tu la fournissais maintenant à celui que je ne serais jamais : un homme…

 

© Grâce Minlibé

 

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