Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Le silence des collines – Béatrice Uwambaje

Une Rwandaise témoin du génocide revient, 23 ans après, sur les lieux du drame. Entourée de son fils survivant et de ses deux enfants métis, elle tente de rétablir la relation avec ceux qui sont désormais les acteurs d’une société transformée. Le personnage-narrateur, un double qui regarde l’auteur, observe, se souvient, scrute, analyse. A la fois intime et pudique, son récit oscille entre évocation, litanie, métaphore passé, présent. Un témoignage sensible et puissant sur ce que peut la littérature après l’irréparable.

l'Afrique écrit

Elle s’appelle Mutesi. Témoin, victime du génocide des Tutsi en 1994. Son mari et sa mère n’y ont pas survécu. Elle retrouve son pays 23 ans après la tragédie. Comme un pèlerinage, elle revient sur les lieux du drame.

Si avec Scholastique Mukasonga, les collines murmurent, avec Béatrice Uwanbaje, elles sont sous silence. 

Et toutes ces collines de Buhoro, Kabali, Mvuyekure ? Celles-là auraient pu dire quelque chose tout de même ! Elles lui appartenaient comme on appartient à une mère bienveillante ! Elles ont aussi brillé par leur silence…

Mutesi fait la rencontre d’un Rwanda transformé. D’un Rwanda moderne qui ne se lamente pas, est allé de l’avant.

Si au début de ma lecture, j’ai eu l’impression que Mutesi en voulait à ceux qui avaient décidé d’aller de l’avant après le génocide des Tutsi de 1994,  détestait ce que son pays était devenu, j‘ai compris par la suite que ses mots cachaient une grande douleur. Mutesi n’avait pas encore réglé ses comptes avec le passé.

– Mana we, Mon Dieu, je crois que nulle part ailleurs dans le monde, les tueurs n’ont été plus efficaces dans leur « travail ». Tuer n’aura été aussi bien fait que dans cette ville.

A ce niveau de tueries, de barbarie, ce n’était plus vraiment le « travail » ! C’était purement et simplement de « la haute couture ». Méticuleux comme il faut ils étaient.
Méthodiques, studieux, nous les avons vus aller de maison en maison, de quartier en quartier comme si un trophée les attendait à la fin de la saison… On aurait dit qu’aucune négligence, aucune légèreté, ne leur était permise. C’est avec une précision exemplaire qu’ils ratissaient quartier par quartier, colline par colline. Aucune ruelle n’a été oubliée…Les finitions étaient parfaites.

En plus, comprendre signifierait peut-être pardonner,
Et je n’ai pas la force de pardonner, qui que ce soit.
Tant pis, je serai de ceux qui ne sauront jamais pardonner.
De ceux qui se contentent de faire semblant.

Aller de l’avant ne signifie pas oublier. Je suis admirative de ce Rwanda qui a réussi à relever la tête, a décidé de penser en nation et non en clan ethnique. 

– Mais non Mutesi, quelle question ! Les cartes d’identité « ethniques» n’existent plus, la seule réalité reconnue aujourd’hui est qu’il n’y a pas d’ethnies au Rwanda, il n’y a que des Rwandais.

Ce roman témoignage ne figure pas dans mes lectures mémorables mais j’ai beaucoup apprécié l’évocation de la culture du Rwanda, ses rites, l’organisation des familles et l’insertion des proverbes.

« Ne te lasse pas de crier d’être en vie et tu n’entendras plus d’autres cris ».

« Les enfants élevés par une femme seule doivent avoir l’intelligence de n’importe quel autre enfant, à laquelle il faut ajouter l’intelligence des orphelins. »

La plume de l’auteure est une première fois pour moi. J’ai découvert une plume lyrique, un style accessible, descriptif qui m’a parfois lassée en raison des répétitions et de la baisse d’intensité dans les péripéties narrées.

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Éditeur : Sépia

Date de publication : Mars 2019

Nombre de pages : 262

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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