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Il est à toi ce beau pays, une oeuvre magistrale

« Il est à toi ce beau pays » présente l’Afrique appétissante, gâteau de l’un, débouché économique de l’autre ;  l’Afrique, ce continent dévisagé, remodelé, privé de sa substance. Mère à qui l’on n’a pas laissé le temps de faire le deuil. Après avoir perdu ses fils, on la prive de ses terres.

« Il est à toi ce beau pays » expose le passé douloureux de l’Afrique, glorieux de l’Europe…

On entend d’abord la voix dépressive d’Ota Benga, Pygmée congolais du peuple des Mbuti qui a été notamment exposé au zoo du Bronx de New York en 1906.

La voix puissante et dominatrice des colons se fait aussi entendre, notamment celle de Léopold, roi des Belges. On découvre (ou redécouvre) toute la stratégie politique de l’Occident pour s’approprier ces terres africaines entre 1873 et 1896.

Entre-temps, pour échapper à la soumission irréversible, il fallait mettre en oeuvre un ensemble de principes : civilisation, christianisation et commerce.

« Et surtout, il faut du temps, pour coloniser, continua-t-il pour lui même. Car il ne suffit pas de préparer les expéditions. Il faut préparer l’opinion ! Il faut persuader le peuple du bien-fondé de nos actions outre-mer. Il faut le pétrir de bons sentiments, lui faire miroiter des actions humanitaires à la pelle ! La civilisation, l’aide au développement, le partage des valeurs de la vieille Europe et autres balivernes…

Le partage de nos valeurs ! s’emballa le petit homme. Comme c’est malin ! Qui pourrait refuser une idée si généreuse ?

« Très bien, cet article, très bien, se félicitait Jules Ferry, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, les favoris traînant sur Le Figaro du jour. Il tombe à point pour l’ouverture de la conférence de Berlin. La chance de l’Afrique, c’est la France ! Pas l’Angleterre, pas la Belgique, mais la France ! Il faut que tout le monde le sache !

“Pour mes cinquante ans, je veux devenir roi du Congo.” Dixit Léopold, roi des Belges

Léopold est un homme abject, Jules Ferry également. Je suis désolée mais je n’ai aucune estime pour ceux qui ont favorisé la suprématie blanche.

Mon cœur s’est serré en lisant toute la violence de la colonisation, toute la naïveté des indigènes qui signent des papiers sans lire. Ils avaient confiance, peau noire, cœur blanc…

Jennifer Richard révèle une vérité essentielle :

Peu à peu, il avait compris qu’il n’existait pas de conscience africaine à l’échelle du continent. La solidarité ne fonctionnait qu’à hauteur de tribu. Nombreux étaient les chefs de clan qui effectuaient des rapts dans les villages voisins, en échange de quelques pièces d’étoffe.

 

J’ai constaté une fois de plus avec dégoût que la politique internationale n’a pas changé de 1800 à 2018. 

« Ce que je veux vous dire, c’est que les Européens ont une fâcheuse tendance à dénoncer les atrocités des chefs africains pour donner un vernis de légitimité à leurs invasions. Mais leur immixtion a pour effet de déstabiliser le continent. »

N’est-ce pas ce qui s’est passé avec Kadhafi ?

Ce roman décrit parfaitement la philosophie occidentale :

« Ah, l’Europe ! Bien sûr. Cette entité prométhéenne s’est proclamée juge universel. Et pendant qu’elle accuse, on ne voit pas que ses pieds trempent dans le sang.

– Tu vois l’Europe plus cynique qu’elle n’est.

– Vraiment ? Tu penses que vous avez renoncé à l’esclavage pour le bien-être des Africains ? Vous n’avez fait que supprimer un système qui profitait à certaines nations plus qu’à d’autres. D’ailleurs, vous n’avez pas supprimé l’esclavage. Vous n’avez fait qu’effacer le mot. L’Europe aime les concepts. Enrobe tes meurtres des mots civilisation et liberté, et tu verras, on te pardonnera tout.

“Voyez ? C’est tout le problème avec vous, les Européens. Vous êtes choqués dès qu’on touche un cheveu de vos congénères. Alors, vous vous délectez des supplices qu’ils ont subis, vous vous en repaissez comme des porcs, en faisant semblant d’être traumatisés. Il ne s’agissait pourtant que de sept marchands sans vergogne. Mais les autres ? À l’instant, je vous ai parlé de mille huit cents morts dans notre camp et ça ne vous a fait aucun effet. Pas de réaction, pas le moindre battement de cils. Pourtant, ils ne sont pas morts dans leur sommeil, eux non plus.”

Constat déplorable que j’ai fait ouvertement sur mon blog en parlant de la Somalie.

« Il faisait partie de cette caste de rebuts qui n’avaient pas trouvé leur place en Europe et qui partaient en quête d’aventure, d’argent et de respect. »

N’est-ce pas ce que les migrants font ? Un acte qui a été applaudi hier et qui est désapprouvé aujourd’hui. Comme le dit Emmelie Prophète dans son livre, la libre circulation devrait se faire dans les deux sens !

La communauté occidentale actuelle doit-elle se sentir coupable ? L’un des narrateurs a une réponse : la culpabilité est personnelle, elle n’appartient pas à la communauté.

Chacun devrait donc se poser les questions sur les conditions de vie des personnes qui cultivent les matières premières et nous permettent d’avoir vélo, vêtement, téléphone portable.

 

Jennifer Richard raconte la vie des explorateurs qui ont favorisé cette pénétration en Afrique Centrale : Stanley, Brazza et bien d’autres figures historiques comme David Livingstone, Joseph Conrad.  Elle dévoile leurs obsessions, ambitions, quêtes de gloire, de reconnaissance, de fortune.

J’ai beaucoup appris sur Brazza et Stanley. J’ignorais que le premier était d’origine italienne et que Stanley n’était pas le vrai nom du second.

J’ai perçu une différence d’idéologie entre ces deux hommes. Brazza apparaît plus humain dans ses rapports avec les indigènes.

Jennifer Richard ne parle pas que de l’Afrique, ses enfants partis contre leur gré, ceux qui ont vécu l’esclavage, la ségrégation font entendre leurs voix. Des femmes, des hommes qui doivent survivre, se trouver une place dans une société qui est devenue la leur mais qui ne veut pas d’eux.

J’ai découvert des figures importantes du peuple afro-américain comme W.E.B. Du Bois, Booker T. Washington, George Washington Williams.

L’histoire des Etats-Unis ne pouvant être contée sans la colonisation européenne des amérindiens, l’auteure l’aborde dans ce roman.

 

 

Si je le pouvais, je demanderais un standing ovation pour louer son travail colossal. J’étais bouche bée en parcourant la bibliographie utilisée pour ce roman.

J’ai apprécié sa plume sans fioritures, le vocabulaire adapté à l’époque. Les descriptions des lieux sont suffisamment élaborées pour qu’on se les représente.

Le roman comporte trois grandes parties subdivisées en plusieurs chapitres qui correspondent à des dates. Les chapitres sont très courts et permettent de tenir le rythme de ce gros pavé de 756 pages !

C’est un roman magistral, une lecture utile que Jennifer Richard offre au public, dommage qu’il n’ait pas la médiatisation qu’il mérite. 

C’est presque un coup de cœur pour moi. Je vous le recommande vivement.

 

GM signature

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L’Anté-peuple de Sony Labou Tansi

J’ai décidé de découvrir des livres qui ont reçu des prix littéraires en particulier des prix littéraires africains. J’ai débuté avec le Prix Ivoire et aujourd’hui je découvre le Grand prix littéraire d’Afrique noire.

Le Grand prix littéraire d’Afrique noire est attribué chaque année par l’association des écrivains de langue française, l’ADELF, reconnue d’utilité publique depuis le 19 juillet 1952, dont le but est de « promouvoir l’œuvre des écrivains qui, à travers le monde, s’expriment en français ». Le prix est ouvert aux « écrivains de langue française originaires de l’Afrique subsaharienne, ou à un ouvrage concernant cette zone géographique, en excluant les traductions »

J’ai donc lu le lauréat de 1983 : Sony Labou Tansi pour l’anté-peuple.

 

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Résumé de l'oeuvre

Époux et père modèle, fonctionnaire intègre, directeur adjoint de l’Ecole normale d’institutrices de Kinshasa, Dadou est, au Zaïre, un citoyen exemplaire. Mais les charmes de Yavelde, l’une de ses jeunes élèves, mettent sa vertu à rude épreuve… Comment résister à la tentation, en Afrique et ailleurs ? Ainsi recommence pour l’honnête, le tendre et lucide Dadou une aventure à la fois extraordinaire et terrible. Elle le conduira des geôles de son pays au maquis contre-révolutionnaire de l’Etat voisin dont il sera chargé d’exécuter le « Premier » représentant du pouvoir « anté-peuple ». Il s’apercevra alors que sous les régimes les plus différents la « mocherie » règne, identique et indéfiniment renouvelée.

 

 

l'Afrique écrit

Dadou est particulier dans son attitude, ses réflexions. Il pense différemment du commun des mortels, il a un penchant particulier pour le mot « moche », la mocherie. Dadou semble ne pas vivre, il existe tout simplement. Il s’est d’ailleurs marié parce que tout le monde se mariait.

C’est un homme ordinaire mais avec quelque chose de singulier. Cette singularité le rend attachant. Je l’ai encore plus admiré en le voyant lutter contre son attirance pour Yavelde. C’est un homme intègre, vertueux mais ce qu’il ressent pour cette belle jeune fille le ronge. Ne voulant pas succomber à la tentation, il se réfugie dans l’alcool. La gamine comme il aime l’appeler commet l’irréparable, un acte qui va priver Dadou  de sa liberté, sa famille.

Le peuple en effet, décide de faire justice à la jeune fille en privant Dadou des siens. La justice populaire est terrible et je l’ai encore vu ces derniers jours avec le meurtre de ce militaire ghanéen lynché par la foule.

Mais quel est donc ce pays où des citoyens croupissent en prison sans être jugés ? Quel est ce pays où la terreur hante le peuple, où les habitants surveillent chacun de leurs mouvements pour éviter de subir les humeurs du régime dictatorial ?

L’auteur à travers ce roman pointe du doigt l’abus du pouvoir, le chaos social.

J’ai apprécié ses phrases percutantes, philosophiques.

« Mais pourquoi donner un jour de paradis à quelqu’un qui a cent jours d’enfer? Pourquoi enseigner quinze minutes de bonheur à un malheureux à vie? »

 

Tu ne vas pas laisser quelque chose au fond de ta vie, faut tout vider. Il n’ y aura personne pour boire le reste. Chaque vie se doit de vider sa coupe

 

Elle était fort amoureuse de lui. Mais Dadou n’avait plus ce cœur qui aime. Il avait l’autre cœur : celui qui oublie.

 

Mais quoi qu’on dise du cœur, ce qu’est le cœur, seul, le cœur le sait.

– Le cœur, répéta Dadou. C’est le coeur qui peut-être nous trahit. Tout le reste nous est fidèle. […] Oui, le coeur, c’est lui qui nous bouleverse. Le reste est obéissant. Le reste nous comprend, mais pas le coeur.

 

C’était en ces temps troubles où les grandes amours traversent le pont des réalités. Et sur l’autre rive, la tempête, les crises, le sang.

 

J’ai apprécié son langage imagé, l’usage des figures de style comme la personnification, les métaphores :

Dans ce temps, les choses abstraites se personnifient : le temps l’avait trahi et continuait à le trahir ; Le temps lui avait toujours menti, sans vergogne.

 

Avant, je comptais sur le temps. Mais le temps devient impuissant. Le temps ne bande plus.

 

L’attention de l’auteur est focalisée sur le corps. Chair, viande, sang, on ne compte pas le nombre de fois où ces mots apparaissent dans le texte. Ils m’ont fait penser aux sacrifices. Peuple sacrifié, amour sacrifié, dignité sacrifiée ?

 

J’ai également apprécié les notes d’humour :

– Vous, un pêcheur, qu’est-ce que vous iriez faire là-bas ? Pourquoi demandez-vous le chemin de l’enfer ?

– Je connais un démon.

 

J’ai été touchée par l’amour fidèle de Yealdara pour Dadou. Cette jeune femme amoureuse de Dadou s’est donnée à lui corps et âme. Si une femme a causé la perte de Dadou, eh bien une femme lui a offert la rédemption.

J’ai apprécié l’univers présenté par Sony Labou Tansi. C’est un livre à décortiquer, à mâcher…

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Maison d’édition : Editions Seuil
Nombre de pages : 190

Date de publication : Septembre 1983

 

 

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Je remporte un point grâce à ce livre pour la nouvelle édition du CHALLENGE GOURMAND de titepomme sur Livraddict et 5 points pour le challenge des petits livres organisé par Liliaza sur Livraddict.

 

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Vous connaissiez l’auteur ? Que lisez-vous en ce moment ?

 

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La course des ombres, visage au charme fugace

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Les inégalités forgées par les hommes ravagent le monde. Pour cela, tout patauge dans un profond infini. La barbarie, la violence, la souffrance qui minent le monde sont de véritables plaies. Les âmes sont dans une éternelle course. Les maux sont décrits par les mots raffinés. Pour estomper ces ombres qui obscurcissent le monde, les poèmes d’amour viennent pour faire survivre l’espoir dans tous les cœurs abattus. La Course des ombres est donc la succession des péripéties dans nos vies.

Amis lecteurs, laissez-vous plonger dans cet univers où le poète se livre corps et âme à sa passion avec sa plume, son stylo et son charisme hors du commun. L’auteur nous fait entrer dans son univers, avec une élégance raffinée, tout en poésie et de toute beauté !

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Claude Jonel Zingoula m’a gentiment proposé de lire et de donner un avis objectif sur ses 99 poèmes regroupés dans la course des ombres. Je tiens à le remercier pour la confiance et la considération. 

Le poète nous propose un voyage en 4 temps. Il décline l’ombre en 4 moments : l’ombre de l’Homme, l’ombre du monde,  l’ombre de la vie et l’ombre de l’amour. 

A l’ombre de l’homme, le poète chante à nos oreilles la mélodie amère de l’ingratitude, de l’esclavage et de la politique africaine, le refrain de la femme qui trahit. Il rappelle les meurtres du tribalisme, le sacrifice de l’intégration, le doulouerux souvenir d’attentats. Il dénonce le racisme absurde.

 

Le 4 mars 2012, le sang a coulé,
L’horreur a, dans les coeurs, parlé,
Les familles se sont déchirées,
Des cadavres on s’est vu entourer,
Cela ne vous affecte en aucun cas,
Nous payons le prix de chacun de vos pas.
Combien de fois allons-nous pleurer ?
Vous êtes là à vous leurrer,
Nos pleurs semblent à vos oreilles
De tendres cris qui adoucissent vos sommeils.

Dans la rue quand je passe,
Nombreux regardent ma face,
Ma peau, disent : « tu es fort,
Bien portant, tes efforts
Pourront servir pour ta patrie,
Pourquoi, tu préfères rester ici
En France ? Songe à rentrer chez toi,
Car on est mieux chez soi ».
Oui, j’aimerais bien rentrer,
Auprès des miens respirer,
Mais les circonstances
M’obligent de rester en France.
Dans mon pays, on ne vit point,
Mais plutôt, on survit, sans foin,
Une personne qui travaille dur,
Qui à chaque pas est si sûr,
Se retrouve, à la fin du mois,
Avec un salaire qui tue son émoi.

Si tout congolais veut voyager,
C’est parce qu’il vit avec le danger.
Non parce qu’il veut faire du tourisme,
Mais il veut échapper au barbarisme.
Comprenez donc que pour ma part,
Je ne suis pas parmi vous par hasard.

O vent, vent funeste et rude,
Vent rempli de désespoir,
Pourquoi tu t’es sur nous abattu ?
Nous étions assis, heureux, chez nous,
Gais comme la tortue dans sa carapace,
Quand soudain, le vent a soufflé,
Ce vent, telle une vague qui efface
Les moindres empruntes de pas sur le sable,
A effacé en nous le droit de vivre indépendant.
O vent, vent ravageur,
A soufflé dans notre continent
Et a emmené l’Autre.
Il est venu, a découvert les richesses,
S’abreuve à la source et nous laisse
Mourir de soif.
O tristesse, ô bonheur perdu,
O rire qui par le vent a été emporté !
O malheur éternel,
O pauvreté qui s’approfondit
Par l’enrichissement de l’Autre

 

L’ombre de l’homme n’est pas que tristesse, le poète chante également l’ode aux femmes courageuses, aux femmes qu’il aime.

A l’ombre du monde, le Poète réveille notre sensibilité à la nature. Il chante la nature, s’émerveille des édifices. J’ai apprécié ces histoires en vers à l’allure de fable. J’ai pris plaisir à lire la sympathique histoire de l’amitié entre la chenille et la fourmi.

A l’ombre de la vie, le Poète se livre. Il dresse le portrait de son enfance. Nostalgique, il court après son ombre et celle de sa tendre mère…

A l’ombre de l’amour, le Poète accompagné d’une lyre chante la mélodie de l’amour. La poétesse romantique que je suis a apprécié ces vers 

 

C’est quoi l’amour ?
Ce vent qui nous fait vivre,
Cette chandelle dans la nuit,
Cette goutte d’eau qui nous enivre,
Cet abri quand gronde la pluie…
Quelle forme, quelle image,
Quelle définition adéquate
Pouvant conformer tout usage
Peut être à l’amour écarlate ?
L’amour, c’est le chant du coq
Qui retentit pour éveiller l’âme,
Il solidifie comme un roc
Le cœur par une douce flamme.
L’amour, c’est la petite rose
Qui éclot au petit matin
Dans une allée des lys moroses
Et suscite des regards anodins.
L’amour, c’est le couronnement d’un roi,
Le renouvellement d’un empire
Qui réinvente l’espoir et la foi
Et sèche un avenir qui transpire.

J’ai aimé certains poèmes, d’autres m’ont laissée indifférente.

J’aime les poèmes qui s’énoncent clairement et se comprennent aisément mais dans ce recueil, certains poèmes étaient trop simples. Le poème Belles lettres (page 73) en est la parfaite illustration.

Certaines rimes étaient également grossières, d’autres forcées.

Sur ma joue, les larmes,

Alertées par des cris d’alarme,

Ont tracé leur chemin, ô rage !

Afin de passer sans embouteillage.

J’ai été légèrement charmée par ce recueil. Il m’a manqué de l’originalité, de l’émerveillement, de la splendeur.

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Né à Brazzaville, Claude Jonel Zingoula est poète, dramaturge et comédien. Il a fait des études de langues et littérature. L’auteur a toujours été proche de la culture et de l’art.

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Polygamiques

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Avec Polygamiques, Natasha Pemba nous transporte dans  des contrées  existentielles et relationnelles les plus palpables de notre monde : la polygamie, le polyamour, la diversité culturelle, l’amitié, la famille. A travers les différentes nouvelles et les personnages qu’elle dépeint, on entrevoit que le mot « polygamiques » peut aussi représenter une sorte de mélange, une différence, une mixité, une rencontre de l’être de l’autre à partager avec un autre : une jeune fille qui vit un mal-être dans sa famille et qui va, inconsciemment, à la quête d’une autre famille la soumettant presqu’à l’envie, un vieux polygame marié à cinq femmes qui va obstruer la voie à un jeune qui se fait passer pour l’intellectuel du quartier, un jeune orphelin qui mendie l’amour de ceux qui lui font l’aumône, un polygame inassouvi qui veut toujours plus de bureaux, une adolescente qui va comprendre que l’homme Blanc est un homme comme les autres, une mère qui porte un lourd secret sur la situation de son fils, deux jeunes filles qui mènent une vie trépidante et qui ne rêvent que d’une chose : finir leur vie en Europe et épouser un Blanc qui mettra fin à leurs misères. 

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Ce livre m’a séduite par l’intermédiaire du blog littéraire novi-novi. Je m’étais promis de ne plus lire de recueils de nouvelles en 2016 mais je n’ai pas pu résister à ses jeux de phare au stand de La Doxa Editions au SILA 2016 (Salon du Livre Africain). Le salon s’est tenu à Abidjan en mai dernier. 

L’auteur à travers 8 nouvelles nous entraîne dans le cœur des villes de la République du Congo : Pointe-Noire, Dolisie, Mbinda, Brazzaville, etc… Elle décrit les habitudes des habitants de ces villes ;  elle nous relate leurs conceptions de l’amour, leurs histoires de cœur avec un réalisme frappant et un humour contagieux.

Un cœur qui aime d’amour ou d’amitié. Un cœur qui court après l’amour eros ou l’amour phileo.

Un cœur avide, gourmand qui ne se contente pas d’une seule personne à aimer. Un cœur qui se lasse de ce qu’il a, désire voir autre chose. 

La 1ère nouvelle « ma future belle-mère » présente deux femmes : une mère imparfaite et une belle-mère parfaite. Les qualités exceptionnelles de l’une révèlent les défauts de l’autre. Cette nouvelle nous présente une polygamie étrange, différente de celle que l’on a l’habitude de rencontrer sous les tropiques. 

La nouvelle « L’intellectuel du quartier » dépeint un polygame qui refuse de partager le podium de l’intelligence avec un jeune homme qui courtise ses filles et qui se fait passer pour un intellectuel

« C’est un imposteur  ! Je vais le désimposter » se disait-il 

« Jeune homme, j’ai le CEPE et j’ai le niveau de la maîtrise de mon époque. Vous, vous avez la licence et vous avez le niveau du CM1  de votre époque. 

J’ai apprécié le côté mordant du pater Bissila. Cette nouvelle m’a rappelé la rivalité des femmes dans certains foyers polygames. 

La nouvelle « Le mythe du Blanc » montre le piédestal sur lequel le Noir a placé et continue de placer l’homme Blanc. L’homme Blanc ne sera jamais polygame mais reste-t-il fidèle à sa femme jusqu’à la mort ?

 

Dans la nouvelle « L’amitié« , l’homme Blanc nous étonne encore lorsqu’il ne veut que l’amitié d’une femme que tous les hommes désirent. De quoi est-il donc fait, l’homme Blanc ? 

Les hommes de ce recueil aiment les femmes, ils ne peuvent se priver de leur présence. Ils se remarient quand leur première femme meurt et ne font pas attention aux maltraitances que fait subir leur nouvelle épouse à leurs enfants. 

Les femmes aiment aussi les hommes, elles ne se privent pas d’en avoir plusieurs dans leur vie pour des raisons matérielles ou dans le but d’avoir une progéniture. 

J’ai eu un énorme coup de cœur pour la nouvelle « Troisième bureau« . L’histoire est longue mais qu’est-ce qu’elle est plaisante ! Les personnages sont riches en couleurs, vivants et comiques.

Mélanie, personnage principal de cette nouvelle, redécouvre l’amour avec Odinga et est prête à vivre dans un foyer polygame en pensant qu’elle serait la dernière femme. J’ai admiré le « silence » de la première femme d’Odinga ; j’ai apprécié la bonté de Mélanie et son flegme aux premières pages de l’histoire ;  j’ai par-dessus tout aimé le profil psychologique du père de Mélanie. 

 

Mélanie. Tu dois savoir que la seule chose qui m’a empêché d’épouser autant de femmes que je voulais, c’était ma charge de pasteur. Ce n’était pas ta mère. Une femme ne peut rien imposer à son mari, tu m’entends ? Rien. Je ne voulais pas de problème avec Dieu.

Nous les hommes on a besoin de ça et puisque le code de la famille de notre pays ne l’interdit pas, pourquoi vivre en cachette ou s’en priver ? Il faut épouser autant qu’on peut.

[…]

Bête comme ta mère ! Tu croyais qu’un homme polygame raterait des occasions de devenir chaque jour un peu plus polygame ? Un polygame reste un polygame. 

Ce recueil de nouvelles au style léger, entraînant offre un agréable moment de lecture et de divertissement. Il suscite une très belle question : doit-on épouser toutes les femmes qu’on aime ? 

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Nombre de pages : 181

Date de publication : Mars 2015

Prix : 15 euros (10000 Francs CFA)

Vous pouvez la commander par mail à ladoxaeditions@gmail.com, en ligne sur http://www.ladoxa-editions.com.

lauteur

Née à Pointe-Noire, Natasha Pemba est une écrivaine et essayiste congolaise. Passionnée de philosophie et de littérature, elle s’intéresse beaucoup à la question du vivre-ensemble dans les sociétés multiculturelles. Vous pouvez la suivre sur son blog 

http://lesanctuairedepenelope.overblog.com/.

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Jazz et vin de palme

Jazz et vin de palme

Un livre qui figure dans le Top 10 d’une chroniqueuse émérite doit être inscrit à notre « wishlist » et c’est ce que j’ai fait.

Jazz et vin de palme est entré dans ma liste de « livres à lire » fin 2014. Le nom est resté dans un coin de ma mémoire, il s’est fait discret, si discret au point de devenir invisible…

En ouvrant la bibliothèque de mon père, il y a quelques jours grande a été ma surprise de voir Jazz et vin de palme ! Quelle ne fût encore ma surprise de voir que ce livre m’appartenait et que je l’avais reçu comme récompense de fin d’année en 3ème !

Ma bouche dessinant un large sourire, j’ai pris ce qui était mien, pris congé de la terre pour découvrir l’univers que voulait bien m’offrir Emmanuel Dongala sans me connaître.

Il a écrit ce livre pour moi, il a deviné mon goût pour le jazz, les belles lettres, les récits drôles, poignants, inspirants.

Que de belles fleurs lancées à cet écrivain. Sont-elles méritées ? Permettez que j’expose la cause de tant de louanges.

Jazz et vin de palme est un recueil de huit nouvelles.

L’étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali Tchikati est la 1ère nouvelle du recueil. Le narrateur, Kuzevo, nous plonge dans l’ambiance de Pointe-Noire et nous fait rencontrer Kali Tchikati, son ami qu’il n’avait pas revu depuis 5 ans depuis qu’on l’avait exclu du Parti unique. Kali raconte ce qu’il est devenu, annonce qu’il va bientôt mourir parce qu’ensorcelé par un oncle. Au fil des pages, il raconte l’opposition entre l’idéologie communiste et la religion occidentale et africaine, son rejet de cette dernière et ce que ça lui aura coûté.

Une entrée en matière assez légère, j’ai légèrement ri, l’histoire ne m’a pas emportée, c’est donc sans regret que je suis passée à la 2ème histoire : Une journée dans la vie d’Augustine Amaya .

Amaya est une commerçante de Brazzaville qui va à Kinshasa acheter des marchandises. Au poste de police de la frontière du Zaïre, la règle veut qu’on laisse sa carte d’identité, ce que fait Amaya. Malheureusement, sa carte s’égare. Elle se rend trois jours de suite au poste de police du Beach d’où elle ressort bredouille à chaque fois.

Elle s’y rend une énième fois ;  une énième journée où l’on observe l’absence de conscience professionnelle, l’abus de pouvoir de l’administration dont les horaires d’ouverture et fermeture des bureaux dépendent de l’humeur de ses agents.

Une journée où l’on assiste, impuissant au retard que prendra le commerce d’Amaya, à toutes ses factures qu’elle ne pourra pas régler à temps.  Cette nouvelle est l’hymne des présents infructueux, le chant de demain qu’on espère beau ; elle m’a rappelé Photo de groupe au bord du fleuve.

Dans la 3ème nouvelle, on fait le procès du père Likibi, garant de la tradition africaine dans le village de Madzala et la sous-région, doté de pouvoirs mystiques, accusé d’avoir provoqué la sécheresse dans le village en arrêtant la pluie le jour du mariage de sa fille et d’aller à l’encontre des lois anti-fétichistes du pays.

Les dialogues sont vivants, drôles ;  le vocabulaire coloré, intéressant. L’histoire s’achève sur un drame. Qui perd la vie ? A vous de le découvrir…

Un homme est recherché activement dans la 4ème nouvelle, son crime : avoir assassiné le président-fondateur de la nation. Un homme qu’on ne démasquera jamais, un homme tapi quelque part…

Cette nouvelle de 9 pages ne m’a pas transportée malgré sa dernière ligne qui véhicule un joli message : « L’homme, espoir d’une nation et d’un peuple qui dit NON, et qui veille… »

La 5ème nouvelle, la cérémonie, est celle qui m’a fait le plus rire. Un militant modeste communiste raconte avec un style dynamique, réaliste, humoristique sa vie de « rouge » et l’inauguration de la prise de fonction du nouveau directeur de l’usine où il travaille, poste qu’il convoitait.

Mon honnêteté m’oblige cependant à vous dire que moi aussi j’ai détourné, en un moment de faiblesse contre-révolutionnaire, des biens de la communauté nationale; mais aujourd’hui ma conscience est tranquille car j’ai payé ma dette envers la société et le parti. En effet, après un an de prison ferme et après avoir intégralement remboursé les trois boîtes de sardines, dont une était avariée, que j’avais « empruntées » un jour où il n’y avait rien à manger à la maison pour les gosses.

Au départ, quand ils nous ont demandé d’être rouge, je ne savais pas s’ils parlaient de la couleur des vêtements ou de la couleur de la peau.[…] Pendant un mois, je ne me suis habillé que de rouge. […]Dans notre pays, les services de sécurité, c’est-à-dire notre CIA ou notre KGB, utilisent souvent des femmes d’une moralité douteuse pour tirer des renseignements aux gens surveillés, eh bien chaque fois que je découvrais que l’une d’elles était une espionne de l’Etat, je faisais tout pour coucher avec elle en m’arrangeant pour toujours me déshabiller en pleine lumière afin qu’elle vît que même mon slip était rouge !

 

Je ne crois plus aux fétiches et je suis contre Dieu car la religion est le whisky… le chanvre… l’oignon… le morpion…. Le pion du peuple.

 

Jazz et vin

La 6ème nouvelle qui donne son titre au recueil, Jazz et vin de palme nous fait pénétrer dans le royaume de la politique-fiction. Le monde entier est envahi par des  extra-terrestres. Les organisations de sécurité mondiales se réunissent. Le délégué du Kenya propose qu’on discute avec le chef de la tribu des envahisseurs autour de verres de vin de palme. Des études scientifiques ont montré qu’ils étaient réceptifs à la musique de John Coltrane et au vin de palme.

Cette nouvelle est un prélude à la dernière nouvelle du recueil : A love supreme où Emmanuel Dongala écrit sur la tragédie du musicien John Coltrane à la recherche de l’absolu, une tragédie qui apparaît comme un écho, et peut-être une réponse à la tragédie collective décrite dans les premières nouvelles.

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle parce qu’elle m’a ramenée à mon présent d’auteur inconnu. Les mots de John Coltrane m’ont émue, boostée. Sa musique m’a transportée.

Du jazz, du vin de palme ? Oui, j’en veux et à volonté ! Et vous ?

Ps : Oui, vous savez compter, il manque une nouvelle. Je n’ai pas du tout compris sa place dans le recueil, j’ai donc préféré économiser mon temps et des mots en l’omettant. 😀

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Âmes sœurs – Tome I, Nous ?

Lara est une jeune étudiante souriante, vive, et pleine de vie. Elle dissimule pourtant un lourd secret, qui la handicape depuis l’enfance. Une fois tous les ans depuis onze ans, elle combat ses cauchemars, et se relève immanquablement, plus forte que la fois précédente.
Richard est un enseignant-chercheur passionné de mathématiques. Énigmatique, calme et imposant, il est tout ce que Lara déteste. C’est un homme, cette raison seule suffit.
Entre Lara et Richard, un duel s’engage. D’affrontements violents en affrontements sensuels, une corde se noue, un lien se tisse. Avec une inéluctabilité effrayante. Lara, la femme-enfant aux ailes brisées, et Richard, l’adulte froid et mystérieux, réussiront-ils à briser ce lien avant qu’il ne se noue irrémédiablement, établissant entre eux une chaîne indestructible ? Deux êtres aussi différents et torturés peuvent-ils trouver l’apaisement ensemble ? Peuvent-ils redéfinir le don de soi, le rapport à l’autre ?

« Un choc, un souffle qui se perd. Une chute, la peur, des mains, le soulagement. Des paupières qui frémissent, s’ouvrent sur un regard… Et s’y perdent.
Vous est-il déjà arrivé de rencontrer quelqu’un, et de vous dire que vous avez trouvé LA personne ? Vos yeux se croisent et vous savez, vous savez de manière certaine que cette personne va changer votre vie à jamais. De quelle façon ? Vous n’en avez aucune idée, mais il est plus qu’évident pour vous que vous êtes à un tournant de votre existence.
Ça aurait dû se passer comme ça. En théorie. J’aurais dû savoir que la collision -au propre comme au figuré- de nos deux vies allait provoquer un incendie. C’est comme ça que j’appelle le brasier incandescent qui surgit lorsque nous sommes en présence l’un de l’autre, un terme plus approprié me viendra sans doute à l’esprit un jour. Ou pas.
Mais vous devez vous demander de quoi je parle. Reprenons depuis le début, voulez-vous ? »

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L’auteur, à l’occasion de la sortie du 1er tome de sa saga l’automne dernier, avait lancé un jeu-concours sur son blog qui permettait de gagner un exemplaire du roman. N’étant pas très chanceuse en matière de jeu-concours, j’avais été très surprise de figurer parmi les gagnantes.

Âmes sœurs est un roman psychologique. Dans ce genre de littérature, le personnage et sa caractérisation sont plus développés et approfondis que dans un autre genre : l’auteur s’attache à l’analyse psychologique de ses personnages. Le roman psychologique peut ainsi s’appeler le roman de l’« homme intérieur ».

Dans de nombreux cas, l’écrivain utilise les techniques de courant de conscience ou de monologues intérieurs pour mieux illustrer le travail interne de l’esprit humain, ainsi que l’inclusion de flash-back. Une autre ressource utilisée pour rechercher à l’intérieur des personnages, est l’utilisation de textes émanant directement du personnage, comme des journaux intimes ou des correspondances.

 Bien ! Ne restons pas à la porte de ce roman, entrons dans le séjour.

Comment décrire ce livre ? C’est comme entrer dans un restaurant qu’on a découvert en faisant une balade dans le quartier. Un samedi soir, on se laisse tenter et on y entre. On consulte le menu, on tombe sous le charme d’un plat de résistance que l’on commande sans tarder. Un serveur nous apporte un plat, petite déception : c’est un apéritif offert par la maison, ce n’est pas le plat de résistance que l’on attendait.

Pas grave, notre estomac est assez grand. On consomme l’apéritif.

Le serveur revient avec une autre assiette, une entrée toujours offerte par la maison. Ok, on mange.

Le serveur vient à nouveau avec une autre entrée. Le taux d’impatience monte crescendo. Où est donc le plat de résistance ?

On projette de quitter le restaurant en se promettant d’avertir tous les internautes sur la qualité de celui-ci quand le plat de résistance arrive enfin …

Aux premières pages du roman, on découvre Lara, une jeune étudiante d’origine africaine et sa joyeuse bande d’amis : Aude, Xavier, Souma… On découvre comment ils se sont connus, leurs activités à la fac (on a en cet instant un peu de nostalgie) et en dehors de celle-ci.
On assiste à la première rencontre de Lara et Richard, leurs premiers échanges, leurs premières impressions. On s’attend à ce que l’histoire commence mais non. Les joyeux amis refont surface !
Ils sont sympathiques, je l’accorde, mais décrire leurs péripéties sur plus d’une centaine de pages alors qu’on s’attend à lire une histoire d’amour, c’est trop… La lecture devient lassante, on commence à lire en diagonale.
Le roman prend ensuite l’allure d’un entonnoir, nous fait pousser un cri de joie. Ça y est ! La multitude de personnages s’efface, adieu la bande d’amis ! Seuls restent en piste ceux qui nous intéressent vraiment : Lara et Richard, l’étudiante et le professeur, l’élève et le maître…

Richard est l’homme dont toute femme rêve. Quelle femme, en effet, n’aimerait pas être courtisée par le RIB : le Riche, Intelligent et Bel Homme ?

Richard est parfait, singulier dans sa façon d’être, sa façon de faire.

Je ne savais pas qu’embrasser quelqu’un pouvait être un acte aussi … Voluptueux. On aurait dit deux créatures majestueuses se battant pour la suprématie sur l’autre. Une bagarre mi-brutale, mi-lascive durant laquelle ils se mouvaient sans bruits, bougeant avec une grâce insolente pleine de violence contenue.

 

-Je vais t’apprendre à me vouloir autant que je te veux. Je vais t’apprendre à être aussi affamée que je le suis.

Je marque une pause, pour la laisser s’imprégner de mes exigences. Ses yeux s’agrandissent, effroi, avidité. Elle commence à prendre la mesure de ce que nous allons devenir. Nous. C’est troublant.

Je poursuis :

– Je vais t’apprendre à me dévorer. Et seulement ensuite, je t’apprendrai à m’aimer.

C’était son dernier souhait.

– Tu ne vas pas m’apprendre à te désirer ? demande-telle, les yeux vibrants d’un défi silencieux. Il ne s’agit pas d’inconscience, réalisé-je, il s’agit d’audace.

– C’est quelque chose que tu as appris toute seule. dis-je, définitivement conquis.

 

Lara et Richard… Quelle attraction ! Quelle passion ! Quelle dépendance !

Leur rapprochement se fait très vite, le besoin soutenu de l’autre s’accroît. Leur relation est particulière, caresse, sensualité mais pas sexualité. J’ai beaucoup apprécié cette possession non sexuelle. Ça change des  sagas érotiques.

Petit bémol : les échanges entre Lara et sa conscience m’ont un peu gênée. J’ai eu l’impression de retrouver Anastasia de 50 nuances de Grey.

 

Lara et Richard intriguent. Ils se dévoilent au compte-gouttes. J’ai été émue par les quelques bribes de son passé que Richard a dévoilées, sa part d’ombre m’a effrayée.

Ils multiplient aussi les points d’interrogation dans l’esprit du lecteur.

Quel est le lourd secret de Lara ? Qui est vraiment Richard ? A-t-il un dédoublement de personnalité ?

Lara veut une relation exclusive, un duo mais seront-ils réellement que deux dans leur couple ?  La fin du Tome I ne nous conforte pas…

En résumé, ai-je apprécié ma lecture ? Oui, à 70%.

L’auteur a une belle plume, ses descriptions sont très bien faites, l’ossature du roman respecte bien celui du roman psychologique.

Ce Tome I est un joli mélange de peur, d’incertitude, d’audace, de lutte, d’abandon, de passion, de rêve, de mystère, de mixage de culture.

Le décor de la saga est planté, on s’attend à ce que le tome II soit tumultueux, fort en rebondissements et qu’il résolve tous les mystères.

Envie de vous laisser charmer par le beau Richard ?  Cliquez ici

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Demain j’aurai vingt ans

Demainjaurai

Pointe-Noire, capitale économique du Congo, dans les années 1970. Le narrateur, Michel, est un garçon d’une dizaine d’années qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amitié et de l’amour, tandis que le Congo vit sa première décennie d’indépendance sous la houlette de « l’immortel Marien Ngouabi », chef charismatique marxiste.

Les épisodes d’une chronique familiale truculente et joyeuse se succèdent, avec ses situations burlesques, ses personnages hauts en couleurs : le père adoptif de Michel, réceptionniste au Victory Palace ; maman Pauline, qui a parfois du mal à éduquer son turbulent fils unique ; l’oncle René, fort en gueule, riche et néanmoins opportunément communiste ; l’ami Lounès, dont la sœur Caroline provoque chez Michel un furieux remue-ménage d’hormones ; bien d’autres encore.

Mais voilà que Michel est soupçonné, peut-être à raison, de détenir certains sortilèges…

Mon Mabanckou aimé, mon Mabanckou à moi, toi qui me fais porter la main à la bouche afin d’éviter d’éclater de rire dans le bus

Que pourrais-je dire sur  ce livre que l’on ne sait déjà?

Il fait si doux quand avec ironie tu fais l’état des lieux de la politique africaine, l’impérialisme et la religion.

Je me sens joyeuse, je me sens revigorée quand je parcours tes livres.

D’après Grâce Minlibé

Un poème revisité de Maurice Carême pour exprimer tout le plaisir que m’a procuré la lecture de Demain j’aurai vingt ans.

Le style de l’auteur est fluide, les personnages attachants, les dialogues vivants; les lignes de ce livre regorgent d’humour, de soleil, de douceur, de tendresse, de vie.

Moi, je te garderai aussi dans mes châteaux qui sont dans mon cœur, là où personne ne viendra te faire du mal…

Maman Pauline m’a d’abord dit d’aller me doucher, de bien frotter les aisselles, les fesses et là où on fait pipi. Je n’aime pas quand elle dit ça. Est-ce que quelqu’un de normal peut se doucher sans laver ses aisselles, ses fesses et là où il fait pipi? Si quelqu’un ne lave pas ces parties, pourquoi donc il se douche?

Avec ce livre, on retombe en enfance, on retrouve l’innocence, on se rend compte combien l’amour , l’amitié et la famille sont si importants pour la construction d’une vie.

Les clins d’œil répétitifs faits à la politique peuvent lasser mais quand on arrive aux passages où la fleur de l’amour éclot, on oublie tout…

Aidez-moi à trouver une oeuvre passionnante à lire sinon je risque de dévorer un autre livre d’Alain Mabanckou 🙂

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre

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Verre Cassé

verrecasse

L’histoire « très horrifique » du Crédit a voyagé, un bar congolais des plus crasseux, nous est ici contée par l’un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d’en faire la geste en immortalisant dans un cahier de fortune les prouesses étonnantes de la troupe d’éclopés fantastiques qui le fréquentent.

Avez-vous envie de passer un pur moment de détente? Vous voulez rire et ne pas voir le temps passer? « Verre cassé » est ce qu’il vous faut.

Je ne peux pas compter les éclats de rire que j’ai eus durant ma lecture. Alain Mabanckou joue avec les sentiments, les idées, les mots.

Lire Alain Mabanckou c’est comme prendre une douche bien froide en pleine canicule. Son style est rafraîchissant et captivant.

Que dire des personnages. Ils sont si grotesques, si sublimes!

Vous serez touché par la persévérance de L’escargot entêté, le langage rythmé et le talent ironique de Verre Cassé, la déconvenue du type aux Pampers, les grands airs de L’Imprimeur et le côté rustre de Robinette.

Attention de ne pas trop vous attacher à eux. Vous finirez par être un habitué du Crédit a voyagé.

J’enchaîne avec un autre livre de Mabanckou. Quand on découvre un auteur talentueux, il ne faut pas le lâcher.

Grâce Minlibé

Auteure de Chimères de verre