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Les transparents – Ondjaki

Les Transparents (Points) (French Edition): Ondjaki, Danielle ...

Je remplis lentement mais sûrement ma carte d’auteurs africains. A la recherche d’auteurs angolais, je suis tombée sur ce roman d’Ondjaki. Convaincue par la 4e de couverture, je l’ai inséré dans ma wishlist et obtenu dans le swap sur les merveilles.

 

Le récit s’ouvre sur un incendie. Un aveugle demande à son compagnon qui est un marchand de coquillages la couleur de ce feu qui monte du sol vers le ciel de Luanda.

Trois autres personnages sont également confrontés à cette gigantesque danse de jaunes qui se propage dans le ciel. L’homme s’appelle Odonato, sa femme Xilisbaba, son amie MariaComForça. 

 

Sans aucune indication temporelle, on se retrouve dans l’Immeuble qui avait sept étages et respirait comme un être vivant. Au 1er étage, une source d’eau douce, causée sans doute par une fuite intarissable, coule en abondance.

Au 4e étage, il y a Edù qui marche avec difficulté à cause d’une hernie gigantesque

Au 5e, vit le CamaradeMuet, complaisant et silencieux

Au 6e vivent Odonato et sa famille. Il a la nostalgie du Luanda d’autrefois, il a cessé de manger pour laisser la nourriture à ses enfants et est en train de devenir transparent. Son fils aîné survit grâce à des vols.

Il y a MariaComForça, qui vend du  poisson grillé, et son mari, Joaodevagar, le débrouillard, qui cherche à gagner de l’argent par tous les moyens possibles.

Et Paizinho, le jeune garçon qui cherche à la télévision sa mère dont il a été séparé à cause de la guerre.

L’Immeuble abrite aussi des journalistes, des chercheurs. Tout ce beau monde se croise, échange sur son quotidien, ses peines, ses espoirs, les cicatrices sociales laissées par la guerre. 

Des hommes, des femmes qui se réfugient dans l’Etre invisible parce qu’ils n’ont aucun recours dans le monde visible. 

–  Comment est-ce que vous tuez les microbes ?

–  en priant

– comment ?

– je prie, je demande à dieu qu’il les tue. ça ne sert à rien de faire bouillir l’eau, j’ai vu ça à la télé, nos microbes d’ici, ils aiment l’eau bouillante, l’eau de javel aussi, qui tue plus d’enfants que de microbes alors je prie

 

Une foi dont se servent les rapaces pour alimenter leurs poches…

A ne pas oublier, ce Facteur qui distribue ses lettres de protestation et réclame une mobylette à tous les représentants d’une autorité quelconque. 

Ces derniers semblent être issus d’un prototype unique : tous intéressés par les richesses naturelles du pays, ils se servent de leur autorité pour en tirer profit. Ils sont obnubilés par leur cupidité, l’auteur en usant de figures de style comme l’ironie décrit l’absurdité de leurs préoccupations. 

 

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extrait transparents

 

On ressent la satisfaction des puissants, la saudade des pauvres, ceux dont on ne tient pas compte et qui finissent par devenir transparents. 

L’écriture d’Ondjaki est exquise. J’ai mis deux semaines à lire cette oeuvre de 400 pages. L’imagination poétique et l’habileté narrative de l’auteur demandent un haut niveau d’attention. Ce roman a été un vrai exercice d’écriture pour la jeune écrivaine que je suis. 

 

Ce fut une lecture intéressante, une agréable découverte mais je suis restée sur ma faim. Certains faits ont manqué de développement selon moi notamment l’exploitation des eaux par l’un des puissants. 

 

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Throwback Thursday Livresque 41 avec Kivu

Thème de cette semaine : Super-héros

J’ai failli passer mon tour car mon esprit a directement pensé à Marvel et compagnie, littérature de l’imaginaire.

Heureusement, je suis persévérante ! J’ai pensé aux héros des temps modernes, ceux qui font bouger les lignes, font leur possible pour rendre ce monde meilleur et j’ai pensé à cette bande-dessinée qui évoque un super-héros africain. 

Couverture Kivu

François Daans, ingénieur pour un puissant consortium industriel, part négocier un important contrat au Congo. Il ne sait pas grand-chose sur ce pays, à part qu’il détient toutes les principales ressources nécessaires à la fabrication de nos technologies modernes. Une fois extraites, celles-ci sont envoyées au Rwanda où elles sont transformées puis vendues aux grands groupes.

A peine arrivé sur place, il découvre le véritable visage du Congo. La corruption qui gangrène le pays, les massacres qui ont lieu quotidiennement ou encore les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre,… Quand son chemin croise celui de Violette, une jeune adolescente qui a fui son village alors que celui-ci était attaqué, le but de sa mission change de directoire…. 

 

 

François va rencontrer le Dr Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes. Il répare leurs corps mais aussi leurs esprits, leur donne un nouvel élan. Cet homme est formidable et on devrait tous à notre niveau, là où nous sommes être des Dr Mukwege.

Porter assistance, dénoncer. On n’a pas le droit de vivre notre petite vie en ignorant les souffrances de l’autre qu’il soit à quelques mètres de nous ou à l’autre bout du monde. 

 

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La thématique de la BD est percutante mais j’ai jugée cette dernière trop courte. 75 pages pour évoquer ce qui se passe au Sud-Kivu ce n’est pas assez. Il y a tant à dire sur ce qui s’y passe au Kivu. Le récit n’est pas allé en profondeur. Le sujet très vaste mérite d’être développé sur plusieurs tomes. 

Après avoir lu une interview de Jean Van Hamme, j’ai mieux compris le challenge que ça a été pour lui. 

« Au début, j’étais un peu sceptique, car je ne voyais pas comment je pouvais mettre un propos didactique au service d’une bande dessinée. Enfin, moi, je n’avais jamais fait cela. Et puis j’ai eu l’idée d’en faire une sorte de reportage déguisé. » Source : le point.fr

 

L’auteur a ouvert une brèche… qui la refermera ?

 

 

Quel livre auriez-vous choisi ? Faites-moi sortir des sentiers battus ! 

 

PS: Vu qu’on parle d’humanitaire, j’en profite pour parler de l’organisation à laquelle j’appartiens : CHARITIS. Pour en savoir plus, cliquez ICI

fleur v1

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Le tueur en série de la cité perdue

Je lis rarement des œuvres guinéennes, l’opportunité m’a été donnée au SILA 2018. Le volume du livre (moins de 100 pages) et le résumé m’ont poussé à acheter Le tueur en série de la cité perdue de Mamady Koulibaly. C’est un roman policier et je suis activement à la recherche de polar africain francophone.

l'Afrique écrit

Souleymane est un jeune guinéen qui a abandonné les bancs de l’école au secondaire. Il aimerait réussir mais de façon très rapide. Il aimerait gagner de l’argent assez rapidement. Son père a beau lui demander de continuer ses études, le jeune homme refuse. Il tente d’aller en Occident, il échoue à deux reprises mais ne démord pas. Il croit à l’Eldorado européen.

Un candidat à l’immigration est comme un chercheur d’or. Que les éboulements surviennent et emportent des âmes ; si le chercheur d’or n’y laisse pas sa vie, il poursuivra courageusement sa quête du bonheur. Il en est de même du migrant. La pirogue ou le navire peuvent tanguer ou même chavirer sous la pression des flots agités. Si le migrant s’en sort indemne, il voudra continuer l’aventure dans l’espoir de fouler un jour l’autre rivage de la Méditerranée.

 

Son ami Philippe tente de le raisonner, il peut réussir en restant au pays, demander l’aide de son oncle pour ouvrir un commerce. Il y a un hic, Souleymane s’est embrouillé avec son oncle. Philippe lui conseille d’aller voir Koro Sina, un charlatan qui facilitera leur réconciliation mais Koro Sina a d’autres plans d’acquisition de richesse.

Souleymane va les suivre et commettre des meurtres que le commissaire Youssouf et l’inspecteur Simakan s’emploieront à élucider.

Nous avons là un bref roman policier. Il ne fait ni frémir, ni réfléchir. Le meurtrier est connu d’avance, les meurtres vite résolus. Ce qui importe dans ce roman c’est le voyage et non la destination. L’auteur nous fait découvrir la Guinée Conakry, les maux qui la minent et aborde un sujet d’actualité : l’immigration clandestine.

J’ai apprécié ma lecture même si j’aurais voulu qu’elle soit plus haletante.

Pour l’acheter, cliquez ICI

 

Lisez-vous souvent des polars africains ? 

 

GM signature

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Le chasseur de lucioles, trente jours à Libreville

Comment ce livre est-il arrivé dans ma PAL ?

Je recherche activement les auteurs de roman policier africain en particulier les auteurs francophones. J’ai entendu parler de Janis Otsiemi, il y a deux ans. Son roman, les voleurs de sexe, était finaliste au Prix Ivoire 2016

Je l’ai noté dans ma wishlist mais Owali Antsia m’a plutôt recommandé de lire Le chasseur de lucioles, le meilleur à ce jour selon elle. 

Je l’ai donc inscrit dans ma wishlist d’anniversaire et ma sœur aînée a bien voulu me l’offrir.

 

l'Afrique écrit

Janis Otsiemi nous entraîne au Gabon, un pays que j’ai découvert grâce aux chroniqueuses africaines sur Facebook. J’ai découvert et pris goût à la langue française gabonisée, aux expressions françaises teintées de la couleur locale :

Malparler de quelqu’un : dire du mal de lui

Etre dans le nguimbé : être fauché

Ambianceur : fêtard

Bouya- bouya : embrouilles

combi : complice

cascadeur : homme qui entretient des relations sexuelles avec plusieurs femmes

onusienne : femme légère, frivole

katangaise / tuée-tuée : prostituée

 

 

Le chasseur de lucioles a pour cadre Libreville. Les événements se déroulent du Dimanche 1er juin au lundi 30 juin. 30 jours pendant lesquels j’ai visité les rues des quartiers de Libreville de Nzeng Ayong à Glass en passant par Akébé. 

Dimanche 1er Juin

Un type est retrouvé mort sur la plage du Tropicana. La nature criminelle de cette affaire ne fait aucun doute. Les policiers Louis Boukinda et Hervé Envame sont chargés de l’enquête. Très vite, le lecteur découvre l’identité du tueur et ses futurs projets. On est impressionné par ses attaques à main armée dignes des films d’action américains. J’étais curieuse de savoir comment Boukinda et son collègue mettraient la main sur lui. Hélas, les complices  de ce dernier ainsi que le duo de policiers Koumba – Owoula ne vont pas leur faciliter les choses.

Samedi 7 juin

Une femme est retrouvée morte dans un motel à Nzeng-Ayong. Le duo de policiers Koumba – Owoula est chargé de l’enquête. Les meurtres se succèdent, tous horribles les uns que les autres.

La police de Libreville n’était pas celle de New York. Ici pas de médecins légistes ni de police scientifique. Il fallait faire avec les moyens du bord. Faire usage de son flair pour trouver des indices et les interpréter.

Dans cette affaire criminelle, le lecteur découvre également très vite l’identité du tueur et ses motivations. J’ai donc été spectatrice de l’enquête des policiers. J’ai été un peu frustrée, j’aurais voulu me triturer les méninges afin de découvrir l’identité du tueur et son mobile.

 

 

Janis Otsiemi nous livre un roman policier ethnique qui dépeint les réalités sociétales du Gabon : corruption à grande échelle, cupidité des policiers, pauvreté grandissante qui pousse à la prostitution et au grand banditisme, tribalisme.

 

le chasseur de lucioles janis otsiemi

J’ai apprécié le découpage chronologique du récit, les proverbes africains qui introduisent les courts chapitres :

Le mal qu’on te fait la nuit a commencé le jour.

 

Le singe qui a une longue queue ne saute pas au-dessus du feu.

 

Durant ma lecture, j’ai ressenti une petite gêne. J’ai eu l’impression que les personnages accusaient les étrangers (les équato-guinéens, les camerounais et les nigérians) d’être responsables de leurs malheurs. Les équato-guinéennes et les camerounaises sont celles qui ont vulgarisé la prostitution dans le pays. Les Nigérians et camerounais sont responsables du grand banditisme. 

Le chasseur de lucioles janis otsiemi

 

J’ai également été choquée par l’une des réflexions d’Owoula sur les prostituées. 

À Libreville, une prostituée est découverte sauvagement assassinée dans un motel de la périphérie. Les agents de la PJ - de fidèles abonnés des bordels de la capitale - pensent tout d'abord à un crime de rôdeur... Quand une seconde fille est retrouvée égorgée dans un autre hôtel du quartier, les policiers sont encore loin d'imaginer qu'ils ont affaire à un client bien décidé à nettoyer la ville de toutes ses lucioles... Celui qui te veut du mal la nuit a commencé à t'en vouloir le jour. C'est dans ce climat de psychose générale que les gendarmes de la DGR enquêtent de leur côté sur le braquage d'un fourgon de la Société Gabonaise de Sécurité dont le butin de plusieurs millions de francs CFA attise bien des appétits...

« Les femmes au foyer sont des putes privées. » La phrase vous choque ou pas du tout ?

 

En conclusion

Le chasseur de lucioles est une lecture fluide et intéressante. Si vous désirez découvrir le Gabon en mode aventure palpitante, ce livre vous ira bien. 

 

Christmas

Lien d’achat : ICI

Disponible en version grand format et poche. 

Nombre de pages : 208

 

La littérature gabonaise, vous la connaissez peu, beaucoup ou pas du tout ?

 

fleur v1

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’île sous la mer : la soif de liberté

Mon challenge littérature sud-américaine se poursuit. Honneur à une auteure chilienne aujourd’hui.

L'île sous la mer par Allende

1770, Saint-Domingue.
Zarité Sedella, dite Tété, a neuf ans lorsqu’elle est vendue comme esclave à Toulouse Valmorain, jeune français tout juste débarqué pour prendre la succession de son père, propriétaire terrien mort de syphilis. Zarité va découvrir la plantation, avec ses champs de canne à sucre et les esclaves courbés sous le soleil de plomb, la violence des maîtres, le refuge du vaudou. Et le désir de liberté. Car entre soldats, courtisanes mulâtres, pirates et maîtres blancs, souffle le vent de la révolte. Lorsque Valmorain, réchappé de l’insurrection grâce au courage et à la détermination de son esclave, parvient à embarquer pour La Nouvelle-Orléans, Tété doit le suivre.
Mais la lutte pour la dignité et l’émancipation ne peut être arrêtée…

 

l'Afrique écrit

Parfois, j’ai envie de penser que l’esclavage n’a jamais existé, que des humains n’ont jamais infligé les pires souffrances physiques et morales à d’autres êtres humains. Je ferme les yeux, imagine ce monde sans esclavage. Puis, la réalité me frappe en plein visage. Les chants des morts en mer, des femmes violées, humiliées, des rebelles torturés résonnent.

L’île sous la mer relate ce crime contre l’humanité. A travers les yeux de Tété, on imagine ce qu’ont dû vivre les milliers de noirs déportés, réduits en esclavage. On salue leur révolte, leur combat pour la restauration de leur dignité.

J’ai beaucoup appris sur la hiérarchisation de la société en fonction du degré de sang blanc qui coule dans les veines, les origines de Haiti et Toussaint Louverture, la Louisiane. C’est un roman  fort sur la révolution des esclaves, leur soif de liberté, leur désir de rester attaché à leur culture malgré la domination occidentale.

Plusieurs portraits de femmes sont faits  :

  • Adèle, femme timide qui accepte de vivre son amour avec un homme blanc dans l’ombre puisqu’elle est noire
  • Violette, femme sensuelle, courtisane mulâtresse avide de richesse qui désire les hommes plus qu’elle ne les aime
  • Tété, l’esclave, femme-objet pour son maître, qui vit pour connaître un jour la liberté. 

 

A travers elles, on suit la condition des femmes à cette époque comme l’indique cet extrait de dialogue :

– Tout le monde veut être libre

– Les femmes ne le sont jamais, Tété. Elles ont besoin d’un homme qui prenne soin d’elles. Lorsqu’elles sont célibataires, elles appartiennent à leur père et lorsqu’elles se marient, à leur époux. 

 

J’ai apprécié la diversité des profils psychologiques des personnages : femme timide, femme sensuelle, femme cupide, homme lâche, violent, courageux, compatissant, combattant.

Ce roman est une ode à l’amour passion. Divers couples se forment au fil du récit. J’ai été touchée par celui de Gambo et Tété et celui qu’a éprouvé Etienne pour Violette. Il l’a aimée et épousée malgré son statut de courtisane mulâtresse. 

C’est aussi un hymne à l’amour maternel, que l’enfant soit issu de nos entrailles ou non.

Il y a une chose qui m’a fait grincer les dents :  l’inceste qui se déroule dans le dernier quart du roman. 

J’ai lu un roman riche tant par les thèmes qu’il aborde que par les sentiments qu’il fait naître. Le lecteur passe de la haine à l’amour, de la joie à la tristesse, de la peur à la sérénité, de la lâcheté au courage, de la détermination à la résignation. 

J’ai passé un bon moment de lecture. Nul doute qu’il en sera de même pour vous. 

 

La citation à méditer 

Je n’aime pas l’esclavage, je vous l’assure, et j’aime encore moins vivre ici, mais il faut bien que quelqu’un dirige les colonies pour que vous puissiez sucrer votre café et fumer un cigare. En France, on profite de nos produits, mais personne ne veut savoir comment on les obtient. Je préfère l’honnêteté des Anglais et des Américains […]

 

Que lisez-vous en ce mercredi ?

Quel roman sur l’esclavage vous a fortement remué ?

 

signature coeur graceminlibe

 

 

 

 

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Mooh…Mon double

Mooh mon double

Ce qu’en dit l’éditeur 

Plus qu’une alerte, Mooh… mon double, deuxième roman achevé de Jeanne Marie Rosette Abou’ou est un cri qui part du Cameroun lancé à l’endroit de tous les parents et futurs parents du monde entier. De ceux-là qui, loin de militer pour le bonheur intégral de leur progéniture, voudraient quelquefois la conditionner dans le dessein voilé ou dévoilé d’assouvir leur ego, leurs ambitions personnelles ou encore rattraper leurs erreurs. « Mon fils, grâce à toi, tout ce village mangera dans ma main..! »

Plus qu’un cliché, voilà quelques signaux saillants d’un véritable roman controversant à l’intérieur duquel même le lecteur se perd en conjectures. Mais le dessein de l’auteur est de susciter le débat afin que le livre demeure, comme le premier, un véritable donné à penser. 

 

Ce que Grâce Minlibé en dit 

Cette oeuvre affiche les comportements humains qui font plus de mal que de bien, des comportements à l’allure de branches d’un arbre dont les racines sont l’égoïsme.

7 mots la résument :

 

Manipulation

Combien de factures Titima, l’épicier du quartier Eboul-Meyong, n’a t-il pas falsifié ? 

Combien de gens se sont laissé gruger par Akoua le grand sorcier ? Cet homme s’est inventé des pouvoirs mystiques et extorque mille et une choses  à ceux qui implorent son aide en leur miroitant la résolution de leurs soucis. Son entreprise ne connaîtra jamais faillite, des âmes désespérées il y en aura toujours.

Supériorité

Zanga, le père de Mooh n’a qu’une envie, un désir, une obsession : que son fils aîné soit au sommet, ait une vie professionnelle supérieure à tous les autres enfants du village. Il aimerait que son fils soit élevé, admiré, envié mais Mooh, son fils, n’a pas ce trait de caractère. C’est un homme discret, effacé qui se contente de ce qu’il a. Qu’à cela ne tienne ! Zanga s’occupera de l’ascension sociale de son fils en s’endettant jusqu’au cou et en engraissant les esprits fantômes d’Akoua le grand sorcier.

Ce désir de supériorité que Zanga nourrit cache un complexe d’infériorité, une ambition personnelle avortée. Il n’a pas eu le parcours scolaire qu’il désirait…

Oppression 

Face à tant de pression de la part de ses géniteurs, Mooh doute, cède, se perd.

Qui est-il vraiment ? Cette question prend forme dans son esprit, se déforme, devient une ombre hallucinante. Cette question ne suscite pas les vrais réponses chez Mooh. Il s’enferme dans un monde qu’il n’a pas l’habitude de côtoyer et où se mêlent alcool, cigarette, lâcheté, absentéisme professionnel, irresponsabilité. 

Ce Mooh énerve ! On a envie de le secouer, le ramener à l’ordre, lui dire de se conduire en homme, en vrai. 

Abnégation

Face à tant d’égocentrisme, d’égoïsme,  une femme réagit. Bintou, l’épouse de Mooh paye les dettes de son mari au bistrot, prie avec ferveur pour qu’il redevienne le Mooh aimant. Elle fait preuve d’abnégation pour protéger sa famille.

On ne peut s’empêcher de s’identifier à cette épouse et mère dévouée ou de l’admirer. 

Salut 

Il est toujours possible de retrouver son honneur, sa dignité, d’avoir le pardon de son fils qu’on a trahi, d’avoir le pardon de sa femme qu’on a blessée. Il est toujours possible d’avoir une seconde chance, il suffit de reconnaître ses erreurs et de ne pas retourner à ses vomissures. 

Concordance

Nos désirs et leurs moments de réalisation ne concordent souvent pas. Ce qu’on espère ne se réalise souvent pas au moment désiré. Des parents qui s’éteignent avant la promotion professionnelle qu’ils avaient tant désiré, un bonheur aux relents d’amertume…

 

Cocasse

L’intrigue linéaire de cette oeuvre m’aurait ennuyée s’il n’ y avait pas eu la présence de toutes ces situations cocasses : les frasques de Titima, les frasques d’Akoua le grand sorcier. 

 

Mooh … mon double, fiction qui en dit long sur le réel, interpelle les parents aux ambitions démesurées. Il rappelle également que l’homme qui détruit et l’homme qui relève sont les deux facettes d’une seule et même pièce…

 

 

Biographie de l’auteur

Jeanne Marie Rosette Abou’ou est née le 14 août 1969 à Sangmélima, région du Sud-Cameroun. Titulaire d’un Doctorat Ph.D en Droits de l’Homme et Culture de la Paix ; spécialité Gestion des Compétences dans l’Administration Publique. Elle est aussi titulaire d’un DESS en GRH. 

Quelques détails sur l’oeuvre

Nombre de pages : 194

Maison d’édition : Les éditions Fleurus Afrique

 

Quelques citations 

 

Penser pouvoir obtenir le bien pour son enfant en souhaitant que le malheur arrive aux enfants des autres, c’est là la faute !

 

Mais sache que tu peux également te battre toute la vie pour une chose, avec les moyens adéquats sans jamais l’obtenir ! Et c’est à ce niveau qu’intervient la notion de rôle sur terre. Il faut alors tout simplement comprendre que ce que tu veux obtenir n’est pas à toi, ce rôle ne t’était pas attribué. Il s’agit des barrières absolument infranchissables. Si tu les détruis, tu auras attaqué la nature dans son équilibre, et elle en est très jalouse.

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Dans l’antre du loup

Nanmanbédi, ou Bédi, rejoint aux Etats-Unis son pote du quartier, Michael Nasoucy dit Mike, pour chercher fortune. Quatre de leurs amis l’y avaient précédé, mais ne donnaient plus signe de vie depuis un certain temps. Malgré l’accueil chaleureux à lui réservé, Bédi est méfiant. Un jour, par indiscrétion, il fouille les tiroirs de Mike et fait une terrible découverte qui le jette sur les routes de la campagne dans un pays inconnu de lui. La mort aux trousses, Bédi réalise qu’il est entré par inadvertance dans l’antre du loup. Mais qu’a donc découvert Bédi ? Arrivera-t-il à échapper à Mike et au groupe mafieux qui le recherchent ? 

Inscrit dans la pure tradition du roman à suspense américain, ce livre vous fera vibrer jusqu’à la dernière page. 

Dans l'antre du loup

Courir, fuir… L’adrénaline monte, la tension aussi.

Les frissons nous parcourent le corps, on a peur pour Bédi. Il a l’air si innocent et ceux qui le poursuivent si méchants ! On prie pour lui, on désire qu’il leur échappe mais on n’est pas très sûr qu’il sorte vivant de l’antre du loup quand on rencontre le groupe mafieux pour qui Mike travaille.

Notre certitude vacille puis revient à une constante : Bédi sortira vivant.

J’ai été un peu déçue non pas parce que j’aime le sang qui gicle et les « sad end » mais parce que je voulais douter jusqu’à la fin du livre. Il n’y a pas eu de multiples rebondissements sur la vie menacée de Bédi. Je ne l’ai pas ressenti.

Les rebondissements ont plutôt eu lieu du côté de Mike, le cupide, prêt à vendre ses amis pour son confort.

La mort de ce dernier est d’ailleurs le point final du thriller. Après cet événement « malheureux », la tension est suspendue, le livre devient un  roman classique.

La beauté du livre ne réside pas dans le fait qu’il soit un thriller mais dans son procédé narratif, le style accessible du narrateur, la construction des personnages. Ces derniers ont de fortes personnalités et sont attachants : Samiramis, la copine de Mike, HollyOld Joe et la mère de Bédi. J’ai eu un pincement au cœur quand il a fallu laisser Holly et Old Joe, ses blancs qui ont accueilli et sauvé un homme noir qui débarquait de nulle part.

Ce roman est agréable à lire pour la dose de peur (même si elle est fugace), les thèmes qu’il aborde comme le trafic d’organes, les dangers de l’immigration non préparée et pour ses belles leçons de morale que résument si bien les proverbes suivants :

« Bien mal acquis ne profite jamais »

 

« La volonté d’un homme est son paradis, mais elle peut devenir son enfer. »

 

« Nulle épée plus dangereuse pour l’homme, que sa propre cupidité. »

 

« Il n’est point de sot métier. »

« Persévérance mène à récompense »

« Petit à petit, l’oiseau fait son nid. »

L’humanisme n’est pas mort, le bien non plus et ça fait du bien de le lire…

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Tchat sous un toit brûlant

Un jeune lycéen du quartier Cocody, Paterne tchatte avec un correspondant en France et se vante d’une relation solide avec un « benguiss » auprès de ses deux meilleurs potes de lycée. 

Tiburce détective privé à Abidjan et son adjoint Marcel sont mis au défi par leur ami Bamba commissaire de police pour mener une enquête sur un meurtre étrange. Cissé Fini un ex-petit lieutenant de la rébellion a été retrouvé inanimé dans un hôtel de complaisance de Marcory. 

Un ancien émissaire d’une ONG, André revient à Abidjan cinq années après un retour en France non programmé mais que les événements de novembre 2004 ont précipité. 

A Bassam dans la mine de Tongin ou à Bouaké un serial killer épris de justice personnelle et de mise en scène macabre. Tiburce fait appel à son ami Sosthène de Mérignac détective parisien afin de l’aider dans ses investigations nébuleuses.

Si le lien entre tous ses personnages semble peu plausible l’Internet aura fortement contribué à les fédérer. Par d’étranges arcanes, le destin de chacun de ces protagonistes croise celui de l’autre à un moment de leurs parcours. 

Le style du roman est vif, les intrigues s’entremêlent ,le lecteur est convié à une narration au rythme cinématographique. 

Humour et cauchemar sont au rendez-vous, drame et dérision se liant en un ballet macabre, une sorte de « tchat chacha » au rythme à la fois langoureux et destructeur. 

tchat sous un toit brûlant

Internet, fenêtre ouverte sur le monde, lieu d’échange, lieu du savoir, lieu du vice, bulle de mensonge…

Flirt virtuel entre un jeune lycéen résidant en Côte d’Ivoire et un homme mûr résidant en France, détective privé sur les traces d’un cambrioleur fantôme, des péripéties qui nous conduisent lentement au nœud de l’histoire…

Tchat sous un toit brûlant est une enquête policière qui a pour toile de fond la guerre civile ivoirienne de 2002. D’anciens rebelles, reconvertis en opérateurs économiques prospères, sont tués. Quel est le mobile du crime : réparation d’injustice, règlement de compte ?

Les détectives Tiburce, Marcel, Sosthène de Mérignac et l’équipe du commissaire Bamba inspectent, suspectent, examinent, interrogent, s’interrogent, dévoilent.

Ils nous font douter, nous rassurent puis nous font douter encore. L’auteur fixe nos yeux sur un présumé suspect, on est convaincu qu’il est bel et bien l’auteur des crimes jusqu’à l’instant où le véritable criminel est démasqué.

Ce roman policier raconte et montre ce qu’est devenue la Côte d’Ivoire après sa crise politique de 2002, ses bons et mauvais côtés : sa joie de vivre et son hospitalité qu’elle a préservées, ses villes et villages aux visages changés, l’état de ses infrastructures, le changement de la structure des forces de l’ordre où l’on compte d’anciens rebelles. Les victimes de la guerre vivent avec les abus et violences subis et n’obtiennent pas justice, les coupables échappent à la justice et s’enrichissent en toute impunité.

Le lecteur ne connaissant rien de la Côte d’Ivoire trouvera en ce livre un véritable guide touristique. L’auteur s’est attelé à faire des descriptions fines de chaque endroit visité par les personnages.

J’ai apprécié revisiter mon pays et ses belles couleurs, j’ai éprouvé de la peine  et un fort sentiment d’injustice à l’évocation des pertes en vies humaines et des meurtriers toujours en liberté.

L’épicurisme est très présent dans ce roman, d’André à Vandy en passant par Sosthène de Mérignac.

extrait tchat sous un toit brûlant

Parlant des personnages, j’aurais aimé que le détail de la vie des enquêteurs Tiburce et Sosthène de Mérignac prennent plus de place dans le roman que celles de Paterne et ses amis.

L’auteur utilise le nouchi (langage ivorien) à certains moments du récit. A certains endroits, je l’ai senti comme un morceau de vieux tissu raccommodé sur une pièce de tissu neuve.

 

En résumé, j’ai apprécié ma lecture de Tchat sous un toit brûlant mais j’aurais aimé lire une histoire plus épicée, plus intense. Contrairement à ce que dit la 4ème de couverture, je n’ai pas trouvé la narration très cinématographique.

C’est le premier livre de la « Collection Enigmas«  des Editions NEI-CEDA que je lis.

Visitez la page et déterminez ma prochaine lecture. 🙂

Jean-Pierre Tardavel
Jean-Pierre Tardivel à l’une de ses dédicaces à Abidjan
Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Obsession

L’Attente fortement ressentie par le personnage de la nouvelle Obsession… – qui a inspiré le titre de ce recueil – est un leitmotiv partagé par plusieurs autres nouvelles. Dans Marie-Espoir, Comment choisir ? et Tic-tac, après maintes déceptions, la vie s’annonce  enfin prometteuse pour Marie, Sakhine et Aboua. Quant à la cupidité, véritable gangrène sociale, elle fait prendre des risques à Betty, Elisa et Aby, trois jeunes dames pourtant pleines de vie dans Les attaquantes, et même à Jacob pour qui l’argent semble plus précieux que sa santé dans Le matelas. Ainsi va la vie, entre déboires et rayonnements, vices et innocences…

Dans ce recueil de quinze nouvelles, des travers de notre société  comme l’inceste, le mariage forcé, l’escroquerie, côtoient des sentiments nobles tels que l’Amour et le Don de soi, pour montrer que l’Espoir est toujours et encore permis.

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En parcourant la quatrième de couverture, on peut penser que ce recueil est banal, qu’il vaut un autre livre et pourtant …

L’on ferait un «Reading–faux-pas » en sous-estimant la force de cette œuvre.

En parcourant mon blog, vous pourrez voir que j’ai lu plus d’une dizaine de recueil de nouvelles, si vous me demandez celui qui m’a le plus marquée,  je vous dirais : Obsession de Komara Constance Mariam.

J’ai l’habitude de lire des nouvelles avec des chutes brutales, inattendues, Komara Constance Mariam m’a fait découvrir des nouvelles aux belles ouvertures et forts goûts d’inachevé.

La majorité des nouvelles se termine avec une action en suspens, l’auteur donne la liberté au lecteur de trouver la fin qui lui convient.

La plume de l’auteur est simple, sans fioritures ce qui permet au lecteur de se projeter facilement dans les scènes décrites.

L’auteur ne veut pas ennuyer son lecteur et on le sent dans les moindres détails. Chaque héros de nouvelles a une profession différente ce qui nous permet de voyager dans des décors distincts : expert en développement durable, banquière, entrepreneur, professeur à domicile, policier…

Il en est de même pour les sujets évoqués : inceste, recherche d’une ascension sociale, cupidité, corruption, pauvreté, chômage, mariage consanguin…

 Quelles sont les nouvelles que j’ai préférées ?

Marie-Espoir

Je parie qu’avec un prénom pareil, vous m’imaginez pleine d’espoir ! Je vis sur une « Terre d’Espérance »  mais hélas, je ne peux être la mascotte de mon pays tant je suis le pessimisme personnifié !

L’emploi de Marie-Espoir est en-dessous de son niveau d’études, sa vie sentimentale est un désastre.  Désespérée de sa situation, elle se réfugie dans la prière et les veillées à l’église. Là-bas, elle recevra une prophétie qui désignera son mari, un homme auquel elle ne s’attendait pas et le lecteur non plus…

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle pour la mise en exergue d’un fait que l’on rencontre souvent dans les églises évangéliques où des couples sont formés sur la base de prophéties divines. Révélation divine ou calcul sentimental effectué par les pasteurs ? Seul DIEU, le pasteur et le couple formé le savent … 😀

Cette nouvelle se termine sur un gros dilemme et j’avoue avoir élaboré plusieurs scénarii pour la suite de cette histoire.

J’y suis, j’y reste

J’y suis et j’y reste ! Vous les jeunes d’aujourd’hui vous êtes ingrats. Comment comprendre que vous voulez me faire quitter la maison qui vous a vu naître ? Dans cette maison, j’ai été pauvre. Dans cette même maison, j’ai eu ma fortune.

Un père de famille refuse de quitter sa maison située dans un bidonville et pourtant sa situation financière lui permet de le faire. Pour quelle raison est-il si attaché à cette maison ? La réponse est à la fin de cette nouvelle

J’ai bien aimé  le côté mystique de cette nouvelle qui fait 10 pages. Là encore, l’histoire s’achève sur un choix que doit opérer l’un des protagonistes de l’histoire et l’on ne peut en tant que lecteur s’empêcher de vouloir choisir pour lui.

Tic Tac parce que j’ai connu la période de chômage et toutes les interrogations qui en découlent.

Comment choisir ? Rester dans une vie de maîtresse frustrée d’un homme marié ou épouser un étranger et vivre une union longue distance avec son corollaire de contraintes, ou alors me mettre en couple avec un collègue avec tout ce que cela impliquera comme déconvenues professionnelles et racontars sur notre compte ?

A la place de l’héroïne, qu’auriez-vous fait ? Moi, je cherche encore … 😀

 

Et pourtant c’est lui. Un homme est accusé d’avoir volé le portefeuille d’un autre. L’accusatrice est formelle mais le portefeuille ne se retrouve pas sur l’accusé. Où se trouve-t-il donc ? Cette nouvelle s’étale sur 2 pages. J’ai beaucoup apprécié sa touche d’humour.

Veuf mais pas trop  Un homme perd sa femme. En plein deuil, il s’aperçoit que celle qu’il a épousé n’était pas vraiment sa femme… J’ai été agréablement surprise par la fin. Là encore, on ne peut s’empêcher de s’imaginer la suite des événements de l’histoire.

Fatalité qui dénonce les conséquences du mariage consanguin. L’histoire m’a beaucoup émue.

Quelques nouvelles ne m’ont pas séduite. Il s’agit de :

Renoncer.  Le récit d’un policier qui se laisse entrainer dans la corruption et décide d’y renoncer. La moralité est forte mais je n’ai pas été transportée émotionnellement.

Mes yeux ont vu. Un amoureux de la nature au point de voir en elle une femme… L’histoire se lit aisément mais elle ne m’a pas emportée.

Le matelas.  Un homme à l’apparence très pauvre et pourtant très riche. J’ai déjà entendu une histoire de ce genre avec le même début, le même corps et la même fin. Je m’attendais à une autre tournure de l’histoire, plus originale.

La grenouille du Marabout. Le début de la nouvelle ressemble à un conte. Je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire. J’ai relu les premières pages à deux reprises.

Garba le Jouisseur veut officier comme marabout afin d’assouvir ses fantasmes démesurés. Il utilise donc un subterfuge pour arriver à ses fins. Son manège fait rire, la fin de l’histoire aussi mais je m’attendais à une autre tournure, à une fin plus explosive.

Je vous souhaite une très belle découverte de l’œuvre.

Quel recueil de nouvelles lu vous a marqué ?

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Les anges meurent de nos blessures.

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Il se faisait appeler Turambo, du nom du village misérable où il était né, dans l’Algérie des années 1920. Il avait pour lui sa candeur désarmante et un direct du gauche foudroyant.

Il fréquenta le monde des Occidentaux, connut la gloire, l’argent et la fièvre des rings, pourtant aucun trophée ne faisait frémir son âme mieux que le regard d’une femme.

De Nora à Louise, d’Aïda à Irène, il cherchait un sens à sa vie.

Mais dans un monde où la cupidité et le prestige règnent en maîtres absolus, l’amour se met parfois en grand danger, l’amitié aussi…

Avec des phrases percutantes, Yasmina Khadra déballe une profonde réflexion sur le genre humain.

Dans les années 20-30, une race se disait ouvertement supérieure aux autres. Il est dommage de voir qu’en 2015, les choses n’ont pas vraiment changé…

L’auteur peint la vie de misère qui s’attache à nos pas, ces circonstances fâcheuses qui ne nous lâchent pas.  A travers tous ces visages en souffrance qu’il nous fait voir, on lit ceci : le pauvre ne demande rien de mirobolant, il veut juste une vie décente

La quête sentimentale de Turambo nous fait explorer les différents obstacles que rencontre l’amour. Avec Nora, notre héros connaît l’amour pubère, un amour qui lui est arraché par sa famille car il ne peut pas offrir à sa belle le destin qu’elle mérite.

Avec Louise c’est le coup de foudre, un amour qu’on lui interdit de développer parce qu’il n’appartient pas à la classe de la jeune demoiselle.

Avec Aïda c’est l’amour délicat; une affection mal interprétée, un amour qui n’est pas réciproque. C’est un amour que Turambo doit également abandonner car la jeune dame dont il s’est épris ne veut pas dépendre d’un homme, ne veut pas d’une autre vie que ce qu’elle a.

Avec Irène c’est l’amour passion, un amour qu’on lui demandera de mettre de côté parce que carrière et vie de famille ne font pas bon ménage…

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L’auteur décrit des personnes  qui aveuglées par la cupidité et le vice ont perdu leur humanité.  Il nous interpelle sur notre quête de l’ascension sociale, met l’accent sur l’importance d’une famille.

Tu peux avoir autant de patries que tu veux, si tu n’as pas de famille tu n’es personne.

Encore une fois, je n’ai pas été déçue de Yasmina Khadra et je m’apprête à lire une autre de ses œuvres.

J’hésite entre l’Equation africaine et la Part du mort. Quel titre attire votre curiosité?

Grâce Minlibé,

Auteure de Chimères de verre