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La traque de la musaraigne -Florent Couao-Zotti

Pour célébrer mon anniversaire, j’avais commandé une box Kube. J’avais demandé à Camille K, libraire Kube qui m’avait recommandé Black Nairobi de me faire découvrir un très bon thriller/ roman policier d’un auteur africain noir écrit en français ou traduit en français de moins de 400 pages.

Elle a choisi un polar de l’auteur béninois Florent Couao-Zotti et j’étais super contente de son choix parce qu’il figurait dans ma wishlist.

Quand Stéphane Néguirec, jeune Breton un brin rêveur, poète à ses heures, amoureux du large et des horizons lointains, débarque à Cotonou, au Bénin, il ne sait pas encore que question dépaysement, il va être servi ! Aux paysages enchanteurs qui l’électrisent, s’ajoutent les charmes des filles aux courbes délicieuses et notamment, ceux de la mystérieuse Déborah Palmer qui lui propose très vite un mariage blanc contre une fortune en billets verts. À l’autre bout de la ville, Jésus Light, un voyou ghanéen, traque sans relâche sa femme, Pamela, partie précipitamment avec le butin de son dernier casse… En temps normal, leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser… Mais c’était sans compter sur cette bande de ravisseurs islamistes venus du Nigéria voisin à la recherche d’otages européens…

Cotonou, à la nuit tombée dans un bar

Stéphane Néguirec, jeune breton immigré, admire le déhanché d’une femme. Il aimerait bien l’avoir pour une nuit. Mais elle semble appartenir à un autre homme qui déteste partager sa belle. Stéphane va en payer les frais à la sortie du bar. Amoché, il est aidé par Déborah qui tient à lui prodiguer les premiers soins.

Une rencontre qui va bouleverser les prochains jours du reste de sa vie.

Les personnages de ce thriller ont un point commun: ils fuient ou sont à la recherche de quelque chose. Ils ont du vécu, un passé composé de péripéties complexes . Je parle surtout de Pamela & Déborah Palmer.

Quant au jeune breton, je l’ai trouvé un peu lâche. Laissez-moi vous dire que ce jeune homme n’a pas vraiment le sens des responsabilités. Il a laissé ses petites filles en France, obsédée par sa quête de l’ailleurs.

Entre découverte du Bénin (ses quartiers, ses habitudes et ses plats) et une course poursuite entre Cotonou, Porto-Novo et Kponton, le programme du lecteur est bien chargé.

La traque de la musaraigne est une histoire qui tient la route. Outre son aspect thriller, le récit aborde des sujets d’actualité comme la vente d’otages occidentaux aux branches islamistes de la sous-région ouest-africaine.

L’auteur ne tombe pas dans le monde des bisounours et de la romance. J’ai apprécié ce voyage littéraire au Bénin et j’ai hâte de faire sortir de ma wishlist son autre polar.

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Hercule Poirot en BD : tomes 5 et 6

Découvrir les enquêtes d’Hercule Poirot autrement qu’à travers le roman? Les éditions Paquet offrent une alternative à travers la BD. Grâce à mon abonnement à Youscribe, j’ai pu lire 6 tomes de la saga Hercule Poirot en BD.

Cet article est dédié aux tomes 5 et 6.

La Mystérieuse affaire de Styles est le tome 5 de la saga.

1917, le capitaine Hastings, blessé au combat, est rapatrié en Angleterre et vient passer sa convalescence à Styles Court, dans la demeure familiale de son ami John Cavendish. L’ambiance est lourde car Emily, la mère de John, s’est remariée avec l’antipathique Alfred Inglethorp, plus jeune qu’elle. Et quand Emily meurt, empoisonnée, le hasard fait bien les choses avec la présence sur les lieux d’un ancien policier belge, un ami du capitaine Hastings. Hercule Poirot saura-t-il démêler le vrai du faux et confondre le coupable ?

Hercule Poirot ou le cerveau inédit ! Qu’est-ce qu’il m’a fait balader ! Suspecter un tel puis un autre, croire dur comme fer qu’on a trouvé le coupable alors qu’on se fait berner par Poirot 😀 J’ai apprécié le déroulement de l’enquête.

Je suis bien contente d’avoir découvert, à travers la BD, la 1ère histoire de la reine du crime.


Le crime du golf est le tome 6 de la saga. Alberto Zanon est l’illustrateur et je ne suis toujours pas fan de ses dessins.

Un crime a été commis sur les bords de la Manche, en France. Curieuse coïncidence que Poirot, la veille, ait reçu un courrier du mort, qui souhaitait lui confier une enquête délicate. Il n’en faut pas plus pour qu’Hercule Poirot, flanqué de son ami, le Capitaine Hastings, prenne les choses en main afin de découvrir ce que peut cacher ce meurtre. Mais l’inspecteur Giraud, de la police française, n’est pas disposé à laisser le champs libre à Poirot. Une nouvelle enquête pour Hercule Poirot, qui va plonger au cœur d’une machination extraordinaire.

Hercule Poirot ou l’art de complexifier le nœud de l’intrigue pour que le commun des mortels n’y voit que du feu ! J’ai apprécié le développement de l’intrigue ainsi que les petites touches d’histoires d’amour dans le récit.

J’ai été ravie de découvrir, à travers la BD, ces romans d’Hercule Poirot que je n’ai pas lus. Un tome 7 est disponible : Drame en trois actes. J’ignore encore si je vais le lire parce qu’Alberto Zanon en est l’illustrateur.

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Hercule Poirot en BD : tomes 3 et 4

Découvrir les enquêtes d’Hercule Poirot autrement qu’à travers le roman? Les éditions Paquet offrent une alternative à travers la BD. Grâce à mon abonnement à Youscribe, j’ai pu lire 6 tomes de la saga Hercule Poirot en BD.

Cet article est dédié aux tomes 3 et 4.

Mort sur le nil est le tome 3 de la saga. N’ayant pas souvenir d’avoir lu le roman, je ne peux vous dire si le scénario de la BD est fidèle à celui du roman.

Sur le bateau à vapeur Karnak qui emmène de riches touristes voguer sur le Nil, Hercule Poirot doit élucider un mystérieux meurtre. Linnet Ridgeway, très récemment mariée à Simon Doyle, est retrouvée tuée d’une balle dans la tête. Chacun des passagers ayant au moins une raison d’avoir assassiné la riche américaine, l’enquête n’en est que plus difficile pour le célèbre détective.

Je passe toujours un agréable moment de lecture avec Poirot et surtout avec ce format BD qui permet de visualiser les différentes scènes. Le suspens est présent, j’ai apprécié le déroulement de l’enquête. J’ai eu une double satisfaction à la lecture de cette BD car j’ai deviné l’identité des coupables. C’est toujours une fête dans ma tête quand j’arrive à le faire.

J’ai beaucoup apprécié les dessins que j’ai trouvés assez réalistes.


ABC contre Poirot est le tome 4 de la saga.

Une course contre la montre est engagée. Poirot a reçu une lettre lui annonçant un meurtre à Andover, et qu’il peut l’empêcher… Hélas, le meurtre est commis. Un second courrier lui annonce un nouveau crime, cette fois à Bexhill. Poirot arrivera-t-il à temps cette fois ? Et pourquoi des crimes dans des villes suivant l’ordre alphabétique ? Est-ce l’œuvre d’un fou, ou se cache-t-il une autre vérité derrière cette série d’assassinat ? Une fois de plus, Hercule Poirot devra employer toutes ses petites cellules grises pour démasquer le coupable.

Cette nouvelle enquête est un véritable casse-tête. J’ai voulu imiter les cellules grises d’Hercule Poirot mais j’ai dû abandonner. Le tueur était décidé à se faire débusquer uniquement par Hercule Poirot 😀

J’ai beaucoup apprécié l’intrigue. Malheureusement, cela n’a pas été le cas pour les dessins. Je ne suis pas fan du style d’Alberto Zanon. Je ne trouve pas ses dessins très accrocheurs. Les traits des personnages sont trop incisifs.

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De bons voisins de Ryan David Jahn

New York, années 1960. Kat Marino, qui rentre tard chez elle, est agressée au couteau par un inconnu. L’homme s’enfuit, mais il reviendra une heure plus tard, pour la violer et l’achever de plusieurs coups de couteau. Mais que s’est-il passé pendant les soixante minutes où Kat est restée seule à agoniser dans la cour de sa résidence ? Malgré l’heure tardive, de nombreux témoins se sont penchés depuis leur fenêtre et ont vu la jeune femme et son agresseur. Pourquoi personne n’a appelé la police ? Quelles pensées occupaient ces hommes et ces femmes pour qu’aucun d’entre eux ne porte secours à leur voisine ?

13 mars 1964

Kat, gérante de nuit d’un bar dans le Queens, rentre chez elle. Elle est fatiguée, pense à prendre un bain mais une silhouette imposante a des projets macabres pour elle. Il est environ 4 heures de la nuit quand elle est violemment agressée par un inconnu dans la cour de son immeuble.

Plusieurs de ses voisins l’ont vue ainsi que son agresseur. L’un d’entre eux a même dit à ce dernier de laisser la fille tranquille mais personne n’a appelé la police, pensant qu’un autre voisin, aussi témoin de la scène le ferait. Personne n’a réagi, chacun occupé à vivre sa vie et à résoudre ses problèmes.

Patrick qui s’occupe de sa mère malade et qui se demande s’il va répondre à la convocation à la visite médicale des forces armées ; Diane Myers qui ne supporte plus sa vie de couple; Thomas Marlowe qui s’est inventé une vie parce qu’il se sent coupable ; Peter et Anne occupés à expérimenter l’échangisme ; Frank qui va vérifier si sa femme a percuté un bébé.

Et pendant deux heures de temps, Kat, elle, lutte pour survivre.

J’ai l’habitude de regarder Chroniques criminelles, j’imagine souvent la douleur des victimes mais dans ce livre je l’ai éprouvée. Appeler à l’aide et se retrouver seule au monde. S’observer mourir, quelle tragédie ! J’en veux tellement à ces voisins nombrilistes.

De bons voisins est un livre poignant! J’ai tellement eu mal pour Kat! Et dire que c’est inspiré d’une histoire vraie, celle de Kitty Genovese, qui a défrayé la chronique dans les années 60 et donné naissance à la notion d’ « effet du témoin ».

De bons voisins c’est l’histoire d’une jeune femme, d’une ville et de sa violence aveugle, c’est l’histoire de flics corrompus, de la criminelle passivité. Ce roman est à ne surtout pas lire quand on est déprimé.

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La nuit divisée – Wessel Ebersohn 

Le prélude est déchirant. Nous sommes en 1978. La jeune Cissy a 14 ans et elle est en compagnie de son frère de 5 ans. Ils sont tous deux affamés, leur mère est absente de leur logis depuis deux nuits. Quand Cissy voit des boîtes de biscuits dans une épicerie, elle ne peut résister. Elle est hélas abattue de deux balles par le tenant de l’épicier: Johnny Weizmann.

Légitime défense ? Selon la rumeur publique, le petit commerçant laisserait, certaines nuits, la porte de son magasin ouverte pour mieux piéger ses « victimes »…

Johnny Weizmann a tué huit personnes en dix ans, toutes noires sauf une. On ne lui a jamais fait de procès à cause du Criminal Procedure Act qui dit qu’on peut raisonnablement user de violence pour se défendre ainsi que sa propriété.

Le colonel Freek Jordaan l’oblige à aller voir le psychologue Yudel Gordon. Des séances que Weizmann écourte assez vite. Yudel pressent la récidive de Weizmann. Il se met donc à la recherche de preuves pour l’arrêter dans son élan.

Cette violence banalisée envers les noirs m’a mise mal à l’aise. J’ai senti ma poitrine se comprimer à chaque scène glauque. Je n’ai pas du tout aimé la fin qui montre combien l’Afrique du Sud, les Afrikaners ont fait preuve d’une injustice sans nom envers les Noirs.

Les différences de race et de langage, les itinéraires contradictoires, les diverses sociétés se côtoyant et s’excluant les unes les autres, les intérêts divergents : tout cela faisait qu’il était plus sûr et plus facile d’être blanc plutôt que noir quand on tombait aux mains de la police de sécurité.

J’ai bien aimé suivre cette 2e enquête du psychologue Yudel Gordon même si le rythme était poussif par moment. Les personnages sont crédibles, leurs réactions cadrent avec le contexte de l’époque.

Le 4e tome des enquêtes de cet inspecteur me tente. J’espère pouvoir le lire dans un avenir proche.

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TTL 115: Gran Balan – Christiane Taubira

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque ! Cette semaine, le thème est : un roman qui vous a surpris (positivement ou négativement).

Et j’ai choisi le roman de Christiane Taubira. Est-ce une surprise positive ou négative ?

Couverture Gran Balan

« Le monsieur à toge et épitoge a déjà tourné les talons. Il semble à sec sur le contenu, alors il pallie par le ton. Il interroge à la mitraillette. Il veut du oui ou du non, pas un roman.
Lui, Kerma, a envie d’expliquer, non, on ne vit pas tout un mois avec mille cent trente-six euros. Dès le dix-huit du mois, oui, on a besoin, et presque chaque jour, de ces quinze euros. L’essence, l’assurance, la nourriture, rester correctement vêtu et chaussé, après avoir payé le loyer l’eau l’électricité la taxe d’habitation la redevance télé les abonnements de sport de portable de streaming, ok ce n’est pas indispensable, mais à vingt-et-un ans… Maintenant il a vingt-cinq ans, et il est vrai qu’il s’en passe, par la force des choses… Mais personne ne semble disposer à entendre, moins encore à écouter. Alors, il répond, non je n’en ai pas besoin. C’est un mensonge de bonne foi. Ceux que l’on fait pour quelqu’un d’important. Et comme on est de bonne foi, on finit par y croire, on le répète à l’envi… Les mensonges sont faits pour vous sauver. Ceux-là, ceux de bonne foi, ce sont les pires. A tous les coups ils vous coulent. »

Kerma est au tribunal. Il a servi de taxi à deux jeunes ayant commis un méfait. Quinze euros de gagnés qui risquent de lui valoir des années de prison. Ici, en Guyane, le regard des juges est sans doute pire comme sanction. Mais qu’a-t-il fait ? Quelle est sa vie ? Et qui sont les différents personnages du premier roman de Christiane Taubira ? Des jeunes, des femmes, des mères courages, des éducateurs engagés, des élus, des gens de peu et de beaucoup, des villages perdus, des éloignés du Surinam, des palabreurs, des conteurs, des arbres éxitiques, des animaux qui le sont autant… Avec une verve éblouissante, l’ancienne Garde des Sceaux brosse un tableau magnifique et terrifiant, vrai et fictionnel des coutumes, des mots, des traditions, des mœurs, des violences, des errances comme des miracles de cette terre qu’elle connait bien et aime tant. Un livre qui parle au cœur, aux tripes, qui donne à rêver, sourire, s’émouvoir, pleurer, autant que réfléchir.

Ce roman de plus de 400 pages se construit autour de huit personnes et chapitres : Kerma, Hébert, Pol-Alex, Dora, Sula, Sang-nom, Elles, Ellen.

A travers les prises de parole de ces jeunes qui ont entre 18 et 24 ans, on découvre l’histoire du Suriname et de la Guyane, les traditions et le carnaval de Cayenne et surtout les réalités socio-économiques de la Guyane.

Les raisons de sombrer sont multiples. Le faible attrait du milieu scolaire, l’échec des structures d’insertion professionnelle, le chômage, le manque de loisirs, l’ennui. C’est franchement dur, injuste et démoralisant de vivre sa jeunesse en Guyane.

Kerma est l’un des jeunes travailleurs, vif, encore jeune, vingt et un ans, mais déjà malmené par la vie sans perspective et presque sans joie que l’incurie politique réserve à ceux de son âge ; les filles ne sont pas épargnées, qui doivent se résigner à peine moins que les garçons soit à courir après une vie meilleure sur l’autre bord de l’Atlantique, soit à végéter dans des gagne-pain
qui sont plus des jobs que des emplois, quels que soient leurs capacités et leurs potentiels.

Ces gens-là ne croient en rien. On dirait que pour eux, les jeunes ici, c’est comme des agratiches ou des araignées-case : c’est là, on les voit aller et venir, ce n’est pas dérangeant à condition que ça reste à gambader sur les murs et au plafond, à gober les mouches et tisser des toiles dans les angles. Il faut dire que ces manières de faire sont pareilles dans des tas d’autres domaines où on tient bien pareillement à l’écart les jeunes et les autres publics locaux : ça vaut pour les opérations archéologiques, par exemple, qui reçoivent chaque année en stage des jeunes venus d’ailleurs.

La géopolitique qui décide pour les autochtones est également évoquée

L’international, c’est quand ça les arrange, quand il faut donner des leçons aux habitants et les exclure des décisions sur leur territoire, quand il faut remettre en question leurs habitudes culinaires. En effet, les générations précédentes ont été consommatrices régulières d’œufs de tortue, source de protéines, alors qu’elles n’en ont jamais consommé la viande. Les œufs ont nourri beaucoup de familles pauvres. Il est vrai que maintenant le RSA est arrivé jusque-là ; et bien que ce serait aux familles qui le reçoivent qu’il reviendrait de dire ce qu’elles en pensent, il n’est pas sûr qu’elles y aient gagné. Le commerce d’importation de surgelés, lui, sûrement.
N’empêche, ajoute Karijal, un soupçon d’amertume dans la voix, l’international, c’est quand ça les arrange : zones humides, convention de New York, convention de Washington, etc., c’est place aux animaux, les hommes, sortez ! Seulement la Convention de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, c’est juste pour faire joli. Quant à la Convention de l’OIT sur la reconnaissance des droits des peuples autochtones, une qui est contraignante et à notre avantage, alors là, connaissent pas, ou plutôt oui, mais ils ont tout leur temps, ils t’expliquent la république une et indivisible, et les nations, c’est pas les tribus, pardon, lapsus, les communautés…

Si les thématiques abordées sont pertinentes, j’ai été déçue par le style de narration de Mme Taubira. Le style est lourd avec des détails et descriptions superfétatoires. Le récit est à la lisière de l’essai, du documentaire, du roman historique.

La liste des personnages présents dans le roman est aussi vaste que la Guyane et le Suriname. On s’y perd, se retrouve pour s’y perdre davantage. J’apprécie la verve de Mme Taubira mais ce roman a été une déception pour moi.

Un amour interdit Alyssa Cole

C’est un mensonge de bonne foi. Ceux que l’on fait pour ne pas contrarier quelqu’un qu’on aime ou quelqu’un d’important. Et comme on est de bonne foi, on finit par y croire, on le répète à l’envi… Les mensonges sont faits pour vous sauver.
Ceux-là, ceux de bonne foi, ce sont les pires. À tous les coups, ils vous coulent.

Avez-vous déjà lu Christiane Taubira ?

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La défaite des mères – Adrienne Yabouza & Yves Pinguilly

Après la box d’Août, j’ai mis une pause de deux mois à mon abonnement. Je n’avais pas encore lu le livre reçu en Août et j’avais d’autres livres à lire. Septembre est passé. Octobre a pointé son nez et lorsque j’ai vu les goodies de la Kube d’Octobre sur Instagram, j’ai flanché. J’ai passé commande.

Mon envie de lecture est toujours la même: je remplis ma carte des auteurs africains. Il me reste une dizaine de nationalités pour la terminer.

Sarah, ma fidèle libraire dans l’aventure Kube n’étant toujours pas disponible, une libraire Kube m’a été attribué. L’un de ses genres littéraires de prédilection étant la littérature étrangère, je n’avais pas de crainte. Le lendemain, en consultant le statut de ma commande, je me suis aperçue qu’il y avait eu changement de libraire. Un libraire Kube avec pour genres littéraires de prédilection la littérature française et le feel-good. Pour ne rien vous cacher, j’ai flippé. Connait-il assez la littérature africaine pour me proposer un excellent titre ?

Il m’a choisi la défaite des mères. Grâce à ce livre, je peux cocher la République Centrafricaine sur ma carte. Mais le contenu du livre est-il bon ?

Au lendemain des indépendances, Niwalie naît à Kinshasa, avant de grandir en République ­centrafricaine. Son père, chasseur de léopards, devient le garde du corps de la Première dame du pays… et disparaîtra bientôt de la vie de son enfant. Niwalie grandira essentiellement auprès de sa mère, puis donnera elle-même naissance à quatre filles. C’est donc une histoire de femmes que nous raconte ce livre. Sauf qu’il ne s’arrête pas là. C’est l’Afrique centrale des années 1970, son personnage principal. Un pays en proie à un empereur mégalo et ­tyrannique qui échange de grandes claques dans le dos avec « Végéheu, le roi de France ». La violence, la pauvreté, la guerre, l’exil. La peur d’être une femme dans ce monde-là, la peur d’être la mère de quelqu’un dans ce monde-là, surtout quand ce quelqu’un n’est pas un homme. Sans jamais se départir de son humour et de sa poésie, Niwalie dresse le portrait au vitriol d’une société sur le point d’à nouveau basculer.

J’ai eu un peu de mal avec la narration et ce style parlé, imagé qui m’a d’ailleurs fait penser à Ahmadou Kourouma. L’humour et la dérision sont fortement sollicités pour évoquer ces présidents dictateurs en RDC et République Centrafricaine avec la complicité de VGE, que dis-je Vegeheu, roi de France.

L’Afrique Centrale des années 70-80 est au cœur du récit. J’aurais voulu que les dates soient précisées car difficile de se retrouver pour qui ne connaît pas parfaitement l’histoire politique de ces 2 pays.

Cette Afrique Centrale est racontée par Niwalie. Une enfant qui aimait apprendre mais n’a pas eu la chance de poursuivre ses études scolaires ; une jeune fille qui va être donnée en mariage sans avoir son mot à dire et connaître des maternités précoces ; une jeune femme qui va se battre pour rester en vie et préserver ses filles quand vont éclater des affrontements en République Centrafricaine. J’ai eu de l’empathie pour cette femme.

Je n’ai pas du tout compris le sens du titre du roman. Je n’arrive pas à comprendre les défaites des mères qui sont présentes dans le roman.

Je m’attendais également à ce que les portraits des sœurs de Niwalie, de ses filles soient faits. A part l’une de ses sœurs qui est brièvement évoquée, on ignore ce que sont devenues ses autres sœurs.

La défaite des mères fait moins de 200 pages et c’est un avantage de taille pour moi qui aime les romans courts. La lecture n’a pas été déplaisante mais ce n’est pas un livre que je recommanderai d’instinct.

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TTL 114: Black star Nairobi

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque ! Cette semaine, le thème est P comme…

Et le premier mot qui m’est venu à l’esprit est Policier

J’ai reçu un roman policier dans ma Kube d’août. C’est Camille K, libraire Kube qui l’a choisi pour moi.

Elle a répondu à mon envie qui était formulée comme suit : Je remplis ma carte des auteurs africains et j’aimerais lire un roman (ou recueil de nouvelles) en français de moins de 350 pages d’un auteur de l’une des nationalités suivantes: sierra-léonais, cap-verdien, namibien, libérien centrafricain, kenyan ou gambien. Quant aux genres, autobiographies/biographies/essais/livres de développement personnel à éviter.

Bon l’édition reçue fait 386 pages mais c’est un auteur kenyan. 🙂

Un cadavre dans la forêt de Ngong, cela n’augure rien de bon. Ishmael et O le savent bien. Surtout quand un ­attentat survient au même moment dans un grand hôtel de la capitale. Surtout quand cela se produit quelques jours avant l’élection présidentielle, dans un contexte terriblement tendu qui n’est pas sans rappeler celui ayant précédé le génocide rwandais. Nos deux détectives vont devoir suivre la piste d’un étrange groupe de Blancs ­américains, quand certains voudraient leur faire voir la signature d’islamistes. Dans cette enquête menée tambour ­battant, Mukoma Wa Ngugi nous emmène du Kenya aux États-Unis en passant par le Mexique, des bidonvilles de Nairobi aux plus hautes sphères du pouvoir politique international.

Black Star Nairobi est la deuxième enquête menée par le détective américano-kenyan Ishmael Fofana et son compère Odhiambo. Pas besoin de lire le tome 1 pour mieux cerner nos deux partenaires. Ce tome 2 se suffit à lui seul.

Au niveau du cadre spacio-temporel, le récit débute au Kenya. Nous sommes dans les années 2006-2007 après des élections présidentielles ayant entraîné des massacres inter-ethniques rappelant le génocide rwandais.

Le cadavre retrouvé dans la forêt est celui d’un noir américain. A-t-il un lien avec l’attentat qui aura lieu dans un grand hôtel dans le centre de Nairobi ?

Nos deux enquêteurs se lancent dans la traque des supposés terroristes de Nairobi à San Francisco en passant par Tijuana.

Ce thriller politique m’a permis de découvrir le Kenya de l’intérieur avec sa gastronomie, ses groupes ethniques.

L’enquête est plutôt complexe, il est difficile de croire au mobile du meurtre et des attentats terroristes. Je n’ai pas été entièrement convaincue par l’aspect géopolitique.

J’ai apprécié le rythme de l’histoire même si le suspense n’est pas régulier tout au long du récit. Il y a également beaucoup de violence dans le récit.

J’ai beaucoup apprécié suivre ce duo d’enquêteurs ainsi que Muddy, la fiancée d’Ishmael. Ils sont crédibles dans leurs craintes, leurs colères, leurs souffrances. C’est ma première fois avec l’auteur et ça a été une sympathique découverte. Mais me donne-t-elle envie de découvrir le 1er tome ?

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Dans le ventre du Congo – Blaise Ndala

Lorsque s’ouvre l’Exposition universelle de Bruxelles le 17 avril 1958, Robert Dumont, Sous-commissaire du plus grand évènement international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a fini par rendre les armes : il y aura bel et bien un « village congolais » parmi les quatre pavillons consacrés aux colonies. Le Palais royal a coupé court aux atermoiements du supérieur direct de Dumont, son ami le baron Guido Martens de Neuberg, Commissaire général d’Expo 58.

Dumont ignore que, parmi les onze recrues congolaises mobilisées au pied de l’Atomium pour se donner en spectacle devant les visiteurs venus des quatre coins du monde, figure la jeune Tshala, fille de Kena Kwete III, l’intraitable roi des Bakuba. Le périple de cette princesse nous est alors dévoilé, entre son Kasaï natal et Bruxelles, en passant par Léopoldville où elle a côtoyé Patrice Lumumba et Wendo Kolosoy, le père de la rumba congolaise, jusqu’à son exhibition forcée à l’Expo 58, où l’on perd sa trace.

Été 2004. Fraîchement débarquée en Belgique, une nièce de la princesse disparue croise la route d’un homme hanté par le fantôme du père. Il s’agit de Francis Dumont, professeur de droit à l’Université libre de Bruxelles. Une succession d’événements fortuits finit par dévoiler à l’un comme à l’autre le secret emporté dans sa tombe par l’ancien Sous-commissaire d’Expo 58. D’un siècle à l’autre, la petite histoire embrasse la grande pour poser la question de l’équation coloniale : le passé peut-il passer ?

J’ai découvert la plume de Blaise Ndala via Sans capote ni kalachnikov. Ayant apprécié sa plume mordante, j’avais hâte de lire un autre de ses récits. Et l’opportunité s’est présentée l’an dernier, lorsque ma maison d’édition Vallesse a édité pour l’Afrique, Dans le ventre du Congo et qu’il a reçu le Prix Ivoire 2021.

Deux parties et un prélude forment la charpente de ce roman. L’Expo 58 est présentée trois mois avant, puis quarante-cinq après et six semaines après l’ouverture officielle. La 2e partie est dédiée au retour au Congo.

Le lecteur découvre les coulisses de cette exposition mais surtout la princesse Tshala qui, tombant amoureuse d’un colon belge, sera obligée de partir à Léopoldville après cet affront que constitue cette liaison interdite. Une mauvaise rencontre avec Mark de Groof, commerçant et collectionneur d’art va l’amener à se retrouver au « village de bantous congolais » de l’Exposition Universelle avec une dizaine de congolais.

Dans l’un des pavillons les plus courus où les visiteurs pouvaient s’émerveiller devant un village de Bantous congolais avec leur invité Pygmée, en pleine jungle équatoriale, comme si vous y étiez », et ainsi toucher du doigt « le long chemin que la Belgique a fait prendre à ses indigènes depuis les ténèbres de l’époque de Kurtz jusqu’à l’ère contemporaine »

Tshala va donner du fil à retordre aux responsables du pavillon. J’ai apprécié son esprit rebelle. Pendant que ses compagnons dansent au rythme du folklore de l’ethnie teke, elle chante en français ou en latin.

Elle décide avec le groupe de mettre un terme à leur participation aux activités à la suite d’un incident dans ce pavillon congolais_ un incident qui va se répéter, dans un stade de foot, 45 ans après. Mais le pygmé Zando Bara, membre du groupe, est le seul à s’opposer. Et les mots de Zando Bara m’ont fait penser à toutes ces personnes qui parce qu’ils n’ont jamais expérimenté le racisme en ont marre des revendications des autres, ces personnes qui trouvent que le racisme est moins choquant, moins humiliant que le tribalisme. La dignité humaine a-t-elle plusieurs couloirs, plusieurs échelons ?

A travers l’histoire de Tshala, ce sont des faits historiques méconnus qui sont évoqués. Je n’avais pas en effet connaissance de cette exposition universelle de 1958 ni des collections de près de 200 fœtus, crânes et autres ossements d’Africains qui sont gardés depuis la fin du XIXe siècle dans les musées royaux belges.

Le passé est sale. Doit-on l’exhumer ? Dans le ventre du Congo semble être engagé sur la voie de la conciliation, celle qui jette un coup d’œil furtif au passé mais vit pour le futur.

… depuis que la terre est notre demeure commune, des peuples se rencontrent, tantôt dans la joie, tantôt dans la douleur, tantôt sous l’étreinte de l’allégresse, tantôt sous le joug de la barbarie.
Ce ne sont pas les blessures qu’ils s’infligent les uns aux autres qui comptent le plus lorsque le temps éclaire nos vacillantes illusions de discernement. Ce qui l’emporte, fils, c’est ce que leurs enfants après eux en retiennent afin de bâtir un monde moins répugnant que celui qui les a accueillis.

Sur la question de l’immigration, l’auteur semble avoir un avis bien tranché

Les humains doivent pouvoir aller où ils veulent, quand ils veulent, parce que c’est tout ce qu’ils ont fait depuis que l’Australopithèque, l’homme de Cro-Magnon ou que sais-je, a quitté sa grotte en Afrique, professeur Funcken. C’est aussi simple que ça, il me semble, non ? Regardez donc à quel point tout ça est finalement très banal : les Allemands, par centaines, vont en Chine et y trouvent leur bonheur ; les Chinois, par milliers, vont en Ethiopie et s’y enrichissent. Alors, dites-moi, au nom de quoi les Ethiopiens n’iraient-ils pas vivre en Australie ou au pôle Nord ?

Ce roman de près de 400 pages est dense, complexe dans sa structure narrative. Impossible de le lire d’une traite pour moi. Il m’a fallu des pauses pour assimiler l’histoire de la lignée royale des Kuba notamment.

Si j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les parties où Tshala est la narratrice, celles de sa nièce Nyota m’ont laissée indifférente car je n’y ai pas trouvé le même degré d’émotions. J’attendais beaucoup de ce dernier roman de Blaise Ndala et j’ai eu l’impression à la fin de ma lecture de rester sur ma faim.

Comme dans sans capote ni kalachnikov, l’un des personnages est un footballeur. Est-ce du pur hasard ou l’auteur aime dresser le portrait des stars du ballon rond ? 😀

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TTL 108 : Hercule Poirot (BD), tome 1 

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Couverture hivernale

Je triche un peu parce que le livre qui correspond à ce thème, je l’ai lu il y a deux semaines. 😀

Couverture Hercule Poirot (BD), tome 1 : Le crime de l'Orient-Express

Hiver 1937. Juste après minuit, une congère force l’Orient-Express à s’arrêter en pleine voie. Le luxueux train est étonnamment plein pour cette période de l’année, mais, au petit matin, on dénombre un passager de moins… Un magnat américain est mort d’une dizaine de coups de couteau, la porte de son compartiment verrouillée de l’intérieur. Hercule Poirot mène l’enquête dans le train coupé du monde…

J’ai lu le roman au collège et je ne me souvenais plus de l’intrigue. Grâce à cette bande-dessinée, je me souviens de la raison pour laquelle cette enquête d’Hercule Poirot est l’une de mes préférées. Le suspense est présent, le final époustouflant.

On suit avec intérêt l’enquête de notre cher Hercule Poirot. On sait que l’assassin est dans le train car aucun passager n’est descendu du train depuis le départ. On suit les différents interrogatoires, recoupe les informations, cherche à déceler les incohérences. Comme toujours, Hercule Poirot a une longueur d’avance…

Bravo au scénariste et surtout à l’illustrateur qui a su retranscrire le décor de l’histoire. Les dessins retranscrivent l’atmosphère glaciale, l’ambiance feutrée. J’ai beaucoup apprécié le style moderne. Pour avoir lu d’autres tomes de la saga BD, je trouve que le dessin d’Hercule Poirot dans ce tome est le plus réussi.

Nul doute que ce n’est pas facile de retranscrire l’histoire originale dans ce format. Pari risqué mais réussi.