Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Louisiane de Fabienne Kanor

Un Français d’origine camerounaise entreprend un voyage en Louisiane pour enquêter sur la mystérieuse disparition, survenue des décennies plus tôt, d’un oncle qu’il n’a jamais connu. Arrivé à La Nouvelle-Orléans, encore en reconstruction, dix ans après le passage de l’ouragan Katrina, il est logé par Denim, une riche femme créole, et noue une amitié avec Zaac, son impétueux homme à tout faire. Depuis les plantations de canne à sucre jusqu’aux bayous les plus reculés, dans cette Louisiane sous tension raciale et abîmée par l’esclavage, le Français se fondra parmi les nombreux personnages aux destins cabossés et aux combats exemplaires rencontrés en chemin, et fera l’expérience de l’amour, de la mort et du pardon.
Fabienne Kanor livre un texte puissant, porté par une prose sensuelle et lumineuse, sur les origines, le poids du passé et les liens qui se tissent entre les hommes.

A 49 ans, Nathan s’envole pour la Nouvelle Orléans, à la recherche de ce qui a pu arriver à Étienne John Wayne Marie-Pierre: un grand-oncle qui avait quitté le Cameroun pour l’Amérique. Cette recherche est l’occasion de parler de sa vie, lui l’homme sans emploi entretenu par Jeanne, sa partenaire.

A travers ce voyage, il se remémore son arrivée en France et sa mère qui avait rangé l’existence d’avant et le Cameroun dans un coin.

Nathan était obsédé pour l’Amérique noire

Il y avait, j’avais le sentiment de n’avoir pas grandi là où il fallait pour être un vrai Noir. D’être définitivement trop court, je plafonnais à un mètre soixante-dix-neuf, et de n’avoir aucune histoire costaude derrière moi.

Il déchanta à son arrivée à la Nouvelle-Orléans

Je me gardais de lancer « What’s up bro ? » lorsque je voyais un homme de ma couleur. J’avais cessé de rêver et commençais à éprouver un soulagement inavouable à ne pas être eux, à ne pas être pris pour eux.

Je peux être tous les Noirs : sud-africain, namibien, togolais, antillais, cubain, mais le pire du pire, c’est être nègre des États-Unis. C’est être potentiellement coupable et historiquement malheureux.

Quand un Noir américain atteignait ses trente ans sans avoir vasouillé en geôle, on s’écriait la veine, on trinquait au miracle. L’argent et la santé venaient après.

« Tremé, c’est l’Afrique de l’Amérique, on mange, on fête, on danse et on meurt comme là-bas. »

Y avait-il, sur cette terre, un Noir encore plus foutu que le Noir d’Amérique ? Y avait-il un sort moins truqué que le sien ? Une place aussi casse-gueule que celle que son pays lui réservait ?

La condition des Noirs d’Amérique en littérature n’est pas inédite. Avec ce roman, je m’attendais à une réflexion plus élaborée, à une histoire consistante, émouvante. L’intrigue principale à savoir la recherche d’informations sur le grand-oncle est un prétexte pour parler d’autre chose, ce personnage n’est pas suffisamment exploité. Je pense que son histoire aurait apporté un plus à ce récit.

La forme du récit peut parfois dérouter. Les chapitres sont absents. Le découpage du roman est plutôt en scènes, séparée des autres scènes d’un chapitre par l’intermédiaire d’un séparateur.

Ce roman n’a pas coché toutes les cases de mon attente. Peut-être que je ne fais pas partie de la cible…

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Volcaniques, une anthologie du plaisir interdite aux moins de…

Douze femmes, auteures du monde noir, évoquent le plaisir féminin. Comment s’écrivent aujourd’hui le corps, la sensualité, la sexualité ?

« Volcaniques : une anthologie du plaisir » est un ensemble riche. Les nouvelles dévoilent des figures féminines et des environnements variés. Les âges de la femme y sont également divers, ce qui est heureux. Certains textes ébranleront par leur puissance poétique et / ou érotique. D’autres séduiront par le ton, le phrasé, l’humour ou par une capacité analytique qui a su ne pas prendre l’ascendant sur la narration. Bien des femmes se reconnaîtront dans ces pages, d’où quelles soient. Quant aux hommes, ils trouveront peut-être la clé du grand mystère que semble être, pour certains, le plaisir féminin.

Collectif : Léonora Miano, Hemley Boum, Nafissatou Dia Diouf, Marie Dô, Nathalie Etoke, Gilda Gonfier, Axelle Jah Njiké, Fabienne Kanor, Gaël Octavia, Gisèle Pineau, Marie-Laure Endale & Elizabeth Tchoungui.

mon-avis-de-lecture

Après le désir, place au plaisir !

Nos narratrices ne sont pas des prudes. Ce sont des femmes sexuellement expérimentées, libres, à l’aise avec leurs corps et leur sexualité. Ce sont des femmes avides de plaisir qui n’attendent pas l’homme pour jouir. Cunnilingus, masturbation, coït. Tous les chemins mènent à Rome, pardon au plaisir.

La première nouvelle aborde la sensation du plaisir à travers les livres et les mots.

Certains ont besoin d’images pour nourrir leurs fantasmes, films, photos, gros plans de nus. Depuis toujours, seuls les mots nourrissent mon imaginaire.

Me croiriez-vous si je vous disais qu’une mamie de 85 ans, mariée, a eu plusieurs amants mais n’a connu que le plaisir du cunnilingus ?

Me croiriez-vous si je vous disais que le plaisir peut être donné par un djinn ?

Le plaisir explose. Certaines femmes ne veulent que caresse, sensation. Peu importe s’il vient d’une femme ou d’un homme

Page 78 : ni déesse, ni maitresse. Point de verge intrusive, juste quatre seins à nous deux

 

Les femmes fantasment. L’une désire fortement un homme qu’elle ne peut avoir. Elle tente de le retrouver dans d’autres hommes.

Une autre non comblée avec son mari cherche la jouissance ailleurs.

“Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse…”

Le plaisir c’est deux solitudes qui se rencontrent. Plaisir cicatrisant, plaisir violent.

Le plaisir c’est deux désirs qui se conjuguent.

Ces nouvelles sont très sensuelles, érotiques. J’ai beaucoup apprécié la plume de Silex. Langue habile, style captivant. Si j’ai apprécié la forme, je ne suis pas sûre d’avoir compris le fond. La narratrice a-t-elle été violée ?

J’ai apprécié l’humour de Fabienne Kanor, le langage châtié de Marie Dô. La plume d’Axelle Jah Njiké a été une belle découverte. Elle a décrit le plaisir à petite goutte. C’est très cru mais joliment écrit. 

Léonora Miano

 

volcaniques axelle jah njike

 

Volcaniques invite les femmes à être, à libérer leur volcan. Ça a été une sympathique séance de lecture. Merci à Léonora Miano pour ce projet qui a réuni des femmes noires. Pour tenter l’expérience, cliquez ICI

signature coeur graceminlibe