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TTL 109: Du miel sous les galettes – Roukiata Ouédraogo

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: O comme…

Ouedrago. Roukiata Ouedraogo.

Couverture Du miel sous les galettes

Roukiata est née au Burkina-Faso. De sa plume, légère et nostalgique, elle raconte avec tendresse et humour ses années d’enfance, son pays, ses écrasantes sécheresses et ses pluies diluviennes, la chaleur de ses habitants, la corruption et la misère.
Elle raconte sa famille, sa fratrie, ses parents, l’injustice qui les frappe avec l’arrestation de son père. Mais, surtout, elle raconte sa mère.
Cette femme, grande et belle, un  » roc  » restée seule pour élever ses sept enfants, bataillant pour joindre les deux bouts, en vendant sur le pas de sa porte ses délicieuses galettes. Des galettes au miel qui, pour la jeune Roukiata, auront toujours le goût de l’enfance et du pays natal.

Cette autobiographie de plus de 200 pages est un bel hommage à la résilience de la femme, épouse et mère. La mère de la narratrice ne courbe pas l’échine face à la difficulté, elle n’hésite pas à clamer haut et fort ce qu’elle pense.

La narratrice navigue entre son passé où la mère est racontée et son présent où l’artiste française d’origine burkinabè qu’elle est, est la marraine de la Journée internationale de la Francophonie.

On lit sa fierté d’être marraine d’un tel événement, son attachement à la Francophonie et à la langue française

Je suis le prototype de la francophone qui a réussi grâce au français, grâce à la France aussi. Sans la maîtrise de cette langue, je n’aurais jamais pu avoir un public et j’aurais dû me limiter à mon pays. Sans la puissance des réseaux culturels et des médias français, je n’aurais jamais eu cette audience.

Dans son discours précédant la lecture de la dictée de cette journée internationale, elle évoque ce que représente la Francophonie pour elle : union, communion, outil de partage, héritage commun à faire fructifier.

La narratrice évoque également son expérience personnelle et son engagement face à l’excision en fin d’ouvrage. Hélas, de façon très brève. Ce thème fort et important aurait mérité un développement.

Du miel sur les galettes est un roman accessible à tous. Le niveau de langue est courant, le style sans fioritures.

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TTL 107 : Les funérailles de grand-mère

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Jeunesse/Young Adult

J’ai choisi un livre écrit par un collectif de collégiens et lycéens ivoiriens.

Ce livre N’zassa recueille les meilleurs textes des élèves des lycées et collèges de la Côte d’Ivoire, présentés lors de la 6e édition du concours littéraire Madeleine Tchicaya. Poésie, contes, nouvelles et théâtre sur le thème : « Les alliances interethniques, facteur de cohésion sociale ».

25 textes composent ce recueil collectif : 7 poèmes, 6 nouvelles, 7 contes et 4 pièces de théâtre. Des textes écrits par des collégiens et lycéens de mon beau pays la Côte d’Ivoire avec comme fil conducteur les alliances interethniques.

Mon pays a connu des tensions ethniques qui sont encore loin d’être apaisées à l’heure actuelle. Des tensions qui ne devraient en aucun cas être transmises à la jeune génération. Ce recueil collectif écrit par des jeunes est un signal fort. Les textes de ces jeunes filles et garçons rappelle les alliances existantes, scellées par les ancêtres. Ces alliances représentent en quelque sorte un pacte de non-agression entre les peuples. Au delà de la non-agression, ce pacte autorise ces peuples alliés à plaisanter entre eux.

Dans la nouvelle, éponyme du recueil, tout laisse à croire qu’il y aura des moments tristes à cause des funérailles de grand-mère. Mais les boutades des peuples alliés que sont les yacouba, les gouro, les senoufo et peuhl vont apporter sourire et éclats de rire.

Si la plupart des textes évoque les alliances entre yacouba, gouro et senoufo, d’autres textes évoque les alliances entre les bété, les dida, etc…

Les intrigues débordent d’imagination. Chapeau à ces collégiens et lycéens. Nul doute qu’on a la relève de la littérature ivoirienne.

J’ai apprécié rencontrer poésie, nouvelle, conte et théâtre au même endroit. C’est un livre à remettre à des lycéens et collégiens. Qui sait, ils auront peut-être envie de prendre aussi la plume. 😉

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TTL 106 : Un soupçon de liberté-Margaret Wilkerson Sexton

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Addictions

J’ai directement pensé à ce livre

Couverture Un soupçon de liberté

Certains personnages sont accro à la drogue.

Sur près de soixante-dix ans et trois générations, Margaret Wilkerson Sexton relate la saga d’une famille noire et déroule l’histoire de la Nouvelle-Orléans, ville symbole de la fracture sociale et raciale américaine, dans un premier roman puissant et lumineux.
Entremêlant les destins d’Evelyn, Jackie et T.C. à des moments charnières de leur existence, elle nous montre que si les temps changent, les problèmes des Afro-Américains restent les mêmes dans un pays toujours malade de ses discriminations.

66 ans au sein d’une famille. C’est l’engagement que vous prenez comme lecteur en ouvrant Un soupçon de liberté.

Si la 1ère génération semble prometteuse malgré les ségrégations sociales de l’époque, les générations suivantes partent un peu en vrille à cause de la drogue.

comme si Dieu l’avait mis ici avec lui pour s’excuser, et Il était pardonné : pour la mère à moitié folle,
le père défaillant, les difficultés d’apprentissage, les rêves de basket avortés. Parfois, quand il émergeait
au petit matin, il croyait que Dieu approuvait son trafic de hasch. Sinon, d’où lui seraient venus cette inspiration si pure, ces plans si minutieusement préparés ? Et lorsqu’on l’avait arrêté, il s’était mis en colère contre son Créateur, comme s’il avait été trahi par le véritable auteur du crime, mais à présent tout était pardonné.

Ce roman de 300 pages évoque la ségrégation raciale, les difficultés pour les jeunes afro-américains de s’assurer une vie confortable et sereine et l’addiction à la drogue. On admire ces femmes qui se battent pour maintenir l’équilibre familial quand les hommes déraillent.
Mon intérêt pour l’histoire a décru quand une fois présenté T.C on repart à Evelyn en 1944. Cet aller-retour passé-présent a desservi mon intérêt. Il est vrai que l’évolution de ce qu’est être un Noir Américain apparaît de manière encore plus flagrante mais l’histoire perd en intensité.

Un soupçon de liberté a été une lecture plaisante _surtout qu’il a été lu après une lecture presqu’ennuyante_ mais il ne figurera pas parmi mes lectures mémorables.

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Des baisers parfum tabac de Tayari Jones

Couverture Des baisers parfum tabac

« Je n’étais pas du genre à penser que le sang suffisait à faire de nous des sœurs. Cependant, avoir partagé un père créait un lien qui s’enroulait autour de nos chevilles et ligotait nos poignets. »

« Mon père, James Witherspoon, est bigame. »

C’est par cette confession percutante que Dana Lynn Yarboro débute le récit d’une enfance pas comme les autres au sein de la communauté afro-américaine d’Atlanta, dans les années 1980.

Bien que née quatre mois avant sa demi-soeur, Chaurisse, Dana est pourtant l’enfant illégitime, fruit d’une union illicite. L’une est un secret à qui James rend visite une fois par semaine tandis que l’autre mène une vie stable auprès de ses deux parents, inconsciente de son privilège. L’une sait, l’autre pas. Et lorsque leurs chemins respectifs finissent par se croiser, Dana laisse faire et assiste, impuissante, à la naissance d’une amitié pourtant vouée à exploser.

Quand on pense à la bigamie, si on y pense tout court, on imagine une coutume primitive cantonnée aux pages du National Geographic

Deux femmes pour un homme ou Deux filles pour un père auraient pu être les titres de ce récit.

Nous sommes à Atlanta, dans une communauté noire où un homme est bigame.

A travers les deux grandes parties de ce roman dédiées à chaque sœur, l’on découvre toutes les conséquences liées à ce mode de vie qu’est la bigamie. Surtout lorsqu’une des faces de cette bigamie est secrète.

L’impact psychologique de la bigamie, de cette vie cachée sur l’enfant illégitime est décrit, ressenti tout au long de la lecture.

C’est dommage qu’il n’y ait pas de terme pour désigner quelqu’un dans la position de ma mère, Gwendolyn. Mon père est bigame. C’est ce qu’il est. Laverne est son épouse. Elle l’a trouvé la première et ma mère a toujours respecté ses droits de pionnière.

J’étais une enfante précoce. Une femme amère à quatorze ans.

Depuis l’enterrement, James parlait d’une voix douce et mangeait peu. Il avait la tête ailleurs, nous appelait ma mère et moi par les prénoms de nos rivales.

Dana et sa mère baignent dans un environnement de rivalité et de concurrence.

J’améliore mon apparence. Les épouses peuvent se permettre de se laisser aller. Les concubines doivent rester vigilantes.

Ce roman évoque également les violences basées sur le genre (coups ou viol), l’acceptation de soi (notamment à travers Laverne et sa fille qui se trouvent trop grosses).

Des baisers parfum tabac a été une sympathique découverte. Le style de narration est fluide et m’a permis de lire ce roman de plus de 300 pages en une journée.

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TTL 104: Forget me not, Mama’s Boys-tome 2

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Gentils

Le 1er personnage qui m’est venu à l’esprit en découvrant le thème de la semaine est Gideon, Gid pour les intimes 😀

Gideon est un joueur de football américain et est le frère cadet de Gunnar. Lorsque sa mère adoptive a un problème de santé assez grave, il n’hésite pas à mettre sa carrière entre parenthèses pour courir à son chevet et s’occuper de son magasin de fleurs.

Gideon depuis le jour où il a été adopté, s’est fait la promesse de ne jamais causer de souci à sa mère. Il a tenu à être un enfant qui fait la joie de sa mère et lui cause le moins de souci possible.

Gideon est disponible pour ses frères, ses amis. C’est un gentil gars, un mec bien. Lorsque sa célébrité va commencer à mettre à mal la boutique de fleurs de Jannelle, il ne va pas hésiter à poser des actes pleins de bienveillance envers elle. C’est un personnage que j’ai beaucoup apprécié. Il est d’ailleurs mon nouveau bookboyfriend. Il est romantique, gentleman, protecteur et beau gosse. ❤

Pour parler de la romance dont il est le héros, elle met du temps à s’installer. L’accent est mis sur l’environnement familial de Gid et la suite de sa carrière. Son duo avec Janelle m’a ravie de façon éphémère ; le comportement puéril de cette dernière m’a ôté tout éblouissement. J’ai trouvé qu’elle manquait de caractère, d’audace. Une héroïne trop lisse à mon goût.

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

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Louisiane de Fabienne Kanor

Un Français d’origine camerounaise entreprend un voyage en Louisiane pour enquêter sur la mystérieuse disparition, survenue des décennies plus tôt, d’un oncle qu’il n’a jamais connu. Arrivé à La Nouvelle-Orléans, encore en reconstruction, dix ans après le passage de l’ouragan Katrina, il est logé par Denim, une riche femme créole, et noue une amitié avec Zaac, son impétueux homme à tout faire. Depuis les plantations de canne à sucre jusqu’aux bayous les plus reculés, dans cette Louisiane sous tension raciale et abîmée par l’esclavage, le Français se fondra parmi les nombreux personnages aux destins cabossés et aux combats exemplaires rencontrés en chemin, et fera l’expérience de l’amour, de la mort et du pardon.
Fabienne Kanor livre un texte puissant, porté par une prose sensuelle et lumineuse, sur les origines, le poids du passé et les liens qui se tissent entre les hommes.

A 49 ans, Nathan s’envole pour la Nouvelle Orléans, à la recherche de ce qui a pu arriver à Étienne John Wayne Marie-Pierre: un grand-oncle qui avait quitté le Cameroun pour l’Amérique. Cette recherche est l’occasion de parler de sa vie, lui l’homme sans emploi entretenu par Jeanne, sa partenaire.

A travers ce voyage, il se remémore son arrivée en France et sa mère qui avait rangé l’existence d’avant et le Cameroun dans un coin.

Nathan était obsédé pour l’Amérique noire

Il y avait, j’avais le sentiment de n’avoir pas grandi là où il fallait pour être un vrai Noir. D’être définitivement trop court, je plafonnais à un mètre soixante-dix-neuf, et de n’avoir aucune histoire costaude derrière moi.

Il déchanta à son arrivée à la Nouvelle-Orléans

Je me gardais de lancer « What’s up bro ? » lorsque je voyais un homme de ma couleur. J’avais cessé de rêver et commençais à éprouver un soulagement inavouable à ne pas être eux, à ne pas être pris pour eux.

Je peux être tous les Noirs : sud-africain, namibien, togolais, antillais, cubain, mais le pire du pire, c’est être nègre des États-Unis. C’est être potentiellement coupable et historiquement malheureux.

Quand un Noir américain atteignait ses trente ans sans avoir vasouillé en geôle, on s’écriait la veine, on trinquait au miracle. L’argent et la santé venaient après.

« Tremé, c’est l’Afrique de l’Amérique, on mange, on fête, on danse et on meurt comme là-bas. »

Y avait-il, sur cette terre, un Noir encore plus foutu que le Noir d’Amérique ? Y avait-il un sort moins truqué que le sien ? Une place aussi casse-gueule que celle que son pays lui réservait ?

La condition des Noirs d’Amérique en littérature n’est pas inédite. Avec ce roman, je m’attendais à une réflexion plus élaborée, à une histoire consistante, émouvante. L’intrigue principale à savoir la recherche d’informations sur le grand-oncle est un prétexte pour parler d’autre chose, ce personnage n’est pas suffisamment exploité. Je pense que son histoire aurait apporté un plus à ce récit.

La forme du récit peut parfois dérouter. Les chapitres sont absents. Le découpage du roman est plutôt en scènes, séparée des autres scènes d’un chapitre par l’intermédiaire d’un séparateur.

Ce roman n’a pas coché toutes les cases de mon attente. Peut-être que je ne fais pas partie de la cible…

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TTL 102: Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Vilains & Méchants

J’ai pensé à ce titre

Couverture        Et d'un seul bras, la soeur balaie sa maison

Lala vit chichement dans un cabanon de plage de la Barbade avec Adan, un mari abusif. Quand un de ses cambriolages dans une villa luxueuse dérape, deux vies de femmes s’effondrent. Celle de la veuve du propriétaire blanc qu’il tue, une insulaire partie de rien. Et celle de Lala, victime collatérale de la violence croissante d’Adan qui craint de finir en prison.
Comment ces deux femmes que tout oppose, mais que le drame relie, vont-elles pouvoir se reconstruire ?

J’ai choisi ce roman de Cherie Jones parce que la majorité des hommes dans ce roman sont vilains: moralement laids. Ce sont des hommes violents, particulièrement méchants envers des femmes, leurs femmes, leurs filles.

Il y a le vilain Carson qui abuse de sa fille,

Rainford, le vilain et jaloux fiancé, qui n’arrive pas à aimer la fille de sa fiancée et va tuer celle qu’il prétend aimer,

Il y a Adan, le géant, qui bat continuellement sa femme,

Il y a le vilain lieutenant Beckles qui va abuser d’une femme.

Elles s’appellent Esmé, Lala, Saba, Mira et elles subissent la violence du mâle.

A travers ce récit de plus de 300 pages, le lecteur fait face à la fureur de l’homme. Une violence qui ne peut s’expliquer, une violence qu’on croirait innée.

A travers les histoires personnelles et commune de Wilma, Esmé et Lala, l’on est tenté de se demander si la violence conjugale est un héritage transmis de génération en génération.

elle ne comprenait pas que, pour les femmes de sa lignée, le mariage était, d’une manière ou d’une autre, un meurtre.

Le lecteur assiste, impuissant, au relâchement de l’éducation parentale, à l’influence malsaine des adultes et à la naissance de monstres comme Adan.

Le récit se déroule à Baxter dans les années 80 et dans ce paradis pour touriste, les élites et riches noirs sont rares. Il n’y a presque pas de médecin. Les femmes cousent, tressent, font le ménage ou se prostituent. Les hommes sont des gigolos, des braqueurs ou dealers de drogue. J’ai grincé des dents face à ce portrait misérabiliste d’afro-descendants.

Il m’a manqué l’histoire économique de l’île de la Barbade pour justifier ce portrait.

Le style de l’auteure est entraînant, le ton assez mélancolique. Si j’ai eu de la compassion pour Lala, le seul personnage auquel je me suis attachée est Tone. Je n’ai d’ailleurs pas du tout aimé le sort qui lui est réservé à la fin.

Si j’ai apprécié ma lecture, de nombreuses questions restent sans réponse pour moi : pourquoi Wilma reste-t-elle avec son mari malgré tout ? Pourquoi Esmé et Saba se prostituent ? Pourquoi Tone a décidé de vivre cette vie? Qu’est-ce qui a déclenché cette Chose qu’il ne peut nommer ?

Un amour interdit Alyssa Cole

Que sont les secrets, si ce n’est des choses que l’on veut oublier ?

tu comprends qu’aimer un homme ne s’apprend pas, car si c’est le bon, l’apprentissage est inutile, l’amour est la chose la plus naturelle au monde. Tu comprends que si tu dois apprendre à aimer un homme, il n’est probablement pas celui que tu devrais aimer.

Avez-vous lu ce livre ?

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

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TTL 101: L’Haïtienne – Isabelle Prod’homme

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: I comme

Isabelle Prod’homme

L'adoption comme une nouvelle naissance

Née sous X à Paris et adoptée à l’âge de quatre mois et demi, la jeune femme a souhaité, à l’âge adulte, en savoir plus sur sa mère biologique. C’est cette quête qu’elle raconte dans son roman autobiographique: l’Haïtienne.

« Ne me demandez pas pourquoi, il me fallait l’approcher, la suivre pas à pas, l’observer, la contempler, la ressentir en moi, question de survie. »

Danielle, jeune native de Port-au-Prince, vient faire ses études de pharmacie en France. Un évènement dramatique dans son pays natal va bouleverser sa vie et son avenir, de l’autre côté de l’Atlantique… Elle tente tant bien que mal de continuer son chemin malgré sa souffrance. Les défis qu’elle doit relever ne la laissent pas indemne, bien au contraire. Elle déploie une force intérieure qui ne la quitte jamais et nous prouve que toute vie, même la plus chaotique, vaut la peine d’être vécue.

Le récit début en août 1964, à Obléon, petit village d’Haïti. Alix raconte ses souvenirs de vacances et évoque sa cousine Danielle: une jeune fille qui n’a pas encore l’âge de voter et veut faire des études de médecine. Danielle veut bien étudier à l’étranger mais ne compte pas s’y installer. Elle veut vivre en Haïti, y fonder une famille, résister et être témoin de l’effondrement du duvaliérisme mais sa vie prendra d’autres tournures….

Adam Cloretti, Stéphane, Monique, Béa, Marc ainsi que Louis, à tour de rôle, vont livrer des tranches de la vie de Danielle.

Isabelle, la fille de Danielle, née sous X et adoptée, s’épanche dans les derniers chapitres du récit. Depuis 2009, elle a le désir de retrouver sa mère de naissance mais le volet administratif ne lui facilitera pas la tâche. Une recherche ADN via l’agence Ancestry lui permettra de remonter le fil de ses origines…

J’ai découvert cette biographie romancée d’une centaine de pages dans le cadre de la présélection du Prix les Afriques 2021. J’ai été intéressée par le fond de l’histoire mais la forme aurait pu être davantage ciselée. J’ai eu beaucoup de mal avec la structure du récit, elle m’a empêchée d’être complètement immergée dans l’histoire et d’être prise aux tripes.

A mon humble avis, on aurait pu se passer des passages où Danielle se raconte et laisser les personnes qui l’ont côtoyée la raconter. Le récit aurait été plus saisissant.

J’ai néanmoins beaucoup apprécié la découverte de cette citation d’Emery Allen.

La chose la plus apaisante en ce monde, c’est quand quelqu’un embrasse vos blessures en ne les voyant pas comme des catastrophes dans votre âme mais simplement comme des fissures dans lesquelles mettre son amour.

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

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Nouvelles du monde #13 : Guadeloupe

Aux Antilles, « identité » est un terme souvent utilisé. Il en est souvent question dans les écrits ou les discours des Antillais, des Guadeloupéens en particulier, ce dont témoigne la riche littérature de l’île. D’identité, d’âme, de l’île et de son peuple, chacune des nouvelles ici réunies s’en fait l’écho. L’appel de l’île et ses sortilèges parcourent ces textes de l’un à l’autre, que tel personnage soit à Paris ou que tel autre revienne de Montréal.

Ta mission de Gisèle Pineau

Marny, une jeune Guadeloupéenne vait été rondelette dans le passé. Au collège, on la surnommait Bouboule. A Pointe-à-Pitre, elle avait appartenu à un groupe : les Pretty Girls qui aimaient remplir la bouche qu’on voit et aussi celle qu’on ne voit pas.

Lors d’une nuit de carnaval, Marny entend des voix, commence à regarder la nourriture d’un autre œil. Trois ans plus tard, elle se retrouve en métropole. Devenue anorexique, elle entend toujours ces voix mystérieuses qui semblent lui indiquer une mission…

Le coq rouge Jaffar ou le maléfice de Satan de Fortuné Chalumeau

Croyances populaires et rites chrétiens se répondent sous l’œil soi-disant maléfique du coq Jaffar.

Du fond des casseroles de Simone Schwarz-Bart

L’âme de la Guadeloupe s’exhale du fond des casseroles. L’auteur évoque ce que représente la cuisine créole, cuisine de partage, acte de communion avec la nature et les hommes. Une nouvelle bien trop courte. J’aurais voulu saliver, avoir un réel dépaysement culinaire.

La femme-fleuve d’Ernest Pépin

Koan l’orphelin à la patte folle, constructeur de pirogues aime en silence Moimanman, une jeune élève qui s’est rapprochée de lui dans le cadre d’un exposé sur la construction de pirogues. Koan lui apprend qu’il y a science et science, que l’on peut connaître avec d’autres yeux que ceux de l’école. Koan raconte la mémoire du fleuve.

Le récit évoque la Guyane notamment à travers les Boni et les différents peuples de la Guyane. Je n’ai pas saisi la place de ce récit dans un recueil de nouvelles évoquant la Guadeloupe.

L’odeur de la terre humide de Dominique Deblaine

C’est la nouvelle la plus longue du recueil. Elle est subdivisée en 5 parties. Honoré, un peintre exilé à Montréal, retourne en Guadeloupe. Il est en pleine quête de soi, du retour à sa terre, et à soi-même. En racontant son parcours de vie, il nous présente ceux qui l’ont côtoyée. Des personnes qui ont pour commun le fait d’être affranchis du regard de l’autre. La parentalité est également évoquée.

Dominique Deblaine utilise un langage imagé qui plaira sûrement aux amateurs des belles lettres.

Cette 13e étape dans mon tour du monde littéraire à travers la collection miniatures a été intéressante mais pas mémorable. Je suis encore à la recherche de la perle rare, de la lecture éblouissante.

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Nouvelles du monde #12 : Israël

Je continue mon tour du monde littéraire grâce à Youscribe. Aujourd’hui, halte en Israël. Une nation à laquelle je suis spirituellement attachée.

Une petite fille apprend à nager avec grand-mère Reisel, dans le périmètre réservé aux croyances orthodoxes. Plus loin, Félix Silvane agent d’assurances, émerge d’un coma profond et réalise qu’il n’a jamais contracté d’assurance pour lui-même. Dans une maison de retraite, une vieille femme serre un oignon dans sa main pour le repas du shabbat alors qu’elle regarde ses enfants s’éloigner… Enfin, dans la bande de Gaza, Jacob Benhamoun, l’Israëlien, et Hani Elajrani, le Palestinien, shootent dans des canettes vides, à la lisière de la Terre promise…
Un recueil de nouvelles de la « jeune littérature » israélienne et palestinienne qui ne portent plus le même regard sur l’édification de la nation, de l’intégration des nouveaux émigrants ou des inquiétudes pour l’avenir du pays, mais s’interrogent sur le monde d’aujourd’hui, là où les réminiscences coulent à flots comme autant de pétales de roses…

Petite rose en méditerranée de Nava Semel

Une grand-mère apprend à sa petite-fille à nager dans le périmètre réservé aux croyantes orthodoxes. J’ai découvert grâce à cette nouvelle les rites liés au mariage juif. Par ailleurs, j’ai beaucoup apprécié la sagesse des phrases de la grand-mère.

L’honneur du Tout-Puissant, décréta grand-mère, exige que nous gardions une certaine pudeur, même à l’abri des regards.

Un mauvais karma d’Etgar Keret

Félix Sivane, agent d’assurances qui savait si bien convaincre n’a contracté aucune assurance pour lui-même. Alors quand un accident survient, il comprend que son histoire personnelle est plus efficace que toutes les autres.

De prime abord, on peut penser que l’histoire s’arrête là mais elle débouche sur la vie qu’on perçoit lorsqu’on est dans le coma, un endroit sans peur, où même la douleur, quand elle se produisait, ne faisait pas mal mais s’ajoutait aux autres sensations qu’on était heureux d’éprouver. Ca m’a fait drôle de lire cette phrase parce qu’un proche qui a été dans le coma, m’a dit à peu près la même chose de cet état.

Mes années de jachère d’Orly Castel-Bloom

Une femme qui imagine ce que sera sa vie quand elle sera vieille. Elle envisage de se libérer de la contrainte du comportement.

La dernière bougie de Mohammed Aldirawi

Jacob Benhanoun, juif vivant à Lyon, retourne sur la terre promise de ses ancêtres avec sa famille. Là, il devra faire son service militaire. Posté à la bande de gaza, il fera la connaissance d’Hani Alajrani, jeune homme palestinien, membre d’un groupe de résistants.

Ils avaient beau bondir comme de braves soldats face aux discours d’Ismael, ils étaient jusqu’ici, pour moi, les petits copains de classe qui imitaient le chant du coq quand le prof tournait le dos.

Sept histoires brèves d’Alex Epstein

Sept histoires qui tiennent sur quelques lignes. Sept histoires aux personnages étranges et drôles à la fois.

  • Le cauchemar des montres de Jung où le psychanalyste Carl Jung a peur que sa femme demande à sa maîtresse si elle a l’heure.
  • Sms en errance : des déclarations d’amour qui restent sans réponse.
  • Celle qui collectionnait les grilles de mots croisés remplies: Anna collectionne des grilles de mots croisés remplies. On apprend aussi que le bégaiement d’Anna a disparu dès qu’elle eut appris l’hébreu.
  • L’ange dont rêvèrent Brod et Kafka : L’un rêve d’un ange qui n’a plus que l’aile droite et qui se renseigne sur Kafka. L’autre rêve d’un ange sans ailes qui se renseigne sur Brod.
  • Celle qui rêvait de chansons imaginaires : Avez-vous déjà entendu parler de la chanson qui commence ainsi : « l’amour est un nouveau visa sur le passeport d’un mort » ?
  • De l’autre côté du mur: Un mur construit pour se séparer du fou. Mais que devient ce fou ?
  • De la concordance des temps entre la poésie et la prose : une rencontre entre un écrivain et un poète qui dure deux minutes et qui m’a arraché un sourire.

J’ai apprécié aller à la découverte de plumes israéliennes et palestinienne mais Nouvelles d’Israël ne fera sûrement pas partie des livres que je recommanderai pour qui veut découvrir la collection Miniatures. Je n’ai pas été emportée par les récits. Il n’y a que la nouvelle d’Etgar Keret qui se démarque du lot selon moi.

Je ne désespère pas. Je continue ma découverte de la collection en espérant que la prochaine halte soit une excellente lecture. J’ai le choix entre la Malaisie et Singapour pour mon prochain voyage littéraire. Lequel d’entre les deux, choisiriez-vous pour moi ?