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Les belles choses que porte le ciel – Dinaw Mengestu

En novembre dernier, j’ai commandé la Kube et voici ce que j’ai formulé à Sarah de la librairie Terre des Livres : je remplis ma carte des auteurs africains alors j’aimerais bien recevoir un roman en français de moins de 230 pages d’un auteur de l’une des nationalités suivantes : namibien, tanzanien, mozambicain, tanzanien, ougandais ou éthiopien. Quant aux genres, si ça peut être du contemporain, policier/thriller ou de la romance ça m’irait très bien. Les biographies/ essais à éviter. Pas mon envie de lecture en ce moment.

Après des mois d’attente, j’ai pu déballer mon colis …

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…et j’ai découvert Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu. Cet auteur américain est d’origine éthiopienne.

 

Résumé de l'oeuvre

La jeune Sépha a quitté l’Éthiopie dans des circonstances dramatiques.Des années plus tard, dans la banlieue de Washington où il tient une petite épicerie, il tente tant bien que mal de se reconstruire, partageant avec ses deux amis, Africains comme lui, une nostalgie teintée d’amertume qui leur tient lieu d’univers et de repères. Mais l’arrivée dans le quartier d’une jeune femme blanche et de sa petite fille métisse va bouleverser cet équilibre précaire…
Un premier roman brillant et sensible par un jeune écrivain américain d’origine éthiopienne.

l'Afrique écrit

Sépha, immigré aux USA venu d’Ethiopie il y a près de 17 ans, est notre narrateur principal. Dès les premières lignes, il nous présente à ses deux amis, Ken le kenyan et Joseph de la RDC, immigrants comme lui.

On découvre au fil des pages du récit leurs chemins de vie.

On découvre leurs habitudes, leurs petits jeux. Ils citent par exemple un dictateur puis ils devinent l’année et le pays. A travers ce jeu, on s’aperçoit du nombre impressionnant de coups d’état réussis ou avortés en Afrique. 

Lorsque Judith et sa fille débarquent dans le quartier de Sépha, on imagine le début d’une relation amoureuse pour ce jeune homme célibataire qu’est Sépha. 

Mais les belles choses que porte le ciel n’est pas une romance. C’est un récit sur l’amour et l’amitié, l’immigration, la nostalgie du pays qu’on a dû quitter, la mélancolie de l’exil non désiré mais nécessaire, le sentiment d’entre-deux

« Si ça te manque tellement, lui hurla-t-il un jour, pourquoi tu n’y retournes pas? Comme ça t’auras plus besoin de dire sans arrêt, « C’est comme l’Afrique », et « On dirait l’Afrique ». Mais tu veux pas y retourner. Tu préfères que ça te manque confortablement ici plutôt que la détester chaque jour sur place. »

 

C’est un roman qui évoque les dictatures militaires en Afrique. J’ai découvert succinctement à travers lui les histoires politiques de l’Ethiopie et du Kenya. L’auteur évoque la dictature en Ethiopie dans les années 70 : les arrestations, les enlèvements, les répressions.

Je m’étais porté volontaire pour remettre des tracts à des gens de confiance. Je n’avais que seize ans. Je ne croyais pas encore aux conséquences de nos actes. 

 

J’ai découvert la plume de Dinaw Mengestu, plume lyrique qui fait côtoyer espérance et tragédie. 

La structure du récit est assez complexe puisqu’on fait des aller-retour entre l’instant présent et des événements passés.

Le rythme du récit est parfois lent, on avance à petits pas et le lecteur qui préfère un déroulement accéléré risque de s’ennuyer.

J’ai apprécié ma lecture mais la passivité de Sépha m’a un peu lassée. Il donne l’impression d’être un homme errant aux USA, ne sachant pas quelle orientation donner à sa vie. il vivote, pensant au lieu de se mettre à l’action pour sa vie sentimentale, sa vie professionnelle. 

Je remercie Sarah pour cette découverte et j’ai hâte de poursuivre mon remplissage de ma carte des auteurs africains.

 

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J’ai lu Dégels de Julia Phillips

 

Dans ce roman, on entre très vite dans le vif du sujet. Le premier chapitre nous présente brièvement Alyona et Sophia. Nous sommes au mois d’août et ces deux filles de 11 et 8 ans vont être enlevées, là, sous nos yeux de lecteur. L’auteure retranscrit avec habileté les circonstances au point de nous faire ressentir l’angoisse.

Les mois vont s’écouler sous forme de chapitres et à chaque mois, une femme entre en scène. Elles s’appellent Olya, Katya, Valentina, Lada, Ksyusha, Revmira, Nadia, Oksana, Natasha, Zoya et Marina. Adolescentes ou femmes matures, célibataires ou épouses, mères ou sœurs, blanches ou indigènes. Elles sont liées par le sang ou l’amitié.

Elles ont entendu parler de l’enlèvement ou sont plus ou moins concernées par l’enlèvement. L’une a aperçu les filles avant leur kidnapping, l’autre ne peut plus voir sa meilleure amie à l’extérieur par mesure de sécurité suite à l’enlèvement des filles. Une autre a sa sœur qui s’est volatilisée il y a quatre ans comme par miracle…

 

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Ces femmes exposent leurs quotidiens faits de fantasmes, de désirs, de solitude et de pertes. Au Kamtchatka situé aux confins de la Russie, les relations de couple sont fragiles, la plupart des femmes rencontrées sont mères célibataires ou divorcées.

Les portraits qui m’ont émue sont ceux de Revmira et Marina. Revmira qui se retrouve seule à nouveau après la mort d’un être cher et Marina, la mère d’Alyona et Sophia.

 

Julia Philips nous offre un voyage dépaysant en Russie plus précisément au Kamtchatka. Les paysages ont l’air magnifiques mais l’autarcie de cette région ne me donne pas envie d’y aller.

Via Wikipédia, j’ai appris que l’île et sa capitale avaient totalement été interdites aux étrangers pendant 50 ans jusqu’en 1990 en raison de la présence d’infrastructures militaires ultra secrètes. 

On ressent qu’il y a au Kamtchatka trois peuples distincts : les russes, les indigènes (peuples du Nord) et les étrangers. Les deux derniers groupes sont moins traités que les russes et accusés des dérives de la société.

 

Vous ne pouvez pas imaginer à quel point on était en sécurité, les filles. Pas d’étrangers. Pas d’inconnus. Ouvrir la péninsule a été la plus grave erreur que les autorités aient jamais commise. » Elle avait reposé la télécommande. « Maintenant, nous sommes envahis par les touristes, les migrants. Les indigènes. Ces criminels. »

 

C’est seulement quand le Kamtchatka s’est ouvert aux étrangers qu’on a commencé à avoir des crimes.

 

J’ai apprécié ce roman à plusieurs allures : roman policier, recueil de nouvelles, roman contemporain. L’auteure a bien retranscrit l’atmosphère du huis-clos.

J’ai été émue par les deux derniers mois où le suspense est à son paroxysme. On y  découvre également ce que sont devenues Alyona et Sophia. 

J’espère que vous n’allez pas hésiter à faire cette expérience de lecture. Pour l’acheter, cliquez ICI

 

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La Belle de Casa – In Koli Jean Bofane

Qui a bien pu tuer Ichrak la belle, dans cette ruelle d’un quartier populaire de Casablanca ? Elle en aga­çait plus d’un, cette effrontée aux courbes sublimes, fille sans père née d’une folle un peu sorcière, qui ne se laissait ni séduire ni importuner. Tous la convoi­taient autant qu’ils la craignaient, sauf peut-être Sese, clandestin arrivé de Kinshasa depuis peu, devenu son ami et associé dans un business douteux. Escrocs de haut vol, brutes épaisses ou modestes roublards, les suspects ne manquent pas dans cette métropole du xxie siècle gouvernée comme les autres par l’argent, le sexe et le pouvoir. Et ce n’est pas l’infatigable Chergui, vent violent venu du désert pour secouer les palmiers, abraser les murs et assécher les larmes, qui va apaiser les esprits…

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Après Congo Inc. Le testament de Bismarck, j’ai voulu découvrir la bibliographie de cet auteur qui tourne la tragédie en comédie. In Koli Jean Bofane aime rire du destin.

Il m’emmène à Casa, ville que je connais.  In Koli Jean Bofane me donne une vision plus poussée de Casa à travers sa description très détaillée de la ville, ses cafés, ses rues.

On découvre une galerie de personnages tout au long du roman : Sese, Ichrak, Cherkaoui, Farida, Mokhtar, Zahira. Chacun de ses personnages a une quête, des désirs étranglés.

Sese Seko Tshimanga rêvait de la France, il se retrouve au Maroc. Le passeur lui avait pourtant promis l’Europe et ses richesses fantasmées. Sese survit difficilement. Il devient un brouteur, un cyber séducteur.

Ichrak, la belle convoitée par tous, cherche son père.

Mokhtar, le commissaire, rêve d’une promotion pour quitter le quartier populaire où il est affecté.

Farida, femme d’affaires scrupuleuse qui veut toujours s’enrichir.

Cherkaoui vit avec le souvenir d’un amour contrarié. 

 

Plus un roman contemporain qu’un roman policier, ce récit aborde l’immigration perçue aujourd’hui comme une pandémie à éradiquer par ceux qui accueillent. Le nationalisme prend de l’ampleur, l’hospitalité n’est plus une valeur.

L’immigration est une source de gain autant pour les passeurs que pour les esclavagistes modernes.

Elle a été déplacée de sa chambre vers une autre qui donne sur une cour où son père est en train de construire des cages, man. J’ai des amis, gambiens, nigérians, érythréens, qui sont passés par la Libye, et ils m’ont dit qu’on attrapait les migrants dans le désert. Ils les gardaient en otages jusqu’à ce que quelqu’un paye une rançon par Western Union à partir de Gao, Kidal ou Mogadiscio.

 

Là-bas, celui qui a un terrain, un hangar, un espace, n’importe quoi, il capture des migrants et les séquestre. Le père de Doja est en train de lui montrer ce qu’il aurait fait à Gino s’il l’avait attrapé, alors maintenant, dans sa cour, il s’est mis à les vendre comme du bétail. C’est l’esclavage des Africains qui continue, man.

L’auteur évoque le sort des migrants en Lybie, dans les villes où ils séjournent en attendant de rejoindre l’Europe. 

A travers la beauté insolente d’Ichrak, ce roman aborde également le désir des hommes qu’ils n’arrivent pas à maîtriser et qui entraîne viol et humiliation des femmes. Il dénonce par ailleurs ces hommes et femmes prêts à tout pour s’enrichir.

In Koli Jean Bofane garde toujours sa singularité qui est d’évoquer des sujets graves avec légèreté. J’ai apprécié son ton comique, ce voyage dans Casablanca où des vies, des sensibilités se croisent mais je suis restée sur ma faim. Je m’attendais à lire un roman policier mais comme l’auteur le dit ICI, il n’est pas Agatha Christie. 😀

 

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Rentrée littéraire 2018

Éditeur : Actes Sud 

Pages : 208

Disponible en version papier et numérique

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Et ma langue se mit à danser de Ysiaka Anam

Peut-être qu’entrer profondément dans la langue de l’Autre, c’est risquer de voir disparaître sa langue à soi ; celle qui résonne dans notre tête et nous rappelle qui on est. Peut-être n’y a-t-il rien de plus affolant que de voir disparaître sa langue. C’est perdre un chez soi.

 

De notre narratrice on ne connaît qu’une lettre de son nom : Z.

D’origine africaine, elle arrive en France à un âge où la mémoire n’a pas laissé de trace. 

Z. grandit en s’éloignant de sa terre d’origine, sa langue maternelle. L’immigration, l’intégration entraînent souvent l’oubli du « soi » d’origine. On ôte une peau pour en revêtir une autre. Il faut choisir son camp, la double culture est parfois mal perçue.

Z. est entre deux eaux. Elle ne sait pas véritablement ce qu’elle est. En France, elle se sent noire, ressent une différence continue avec les autres. Elle a l’impression de ne pas être tout à fait à sa place.

Tout me rappelle que je ne suis « pas d’ici ».

Son identité ? Z. ne sait comment la définir. Les parents immigrés ont peur de ne plus se reconnaître dans leurs enfants. Ils leur demandent de ne pas devenir comme des blancs, de garder leur africanité. 

 

Ne deviens pas comme eux, dit-il. Ne deviens pas comme eux, les Blancs. Réussis aussi bien qu’eux, montre-leur que tu peux faire comme eux. Mais, ne te prends pas pour eux. Ne crois pas que tu es comme eux. Ni qu’ils te considèrent pleinement comme des leurs. Ne te confonds pas avec eux. N’oublie pas qui tu es, vraiment,

Et d’où Tu viens, Toi, d’où On vient, Nous.

Mais comment garder l’identité des parents quand on n’en maîtrise pas assez bien la langue, les manières, les codes, lorsqu’on ne connaît pas leur histoire ?

Comment se construit-on à partir d’un si grand trou sur celui qui nous a engendré ?

 

Face à cette demande impossible, chacun se débrouille, mais toujours mal. Il y a ceux qui ont refusé dur comme fer de trahir le premier camp, qui devra rester leur référence, coûte que coûte. Il y a les autres, qui ont choisi de s’évader pour se réfugier dans l’autre camp. Et puis il y a aussi ceux qui sont restés à côté, hors-jeu, ou sur la ligne de démarcation. C’est cette place-là que j’ai choisie, moi. Une non-place. Double compromis : double refus.

Et ma langue se mit à danser s’inscrit dans l’actualité du moment. Il pose des questions essentielles comme l’a fait Je suis quelqu’un d’Aminata Aidara.

Il souligne l’importance de l’affirmation de soi, la transmission de l’identité culturelle, historique. Il met en évidence les effets secondaires de l’intégration. L’écriture d’Ysiaka est belle, poétique, son style poli.

Ce n’est pas la lecture du siècle mais elle demeure une lecture intéressante.

 

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Le moabi cinéma de Blick Bassy : Yéh malé !

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«Dites-moi, qui? Répondez-moi, qui donc? Qui a décidé qu’il fallait un visa pour aller d’un endroit à un autre? Est-ce que Jules Verne ou Hergé ont dit ça? De la Terre à la Terre, il n’y a pas besoin de visa. De la Terre à la Lune, il n’y a pas besoin de visa. Hein, mbenguiste, toi qui connais, dis-nous, qui…?
– Qui a fait quoi? s’enquit le costumé tiré au moins à huit épingles.
– Qui est venu ici ramasser nos ancêtres pour les vendre et en faire des esclaves? Qui… mais… qui lui a donné un visa pour entrer dans ce « condrè »? Et qui l’a autorisé à y pourchasser nos héros? Les Nyobè, Wandjié, Félix-Roland Moumié… Qui? Vous allez dire que je radote. Allez dire! Car ces gens dont je parle, ont-ils eu besoin d’un seul visa pour nous humilier et nous ruiner? Ont-ils fait la queue pour prendre un laissez-passer, un sauf-conduit, un sauve-qui-peut? Répondez-moi avant que je ne fasse un malheur.»

Et en avant la musique!… La musique des mots avec notre drôle de héros, le candide et rusé Boum Biboum, et ses amis et sa famille hauts en saveur, qui nous projettent du cœur de la forêt africaine à travers la comédie du monde.

l'Afrique écrit

Mon challenge l’année dernière était de lire des prix littéraires. Le Moabi cinéma, Grand prix littéraire d’Afrique noire 2016, faisait partie de ma wishlist. Je l’ai trouvé dans une librairie ivoirienne cette année. 

L’humour est omniprésent dans ce roman de 240 pages. Boum Biboum et ses 4 amis Kamga, Obama, Rigo, Simonobisick nous invitent à découvrir leurs vies qui espèrent expérimenter l’épanouissement en France. Au Cameroun, ce sont des chômeurs, il n’ y a que les bières et le football qui rythment leurs vies. 

Les camerounais immigrés de France qui viennent en vacances au pays leur exposent une vie parfaite en France, une vie de riche où tout semble accessible. L’herbe est verte en France, le ciel est toujours bleu. La France est exotique, la vie y est excellente, c’est l’avenir. Les jeunes camerounais veulent goûter au rêve européen. Ils s’usent dans les demandes de visa, essuient les refus humiliants, se remotivent, tentent à nouveau. 

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La découverte d’un arbre étrange qui diffuse des images de l’Europe va changer la vie de Boum Biboum ainsi que celles de plusieurs camerounais. L’Europe est souffrance, errance, sacrifice, peur, humiliation pour les immigrants. Enfin pas tous, certains réussissent à avoir une vie convenable. 

 

J’ai apprécié ce voyage au Cameroun qu’offre ce roman. Un trajet bien rempli avec l’évocation de thèmes percutants : immigration,  le business des églises de réveil,  la misère du peuple, l’opulence des politiciens, etc…

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J’ai apprécié cet humour à la camerounaise, l’usage du camfranglais, un mélange de français, d’anglais et des langues du Cameroun. Cela peut être perturbant pour les non-initiés. Un lexique en fin de page aurait été utile.

Ma lecture a été intéressante dans l’ensemble même si quelques longueurs et répétitions m’ont lassée.

 

La citation à méditer

Comment être soi dans une société où la notion de singularité est brouillée dès notre naissance. « Tu es pluriel, assume-le et tu découvriras tes différentes facettes », disait mon père.

 

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L’Ombre d’une différence de Sefi Atta

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Soucieuse de son confort et de son indépendance, Deola vit à Londres, tenant ainsi à distance son pays, le Nigeria, et sa famille installée à Lagos. Marquée par une jeunesse ballottée entre deux mondes, elle manoeuvre, dans ses relations professionnelles et amicales, pour éviter de s’exposer, de cristalliser sa différence. Sous ses dehors impassibles, rires, indignations, espoirs, affections et doutes se bousculent en une émouvante effervescence. De retour au Nigeria dans le cadre d’une mission, elle retrouve sa famille, qui commémore le décès de son père, et elle cède à la tentation d’une aventure amoureuse. Cette rencontre, véritable grain de sable dans la vie bien rodée de Deola, l’amène à se libérer du carcan qu’elle s’était imposé, à dépasser son insidieuse frustration pour s’engager dans une voie risquée, mais choisie.
Avec une sobriété ciselée, une tenue remarquable, un humour incisif, une vraie tendresse pour ses personnages et pour les villes de Lagos et de Londres, Sefi Atta explore les questions de l’exil, de la famille, de l’amitié, de la féminité, de l’altérité, restant au plus près du bruissement entêtant de la vie.

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Ce roman dresse le portrait de la société nigériane où le christianisme moderne occupe une place importante. Deola n’est pas pratiquante, elle croit en Dieu un jour sur deux. Ses réflexions parfois judicieuses sur le christianisme hypocrite, tapageur m’ont beaucoup fait rire :

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Deola, fille de bourgeois, est une immigrée à Londres. L’immigration…  Les occidentaux sont toujours des expatriés, des émigrés donc et les Africains des immigrés. Je me demande quand est-ce que la tendance va s’inverser…

Deola à travers sa propre expérience et celle de son amie Subu nous montrent comment se vivent l’immigration nigériane en Angleterre ou aux USA, l’ostracisme et le racisme. Certains nigérians en immigrant se comportent comme des Anglais, d’autres tiennent à préserver leur origine. Dans le milieu professionnel, parfois, le plafond de verre est brisé, parfois non.

Deola travaille dans une ONG qui audite des projets humanitaires dans le monde, le Nigéria y compris. Une nation riche de pétrole, pleine de potentiel qui tend encore la main. Jusqu’à quand ?

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La narratrice nous expose les habitudes hilarantes et paradoxales des nigérians à Lagos comme à Londres. Elle dresse surtout le portrait de femmes indépendantes. Des femmes qui choisissent qui elles veulent aimer, refusent de se plier aux directives des autres quand il s’agit de leurs vies. Elles font le choix de rester seule, de quitter un mariage où l’homme ne les respecte pas. 

Notre héroïne, elle, fait face à plusieurs choix : quitter Londres pour Lagos, abandonner la solitude pour un compagnon, garder un enfant non désiré ou pas.

 

Ce roman m’a séduite par son humour, sa fluidité, ses personnages pittoresques, les thématiques qu’il aborde. J’ai passé un agréable moment de lecture. Etant dans ma période « romance » j’aurais voulu vivre davantage le nouvel amour de Deola. Il a été plutôt bref pour moi. 

Vous avez une amie immigrée, trentenaire ou quadragénaire célibataire ? Ce livre est top pour son cadeau de Noël.

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Éditeur : ACTES SUD

Date de publication : Mai 2014 

Nombre de pages : 368 

Traduit de l’anglais (Nigeria) par : Charlotte WOILLEZ

Existe aussi en format numérique. Voir ICI

 

 

 

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Throwback Thursday Livresque #11 Océan, montagnes ou grand air

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Voici le Throwback Thursday Livresque ! Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram mais vraiment concentré sur les livres !

Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont nous n’avons plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à vos lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

Le thème de cette semaine est : Océan, montagnes ou grand air

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J’ai failli passer mon tour mais je me suis souvenue d’un beau livre qui évoquait l’océan Atlantique : Celles qui attendent 

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Résumé 

Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour l’Europe, ne comptaient plus leurs printemps ; chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l’absence.

Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.

La vie n’attend pas les absents : les amours varient, les secrets de famille affleurent, les petites et grandes trahisons alimentent la chronique sociale et déterminent la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait…

 

Dans ce roman qui a pour thème central l’émigration, les voix de celles qui attendent quelque part en Afrique un homme, un mari, un fils parti à l’aventure pour l’Europe s’expriment. De jeunes sénégalais qui bravent l’Atlantique pour rejoindre l’Espagne, pour sombrer ensuite dans la clandestinité.

 

Le livre est plein d’émotions fortes. Fatou Diome nous décrit avec délicatesse l’attente cruelle, l’attente qui blesse, l’attente qui dévore. Elle décrit le fonctionnement de la communauté sénégalaise, l’illusion de l’eldorado européen, la vanité du paraître, l’amour, les sacrifices perpétuels des femmes. Son écriture est lumineuse, limpide. Les personnages sont vivants, difficiles de les effacer de la mémoire après la lecture. 
 

Issa savoura son effet. Il n’avait pas bien préparé son discours, mais le mot Europe fut son meilleur talisman. La fiancée, subjuguée, acquiesça de tout son coeur. Amoureuse et pleine d’espoir, Coumba ne sentit pas les mains calleuses du pêcheur fauché lui gratter les joues en essuyant ses larmes de joie. Elle se voyait déjà, princesse rayonnante, un soir de couronnement, parée de ses plus beaux atours, accueillant son amoureux, de retour d’Europe et riche à millions.

Les coups de fil s’étaient largement espacés. Les femmes accusèrent le coup. Mais on finit toujours par s’inventer une manière de faire face à l’absence. Au début, on compte les jours puis les semaines, enfin les mois. Advient inévitablement le moment où l’on se résout à admettre que le décompte se fera en années; alors on commence à ne plus compter du tout. Si l’oubli ne guérit pas la plaie, il permet au moins de ne pas la gratter en permanence. N’en déplaise aux voyageurs, ceux qui restent sont obligés de les tuer, symboliquement, pour survivre à l’abandon. Partir c’est mourir au présent de ceux qui demeurent.

 

 

On relate, on discourt, on commente avec tant d’emphase la pénibilité de l’accouchement, qui n’est jamais qu’une douleur éphémère. Mais nul ne songe à prévenir les futures mères de leur carrière de veilleuses de nuit, qui démarre avec les premières tétées nocturnes et dure toute la vie. Enfanter, c’est ajouter une fibre de vigile à notre instinct naturel de survie.

 

Outre leur rôle d’épouse et de mère, elles devaient souvent combler les défaillances du père de famille, remplacer le fils prodigue et incarner toute l’espérance des leurs. De toute façon, c’est toujours à la maman que les enfants réclament à manger. Féminisme ou pas, nourrir reste une astreinte réservée aux femmes. Ainsi, dans certains endroits du globe, là où les hommes ont renoncé à la chasse et gagnent à peine leur vie, la gamelle des petits est souvent remplie de sacrifices maternels.

 

Il n’est pas vrai que les enfants ont besoin de leurs père et mère pour grandir. Ils ont seulement besoin de celui qui est là, de son amour plein et entier.

Ceux qui nous oublient nous assassinent

Et vous, quel livre proposeriez-vous pour ce thème ? 

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Throwback Thursday Livresque #7 – Années 90, année rebelle

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Le Throwback Thursday Livresque est un rendez-vous livresque initié par BettieRose Books.

Le but est de parler d’une « ancienne » lecture (pas la toute dernière ou l’actuelle) autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.

Le thème de cette semaine est : années 80 ou années 90 (date d’écriture ou date de l’action)

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Très contente que Betty ait validé mon thème !!!

 

J’ai décidé de vous présenter un roman écrit en 1998 dont je suis fière d’avoir un exemplaire

 

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Résumé 

Enlevée par les frères du vieux Sando à qui on l’avait mariée de force il y a vingt ans, Malimouna avait fui son mari. Aujourd’hui, bien qu’adulte et mariée par amour à Karim, la tradition l’oblige à rejoindre son véritable époux de gré ou de force dans son village de Boritouni. Cet événement permet à Malimouna de regarder dans le rétroviseur pour faire la rétrospective de sa vie. Une existence de femme rebelle. Rebelle contre l’excision, le mariage forcé, la polygamie, l’infidélité conjugale, le racisme qui minent les mariages interraciaux, la violence sur les femmes. Tous ces maux qui entravent l’épanouissement des femmes.

Le pays d’où vient Malimouna est imaginaire. C’est quelque part en Afrique. 

Rebelle est un livre courageux, un roman féministe qui porte haut la voix des femmes. Là où les femmes se taisent, Fatou Keita à travers Malimouna crie à gorge déployée pour dénoncer les maux de femmes. Ceux qu’on excuse…  Rebelle est un roman qui dénonce les traditions qui font du mal à la femme.

Le parcours initiatique de Malimouna rappelle tous les combats de la femme : la lutte contre les discriminations, les idées reçues et les violences perpétrées contre des millions de femmes corvéables ; la lutte pour l’égalité, la liberté, l’indépendance, la justice, l’accès à l’instruction.

J’ai admiré la force de Malimouna qui n’hésite pas à dire non. Elle prend des coups, les rend autant que possible avec diplomatie. J’ai beaucoup aimé sa relation avec Philippe, à l’époque, j’étais une grande fan des couples mixtes 😀

Les nombreuses thématiques développées font de Rebelle, un roman complet. Ce roman est révoltant, touchant, plein de sensibilité. On n’en sort pas indemne de cette histoire. 

Et vous, quel livre proposeriez-vous pour ce thème ? 

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Sept histoires qui reviennent de loin

Sept histoires qui reviennent de loin Jean-Christophe Rufin

Sept nouvelles avec chacune son intrigue, ses personnages, son dénouement inattendu.

Sept nouvelles drôles, tendres.

Six lieux du monde: Kirghizie, île Maurice, France, Italie, Mozambique, Sri Lanka

Sept instants de vie …

Passion francophone, le 1er récit du recueil est l’histoire d’une jeune femme, fille du secrétaire général du Parti communiste kirghiz,  amoureuse de la langue française. Elle l’a apprise avec un professeur particulier et rêve depuis toujours de venir en France. Quand son rêve est enfin réalisé, elle s’aperçoit d’une chose : les français ne semblent pas reconnaître la langue qu’elle parle.

Cette histoire est tout simplement drôle et rafraîchissante.

Les naufragés … une femme, lointaine descendante des premiers arrivants sur une île sent venir le déclin. Cette  affreuse nostalgique du temps colonial, monde ordonné sur lesquels les Blancs régnaient en maître,  où les castes ne se mélangeaient pas, où l’on n’accordait aucun intérêt aux Indiens, se sent envahie par ceux-ci depuis qu’ils se sont emparés du pouvoir politique. Leurs divinités envahissent sa crique, lui donnent l’allure des rives du Gange. Les constructions pauvres et terriblement désordonnées ont remplacé les lieux familiers, sombres et déserts.

« la cohabitation harmonieuse de toutes les ethnies », ce couplet que récitent les touristes, elle ne le supporte pas, elle ne le vit pas.

Cette femme veut conserver autour d’elle une ultime portion de son passé (quand ils étaient les maîtres de l’île), elle ne veut pas qu’on déforme son espace vital. Quand son droit n’est plus respecté, elle commet l’irréparable…

Cette nouvelle met en évidence une question contemporaine : la mixité, la cohabitation de peuples autochtones et immigrés. Elle met en évidence la difficulté de vivre ensemble, le mépris que subissent certains parce qu’on leur fait porter les fautes de leurs ancêtres colons, la liberté de l’autre qu’on étouffe au nom de notre liberté personnelle.

Sans la 4ème de couverture, je n’aurais pas deviné que l’île en question était l’île Maurice. A aucun moment, l’auteur ne le formule clairement. Il donne des informations sur la période coloniale mais quand on ne maîtrise pas l’Histoire et la Géographie eh bien après avoir fermé le livre, on se demande toujours de quelle île il était question.

Le refuge Del Pietro… un homme de petite taille dont l’accoutrement est une véritable panoplie d’alpiniste des années trente dîne dans l’un des restaurants de la région du Passo Falzarego. Tout semble l’insupporter, il a l’air de mauvaise humeur. Cet homme sur qui les dirigeants de la Fédération de Haute Montagne avaient fondé de grands espoirs a attendu 32 ans pour revenir à la montagne et n’y retournera jamais plus. Pourquoi ?

En découvrant la raison, on ne peut s’empêcher de rire tant elle est drôle. Ce récit m’a rappelé toutes les fois où mon entêtement n’a servi à rien.

Nuit de garde… on demande à un interne de signer en pleine nuit l’acte de décès d’un patient à distance, sans avoir eu un contact direct avec lui ou examiné, chose contraire à la déontologie. Il décide de se rendre au bâtiment ou le trépassé l’attend afin de l’examiner.

Je n’en dis pas plus parce que ça ne servirait à rien, j’ai trouvé cette nouvelle fade, sans réel intérêt. J’ignore son rôle dans ce recueil.

Les fiancés de Lourenço Marques … Des fiancés de 20 ans débarquent en Mozambique et se séparent pour permettre à l’un de vivre ses rêves, l’autre d’avoir l’amour total qu’il mérite. Quarante ans plus tard, ils se retrouvent là où ils s’étaient quittés: Maputo.

L’auteur décrit de façon délicate la ville de Maputo, on ne se retrouve donc pas en plein cours d’Histoire. Le ton doux avec lequel le narrateur-personnage relate ses souvenirs  et  cet amour qui a résisté au temps donnent un intérêt à l’histoire.

Garde-robe… Reiter, un employé des Nations Unies à Colombo s’inquiète du comportement de Rahawal,  son majordome pacifique et pourtant capable d’une incroyable violence, un homme qui s’affiche en faveur des rebelles qui fanatisent des enfants pour en faire des combattants aveugles, justifie la torture et les exécutions arbitraires.

Le récit donne un visage humain aux fanatiques, à ceux qui excusent les guerres. Je n’ai pas apprécié cette nouvelle, je ne l’ai pas détesté non plus. Les enfants rebelles ne m’ont pas attendrie parce que l’auteur ne s’est pas vraiment attardé sur le sujet.

Train de vie… Paris, Gare de l’Est. Rokaya, une jeune africaine monte à la dernière minute dans un vieux Corail qui continue jusqu’à Luxembourg. Son voisin semble s’intéresser à elle. La conversation s’engage et l’on découvre au fil de cette discussion animée le parcours d’une gamine courageuse à qui la vie n’avait fait aucun cadeau mais qui n’avait jamais renoncé, une jeune femme prête à tout pour ne pas laisser passer sa chance…

Les touches d’humour, de sensualité et de sournoiserie contenues dans l’histoire la rendent agréable à lire.

En somme, j’ai passé un moment rapide et agréable de lecture. J’espère que vous apprécierez le livre autant sinon plus que moi.

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre