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Un ailleurs à soi – Emmelie Prophète

Tout un peuple se prépare à fuir, s’inventant un ailleurs à défaut d’un avenir. Partir est un mythe auquel personne n’échappe. Au Ayizan, chic restaurant de Pétion-Ville, se font et se défont les voyages. Lucie sert les clients le jour et vend son corps la nuit. Maritou fuit la haine de Jeannette et la pitié de Clémence ses demi-sœurs. Elle vomit son angoisse et sa solitude jusqu’à sa rencontre avec Lucie. Elles s’apprivoisent jusqu’à s’aimer. Un ailleurs à soi, miroir où se tissent illusions et vœux de départ.

l'Afrique écrit

Ses cheveux sont crépus et courts comme les hommes, ses seins menus. Maritou ne porte pas de vêtements féminins, elle est un garçon manqué. Elle est attirée par les femmes en particulier Lucie.

Lucie est grande et mince avec des fesses généreuses. Sa relation charnelle avec Maritou est à l’opposé de celle qu’elle vit avec les hommes. Elle leur donne son corps en échange de l’argent.

Les deux femmes sont issus d’univers familiaux difficiles.

Maritou est le fruit d’une infidélité conjugale, sa demi-sœur Jeannette la hait. Elle est marginalisée dès l’enfance à cause de ses vomissures récurrentes et son surpoids.  

Lucie a eu un père odieux et violent qui vraisemblablement la battait, voire la touchait. Un contexte familial où elle vivait une vie résignée.

Maritou conte ses envies d’ailleurs à Lucie. Elle aimerait aller là-bas, n’importe où. Elle aimerait être là où elle ne serait pas marginalisée, serait capable de faire ce qu’elle veut, d’être ce qu’elle veut.

Le ton du roman est très mélancolique. On sent un peuple complètement désabusé. Les haïtiens veulent être partout sauf chez eux. Comment tout un peuple en est arrivé là ?

Julien, barman au Ayizan essaie de dissuader les jeunes via des dévotions et des offrandes aux ancêtres mais ils continuent de s’en aller jour après jour voir ailleurs. Le quartier se vide. Les ténèbres de nos vies illuminent les ailleurs…

Julien était triste et ne savait pas comment l’exprimer, comment expliquer à Bernadette, à Mario, à ceux qui travaillaient à la cuisine, au bar, dans son quartier, dans le pays, qu’ils avaient eux aussi de bonnes raisons d’être tristes. On ne devait pas avoir pour but dans la vie de quitter son pays, d’abandonner les loas, la terre, sans essayer, sans trouver une formule, créer du rêve. 

Le roman traite de l’immigration et milite pour la libre circulation des personnes.

Personne au final ne devrait être forcé de rester sur un seul territoire, fixé à sa communauté de naissance. Il faudrait toujours pouvoir choisir, vivre après tout est un grand mouvement.

Il est facile pour des occidentaux d’immigrer et d’être chez eux sur la terre qui les accueille comme c’est le cas pour Quentin, le propriétaire  du Ayizan et amant de Lucie. Cela devrait être le cas pour tout le monde.

La condition féminine est également évoquée. L’indépendance vis-à-vis des stéréotypes liés aux devoirs et rôles des femmes (soumission des épouses, la cuisine comme job des filles) est revendiqué.

Un ailleurs à soi c’est le carrefour des solitudes, des regrets, des rancunes contenues. C’est également le désir de liberté géographique, sexuelle. Ça a été une rapide et sympathique lecture. L’histoire est un bloc, il n’y a aucun chapitre. Le vocabulaire est varié. Il n’y a pas assez de descriptions des lieux, on est concentré sur les sentiments des personnages.

Emmelie Prophète est une plume à découvrir. Son style est fluide, tendre. 

Pour plus d’informations sur le roman, cliquez ICI

 

GM signature

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La saison des fleurs de flamme – Abubakar Adam Ibrahim

Je suis parfois lasse d’écrire des chroniques après mes lectures. En pareille circonstance, un livre arrive, me choque et me donne l’envie d’écrire. Ça a été le cas avec La saison des fleurs de flamme.

L’oeuvre est scindée en deux parties aux proportions différentes. Des proverbes parfois comiques introduisent chaque chapitre.

Si on n’avait rien su des origines du vautour, il aurait prétendu qu’il venait de Médine, proverbe introductif du chapitre 25

 

Hajiya Binta Zubaïru vit avec sa nièce Fa’iza et sa petite fille Ummi dans un faubourg du Nigéria. Veuve depuis dix ans, elle est cambriolée un jour par Reza, un voyou aux cheveux hérissés. Ce jour-là, Binta renaît. Ses désirs longtemps réprimés au cours de son mariage sont libérés au contact de cet homme.

Binta répond à l’appel des sens, se laisse emporter par la passion. Une idylle érotique et secrète naît entre une bonne musulmane, respectable mère de famille et l’un des seigneurs à San Siro, immeuble inhabité qui est le repaire des dealers.

 

A San Siro, l’herbe était reine. En marge de ce trafic, certains garçons revendaient aussi d’autres produits : codéine, sirops divers, Tramadol et autres mixtures, mais pour le voyou aux cheveux hérissés, l’herbe était le summum

 

Une idylle naît entre une femme de 55 ans et un homme de 25 ans. Trente ans d’écart choquant la bienséance mais minimisés par la passion.

La passion fait fi des différences et de la perception qu’on a de ceux qu’elle possède. Elle ne distingue ni le bien ni le mal.

Pourquoi il faudrait que les choses soient bien ou mal ? Pourquoi elles seraient pas tout simplement comme elles sont ?

Ce qui lie Binta à Reza m’a gênée. Au-delà de leur grande différence d’âge, il flotte entre eux un parfum d’inceste. Binta voit en Reza le fils aîné qu’elle a perdu, celui à qui elle n’a pu témoigner de l’affection à cause de cette tradition arabe qu’est la kunya. Reza voit en Binta la mère absente, celle qui l’a délaissé.

Dans ce roman, il n’est pas que question d’amour illicite. L’auteur dépeint l’atmosphère politique du Nigéria : manipulations et menées pour acquérir le pouvoir, corruption de la police, échecs des politiques sociales, économiques. C’est désolant de voir ces jeunes hommes à qui l’on donne des diplômes sans leur garantir un avenir professionnel.

L’auteur évoque les conséquences des conflits religieux à Jos à travers le traumatisme de Fai’za. Il pointe du doigt le poids des traditions, traditions parfois sordides. J’avoue n’avoir rien compris de la kunya. Le concept est resté flou dans mon esprit. J’ai déploré le fait que l’auteur ne le décrive pas assez. Google est mon meilleur ami mais il n’a pas pu me donner de plus amples informations.

L’histoire se compose de plusieurs drames bouleversants. Au milieu de ces drames, la flamme de l’espoir persiste.

Leila, même si tu sais que le monde doit finir demain, plante un arbre.

 

Les voix de Binta, Leila, Fai’za nous somment de continuer à croire en l’humanité, croire que l’homme est encore capable du meilleur et non du pire. J’ai beaucoup apprécié la pluralité des portraits de femmes dans l’oeuvre.

 

Je découvre la plume de l’auteur et elle est agréable à lire. Le ton employé est mélancolique, tragique. Le langage est souvent imagé, le style logique (phrase enrichie de subordonnés). Quelques longueurs ralentissent la fluidité de la lecture mais n’entachent pas la qualité du roman

La saison des fleurs de flamme est à mettre entre les mains des passionnés de la morale, de la passion, de la politique. Ils risquent d’aimer. 

 

l'auteur du mois

L’auteur, Abubakar Adam Ibrahim, est journaliste. Il a 39 ans. Son premier roman, Season of Crimson Blossoms, a été publié en 2015 par Parrésia (Nigeria) et Cassava Republic (Royaume-Uni). Il lui a valu le prix de littérature NLNG, le plus important prix littéraire nigérian, représentant 100 000 dollars. Il est publié en traduction française en 2018 par les Éditions de l’Observatoire sous le titre La Saison des fleurs de flamme.

 

Pour plus d’informations sur le livre, cliquez ICI

 

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Je suis seul de Beyrouk

Je suis seul, dit le narrateur, caché de tous, alors que sa ville située aux portes du désert est tombée aux mains de terroristes. Au fil de son soliloque haletant, se déroule la mécanique inexorable des événements qui l’ont mené à se retrancher, presque à étouffer, dans cette chambre étroite et sombre. L’histoire de sa vie, de la pauvreté nomade aux succès mondains, porte en son cœur le germe de la perte. Seule Nezha, son ex-bien aimée, qu’il avait abandonnée pour la fille du maire, aurait le pouvoir de le sauver. Mais le veut-elle ?

l'Afrique écrit

Dans ce résumé, il y a des mots qui attisent ma curiosité (terrorisme, ex-bien aimée) et un qui rebute (soliloque). J’ai peur des soliloques. J’ai peur de m’ennuyer, de tourner en rond.

Première page de lecture et je suis saisie par la poésie qui émane de chaque ligne.

Jean L’Anselme a dit : la poésie, on ne sait pas ce que c’est, mais on la reconnaît quand on la rencontre.

 

J’ai rencontré la poésie dans ce roman de Beyrouk. Le langage est imagé, les mots sont musique, l’écriture est belle. J’ai envié l’auteur, j’aimerais pouvoir écrire comme ça un jour.

Ce livre traite du fanatisme religieux : pure folie, foi théorique, idéal déconnecté de la réalité.

Il évoque les terroristes à travers Ethman, ces hommes qui régissent la vie des autres et font régner la terreur, le repli sur soi. Ces hommes haïssent le monde, ils aiment la mort.

Ce sont des repentis, ils se repentent d’avoir un jour souri, d’avoir peut-être aimé, d’avoir vécu, ils enragent d’avoir un jour pensé que la vie était la vie, qu’elle avait ses inquiétudes, et ses plaisirs, que l’esprit est chair et que la chair est esprit, et que l’humanité existe malgré tout.

 

Comment se transforment–ils en chefs de guerre ? Mais qu’est-ce qui fait qu’on donne sa vie pour une cause ? Qu’est-ce qui fait que des hommes, possédant leur tête et leur cœur, parfaitement conscients, instruits des choses de la vie, choisissent en toute connaissance de cause une voie qui mène vers les dénuements et la mort ?

 

Le narrateur évoque quelques causes. Mépris subi, frustrations endurées, blessures contenues, désir de commander, espèce de folie.

C’est un long monologue, il n’y a qu’un bref dialogue tout au long de son roman. Un soliloque philosophique captivant où un regard critique est posé sur notre société.

Le narrateur appelle à la résistance mais se cache de ceux qui font désormais la loi dans la ville. Ce n’est pas un héros, il le confesse. Il fait des aveux, regrette cette vie où il n’a couru qu’après les succès mondains, pratiqué vol et corruption.

Maintenant qu’il est privé de la liberté de se mouvoir, il regrette son ambition, la peine infligée à Nehza.

Le portrait qu’il fait de cette dernière est admiratif. Elle aborde les choses posément, paisiblement. Elle est solide, possède une volonté peu commune.

De quel côté est Nezha ? Elle ne choisit pas, Nezha. Elle est trop agrippée à elle-même, à son ventre quand il crie, à ses nerfs quand ils pleurent, à son cœur quand il rit ou gémit, elle est elle, corps entier, filaments de sens, elle est elle, elle était moi quand je la serrais dans mes bras, elle est son frère prisonnier dans une baie lointaine, elle est ces blessés dans ce dispensaire infect où elle s’use à soigner des combattants pouilleux prêts à se lever demain pour aller piétiner les pâturages des cœurs, elle est de toutes les blessures, mais elle n’adhère aux idées de personne, elle ne peut partager ni les ambitions, ni les rêves des autres, tout ce qu’elle sait, c’est lécher les plaies, partager les douleurs, et vivre au présent, rien qu’au présent.

J’aurais voulu qu’elle prenne la parole mais hélas, le narrateur est seul. Épuisé de sa solitude, il se décide finalement à affronter la peur.

Beyrouk signe un manifeste pour la liberté, il interroge la foi qui plane au dessus des hommes, s’installe sur les terres de l’absolu. Je me suis posé la question : quel visage a ma foi ?

J’ai surligné à 26 reprises des passages. Ils sont tellement pleins de sens.

 

Pourquoi les historiens parlent-ils si peu de toi ? Moctar m’avait une fois répondu : « Parce qu’elle est une pute, l’histoire, elle ne couche qu’avec ceux qui la payent, seulement les puissants, les pauvres, eux, elle ne les fréquente pas. Peut-être qu’elle a raison, après tout. »

 

Je vous recommande cette lecture. Vous risquez d’aimer.

Pour plus d’informations sur le livre, cliquez ICI

 

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Loin de Douala – Max Lobe

Roger est le fils aîné de Ngonda Moussima Bobé, femme dont la parole écrase celle de son mari.

L’école n’est pas son fort. Il a vingt ans et vient d’obtenir le brevet. Jean, son cadet de deux ans vient d’avoir le baccalauréat.

Sa passion c’est le sport. Il est né pour le foot. Il s’entraîne clandestinement. Il rêve d’être une grande star du ballon rond. Sa mère s’y oppose catégoriquement.

Nous voulons tous un bon avenir pour nos fils : qu’ils se lèvent le matin, enfilent leur costume-cravate, prennent leur mallette et aillent travailler. C’est ça, avoir un vrai-vrai boulot.

 

L’entêtement du fils provoque la colère de la mère. Elle a pris pour habitude de le tabasser pour un oui ou un non. Entre mère et fils, il y a de la colère, des coups, du rejet, de la souffrance.

Roger souffre de la comparaison perpétuelle entre son frère et lui. Il souffre de la sévérité de sa mère envers lui. Son frère est le préféré, la fierté. Ne l’appelle-t-elle pas Choupi ?

Ngonda a le génotype d’un monstre. Abonnée aux églises évangéliques où satan est aperçu partout, elle voit en son fils un enfant du malheur.

Un jour, Roger est porté disparu. Jean et Simon, leur frère-ami, apprennent que Roger a boza.

Boza c’est l’aventure. Tout un périple complexe qui mène les bozayeurs, par petites étapes, du Cameroun jusqu’en Europe en passant par le Nigéria. Malgré le déprimant retour des bozayeurs machanceux, rien n’entame la ferveur des partants.

Partir s’en aller coûte que coûte. Partir en Mbeng. Partir chez le blanc même s’il faut boza,même si l’on a des diplômes en poche. Surtout si on a des diplômes. Il faut partir pour croire en son avenir. Dans ce pays, doivent-ils se dire, ils ne deviendront rien. Rien du tout.

Jean et Simon vont à la recherche de Roger.

Yaoundé – Ngaounderé – Garoua – Maroua. Dans chacune des villes, Jean nous décrit l’atmosphère des quartiers, l’attitude des habitants. Le narrateur mixe français courant et camfranglais, langage populaire réaliste qui cadre avec le contexte du récit.

On est immergé dans la vie quotidienne des camerounais. On prend une bière, on mange au “tourne-dos” avec eux. On rit beaucoup dans ce roman et c’est l’un de ses points forts.

On s’esclaffe mais on a aussi peur de Boko Haram. La menace terroriste plane et cela effraie Jean au fur et à mesure qu’ils se rapprochent du Nigéria.

Jean est loin d’être téméraire, il se repose sur Simon. Il est encore très loin de s’intéresser aux femmes. Jean est homosexuel, il l’assume en silence.

L’homosexualité n’est pas le sujet favori en Afrique. C’est par contre un thème récurrent chez Max Lobe. Il clame son homosexualité ; il l’écrit aussi.

Loin de Douala est un roman très léger, il se lit vite. Les 25 chapitres qui forment la charpente du livre sont courts et facilitent la fluidité de la lecture.

J’ai apprécié mon temps de lecture mais je suis restée sur ma faim concernant Roger. Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler.

C’est le premier roman que je lis de l’auteur et je ne pense pas que je lirai délibérément le prochain. Auteur transgressif à sa manière, il promet dans son prochain livre (l’histoire d’un jeune homme noir qui mène une vie de débauche) le retour de scènes d’amour plus crues, à plusieurs.

Dans un article du Jeune Afrique de Mai 2018, on relatait ses propos :

Max Lobe considère aussi son dernier roman comme une entorse à la « littérature africaine », qui privilégie trop souvent, selon lui, les sujets graves tels que la guerre, la colonisation, la sorcellerie, les enfants-soldats, la famine. « Pourquoi faudrait-il occulter les histoires d’amour, s’interdire d’écrire sur une mère qui pleure son fils, sur des filles qui tombent enceintes et sont abandonnées, en somme, sur la vie quotidienne ? interroge-t-il. Les auteurs anglophones tels que Chimamanda Ngozi Adichie sont parvenus à passer outre cette injonction à ne traiter que de sujets graves. Les auteurs francophones devraient eux aussi y parvenir. »

En tant qu’écrivaine de romans d’amour, je plussoie.  Partagez-vous son avis ?

 

fleur v1

 

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Tristan – Dans le cœur d’un gigolo

Tiré à quatre épingles, ce jeune homme charmant sur la première photo de couverture du roman attire l’attention. Il semble s’appeler Tristan et être un gigolo.

La quatrième de couverture confirme ces impressions.

Résumé de l'oeuvre

Tristan Nkowet alias TnK est connu du tout Libreville. Célèbre pour sa débauche, il est amateur de voitures luxueuses et de femmes mûres. C’est aussi l’un des meilleures amis de la mystérieuse Angela Demona, une jeune entrepreneure flirtant avec la sphère du pouvoir dans la Capitale gabonaise.

Au début, Nuria Yabavi, fraîchement débarquée à Libreville pour des raisons professionnelles, n’est qu’un défi pour notre gigolo. Mais très vite, le jeune homme se rend compte qu’il y a un mystère au fond des yeux de la belle, en essayant de le découvrir cependant, ce sont ses propres secrets qu’il se verra obligé de dévoiler.

l'Afrique écrit

Pour quelles raisons un homme qui a effectué des études supérieures à l’étranger, vit chez sa mère et se fait entretenir par des femmes plus âgées que lui ?

Que cache Tristan ? Son activité professionnelle intrigue. Il bosse avec l’intrigante Angela Demona mais des missions lui sont confiées par un certain NX. 

Est-ce un espion ? Pour qui travaille-t-il ? Quel est son but ? Le mystère règne. Corruption, sorcellerie, concupiscence, révélation des secrets du passé s’invitent au bal du mystère et nous montrent ce qu’une femme est prête à faire pour sortir de la pauvreté, garder l’homme qu’elle aime.   

L’auteure adore la littérature sentimentale. La romance intervient dans ce roman et c’est la première fois qu’une histoire d’amour écrite par Mady Remanda ne fait pas vibrer ma corde sensible.  

Tristan et Nuria ne m’ont pas touchée. J’ai trouvé leur histoire assez basique. Leurs histoires personnelles ont eu plus d’attrait pour moi que leur histoire commune.

Le personnage qui m’a hautement intéressée c’est Angela Demona. Belle, sûre d’elle, véritable femme d’affaires avec les qualités et défauts rattachés au statut. Mi-ange, mi-démon, elle semble cacher de lourds secrets.

Tristan, dans le cœur d’un gigolo a posé les bases de la Saga Double face. Ça a été une lecture fluide, assez rythmée. J’ai maintenant de grosses attentes concernant le tome 2. J’espère que les mystères seront éclaircis, qu’il y aura encore plus de rebondissements et qu’un focus sera fait sur Angela Demona. Je veux percer son mystère.

Christmas

Nombre de pages : 201

Éditeur : Amazon

Lien d’achat :  ICI

 

fleur v1

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BONI, pont culturel entre la Côte d’Ivoire et la Guyane

Mai 2018 – Salon International du livre d’Abidjan.

Serge Bilé reçoit pour sa dernière oeuvre publiée « Boni », le Grand Prix national Bernard Dadié.

J’aime acheter les œuvres qui ont reçu des prix littéraires. Je pense que c’est un exercice nécessaire pour tout auteur débutant.

Je me rends au stand où l’oeuvre est en vente et j’y achète deux autres œuvres de l’auteur au lieu de BONI. Je n’ai pas de coup de foudre immédiat avec l’oeuvre alors je remets mon achat à plus tard.

Au stand des Prix Nationaux Bernard Dadié, j’entends l’auteur parler de sa dernière oeuvre, ce pont culturel entre la Côte d’Ivoire et la Guyane via les Boni. J’entends la mélodie de sa passion pour les faits méconnus de l’Histoire des peuples noirs.

Je me rends compte du travail colossal, de l’énergie que demandent tous ses livres et j’ai envie de l’encourager à ma façon. J’achète donc Boni.

pont culturel entre la Côte d'Ivoire et la Guyane

 

Cette fresque romancée qui va de l’Afrique à l’Amérique du Sud a pour fil conducteur une femme que la mémoire des hommes a oubliée : la mère de Boni.

La première de couverture l’illustre assez bien. Pagne noué autour de la poitrine, son regard est orienté dans le même sens que celui de son fils victorieux. Derrière un grand homme se cache une femme dit l’adage. Derrière un grand homme se trouve une mère exceptionnelle.

A partir des archives et d’éléments d’anthropologie, Serge Bilé imagine la vie de la mère de Boni. Il la fait naître à Kumasi, lui donne le nom d’Adjoua. Elle est la servante d’Akwa Boni, nièce d’Abla Pokou.

Abla Pokou est une princesse Ashanti. A la mort d’Osei Tutu en 1717 se profile une querelle de succession entre ses neveux Opokou Ware et Dakon, le frère d’Abla Pokou. La querelle vire à la tragédie. Dakon est assassiné. Craignant d’être massacrée, Abla Pokou fuit avec sa famille, leurs esclaves et les soldats restés fidèles à son frère. Adjoua fait partie du cortège.

Un nouveau peuple se forme en Côte d’Ivoire : celui des Baoulé et des Agni. Il fait perdurer les traditions Akan.

Hélas, l’exil en Côte d’Ivoire ne va pas durer pour Adjoua. Elle est enlevée par des hommes, va être vendue, sa liberté sera confisquée. Avec elle, on plonge au cœur du système négrier…

Je remercie l’auteur de lui avoir redonné vie à travers cet ouvrage.

J’ai apprécié sa force de caractère, son courage, sa détermination à ne pas oublier d’où elle vient et à l’inculquer à chacun de ses enfants.

Je m’interroge. Combien de jeunes mères aujourd’hui en Côte d’Ivoire font cette transmission de leurs cultures à leurs enfants ? Je constate qu’on a une profonde rupture avec notre passé.

 

Ce livre raconte également le parcours du fils aîné d’Adjoua et celui de son peuple auquel il a donné son nom.

Boni est un chef rebelle qui a marqué l’histoire du Surinam et de la Guyane au XVIIIe siècle. Avec ses hommes, déportés de différentes contrées africaines (Loango d’Angola, des Ewé du Togo, des Fon du Dahomey, des kikongo du Congo ou encore des Akan du Ghana et de la Côte d’Ivoire), il mène la révolte contre l’esclavage, infligeant de lourdes pertes aux colons européens.

Les Boni forcent l’admiration. C’est un peuple panafricaniste sur qui l’Afrique d’aujourd’hui devrait prendre exemple : fondre les cultures pour n’en faire qu’une seule, s’unir pour défendre la liberté commune. Les Boni sont accrochés à leur héritage culturel, ils l’honorent.


 

Ce voyage culturel de l’Afrique de l’Ouest à la Guyane est plaisant tant au niveau du fond que de la forme. J’ai redécouvert via ce livre les coutumes et traditions du peuple Akan. En le fermant, j’ai eu envie de faire des recherches approfondies afin de savoir s’il y a eu des déportés issus de mes deux groupes ethniques.

J’ai apprécié cette biographie romancée, ce mélange de réalisme et de fiction.

Le niveau de langue est accessible, le livre peut se lire dès le collège. Les descriptions des lieux, de l’atmosphère, des personnages sont suffisamment claires pour nous permettre de bien nous les représenter, les transitions sont réussies. La plume de l’auteur est entraînante.

Les amateurs de culture devraient avoir ce livre dans leur bibliothèque.


 

QUELQUES INFOS UTILES

Roman édité par : Kofiba Editions

Nombre de pages : 196

Prochain événement littéraire : l’association point de lecture organise un café littéraire autour de BONI le mercredi 3 octobre 2018 à l’Institut Français d’Abidjan de 16h 30 à 18h.

 

GM signature

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Le secret au quotidien – Rhonda Byrne

J’ai participé de Juillet à Août à un challenge sur Livraddict. A la fin du challenge, le gagnant donne un gage à chaque joueur : chacun a un mois pour lire un livre de sa propre PAL choisi par le gagnant. 

La gagnante a choisi pour moi Le secret de Rhonda ByrneUn livre de développement personnel que j’avais commencé en mai dernier je crois et puis, n’ayant pas d’entrain je l’avais mis de côté.

Des bribes d’un grand Secret ont été découvertes au fil des siècles dans les traditions orales, la littérature, les religions et les philosophies. Pour la première fois, toutes les pièces du Secret sont rassemblées dans une incroyable révélation qui risque de transformer la vie de tous ceux qui en prendront connaissance. Le Secret renferme la sagesse des maîtres des temps modernes. Les hommes et femmes qui l’ont utilisé et mis en pratique ont accompli des choses extraordinaires : ils ont supprimé la maladie, acquis d’immenses fortunes, surmonté des obstacles et réalisé l’impossible. Dans cet ouvrage, vous apprendrez à utiliser Le Secret dans tous les aspects de votre vie. Vous accéderez alors au pouvoir caché, inexploité qui sommeille en vous, et cette révélation pourra devenir une source de joie de tous les instants.

 

l'Afrique écrit

Rhonda Byrne et 24 auteurs nous livrent Le Secret à appliquer pour obtenir tout ce que nous voulons dans la vie.

Au début, je m’ennuyais, je n’apprenais rien. Il était question de foi, de processus créateur, de loi d’attraction. Ce sont des sujets qui m’intéressent mais ce que je lisais dans Le Secret n’était que redite des livres de développement personnel comme ceux de Napoleon Hill, de Robert Kiyosaki et de la Bible. En effet, des paroles de Jésus (extraits des Évangiles) sont citées dans ce livre : 

« Et tout ce que vous demanderez dans une prière pleine de foi, vous l’obtiendrez. » Matthieu 21 verset 22

C’est pourquoi je vous dis : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé. » Marc 11 verset 24

 

Etant donné que la répétition est une vertu pédagogique, j’ai poursuivi ma lecture. Arrivée à la section sur la gratitude et l’amour, mon rapport au livre a changé.

Nous attirons tout ce à quoi nous pensons et tout ce pour quoi nous sommes reconnaissants. Dr John Demartini

J’ai découvert que Le Secret  n’était pas à lire mais à pratiquer. J’ai donc pratiqué certains exercices du Secret notamment le Secret et l’Argent, le Secret et la santé. 

 

Ce livre renforce la positivité, la foi, la joie, le sentiment d’abondance. Il nous encourage à rire, être heureux, utiliser notre imagination pour créer la vie que nous désirons, croire et ressentir que le meilleur est à notre portée.

C’est un livre à lire lorsqu’on va mal, c’est un moyen utile pour remonter la pente. 

 

Je me suis rendu compte en lisant ce livre que la Bible est une source inépuisable pour le renouvellement de la pensée notamment le Livre des Proverbes. Je vais davantage le méditer et l’appliquer. 🙂

 

« Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les pratiquiez. » Jean 13 verset 17

 

Un amour interdit Alyssa Cole

 

Il n’est pas nécessaire que vous sachiez comment vos prières seront exaucées. Il n’est pas nécessaire que vous sachiez comment l’Univers se restructurera.
Le comment ne vous concerne pas. Permettez à l’Univers de travailler pour vous. Lorsque vous tentez de déterminer comment cela se produira, vous émettez une fréquence qui traduit un manque de foi, vous dites que vous ne croyez pas avoir déjà reçu ce que vous avez demandé. Vous pensez alors que vous devez agir, et vous ne croyez pas que l’Univers le fera pour vous. Le comment ne fait pas partie du processus créateur.

 

Vous êtes l’héritier du royaume. La prospérité est pour vous un droit inné, et vous détenez la clé de plus d’abondance que vous ne pouvez l’imaginer, et ce, dans tous les domaines de votre vie. Vous méritez toutes les bonnes choses que vous désirez, et l’Univers vous les donnera à condition que vous les appeliez dans votre vie. Maintenant, vous connaissez Le Secret. Vous avez la clé. Cette clé se trouve dans vos pensées et dans vos sentiments, et vous possédez cette clé depuis votre naissance.

 

L’amour et la gratitude peuvent ouvrir des passages dans l’océan, déplacer des montagnes et créer des miracles. L’amour et la gratitude peuvent éradiquer toute maladie.

 

« Tentons de ne pas oublier que toute pensée désagréable est une mauvaise graine que l’on sème littéralement dans notre corps. » Prentice Mulford

 

Le raccourci pour obtenir tout ce que vous voulez dans la vie consiste à Etre heureux et à vous SENTIR heureux dès maintenant ! C’est la façon la plus rapide d’attirer l’argent et tout ce que vous voulez dans la vie. Irradiez la joie et le bonheur et lancez ces signaux dans l’Univers.

 

 

Etes-vous adepte des livres de développement personnel ? Quel est celui qui a changé votre mode de pensée, votre manière de vivre ou qui vous a tout simplement marqué ?

 

fleur v1

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Debout-payé de Gauz, satirique à souhait

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J’ai entendu parler de ce livre en 2014. Chrystel Zohi Ngambeket qui m’a fait découvrir Chimamanda Ngozi Adichie m’en a dit un grand bien.

“C’est un livre intelligent” si je me rappelle bien ses mots.

Je l’ai gardé dans un coin de la tête et cette année, il a rejoint ma bibliothèque.

Le roman en version poche compte 204 pages et est subdivisé en neuf parties. Neuf sections dans lesquelles l’on découvre Ferdinand et Ossiri et leur métier de vigile en France.

Ferdinand n’était pas brillant à l’école, il a donc décidé en 1973 d’aller en France et devenir « un grand quelqu’un » .

Ossiri ne vivait pas du tout dans la misère à Abidjan, il voulait voir du pays dans les années 90, la France s’est imposée à lui comme une destination naturelle.

Enfant, on ne rêve pas de devenir vigile. Adulte, lorsqu’on est un sans-papier africain à Paris, on accueille cette profession avec effusion de cœur car d’une part c’est l’un des métiers les plus accessibles pour les “grouilleurs” et d’autre part le travail libère, il est synonyme d’indépendance financière. Plus besoin de tendre la main pour vivre, subsister.

Dans chaque magasin de Paris, on y trouve un vigile, un homme corbeau (une appellation personnelle liée à leurs costumes noirs et blancs)

Dans les magasins, ils ont la mine serrée, l’air sérieux. On pense souvent qu’ils se donnent un air mais on n’a pas idée de ce qu’ils doivent endurer. Etre vigile c’est ennuyant. Pour s’occuper l’esprit, on s’attarde sur chaque individu qui franchit le seuil du magasin. La capacité d’analyse, de logique s’accroît. Cela donne de belles anecdotes sur les soldes à camaïeu, Sephora les Champs-Élysées.

J’ai beaucoup ri.

Debout-payé de Gauz

 

La plume de Gauz est rafraîchissante, il y a quelques instants vulgaires mais ils ne sont pas légion.

La plume de Gauz n’oublie pas d’être satirique à souhait. La politique des états africains après le soleil des indépendances et la Françafrique sont pointées du doigt avec virulence.

J’ai beaucoup apprécié les convictions africanistes, marxistes d’Angela, amie de Ferdinand et mère d’Ossiri, étudiante ivoirienne en France rentrée dans son pays.

Debout-payé Gauz

 

dav

Debout-payé ravira ceux qui aiment réfléchir sur la société en riant…

 

GM signature

 

 

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Coup de cœur pour un amour interdit ?

En pleine guerre de Sécession, Ellen Burns, une affranchie qui sert la cause abolitionniste, accepte une mission d’infiltration dans le Sud. Se faisant passer pour une esclave, elle est envoyée dans une riche plantation de Virginie où elle rencontre Malcolm McCall. Bien qu’il porte l’uniforme confédéré tant haï, Ellen se rend vite compte qu’ils sont du même bord. Peu à peu l’étau se resserre sur les deux espions que lie un amour passionné et interdit. Coûte que coûte, ils défendront leur idéal, même s’ils doivent se séparer à jamais.

 

l'Afrique écrit

On part à la rencontre des livres mais il y a certains livres qui sûrs de l’émoi qu’ils susciteront en vous viennent à votre rencontre.

C’est le cas d’un amour interdit d’Alyssa Cole, romance historique découverte grâce à une lectrice sur Livraddict. Aussitôt son commentaire lu, aussitôt le livre téléchargé.

Ce livre est addictif, je ne l’ai lâché qu’à la dernière ligne et encore… Je n’avais pas envie que ça finisse, je voulais lire Ellen et Malcom s’aimer encore et encore. J’ai relu quelques passages avec la même frénésie.

J’ai adoré leur tendresse passionnée, leur détermination à protéger l’autre. Ils réveillent en l’autre ce qu’il y a de meilleur. Ils sont émouvants, des personnages tels que je les aime. Ils sont rentrés dans ma liste très restreinte de couples favoris. Ellen est une femme déterminée, une femme au caractère bien trempé.

Un amour interdit est une très belle romance, pas très loin du coup de cœur. Le style de l’auteur est captivant. Une écriture maîtrisée avec des descriptions précises, un choix affiné des mots saupoudrés de poésie.

Ce n’est pas une romance mièvre, il y a de l’action, du suspense et de l’érotisme. Un érotisme non vulgaire, c’est un plaisir sensuel. Le mot plaisir apparaît environ 25 fois, le mot désir environ 30 fois.

 

Je n’oublie pas le côté historique qui rappelle une période importante des USA : la guerre de sécession.

Un amour interdit se situe temporellement dans la première année de cette guerre. Je ne m’y étais jamais intéressée avant la lecture de ce roman. Ce dernier m’a donc permis d’en savoir plus sur les stratégies de l’Union et de la Confédération.

L’esclavage et toutes les horreurs subies par les noirs transparaissent dans le récit. C’est douloureux et révoltant de savoir qu’un esclave valait trois cinquièmes d’un Américain libre (Compromis des trois cinquièmes, inscrit dans l’article premier de la Constitution des États-Unis)

Des individus qu’on a longtemps jugés comme des animaux, des êtres inférieurs, dépourvus d’intelligence. Nous sommes au 21e siècle, la perception des Noirs a-t-elle  véritablement changé ?

Je recommande vivement ce roman. J’aimerais bien qu’il soit adapté au cinéma.

J’aime beaucoup le titre en anglais car il s’agit en effet d’une union extraordinaire.

Ce roman est le premier tome d’une trilogie (The Loyal League) déjà publiée en anglais. J’attends impatiemment la traduction du 2eme tome. Le personnage principal est Ewan, le frère de Malcom.

 

Un amour interdit Alyssa Cole

 

Les extraits mignons

— Si j’avais seulement envie d’enfreindre le tabou, si j’étais ce genre d’homme, il y aurait des moyens plus simples d’assouvir ce désir. Je n’y mettrais pas toute mon âme. Je ne serais pas complètement chamboulé par ta seule présence. Figure-toi, Ellen, que j’ai passé tout un après-midi à me demander quel serait le son de ta voix si tu parlais. Et ensuite, quand tu m’as parlé, comment sonnerait mon nom dans ta bouche. Et j’en voulais toujours plus.

— Tu voulais mon corps, rétorqua-t-elle platement.

— Je te veux tout entière. Mais je me contenterai des miettes que tu accepteras de me donner.

 

— Ne vous méprenez pas, Ellen, murmura-t-il. Ce n’est pas pour braver un interdit que je vous désire. Vous êtes tout ce dont un homme rêve : intelligente, courageuse, et si belle. Voilà pourquoi je vous désire.

 

Durant toute sa vie, elle avait mis ses sentiments de côté pour encourager son peuple à se battre. Mais ce soir, elle ne renoncerait pas.

 

 

L’extrait qui ferait bondir une féministe

 

Sans un mari, que te réservera la vie, selon toi ? poursuivit Mme Caffrey. Ne crois pas que j’ignore tes… exploits. On peut s’amuser mais, sans mari, on est impuissante.

 

L’extrait qui fait réfléchir

Tous ceux que je rencontrais étaient très aimables, mais être entouré de gens qui vous ressemblent ne suffit pas pour se sentir chez soi.

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signature coeur graceminlibe

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Le collier de paille ou Coup de foudre à Niakhane

Dakar. Dans une cour baignée de soleil, une jeune femme laisse errer son regard, ailleurs. Depuis quelques jours, elle ne dort plus, ne s’alimente plus. Depuis son retour de Niakhane, en fait. Depuis cette rencontre qui a tout balayé. Cadre dans une ONG, citadine refusant la polygamie, elle a su lutter avec tact contre les carcans, nationaux et familiaux. S’imposer dans un monde d’hommes et nouer un mariage d’amour. Pourtant, là-bas, dans ce village de brousse où elle devait superviser la construction d’un dispensaire, elle a goûté au plaisir animal. Amours interdites, histoire impossible : entre tradition et modernité, l’abîme est trop grand. L’Afrique écartelée crie son tourment dans sa chair de femme…

 

l'Afrique écrit

Un roman sans dialogue, un récit au style indirect. Chose admirable pour une auteure comme moi, mon 1er roman comprend bon nombre de dialogues. J’ai besoin de faire parler mes personnages mais apparemment c’est une vilaine qualité 😀

Ce roman aurait pu avoir comme titre Coup de foudre à Niakhane. en hommage à  coup de foudre à Manhattan. A Niakhane, deux mondes différents se croisent sur le pont de l’amour. Une urbaine et un homme des champs.

Notre héroïne est mariée et se surprend à ressentir de l’amour pour un homme qui n’est nullement libre, un homme de campagne qui a femmes et enfants.

Un amour qui s’installe dans la chair de nos amants d’un jour. Un amour qui ne peut s’inscrire dans la durée. Notre héroïne n’a pas le courage de dire non à sa vie de la ville et au mariage qu’elle a désiré, obtenu, construit. Alors elle s’éloigne et souffre en silence.

Silence temporel puis éternel ?

Je n’ai pas adhéré à cet amour interdit. J’ai douté. Était-ce de l’amour ou de l’attirance sexuelle ?

J’ai été spectatrice. Je n’ai malheureusement pas ressenti, vécu, envié jusqu’à son paroxysme leur relation.

Si ce couple ne fera pas partie de la liste très restreinte de mes coups de cœur, j’ai beaucoup apprécié que l’auteure ne se contente pas d’exposer un amour interdit. Elle dépeint en effet les mœurs sociales du Sénégal et ses contradictions.

Le recours incessant aux marabouts alors qu’on est monothéiste, le second rôle toujours associé aux femelles, le remariage de la veuve avec l’un de ses beaux-frères, les dots aux montants exorbitants, l’obsession de la virginité de la jeune mariée, virginité dont on ne se soucie nullement chez le jeune marié.

Elle aborde également les difficultés du mariage : sarcasmes de la belle-famille, infidélité du mari, la polygamie qui est une menace constante.

le collier de paille khadi hane

Ce roman conviendra aux fans des amours impossibles, des questions féministes et de la sociologie.

 

GM signature