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Code Rebecca, ma première fois avec Ken Follett

Couverture Le code Rebecca

En 1942, l’Africakorps du général Rommel vient d’investir Tobrouk. À son tour, l’Égypte est menacée par les Nazis qui disposent au Caire d’une « taupe » chargée de les renseigner sur les défenses britanniques. Cet espion allemand, Alex Wolff, caché chez Sonja El-Aram, une danseuse égyptienne devenue sa maîtresse, adresse quotidiennement des messages par radio à Rommel en utilisant un code secret contenu dans un exemplaire de Rebecca, le roman de Daphné du Maurier. Un major du contre-espionnage britannique, décidé à neutraliser définitivement l’espion nazi, se lance à sa recherche en compagnie d’une jeune et belle juive égyptienne. Une formidable course poursuite s’engage.

 

l'Afrique écrit

C’est Telesia qui m’a fait découvrir ce livre dans le cadre de notre swap. Je la remercie car j’ai passé un bon moment de lecture.

Deux camps sont opposés : le duo Sonja/Alex et le duo Elene/Vandam.

Chaque camp a un objectif : empêcher l’autre d’atteindre son but.

Chaque camp a une stratégie particulière avec un point commun : le corps de la femme est considéré comme un appât. J’ai grincé des dents face à cette image de la femme-objet que renvoie le roman mais cela est conforme au contexte social.

Chaque camp fait monter notre adrénaline à chaque point remporté dans ce duel et nous offre une belle histoire d’espionnage avec de nombreux rebondissements. Il n’y a pas de temps mort dans l’histoire, le rythme est haletant.

 

Adepte de la romance, je n’ai pas laissé passer la discrète romance d’Elene et William. Ils ont légèrement le profil de Max de Winter et sa deuxième épouse, je trouve. Ils m’ont fait sourire et rire notamment lors de leur première fois 

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Les personnages du roman sont bien construits, une vraie personnalité qui les rend vivants. Par contre, j’ai jugé le dénouement assez rocambolesque, la fin assez hâtive. L’auteur a coûte que coûte voulu faire triompher le gentil.

Un autre bémol noté : Je n’ai pas assez ressenti la présence de Rebecca dans le roman. On y fait allusion, la clé du code est expliquée et c’est là que j’ai été un peu déçue. Je m’attendais à lire quelques morceaux de messages codés et jouer un peu au détective, essayer par moi-même de déchiffrer le code en faisant le parallèle avec le roman.  😦

 

En conclusion ? 

Quelques bémols qui n’engloutissent pas tout le plaisir que procure ce roman. J’ai maintenant envie de découvrir un autre one-shot de l’auteur. Lequel me recommandez-vous ?

 

signature coeur graceminlibe

 

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La danse de Pilar – Charline Effah

La danse de pilar c’est le récit d’une tragédie familiale dans les années 80 narré par le fils aîné Paterne. Les parents, Pilar et Salomon, courent après l’ambition, le pouvoir. Ils ont installé dans leur quotidien familial le climat politique fait de mensonges, trahisons et coups bas.

Toutes les histoires familiales du monde ont les fesses entre deux chaises : l’amour et la haine.

Pilar est la cheftaine d’un groupe de danseuses, les lewai dancers qui se trémoussent lors des événements initiés par le président du Nlam, un pays imaginaire qui ressemble au Gabon. On ressent bien l’atmosphère, la culture du pays même s’il n’est pas mentionné.

Pilar est une manipulatrice, elle nourrit les haines, sème la zizanie entre frères. J’ai été choquée par sa conception de la vie.

 

Ce roman relate l’histoire d’une nation où un dictateur fait sa loi, chosifie le peuple, le manipule. Ce peuple naïf, soumis se nourrit des fausses promesses, court après le vent, semble résigné, fatigué de lutter pour le respect de ces droits.

La danse de Pilar met à nu la décadence de la société.

[…] où vous rencontriez hommes et femmes, vieillards et enfants, et constituez des groupes de danseurs qui se déhanchaient sous des mélodies faisant toutes allégeance au Grand Camarade et à sa politique. Et hommes, femmes et enfants se déhanchaient. Pour tout et pour rien. Surtout pour rien. Pour les écoles qui ne seront jamais construites partout, pour les premières pierres posées gisantes entre les hautes herbes, pour les voies ferroviaires qui ne relieront pas le sud et le nord du pays, pour les routes à moitié goudronnées, pour les nids-de-poule, pour les oppositions allégoriques et cette démocratie qui leur passait sous le nez en plein jour. Se déhanchaient sous le soleil. Se déhanchaient sous la pluie. Se déhanchaient dans la poussière. Se déhanchaient affamés. Solokoto ! Se déhanchaient inquiets des lendemains. Solokoto ! Se déhanchaient sans pouvoir joindre les deux bouts. Solokoto ! Se déhanchaient en ayant peur. Solokoto ! Se déhanchaient parce qu’ils n’avaient que ça à faire. Onduler les reins. Tourner les fesses au cours de soirées qui se terminaient en érections collectives, en palpations mammaires généralisées, en rires écumeux, en tapes suggestives.

 

 

Ils vous disent de voter pour eux. En contrepartie ils vous offrent quoi ? Des sacs de riz et des kilos de dindon. Ils vous demandent de participer à leurs meetings politiques. De vous y entasser comme des sardines dans une boîte. En contrepartie ils vous donnent quoi ? Des tee-shirts et casquettes à leur effigie. Demandez-leur des hôpitaux et des écoles et ils vous dérouleront une liste infinie de promesses. Que ceux qui ne croient plus au père Noël entendent !

 

Ce roman est un plaidoyer pour un changement de paradigme de la démocratie en Afrique.

 

Charline Effah m’a fait découvrir le mouvement des danseuses utilisées à des fins politiques en Afrique Centrale. N’étant pas originaire de l’Afrique Centrale, je suis légèrement restée sur ma faim. J’aurais voulu que l’organisation de ce mouvement, son origine, ses actions soient plus développées.

L’écriture de Charline est belle, poétique à souhait. Le registre soutenu qu’elle utilise n’est pas pédant. Sa maîtrise de la langue française me fait penser à Marie Ndiaye.

La danse de Pilar est un petit roman qui se lit très vite. A glisser dans les PAL de la jeune génération et amoureux des belles lettres.

Pour en savoir plus sur le roman, cliquez ICI

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Il est à toi ce beau pays, une oeuvre magistrale

« Il est à toi ce beau pays » présente l’Afrique appétissante, gâteau de l’un, débouché économique de l’autre ;  l’Afrique, ce continent dévisagé, remodelé, privé de sa substance. Mère à qui l’on n’a pas laissé le temps de faire le deuil. Après avoir perdu ses fils, on la prive de ses terres.

« Il est à toi ce beau pays » expose le passé douloureux de l’Afrique, glorieux de l’Europe…

On entend d’abord la voix dépressive d’Ota Benga, Pygmée congolais du peuple des Mbuti qui a été notamment exposé au zoo du Bronx de New York en 1906.

La voix puissante et dominatrice des colons se fait aussi entendre, notamment celle de Léopold, roi des Belges. On découvre (ou redécouvre) toute la stratégie politique de l’Occident pour s’approprier ces terres africaines entre 1873 et 1896.

Entre-temps, pour échapper à la soumission irréversible, il fallait mettre en oeuvre un ensemble de principes : civilisation, christianisation et commerce.

« Et surtout, il faut du temps, pour coloniser, continua-t-il pour lui même. Car il ne suffit pas de préparer les expéditions. Il faut préparer l’opinion ! Il faut persuader le peuple du bien-fondé de nos actions outre-mer. Il faut le pétrir de bons sentiments, lui faire miroiter des actions humanitaires à la pelle ! La civilisation, l’aide au développement, le partage des valeurs de la vieille Europe et autres balivernes…

Le partage de nos valeurs ! s’emballa le petit homme. Comme c’est malin ! Qui pourrait refuser une idée si généreuse ?

« Très bien, cet article, très bien, se félicitait Jules Ferry, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, les favoris traînant sur Le Figaro du jour. Il tombe à point pour l’ouverture de la conférence de Berlin. La chance de l’Afrique, c’est la France ! Pas l’Angleterre, pas la Belgique, mais la France ! Il faut que tout le monde le sache !

“Pour mes cinquante ans, je veux devenir roi du Congo.” Dixit Léopold, roi des Belges

Léopold est un homme abject, Jules Ferry également. Je suis désolée mais je n’ai aucune estime pour ceux qui ont favorisé la suprématie blanche.

Mon cœur s’est serré en lisant toute la violence de la colonisation, toute la naïveté des indigènes qui signent des papiers sans lire. Ils avaient confiance, peau noire, cœur blanc…

Jennifer Richard révèle une vérité essentielle :

Peu à peu, il avait compris qu’il n’existait pas de conscience africaine à l’échelle du continent. La solidarité ne fonctionnait qu’à hauteur de tribu. Nombreux étaient les chefs de clan qui effectuaient des rapts dans les villages voisins, en échange de quelques pièces d’étoffe.

 

J’ai constaté une fois de plus avec dégoût que la politique internationale n’a pas changé de 1800 à 2018. 

« Ce que je veux vous dire, c’est que les Européens ont une fâcheuse tendance à dénoncer les atrocités des chefs africains pour donner un vernis de légitimité à leurs invasions. Mais leur immixtion a pour effet de déstabiliser le continent. »

N’est-ce pas ce qui s’est passé avec Kadhafi ?

Ce roman décrit parfaitement la philosophie occidentale :

« Ah, l’Europe ! Bien sûr. Cette entité prométhéenne s’est proclamée juge universel. Et pendant qu’elle accuse, on ne voit pas que ses pieds trempent dans le sang.

– Tu vois l’Europe plus cynique qu’elle n’est.

– Vraiment ? Tu penses que vous avez renoncé à l’esclavage pour le bien-être des Africains ? Vous n’avez fait que supprimer un système qui profitait à certaines nations plus qu’à d’autres. D’ailleurs, vous n’avez pas supprimé l’esclavage. Vous n’avez fait qu’effacer le mot. L’Europe aime les concepts. Enrobe tes meurtres des mots civilisation et liberté, et tu verras, on te pardonnera tout.

“Voyez ? C’est tout le problème avec vous, les Européens. Vous êtes choqués dès qu’on touche un cheveu de vos congénères. Alors, vous vous délectez des supplices qu’ils ont subis, vous vous en repaissez comme des porcs, en faisant semblant d’être traumatisés. Il ne s’agissait pourtant que de sept marchands sans vergogne. Mais les autres ? À l’instant, je vous ai parlé de mille huit cents morts dans notre camp et ça ne vous a fait aucun effet. Pas de réaction, pas le moindre battement de cils. Pourtant, ils ne sont pas morts dans leur sommeil, eux non plus.”

Constat déplorable que j’ai fait ouvertement sur mon blog en parlant de la Somalie.

« Il faisait partie de cette caste de rebuts qui n’avaient pas trouvé leur place en Europe et qui partaient en quête d’aventure, d’argent et de respect. »

N’est-ce pas ce que les migrants font ? Un acte qui a été applaudi hier et qui est désapprouvé aujourd’hui. Comme le dit Emmelie Prophète dans son livre, la libre circulation devrait se faire dans les deux sens !

La communauté occidentale actuelle doit-elle se sentir coupable ? L’un des narrateurs a une réponse : la culpabilité est personnelle, elle n’appartient pas à la communauté.

Chacun devrait donc se poser les questions sur les conditions de vie des personnes qui cultivent les matières premières et nous permettent d’avoir vélo, vêtement, téléphone portable.

 

Jennifer Richard raconte la vie des explorateurs qui ont favorisé cette pénétration en Afrique Centrale : Stanley, Brazza et bien d’autres figures historiques comme David Livingstone, Joseph Conrad.  Elle dévoile leurs obsessions, ambitions, quêtes de gloire, de reconnaissance, de fortune.

J’ai beaucoup appris sur Brazza et Stanley. J’ignorais que le premier était d’origine italienne et que Stanley n’était pas le vrai nom du second.

J’ai perçu une différence d’idéologie entre ces deux hommes. Brazza apparaît plus humain dans ses rapports avec les indigènes.

Jennifer Richard ne parle pas que de l’Afrique, ses enfants partis contre leur gré, ceux qui ont vécu l’esclavage, la ségrégation font entendre leurs voix. Des femmes, des hommes qui doivent survivre, se trouver une place dans une société qui est devenue la leur mais qui ne veut pas d’eux.

J’ai découvert des figures importantes du peuple afro-américain comme W.E.B. Du Bois, Booker T. Washington, George Washington Williams.

L’histoire des Etats-Unis ne pouvant être contée sans la colonisation européenne des amérindiens, l’auteure l’aborde dans ce roman.

 

 

Si je le pouvais, je demanderais un standing ovation pour louer son travail colossal. J’étais bouche bée en parcourant la bibliographie utilisée pour ce roman.

J’ai apprécié sa plume sans fioritures, le vocabulaire adapté à l’époque. Les descriptions des lieux sont suffisamment élaborées pour qu’on se les représente.

Le roman comporte trois grandes parties subdivisées en plusieurs chapitres qui correspondent à des dates. Les chapitres sont très courts et permettent de tenir le rythme de ce gros pavé de 756 pages !

C’est un roman magistral, une lecture utile que Jennifer Richard offre au public, dommage qu’il n’ait pas la médiatisation qu’il mérite. 

C’est presque un coup de cœur pour moi. Je vous le recommande vivement.

 

GM signature

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JE SUIS QUELQU’UN – Aminata Aidara

Estelle, 26 ans, est arrivée en France 15 ans auparavant avec sa mère et deux de ses sœurs. Penda, sa mère métisse franco-sénégalaise, a quitté le Sénégal par amour d’un homme autre que son mari.

Estelle a des dreadlocks pas soignés, elle se lave chez ses sœurs ou sa mère. Elle travaille juste si besoin. Il n’y a pas là où elle loge le confort espéré, elle squatte, commet de petits larcins, vit au jour le jour. 

Estelle a le spleen, elle est perdue. Elle nous convie à ses délires où elle tente de se définir.

Je suis quelqu’un qui a peur

Je suis quelqu’un qui a mis du temps à éprouver du désir pour l’Autre.

Je suis quelqu’un qui veut être vu par sa mère.

Je suis quelqu’un qui n’a jamais aimé un homme.

Je suis quelqu’un qui ne tient pas à revendiquer une identité africaine.

Je suis quelqu’un qui connaît un secret.

Je suis quelqu’un dont la mère a beaucoup d’attentes.

Je suis quelqu’un de nostalgique

Je suis quelqu’un qui se perd et qui se retrouve toujours.

Estelle n’est pas la seule à éprouver ce spleen. Sa mère, Mansour son cousin, Eric, l’amant de sa mère et Cindy, l’ex-amoureuse de l’oncle Ousmane s’épanchent.

Ces personnages racontent leurs histoires. Ils évoquent l’absence de la mère, de l’enfant, l’amour contrarié, le passé honteux et douloureux. 

Pour moi, ça aurait eu plus de sens qu’on oublie le passé. Pour que nous puissions vivre en paix, nous, les foutus enfants de « collabos » n’ayant rien demandé.

 

Ce roman polyphonique narré de façon interne et externe évoque divers sujets : la charge mentale assignée aux femmes, l’identité culturelle, le métissage, l’africanité versus francité, l’histoire des harkis, du peuple afro-américain, les secrets de famille.

Les réflexions des personnages sont pleines de sens. 

Puis je lui aurais expliqué que le monde est patriarcal et que cela avait été mon drame, mais que ça ne devait pas être le sien. Donc il fallait qu’il sache qu’il y a beaucoup trop d’attentes sur l’homme, trop de privilèges à assumer sans être formé à la conscience de l’autre sexe, au véritable partage de la vie avec les femmes. […] Je lui aurais appris à être le roi de sa propre existence mais jamais le maître de la vie de quelqu’un d’autre.

 

Je suis quelqu’un qui entend les peurs des jeunes hommes noirs de France. Ces peurs qui naissent du miroir qui leur est tendu par la société : vous n’êtes pas assez africains ! Et vous, là, trop noirs pour être français ! […] pas assez virils, trop sexués, pas assez sportifs, incarnant un cliché musclé, pas assez dragueurs, polygames confirmés, pas assez attirés par les femmes noires, promoteurs de l’endogamie communautaire, pas assez riches, trop matérialistes. Seuls se sauvent les hommes zen, les sûrs de soi. Ou les artistes écorchés vifs, ceux qui refusent de voir en leur peau autre chose que cette enveloppe, cette frêle barrière à l’invasion du monde extérieur.

Quand je leur disais « Je suis français », ça les faisait rire. On était d’une autre catégorie, tu vois ? Parfois, les flics changeaient de discours, ils nous disaient de ne pas traîner avec les « racailles », avec les enfants d’immigrés. Il fallait faire attention à ne pas basculer de l’autre côté, au risque de perdre notre « francité ».

 

Lorsque son peuple subit des injustices, faut-il qu’il tende l’autre joue ou épaule un fusil ?

Mon père, le révérend, héritier de Martin Luther King, prêchait d’attendre sans rage, de se faire valoir dans la non-violence. Les mauvais sentiments, disait-il, corrodent l’intégrité, usent la psyché.

Non, nous devions nous tourner vers King, emprisonné quatorze fois mais resté tout de même ouvert au dialogue, les mains nues et tendues vers le prochain, fût-il blanc ou noir. Susan portait alors, sous les réflecteurs de notre attention, Malcolm X et elle criait, dans mille et une nuances : « Les personnes comme toi, papa, sont la meilleure arme que les Blancs aient jamais eue ! »

Ce roman suscite des interrogations et demande une réponse personnelle.

J’ai apprécié l’ambivalence des personnages secondaires rencontrés au fil des pages comme Zev, le juif pro-palestinien, le Français anticolonialiste, le commerçant anticapitaliste.

J’ai apprécié le ton poétique et les références littéraires : Bernard Dadié, Frantz Fanon.

Le livre ne se laisse pas lire aisément du fait de l’écriture imagée. J’ai réussi à l’apprivoiser puis ai commencé à m’ennuyer de la linéarité du roman. Aucune surprise, aucun rebondissement jusqu’à la révélation du secret de famille.

Merci à l’auteure d’avoir gardé le meilleur pour la fin. 

Pour en savoir plus sur l’auteure et son oeuvre, cliquez ICI.

 

GM signature

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N’être – Ma première fois avec Charline Effah

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Qu’est-ce que l’amour ? Doit-il être ou paraître ? Comment le reconnaît-on ? Comment le vit-on ? Telles sont les questions implicites que pose ce roman à travers l’épanchement de Lucinda, notre héroïne.

Fruit d’une relation adultérine, elle est rejetée par sa mère à la naissance. Lorsqu’elle rejoint la maison rouge, celle où habite sa mère et le Père, elle n’est pas à sa place. L’amour dans cette maison est invisible, il ne fait pas de bruit.

Lucinda ignore ce qu’est l’amour maternel, elle sait néanmoins ce qu’il n’est pas lorsqu’elle analyse la relation avec sa mère. Elle vit dans l’ombre de cet amour qu’elle aurait aimé expérimenter.

L’amour fraternel, Lucinda ne le connaît pas non plus. Sa fratrie la met à l’écart, elle, l’enfant noir.

L’amour se présentant à tout être humain sous différentes facettes, il se présente à Lucinda sous la forme de l’Éros. Elle va connaître l’amour charnel avec un homme marié.

 

Malgré les conseils de son ami et soupirant Elvis, elle va se perdre dans les bras d’Amos. Un homme qui n’est pas fier d’être noir vu qu’il se décape.

L’amour propre est ainsi évoqué. On en vient à s’interroger sur l’amour qu’on a pour soi.

La polygamie, la condition féminine sous les tropiques sont des thèmes également abordés.

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Je ne sais plus comment est né le désir de lire ce livre. Une chose est sûre, j’ai apprécié ma lecture même si j’ai trouvé quelques réflexions assez redondantes. Charline Effah est une plume à découvrir si vous aimez les belles lettres. La narration passe du « je » au « tu ». Son écriture est soignée, maîtrisée, poétique. La langue de Molière dans toute sa splendeur.

J’ai particulièrement apprécié le format du livre : il est tout petit et a cette couleur que j’affectionne tant.

A glisser dans vos poches ! Pour l’acheter, cliquez ICI

 

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Né un mardi – Elnathan John

2003, BAYAN LAYI

Je découvre une petite communauté où des jeunes gens fument, se vantent des gens qu’ils ont tués. Ce sont des enfants dans la rue livrés à eux-mêmes, à la violence. J’ai été choquée par la facilité qu’ils ont à tuer.

A l’approche des élections, ces jeunes sont utilisés par les partis politiques pour coller les affiches et instaurer le désordre, affliger les corrections quand cela est nécessaire.

Dantala fait partie de la bande de jeunes de Bayan Layi. C’est le plus jeune de la bande. Il l’a rejointe il y a deux ans, à peu près au moment où il a terminé ses études coraniques à l’Islamiyya de Malam Junaidu. Il n’avait pas envie de retourner en famille alors il est resté avec ces jeunes. Dantala n’est pas très proche des membres de sa famille éclatée. Il ignore où sont ses frères, ce qu’est devenue sa mère.

Un soir d’émeutes, pris en chasse par la police, il s’enfuit. Il trouve refuge à Sokoto auprès de Sheikh Jamal, un imam salafiste, et son adjoint Malam Abdul-Nur Mohammed.

Dantala dont l’autre nom est Ahmad, apprend l’anglais avec son ami Jibril, développe l’intérêt sexuel pour la femme, psalmodie l’appel à la prière, lit tout ce qu’il peut, il observe la société dans laquelle il vit et nous fait découvrir les dan daudu, les efféminés au Nord du Nigéria.

Je n’ai pu m’empêcher de rire en lisant cet extrait 

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Les années passent. Dantala est heureux mais les tensions entre communautés sunnites et chiites ne cessent de croître. J’ai découvert les différents mouvements musulmans : les tariqa, izala, les chiite ainsi que les bras de fer d’idéologies religieuses. Chaque mouvement veut l’emporter, vider le camp de l’autre.

Lentement, l’auteur nous mène sur la voie de l’islamisme radical. Malam Abdul-Nur Mohammed, moralisateur loin d’être parfait, fait sécession et part à la campagne fonder une secte extrémiste. 

L’islam n’est pas synonyme de paix. – L’islam est synonyme de soumission. De soumission à la volonté d’Allah. Et la volonté d’Allah n’est pas la volonté des infidèles ou la volonté de l’Amérique. L’islam signifie que nous ne nous soumettons à rien ni à personne en dehors d’Allah.

Né un mardi nous montre les dangers du fanatisme, la manière de fonctionner des islamistes et les raisons qui pourraient pousser un jeune à suivre le chemin de l’islam radical : la terreur ou la perte de repère.

Ce roman est violent, il nous fait passer par tant d’émotions : peur, douleur, rire, colère, amour !

J’ai beaucoup apprécié cet amour fraternel qui a lié Jibril et Dantala. Des inconnus peuvent devenir notre famille, des gens pour qui nous serions prêts à risquer notre vie.

J’ai apprécié la loyauté de Dantala envers Sheikh Jamal et Jibril, chose qui a manqué aux politiciens corrompus qui figurent dans le roman. Ils sont habiles dans les promesses qui ont pour durée de vie le temps des élections.

Si seulement on avait un hôpital ici, je ne serais pas obligée de faire ce long trajet aller et retour pour lui apporter des affaires, mais non, quand ils n’achètent pas des voitures et qu’ils ne distribuent pas de la viande pendant les élections et la Sallah, ils ne font rien. Dites-moi, pour l’amour d’Allah, qu’est-ce qu’un peu de viande quand je suis obligée de faire tout ce chemin pour trouver un hôpital ?

Le fatalisme est évoqué, Dieu beaucoup interrogé. A-t-il toujours un pourquoi, un plan, une raison à toute souffrance ?

Elnathan John dresse un portrait réaliste du Nigéria : la survie au cœur de la violence. C’est une lecture utile et inédite pour moi avec ce moudjahid qui est un chrétien converti à l’islam. Du peu de lectures faites jusqu’ici sur le terrorisme ou l’islam radical, je n’avais pas autant appris sur la guerre d’idéologie entre sunnite et chiite. 

 

Quid de la forme du roman ?

L’auteur nous sert un registre dramatique avec quelques notes d’humour. Sa plume est réaliste, accessible. Les descriptions des lieux, de l’atmosphère sont assez élaborées pour nous permettre de bien nous les représenter.

J’ai retrouvé l’ambiance de la cité de la saison des fleurs de flamme. J’ai été agréablement surprise de découvrir à la fin du roman que les deux auteurs sont amis. Qui s’assemble, se ressemble…

J’ai noté un bémol : quand on a aucune culture islamique, on est un peu perdu avec les termes. Un lexique s’imposait pour moi.

Pour en savoir plus sur le roman, cliquez ICI

Bon Vendredi Lecture à tous ! J’ai hâte d’être à 19h TU. Il y a la nuit de l’écrivain à Abidjan. Je vous ferai vivre la soirée sur Twitter. N’hésitez pas à suivre mon compte 🙂

GM signature

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Camarade papa – Gauz

Deux narrateurs, deux époques : période coloniale et post-coloniale.

Dans la vie de Dabilly et le fils de Camarade Papa, il y a un avant et un après : l’avant se situe en France  pour Dabilly et les Pays Bas pour le fils de Camarade Papa, l’après c’est la Côte d’Ivoire.

Nos deux narrateurs nous invitent dans leurs mondes respectifs à tour de rôle.

Sa mère morte, le fils de Camarade Papa est envoyé en Afrique pour retrouver sa grand-mère et ses racines, avec une « mission » : observer le monde post-colonial, tout en restant fidèle à son éducation révolutionnaire.

Gauz fidèle à lui-même parle du communisme à travers les yeux d’un enfant qui a une façon bien rouge de parler. Ses mots déroutent. Il faut oublier le français de Verlaine et être à l’écoute de cette langue nouvelle. Une langue originale, un ton bourré d’humour. On passe un bon moment avec ce Citoyen.

Dabilly quant à lui a toujours rêvé partir. 

Vivre et grandir à Abilly, un lieu dont on porte le nom à l’état civil, et ne pas s’y sentir chez soi. J’ai toujours rêvé partir. Au catéchisme, où je suis assidu, j’ai appris que la rédemption des âmes se faisait en partant. Seul, en bande ou avec tout un peuple, de la Genèse à l’Apocalypse, on part pour se sauver, accomplir une destinée.

Il tente donc l’aventure coloniale. Il raconte son arrivée à la Rochelle, en Alsace, la traversée jusqu’à Grand-Bassam. Dabilly nous fait découvrir le Grand-Bassam des années 1880 : factoreries, enseignes commerciales anglaises, enseignes commerciales françaises.

Dabilly est affecté « à un poste dans une zone boisée comprise au nord d’Assinie. » Dans ce pays inconnu, il devra bâtir un poste et le tenir. Dabilly devient un explorateur.

Les français présents sur la côte ont le sens du devoir. Ils ont une mission et doivent l’accomplir. C’est leur obsession commune. 

« Nous devons accélérer l’occupation effective »,

« Nous devons faire barrage au péril anglais »,

« Nous devons sauver nos établissements sur la côte »,

« Nous devons préserver le fruit de nos efforts »…

Comment parler de colonisation sans parler de Binger ? Il passe presque inaperçu dans ce roman. Gauz préfère parler de Treich-Laplène, résident délégué de France, fin stratège. En parcourant le roman, on comprend mieux pourquoi sa sœur Valentine tenait à faire connaître et reconnaître son parcours héroïque et œuvre pionnière. Binger est un usurpateur.

Toutes les réponses passent par Treich. Un saint. Treich sait. Treich connaît. Treich comprend. Treich peut. Treich va. On ne parle pas de lui, on l’invoque.

— Économie de traite, politique de traités. Le modèle est primitif, mais efficace pour le moment. — Pour les traités, il y a Treich. Toujours flanqué de son « cheeeer Anno », il a le don de capter la sympathie des chefs locaux on ne sait trop comment.

Dabilly est profondément humain, cela le rend attachant. Fleur bleue, j’ai apprécié son histoire d’amour discrète, celle qui fera le lien entre le fils de Camarade Papa et lui.

Dabilly va à la rencontre de la population noire. On découvre les appoloniens, les Kroumens, puis le peuple agny. Sont dévoilés leurs organisations, légendes, rituels et mystères.

Ces populations ne voient pas le mal venir de loin.

— Les chefs noirs ne sont pas un problème. Ils croient que nous sommes là pour le commerce avant tout et ils veulent en profiter. Ils n’ont pas encore conscience que nous allons occuper le pays. Pour le moment, c’est plus facile de s’entendre avec eux qu’avec les Anglais.

 

Merci à l’auteur d’avoir mis en avant ces sociétés matriarcales du Sud où la femme a une place très importante. J’ai apprécié le portrait de Malan Alloua très féministe, maîtresse de son corps et de ses pensées.

Camarade Papa au style parlé et imagé m’a fait passer un bon moment de lecture. Je loue la prise de risque de Gauz.

J’ai apprécié le volet culturel de l’oeuvre même si j’ai été perdue à quelques endroits. L’abondance de personnages secondaires a engendré des moments de confusion. Il faut rester concentrée pour ne pas perdre le fil.

J’ai eu l’impression à certains endroits de ne pas saisir où l’auteur voulait en venir. Il m’a fallu relire des passages. La presse dit que l’auteur fait appel à l’intelligence du lecteur. J’ai tu mes incompréhensions de peur de paraître bête. Non, je refuse d’être une Rami* 😀

Camarade Papa est-il un roman engagé ?

Je vous laisse méditer cette définition de l’engagement en littérature : l’écrivain engagé n’impose pas un point de vue idéologique ou politique, il « a choisi de dévoiler le monde et singulièrement l’homme aux autres hommes pour que ceux-ci prennent en face de l’objet ainsi mis à nu leur entière responsabilité». Il appelle l’action, mais prétend ne pas en déterminer le contenu. C’est bien cette habileté que Sartre, dès 1938, reconnaissait à l’écrivain américain John Dos Passos, dont l’entreprise était « de nous montrer ce monde-ci, le nôtre. De le montrer seulement, sans explications ni commentaires », afin de susciter un sentiment de rejet (Source LE ROMAN FACE À L’HISTOIRE de Sylvie Servoise, chapitre 2 Roman engagé et roman à thèse : les frères ennemis)

 

Pour plus d’informations sur Camarade papa, cliquez ICI

Si vous l’avez lu, n’hésitez pas à le signifier en commentaire pour qu’on en discute.

 

* Personnage de soap opera dramatique turque qui souffre de déficience mentale légère.

GM signature

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Serments interdits – Brenda Jackson

J’ai des romans contemporains à lire et les thèmes qu’ils abordent sont durs. De plus, il me manque ma dose de romance. Oui, je suis une junkie. J’ai donc appelé mon fournisseur qui m’a donné Serments interdits, le tome 2 de la saga des Elliott.

Serments interdits (Saga) : T2 - La saga des Elliott par [Jackson, Brenda]

Renee Williams a 28 ans. Assistante sociale à l’hôpital universitaire de Manhattan, elle a en charge le dossier médical de Karen Elliott, belle-fille de Patrick Elliot, le magnat de la presse. Atteinte d’un cancer du sein, Karen doit se faire opérer. Teagan, son fils le plus proche d’elle a décidé de rencontrer Renee afin de savoir ce qu’elle compte faire pour elle.

Le portrait physique de Teagan nous fait oublier son arrogance : Avec son mètre quatre-vingt, toujours tiré à quatre épingles, ses traits fins, ses yeux azur expressifs, ses lèvres bien dessinées, son accent du nord raffiné, sa ressemblance avec Pierce Brosnan, comment ne pas le trouver  extrêmement séduisant ?

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Renee est attirée par cet homme mais tout les sépare : leurs couleurs de peau, leurs milieux, leurs origines… Lui, l’un des richissimes héritiers du groupe Elliot. Et elle, l’assistante sociale qui a grandi dans une petite ville de l’Ohio.

Elle se refuse à imaginer une histoire entre eux mais Teagan n’est pas de son avis. Elle voit les montagnes d’obstacles qui se dresseront contre eux s’ils osent s’aimer, Teagan lui ne voit qu’un sentier de la passion. Cet homme qui pense toujours davantage au travail qu’à la romance est sous le charme de Renee. C’est une vraie beauté, il y a quelque chose d’apaisant chez elle qui le réconforte.

Renee refuse de s’engager à cause du qu’en dira-t-on. Elle revient inlassablement sur leurs différences sociales et ethniques. Cela m’a fait sourire dans le texte, le fait que ethnique soit plus utilisé que race. 

Renee geint sur leur relation et cela peut agacer. On a envie de la secouer, de lui dire d’affronter le monde. Son comportement sert l’intrigue. Sans sa peur, le roman n’aurait fait que 30 pages.  

Renee craint que la puissante famille, en apprenant la vérité, s’oppose à cet impossible amour. Je m’attendais à des remous, des coups bas mais je n’ai rien vu. J’ai été un peu déçue.

Teagan est mon nouveau book boyfriend. Désolée Sébastien et Tyler mais je ne pouvais pas résister. Son charisme, sa beauté sa bienveillance à l’égard de Renee, sa détermination à vivre leur amour m’ont fait craquer. J’ai apprécié toutes les premières fois expérimentées avec Renee.

Ce couple mixte m’a fait passer un bon moment de tendresse, de rêverie, d’amour. C’est une lecture divertissante. Pensez-y si vous avez envie de vous évader.

 

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Un dimanche à Kigali : Le film VS le livre

En cherchant une romance de couple mixte à regarder sur Youtube, je suis tombée sur Un Dimanche à Kigali. Un film de Robert Favreau produit en 2006.

Kigali, printemps 1994. Nous sommes à quelques mois après le début du génocide des Tutsis. Le journaliste québécois Bernard Valcourt, après avoir été bloqué à la frontière tente de retrouver Gentille.

Qui est-elle ? Une jeune femme de 22 ans serveuse à l’Hôtel des Milles Collines où Bernard logeait. Le journaliste réalisait depuis quelques mois un reportage sur le Sida.

Avant de devoir quitter le pays, Valcourt la cherche chez leurs amis communs, dans différents lieux dévastés. Sous forme de flash-back, on découvre leur histoire.

Bernard tombe amoureux de cette jeune femme qui pourrait être sa fille. Elle est belle, élancée. Une romance mixte naît au milieu des tensions croissantes entre les communautés Hutus et Tutsis.

Gentille a une carte d’identité Hutu mais elle a le physique raffiné des Tutsis. La menace d’extinction des Tutsis ne l’exclut pas. Valcourt cherche des moyens de la sauver du génocide. Hélas !

Le film est à la fois doux et violent. Il est intense, poignant et relate l’horreur du génocide rwandais, la cruauté de l’humain. J’ai vu l’ampleur de la folie, de la haine et la beauté de l’amour. Je n’ai pas pu retenir mes larmes jusqu’à la fin.

Le film s’est focalisé sur le silence du Canada, on survole le silence coupable de l’ONU, des Belges et Français ce qui est un peu dommage lorsqu’on veut cerner tous les contours de ce génocide.

Le casting est convaincant, les personnages attachants, les décors simples. Le film n’est pas visuellement époustouflant, il n’est pas comparable à Hôtel Rwanda mais il vaut le détour pour l’émotion qu’il suscite.

 


LE LIVRE

A la fin du film, j’ai fait des recherches sur les acteurs et ai découvert qu’il est une adaptation cinématographique du livre Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche. Je me suis hâtée de le lire.

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284 pages de lecture. Le récit débute autour de la piscine de l’hôtel des Mille-Collines avec sa clientèle de coopérants, d’experts internationaux, de bourgeois rwandais. C’est un dimanche tranquille. Ils parlent, rient et boient. Ils ont une vie paisible.

On découvre Valcourt, codirecteur d’une télévision, initiative du gouvernement du Canada dont la première mission devrait être éducative, en particulier dans les domaines de la santé communautaire et du sida. Un projet auquel Valcourt ne croit plus deux ans après son arrivée au Rwanda. Il tourne maintenant un documentaire sur le Sida et ces héros à Kigali.

Valcourt a une obsession : Gentille. Leur attirance est d’abord sexuelle. Dans le film, c’était enrobé, moins brut.

Le sexe est très présent dans le livre. Il y a beaucoup de scènes lubriques. Le sexe est perçu comme un moyen pour se soustraire aux souffrances, c’est également un instrument de domination, de vengeance.

Au fil des pages, on ressent la haine des hutus envers les tutsis et on en connaît l’origine.

Lentement, le narrateur nous dirige vers le génocide, la violence des massacres. Ce génocide a été minutieusement préparé. Des listes avaient été préparées : politiciens de l’opposition, hommes d’affaires, journalistes, curés activistes.

On tuait les hommes d’un coup de feu ou d’un coup de machette, savant et précis. Mais les femmes n’avaient pas droit à une mort claire et nette. On les mutilait, on les torturait, on les violait, mais on ne les achevait pas. On les laissait aller au bout de leur sang, crachat par crachat, pour les punir d’avoir mis au monde tant de Tutsis…

Le scénario du  film s’inscrit à 70% dans la logique du roman. Certains faits du livre ont été modifiés notamment :

  • la peau couleur de café au lait de Gentille. Dans le film, elle est plutôt chocolat noir
  • le mariage de nos tourtereaux et l’adoption de la fille de Cyprien
  • le journal de bord de Gentille…

J’ai apprécié ma lecture. L’auteur a respecté la chronologie du génocide, a mis en évidence la non-implication de la communauté internationale, le silence des journalistes. J’ai moins apprécié les longueurs et la fin que j’ai jugée trop rapide.

Ai-je plus aimé le film que le livre ? Je trouve qu’ils sont complémentaires.

 

Un amour interdit Alyssa Cole

 

Chacun possède dans ses gènes tout le Bien et tout le Mal de l’humanité. L’un et l’autre peuvent toujours surgir comme une tornade apparaît et détruit tout, là où quelques minutes auparavant ne soufflaient que des brises chaudes et douces.

 

Tu vois chaque pays possède une couleur, une odeur et aussi une maladie contagieuse. Chez moi, la maladie c’est la complaisance. En France, c’est la suffisance, et aux Etats-Unis, l’ignorance.

Et au Rwanda ?

Le pouvoir facile et l’impunité. Ici, c’est le désordre absolu.

J’ai le corps long des Tutsis et la détermination paysanne des Hutus. Je me regarde et je sais que je fais un heureux mélange. Et si tous les sangs qui s’entrecroisent dans mes veines ne me font pas de maladies, c’est peut-être qu’ils peuvent s’entendre.

 

Quel livre / film avez-vous découvert cette semaine ? 

 

fleur v1

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Des cris sous la peau – Fatimata DIALLO BA

Une voix extérieure présente une petite fille de 45 ans qui s’apprête à prendre l’avion pour la 2eme fois de sa vie.

Être une petite fille à 45 ans ? Cette femme n’est donc pas mature ? Elle est mariée, a deux filles, un travail. Pourquoi se considère-t-elle comme une petite fille ?

Son voyage à Dakar apporte des éléments de réponse, permet de mieux faire connaissance avec elle. On découvre une femme qui a manqué d’amour maternel. Elle n’a pas connu sa mère, a été élevée par la sœur de cette dernière. Une tante qui a toujours préféré sa fille.

On découvre l’horreur qu’elle a subie enfant, son mariage à un cousin lointain à 18 ans, les nombreux coups qu’il lui porte fréquemment l’obligeant à devenir invisible, inodore et muette.

Des souffrances de femme qui ne sont pas un cas isolé. Sa voisine du vol Paris-Dakar lui raconte la polygamie qu’elle vit, son absence de maternité.

La fille de Saran, masseuse traditionnelle originaire du Mali, a aussi été victime de la jalousie perverse d’une coépouse et de la violence aveugle d’un époux manipulé.

Arame, la cousine de la petite fille de 45 ans, a aussi des malheurs cachés sous sa peau. Elle est énorme comparée à la petite fille qui est maigre. Boulimie contre anorexie. Rejet ou consommation excessive de la nourriture pour cacher un mal-être.

Toutes ces femmes acceptent leurs souffrances, c’est leur seconde peau. 

Le surnaturel intervient, la petite fille qui était figée dans l’adolescence va entrer en contact avec sa mère. Cela m’a fait penser à De l’autre côté du regard de Ken Bugul.

La petite fille _appelons la maintenant par son prénom Yandé _va entendre des mots d’amour, guérir de ses blessures, devenir une femme. 

Yandé appelle les femmes à ne plus être silencieuses, à dénoncer haut et fort ce qui ne va pas. 

Ce roman renvoie à la condition des femmes au Sénégal où viols et meurtres des femmes sont légion. J’ai apprécié ma lecture, c’est un roman court et fluide. J’ai été contente de le finir et passer à autre chose. Le récit est bien écrit, il y a des instants d’émotion mais ce n’est pas transcendant. Par ailleurs, j’ai trouvé le style assez scolaire. Au niveau du fond, j’aurais voulu que les thèmes soient développés en profondeur. Des cris sous ma peau ne fait que les effleurer…

 

Pour en savoir plus sur le roman, cliquez ICI

 

fleur v1