Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Mille soleils splendides

mille soleils splendides

Ouvre tes oreilles en grand et retiens bien la leçon : de même que l’aiguille d’une boussole indique le nord, un homme qui cherche un coupable montrera toujours une femme du doigt. Toujours. Ne l’oublie jamais, Mariam.

Ce sont les mots que Nana adresse à sa fille Mariam, sa petite fille harami (bâtarde), fruit d’une union illégitime.

Mariam, une enfant que l’on met à l’écart, à qui l’on rappelle dès que l’on a l’occasion qu’elle n’est pas désirée.

Mariam, une enfant qui chérit un père dont l’amour ne se manifeste que lorsqu’ils ne sont que tous les deux.

Mariam, une jeune fille dont on ne considère pas la valeur, une adolescente que l’on vend, que l’on marie de force à Rachid, un homme qui peut être son père.

On assiste impuissante à ce mariage forcé, au calvaire de Mariam incapable de donner la vie, à la violence domestique qu’elle subit, à la multiplication de ses peines, à la soustraction de sa liberté.

– C’est notre lot à nous, Mariam. Les femmes comme nous ne font rien qu’endurer. On n’a pas le choix. Tu comprends ?

Le temps s’égrène, l’Afghanistan est rongé par la guerre et l’occupation soviétique. Le pays se métamorphose sans affecter positivement la vie de Mariam ;  Rachid son mari est toujours aussi méprisant.

La condition de vie de Mariam est un cas isolé ? L’entrée en scène d’une autre jeune fille afghane, Laila, nous apporte une réponse.

La vie familiale de Laila est différente de celle de Mariam. Laila est une enfant légitime, une enfant négligée par sa mère, très aimée par son père. Un père qui ne la mariera jamais de force.

« Je sais que tu es encore jeune, disait-il, mais je veux que tu comprennes une chose dès maintenant : le mariage peut attendre. Pas l’éducation. […]

Parce qu’une société n’a aucune chance de prospérer si ses femmes ne sont pas instruites, Laila. Aucune chance. »

Laila a des amies, va à l’école, s’éveille à l’amour. est amoureuse de son meilleur ami, Tariq. La vie de Laila n’est en aucun cas calquée sur celle de Mariam. L’avenir de Laila est prometteur…

Ces vies très distinctes vont pourtant s’entrecroiser. Une tragédie fera de Laila, la co-épouse de Mariam.

Deux vies très distinctes vont se mêler et créer une histoire commune, un cocktail de méfiance, de complicité, d’amour, de sacrifice…

Avant que ses parents meurent et que sa vie chavire, Laila n’aurait jamais cru qu’un corps humain puisse endurer tant de violence, tant de cruauté, et continuer malgré tout à fonctionner.

« Mille soleils splendides » est un roman vivant et plein de saveurs.

« Mille soleils splendides » est la photographie de l’Afghanistan de 1960 à 2003, son chaos politique et social engendré par ses différentes gouvernances.

« Mille soleils splendides » représente les 1000 visages de la femme. La femme brave, la femme apeurée, la femme esclave, la femme libre, la femme qui lutte, la femme qui subit, la femme qui souffre mais sourit, la femme qui aime, la femme qui hait, la femme qui donne la vie, la femme qui tue…

Ce roman dépeint toutes les formes de l’amour : amour passion, amour filial, amour-amitié… 

Ce roman attriste, révolte, effraie, émeut. Il nous révèle combien il est difficile d’être une femme en Afghanistan.

« À l’attention des femmes : Vous ne quitterez plus votre maison. Il est inconvenant pour une femme de se promener dehors sans but précis. Pour sortir, vous devrez être accompagnée par un mahram, un homme de votre famille. Si vous êtes surprise seule dans la rue, vous serez battue et renvoyée chez vous. En aucun cas vous ne dévoilerez votre visage. Vous porterez une burqa à l’extérieur de votre maison. Sinon, vous serez sévèrement battue. Il vous est interdit de vous maquiller. Il vous est interdit d’arborer des bijoux. Vous ne vous afficherez pas avec des vêtements aguichants. Vous ne parlerez que lorsqu’on vous adressera la parole. Vous ne regarderez aucun homme droit dans les yeux. Vous ne rirez pas en public. Sinon, vous serez battue. Vous ne vous vernirez pas les ongles. Sinon, vous serez amputée d’un doigt. Il vous est interdit d’aller à l’école. Toutes les écoles pour filles seront fermées. Il vous est interdit de travailler. Si vous êtes reconnue coupable d’adultère, vous serez lapidée. Ecoutez bien et obéissez. Allah-u-akbar. »

Le personnage de Mariam m’a énormément touchée. Cette femme pleine d’amour et si brave a eu une vie inachevée, a touché le bonheur du bout des doigts.

La mort est omniprésente dans « Mille soleils splendides » mais n’arrive pas à étouffer la vie, l’espoir en une vie meilleure…

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Grand merci à la chroniqueuse de Tout ce qui brille qui m’a fait découvrir ce roman.

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Symphonies de l’enfer

En observateur attentif et avisé du spectacle du monde, Camara Nangala, dans les quatre nouvelles, met en exergue son art consommé de la narration, son sens de l’humour et son goût pour la beauté du langage. Chaque nouvelle est construite de façon méthodique et maîtrisée. L’auteur entraîne le lecteur dans des méandres dont lui seul a le secret. Il fait subtilement de lui un complice, voire un acteur de l’intrigue. Puis vient le point de chute de la manière la plus inattendue, soulevant inévitablement une foule de questions chez le lecteur.

symphonies de l'enfer

Camara Nangala est un auteur ivoirien que j’ai découvert à l’école primaire. Son roman « le cahier noir », une histoire bien triste qui relate la maltraitance de deux enfants par leur belle-mère m’avait énormément touchée.

Au secondaire, j’ai lu d’autres œuvres de l’auteur. Je ne me rappelle malheureusement plus de leurs titres et contenus mais je garde en mémoire de bons moments de lecture.

Ces bons moments, j’ai voulu les revivre en lisant «Symphonies de l’enfer», un recueil de 4 nouvelles. Y suis-je parvenue ?

Oui mais… Je n’ai pas intégralement trouvé dans ma lecture ce que la quatrième de couverture promettait. J’ai trouvé l’art de la narration, la beauté du langage, l’humour dans la 4ème nouvelle  mais pas l’inattendu du point de chute, la surprise.

Ne restons pas à la surface du livre. Découvrons le contenu des nouvelles par ordre de préférence croissant (du moins apprécié au plus apprécié) :

Instinct atavique écrit en 1983

Le Syndicat des Mineurs Noirs en Afrique du Sud tiendra son ultime meeting, en vue du mot d’ordre de grève générale. La police et l’armée seront immanquablement au rendez-vous. Oswald aussi.

Sa fille Gladys, jeune étudiante, est sous le choc, ne comprend pas pourquoi son père fait partie de la soldatesque des tenants de l’apartheid, accepte de matraquer et de tirer sur des êtres humains, ses semblables, ses frères de race, dont le seul crime est de réclamer leur droit imprescriptible à la liberté. Elle ne comprend pas pourquoi des Noirs massacrent d’autres Noirs pour le compte des Blancs.

Elle use de stratagèmes pour empêcher son père de se rendre à l’esplanade de la mine sans succès. Il s’y rend et comme ses collègues ouvre le feu sur la foule. Le père de Wilfried, un ami de classe de Gladys se trouvait dans la foule et a été assassiné…

J’ai apprécié le contexte historique de cette nouvelle, je pense que l’apartheid comme toutes les autres luttes du peuple Noir pour accéder à la liberté ne devraient pas être oubliées.

 J’ai apprécié le courage dont a usé Gladys pour défier son père mais je n’ai pas approuvé ce qu’elle a fait de leur relation (je le dis en ces termes pour qu’il vous reste une part de mystère dans l’histoire 🙂 )

La maxime «Œil pour œil, dent pour dent » a été observée et c’est ce qui m’a dérangée dans cette histoire.

L’histoire d’amour entre Gladys et Wilfried m’a également dérangée parce qu’elle n’a pas conduit à quelque chose de constructif.

En lisant la fin de l’histoire, on est tenté de dire que le sang n’arrêtera jamais de couler. On n’arrêtera jamais de tuer …

 

Rififi sur la bande F.M, écrit en 1999

Bientôt, l’entrée dans le 3ème millénaire. Kobenan surfe sur le fluide des fréquences modulées, découvre une station de radiodiffusion : Radio Trouble-Fête. L’animateur de ladite radio fait l’éloge du zouglou (style musical ivoirien), le présente comme un instrument de prise de conscience.

Le Zouglou est la parole des sans-grades, la parole des sans-voix. Le Zouglou est la pâte qui gonfle, gonfle, gonfle encore sous l’effet de la levure que constituent injustices sociales et frustrations.

Il incite ses auditeurs à laisser fleurir la conscience morale, l’éthique, à se révolter contre les brigands semi-cultivés qui président aux destinées de leur pays.

Kobenan est sous le charme de cet éveilleur de conscience qui n’est autre que Romuald  dont la mère se servait de sa grande beauté pour être à l’abri du manque financier jusqu’au jour terrible de son accident qui la condamna à être en chaise roulante. Son nouvel état fit fuir tous ses prétendants, le père de Romuald, Ministre de l’Agriculture à l’époque, y compris.

Les propos de Romuald dérangent fortement le gouvernement en place. Son activisme est brutalement mis à terme. L’annonce est faite au journal télévisé par le Ministre de l’Intérieur qui n’est que …. (à vous de le découvrir dans votre lecture)

J’ai apprécié la poésie qui émanait de cette nouvelle et l’évolution humaine de Romuald mais j’aurais préféré une chute plus époustouflante.

Au fil du flot de sang de Soweto, écrit en 1979

N’kosinati raconte l’apocalypse de son village, le village noir de Rietfontein orchestré par la soldatesque des tenants de l’apartheid.

J’ai redécouvert à travers cette nouvelle le monstrueux système de l’apartheid. Cette nouvelle est pleine d’émotion et de proverbes africains. J’ai apprécié la tristesse qui se lit et se vit dans cette histoire. J’ai également apprécié ses notes poétiques.

La voix de N’kosinati devient plus puissante, plus poignante, plus bouleversante. Et s’élèvent de la gargote de tante Maggy les voix enflées de l’assistance ; les voix grosses du bonheur en devenir. Et scintillent sur les visages les larmes, intempérie qui précède le beau temps ; les larmes qui dissolvent la peur, l’angoisse et la tétanisation ; les larmes qui donnent l’élan vital à la révolte.

Va l’esprit foudroyant de Chaka

Puis il revient

Comme bulle d’air soufflée

Par la mer écumeuse

Va la voix de Biko

Puis elle revient

Amplifier le sac et le ressac

Du tourbillon des jours d’émeute

Va le regard de Moloïse

Puis il revient

Eclairer le flux et le reflux

De la vague des agitations.

Symphonies de l’enfer, écrit en 1999

Un homme  vient tout juste de sortir de prison dans laquelle il a passé 10 ans. Si c’était à refaire, il referait exactement ce pourquoi il a été injustement jeté au trou pour 10 ans.

Sur une note pleine d’humour, il nous raconte ce qu’il a fait depuis sa sortie de prison et ce qui l’y a conduit.

On découvre un homme qui s’est laissé conduire par le destin auquel il croit, un homme dont la quiétude a été brisée par de terribles symphonies : des vendeurs de CD aux églises de réveil en passant par la gérante de maquis.

Ces symphonies créent un vacarme aussi bien extérieur qu’intérieur, un vacarme qui va le pousser à commettre l’irréparable.

J’ai beaucoup ri grâce à cette nouvelle. J’ai aimé son côté vivant, le style détaché du narrateur. J’ai d’ailleurs bien aimé sa personnalité, son côté responsable, bon père de famille qui pense toujours au bien-être de sa famille.

Ces quatre nouvelles ont bien un thème en commun : l’égocentrisme.

 

 

Quelle histoire lue sur l’Apartheid vous a le plus touché ?

A quelle nouvelle lue donneriez-vous le titre de meilleure histoire comique ?

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L’habit de l’âme

Vérane est mariée depuis dix ans, et vit dans le magnifique village de Murbach en Alsace. Son mari​, alcoolique notoire et ​violent lui offre une vie misérable. Mais depuis un an, elle​ voit un homme en cachette. Alors que Vérane s’apprête à mettre fin à ses jours, un drame survient et, le mari légitime ​meurt d’une façon mystérieuse. Vérane vit un cauchemar en prison où elle espère qu’un jour elle pourra aimer et être aimée encore. Elle a déjà presque tout perdu ​et attend son jugement…Comment croire à l’avenir et ne pas renoncer ?

L'habit de l'âme

L’écriture simple de l’auteur nous introduit sans heurt dans le village de Murbach puis dans la vie de Vérane, une trentenaire mariée et mère de quatre enfants. On découvre son idylle secrète avec Thibaut et la prison dans laquelle son mariage sans vie la maintient.

On découvre une femme complètement perdue, ne sachant quel chemin prendre :  choisir entre une vie d’amour et une vie de mensonges. Bien qu’elle n’aime plus ce mari qui la maltraite depuis des années, elle n’a toujours pas la force de lui faire du mal, a peur de briser sa vie plus qu’elle ne l’est déjà et de blesser à jamais le cœur de leurs enfants.

Écoute Thibaut, nous sommes dans un monde où des gens se tuent tous les jours pour des raisons religieuses, idéologiques, et j’en passe… L’amour,
c’est encore pire. Quand on le vit, on a l’impression de renaître. On voudrait en avoir suffisamment pour ne jamais en manquer, mais plus on court après lui, plus on ruine nos rêves, au point d’oublier qui l’on est. J’ai eu des enfants, mais ils ne sont pas nés de deux parents qui avaient décidé dans la joie de les concevoir. La première fois que je les ai tenus dans mes bras, j’ai eu du mal à ne pas les rejeter, car je savais que même s’ils ne vivaient que depuis quelques minutes, ils étaient déjà condamnés. En donnant la vie, on oblige à mourir. En vérité, la douleur, c’est la dette de l’homme.

Quand son amant choisit pour elle et décide de mettre un terme à leur relation, Vérane s’effondre, refuse de continuer à vivre dans ce monde qui n’est vraisemblablement pas le sien. Elle prépare silencieusement sa mort sans savoir que son mari prendrait sa place…

Vérane entre alors dans un tourbillon de tourments et nous emporte avec elle. On est ému par son arrestation, ses enfants qui lui sont brusquement arrachés sans qu’on ne lui dise à qui l’on les confiera. On a peur de la voir payer le prix pour un crime qu’elle n’a pas commis.

Attendre, mais sans compter les journées, les nuits, les minutes, les
secondes, pour ne pas devenir folle.

C’est pour se libérer de cette peur que l’on va jusqu’au bout du livre ;  on veut connaître le sort final de Vérane.

L’habit de l’âme est un récit agréable à lire. Sans fioritures, il se lit rapidement (j’ai lu les 307 pages du roman en 4 heures).

L’auteur veut détourner nos yeux de la fatalité et les fixer sur l’espoir et l’amour. La seconde chance et le nouveau départ sont toujours possibles. Cela se ressent fortement dans les lignes du récit.

J’ai apprécié le dénouement de l’histoire. En ces moments sombres que le monde connaît, c’est bénéfique d’avoir quelques moments de douceur romanesque.

Il me tarde de sentir l’odeur du bonheur, et je sais qu’il a en une, car je l’ai sentie quand je me suis enivré des fragrances de ton cou.

J’ai également apprécié le fait que l’auteur laisse une interrogation en suspens dans l’histoire. ( je ne vous dis pas laquelle pour garder intact votre suspense lors de votre lecture.) J’estime que le roman ne doit pas contenir toutes les solutions aux problèmes qu’il décrit. Il doit contenir une part d’inconnu.

Le récit va à l’essentiel, un peu trop à mon goût. J’aurais voulu que l’auteur aille plus en profondeur, qu’il y ait plus d’actions fortes, de force et de passion dans la relation de Vérane et Thibaut, plus de descriptions de l’univers carcéral…

Je vous souhaite une belle découverte de ce roman disponible sur  Amazon.

Vous pouvez retrouver l’actualité du livre et de son auteur  sur son site web et Facebook .

Grand merci à l’auteur Christophe de Sairas pour l’envoi de son oeuvre.