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TTL 60: La boucherie des amants de Gaetano Bolan

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Deux mois que je n’ai pas honoré ce rendez-vous car les thèmes ne m’inspiraient pas.

Cette semaine, le thème est : L’un de vos premiers livres

N’ayant pas envie d’évoquer l’un de mes premiers livres, j’ai modifié le thème qui devient Premier livre de l’auteur 

 

Gaetaño Bolán est né en 1969 à Arica, au Chili. Il voyage dans le monde entier, pose un temps ses valises en France. C’est là qu’il publie en 2005 son premier roman, « La Boucherie des amants«  qui va bénéficier d’un important bouche à oreille, et faire l’objet d’une adaptation théâtrale. Ce premier livre a été récompensé par plusieurs prix littéraires.

 

Couverture La boucherie des amants

Dans une ville du Chili oppressée par le régime de Pinochet, une boucherie de quartier est le théâtre de curieuses rencontres : des réunions obscures s’y tiennent, des passions s’y nouent… Un enfant aveugle, une institutrice et un boucher fort en gueule composent ainsi le trio majeur de cette fable teintée d’humour et de poésie. Mais derrière l’apparente naïveté s’esquisse une condamnation amère des régimes totalitaires…

 

Mon avis de lecture

Juan est boucher dans une petite ville du Chili. Il élève seul son fils, Tomaseo, surnommé Tom et aveugle de naissance. Tom fréquente une école spécialisée qui accueille les enfants qui souffrent d’un handicap. Il aime beaucoup Dolores, son institutrice et il aimerait beaucoup qu’elle devienne sa maman.

On s’imagine alors une tendre histoire d’amour, une famille qui se compose mais le destin de Juan est autre. Juan n’est pas un simple boucher, il préside un petit groupe de révolutionnaires qui s’oppose au régime totalitaire. 

Les disparitions, soudaines et brutales, étaient depuis quelque temps devenues un exercice national. Disparus les camarades du Parti. Disparus les camarades qui préféraient le rouge au noir. Disparus les camarades de deuil. Disparues les affiches. Disparues les consciences d’hommes et de femmes qui eussent préféré se trancher la gorge plutôt que céder à l’oppresseur.

 

La boucherie des amants est un petit roman de 90 pages (en version poche) qui se lit rapidement. Des personnages intéressants, une révolution étouffée… L’auteur évoque brièvement la dictature politique au Chili, j’ai été très émue par le dénouement.

 

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

 

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Nouvelles du monde #2 : Mexique

Les Nouvelles du Mexique initient à une littérature résolument moderne, emplie d’humour et d’ironie, qui dépeint sans détours un pays cosmopolite et fascinant.

Les cinq nouvelles, toutes contemporaines, réunies ici témoignent d’un moment particulier de la littérature mexicaine et de l’histoire du pays du serpent à plumes. Un moment où ce grand pays de plus de cent millions d’habitants, à l’histoire brillante et douloureuse à la fois, participe désormais pleinement au concert des nations du monde. Sa littérature est à l’évidence une littérature en devenir. Description du quotidien, condition de l’homme et de la femme dans le monde d’aujourd’hui, flirt avec le fantastique cher aux écrivains latino-américains : tous les ingrédients réunis dans ces fables modernes sont ceux d’une littérature en mouvement.

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Le Mexique et moi c’est un flirt de longue durée qui j’espère sera concrétisé par un voyage. En attendant, je découvre ce pays ses novelas et sa littérature.

La présentation de ce recueil est différente de celle de la Nouvelle-Calédonie. La présentation de l’auteur introduit en effet chaque nouvelle.

5 nouvelles composent ce recueil de 139 pages. J’ai passé un bon moment avec chacune d’elles. Bien écrites, relevées d’une pincée d’humour et dignes d’intérêt, elles nous dévoilent des pans du quotidien des Mexicains et leur culture.

Ça a été un plaisir de retrouver la plume de Toscana et découvrir les plumes des autres auteurs.

 

Dans la nouvelle de Juan Villoro, après avoir uriné par inadvertance sur la tête de la statue de l’ancien président Benito Juarez, un écrivain en état d’arrestation se retrouve à devoir disputer un match de football avec des policiers dotés de maillots au nom d’écrivains fameux (Cortazar, Kafka, Hemingway, etc…).

Dans la nouvelle de Fabrizio Mejia Madrid, le narrateur fétichiste tombe amoureux du pied de Mademoiselle B. va jusqu’à épouser cette dernière et former ainsi un improbable trio amoureux. 

Dans la nouvelle de David Toscana, un client solitaire se saoule dans un bar mexicain et s’abîme dans la contemplation d’un polaroid suscitant chez le gérant du bar  qui jette un regard rétrospectif sur sa propre vie, d’étranges sentiments mélancoliques. 

Dans la nouvelle de Fabio Morabito, Enrique, dont le couple bat de l’aile, s’échappe d’une réunion de famille pour aller au cinéma. Pendant ce temps, sa belle-mère Lisa est victime d’un infarctus. De retour dans l’atmosphère oppressante de prières de cette famille, une étrange veille commence, sur fond de tango argentin. 

Dans la nouvelle d’Alvaro Uribe, un jeune mexicain, étudiant en philosophie à Paris et « écrivain en herbe » est invité à s’installer chez Don Mateo, un célibataire qui voue un véritable culte aux chats, en particulier au sien, Dionysos, tandis qu’il se consacre à l’écriture d’une nouvelle sur un philosophe, inspirée du tableau de Rembrandt : Philosophe en méditation. 

J’ai apprécié le côté fantastique de cette nouvelle où tout ne semble qu’illusion. Les derniers mots de l’auteur sont juste parfaits.

Je suis sous le charme de cette collection des éditions Magellan & Cie. J’ai hâte de recevoir mon prochain swap afin de découvrir la prochaine étape de mon tour du monde littéraire. 

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Le tunnel – Ernesto Sabato

Juan Pablo Castel est artiste peintre et meurtrier. C’est son histoire qu’il va dépeindre depuis sa cellule. Un autoportrait tout en taches sombres, bardé par endroit de couleurs violentes, d’éclairs de lucidité, que ni sa conscience ni les faits ne peuvent contenir. Un autoportrait au fusain, noir et gris, avec du rouge. Ce rouge qui prendra bientôt plusieurs significations, au fil de son témoignage et de sa volonté de se comprendre : le rouge de la passion et le rouge du sang. Car, dès le départ, Juan Pablo Castel nous dévoile tout. Il est l’assassin de la femme qu’il continue à aimer, malgré la mort, plus que sa vie.

Derrière un pseudo roman policier à l’intrigue dévoilée se cache un ouvrage à l’ambition téméraire : nous donner à voir toute la pensée de l’auteur, son humanisme, sa vision du monde moderne, son existentialisme. À la fois réflexion sur la solitude de l’artiste et sur l’incapacité de son personnage à communiquer, cet livre est aussi une touchante mise en écriture de la passion amoureuse, lucide et cruelle.

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En 2017, j’ai voulu découvrir la littérature sud-américaine. J’ai dressé une liste de livres à découvrir dans laquelle figurait le Tunnel. J’ai enfin pu le lire grâce à ma binôme du swap mythologie grecque qui l’a inséré dans mon colis.

Lors d’un Salon à Buenos Aires où sont exposées ses œuvres, Juan Pablo remarque une jeune femme qui semble intriguée par un point de détail sur une de ses toiles, détail auquel personne n’avait jusqu’ici fait attention.

Enthousiasmé de savoir qu’enfin une personne puisse le comprendre véritablement, il fait de Maria, la jeune femme, une obsession et met tout en œuvre pour la retrouver. Maria devient le centre de son monde.

Il nous raconte la passion dévastatrice qui les a liés dans les rues animées de la capitale argentine. Passion folle, amour exclusif, drogue dure, relation abusive.

Maria est déjà en couple et il accuse de le tromper, de ne pas l’aimer, de lui mentir. Il essaie de trouver des preuves pour justifier sa jalousie maladive.

S’ensuivent des conflits réguliers qui vont déboucher sur le drame.

J’ai apprécié cette lecture rapide, ce récit bien narré où la jalousie mène la danse : le tango de la passion amoureuse puis la valse de la mort.

 

Le portrait de Juan Pablo est intéressant. Misanthrope, nihiliste, vaniteux, égocentrique, il est. Il analyse tout, sans arrêt. Le moindre geste, la moindre phrase, l’intonation de cette phrase, tout est passé à la loupe.

 

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Le portrait de Maria est quant à lui un mystère insondable. J’aurais aimé que le narrateur nous donne des pistes pour cerner sa personnalité, connaître ses sentiments. J’ai refermé le livre avec trop de points en suspens, de questions sans réponse.

Il y a  matière à interprétation, à discussion.  Etudier ce roman à l’école aurait été une  plus-value. J’en ai été convaincue après lecture de cette note de lecture. 

 

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Les détectives sauvages de Roberto Bolaño

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Le jeune Juan García Madero abandonne ses études de droit pour déambuler dans les bas-fonds de Mexico.
Avant de partir, moderne Don Quichotte, en compagnie de la prostituée Lupe, en quête de Cesárea Tinajero, poétesse mythique dont la trace se perd dans le désert… La littérature et la vie sont-elles deux choses différentes ? Ce roman polyphonique, d’une richesse et d’une drôlerie rares, marque le début d’une nouvelle ère dans la littérature latino-américaine. La critique internationale l’a comparé aux grandes oeuvres de Cortázar, de Borges et de Kerouac.
De Barcelone à Paris, d’Israël à la Californie, Roberto Bolano nous offre l’épopée lyrique, tragi-comique, d’hommes en quête de la vraie vie,  » le voyage infini de gens qui furent jeunes et désespérés mais ne s’ennuyèrent jamais » (Enrique Vila-Matas).

l'Afrique écrit

 

Comment ce roman est arrivé dans ma PAL ?

Il y a deux ans, je voulais découvrir la littérature sud-américaine. J’ai fouiné sur le net, repéré des livres qui avaient des avis positifs sur les forums de lecture.

Les détectives sauvages m’avait fortement intéressée car le résumé m’invitait au voyage, à la poésie.

Etant un pavé, j’ai repoussé sa lecture jusqu’au mois dernier où je me suis retrouvée avec une PAL vide. 

 

Ce pavé de 900 pages se divise en trois parties. La première intitulée « Mexicains perdus à Mexico » est le journal intime de l’orphelin Juan Garcia Madero et s’étend de novembre au 31 décembre 1975. Ce jeune homme de 17 ans nous raconte ses errances dans les bas-fonds de Mexico, sa vie sexuelle en plein ébullition, sa désertion de la fac de droit, son adhésion au groupuscule poétique des réal-viscéralistes dirigé par Arturo Belano et Ulises Lima.  

 

La seconde partie intitulée « Les détectives sauvages » est la plus longue. Elle s’étend de 1976 à 1996 et évoque de façon fragmentaire les vies d’Arturo Belano et Ulises Lima. Près de 47 personnes qui les ont croisés une fois ou l’autre nous racontent le bout de chemin qu’ils ont partagés avec ces deux personnages. Certains personnages ont réellement existé comme Octavio Paz.

A part quelques personnages dont j’ai apprécié l’intervention (Naki Echavarne ou encore Joaquim Font), j’ai traversé ce roman fleuve avec ennui. La plupart des anecdotes racontées étaient sans intérêt pour moi.

Certains personnages n’interviennent qu’une fois, d’autres plusieurs fois. Leurs interventions sont disséminées dans les différents chapitres. Je pense que cette partie aurait été moins confuse et plus élaborée si les interventions avaient été classées de manière chronologique. 
Amadeo Salvatierra intervient notamment à 8 reprises. Son récit concerne la période de janvier 1976 mais ses interventions sont disséminées dans plusieurs chapitres. De ce fait, on perd le fil de ce qu’il a dit précédemment.

 

La troisième partie intitulée « Les déserts de Sonora » est à nouveau le journal de Juan de janvier jusqu’à mi-février 1976. Il nous raconte leur fuite pour échapper au mac de Lupe, fuite qui se double de la recherche de l’égérie dans les années 20 des réal-viscéralistes à savoir la poétesse Cesarea Tinajero. 

 

Le sexe est assez présent dans le récit. Les personnages en usent de manière libre et plutôt vulgaire, j’ai trouvé. Le sexe est errance, plaisir, souffrance à l’instar du chemin de vie des personnages. 

Il y a dans ce roman une affirmation de l’homosexualité. Certaines réflexions attribuent à la littérature une orientation sexuelle. J’aurais voulu que cette réflexion soit plus développée.

San Epifanio a dit qu’il existait une littérature hétérosexuelle, une homosexuelle et une bisexuelle. Les romans, en général étaient hétérosexuels, la poésie, par contre était absolument homosexuelle, et les nouvelles, j’en déduis qu’elles étaient bisexuelles…

Je lui ai dit alors que je croyais que les poètes étaient des hermaphrodites et qu’ils ne pouvaient se comprendre qu’entre eux.

 

J’ai apprécié le chapitre 23 pour l’intérêt de l’histoire que raconte chaque personnage mais aussi pour la façon dont chaque personnage achève ses propos.

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« Tout ce qui commence en comédie s’achève en tragi-comédie » Aurelio Baca

 

« Tout ce qui commence en comédie s’achève indéfectiblement en comédie » Père Ordonez

 

« Tout ce qui commence en comédie s’achève en exercice cryptographique » Julio Morales

 

« Tout ce qui commence en comédie finit en film de terreur » Pablo del Valle

 

« Tout ce qui commence en comédie s’achève en marche triomphale, non ? » Marco Palacios

 

« Tout ce qui commence en comédie s’achève en mystère » Hernando Garcia

 

« Tout ce qui commence en comédie s’achève comme un répons dans le vide » Pelayo Barrendoain

 

« Tout ce qui commence comme comédie finit comme monologue comique mais nous ne rions plus » Felipe Müller

 

Dans ce roman, il y a de l’humour, des réflexions intéressantes sur la poésie et la littérature…

 

Il y a une littérature pour les moments où on s’ennuie. Elle est abondante. Il y a une littérature pour les moments où on est calme. C’est la meilleure littérature, je crois. Il y a aussi une littérature pour les moments où on est triste. Et il y a une littérature pour les moments où on est joyeux. Il y a une littérature pour les moments où on est avide de connaissances; Et il y a une littérature pour les moments où on est désespéré. 

 

Le poème est une plaisanterie qui recouvre quelque chose de très sérieux.

 

La vie nous a tous mis à notre place ou à la place qui lui a convenu et ensuite elle nous a oubliés, comme il se doit. 

 

….mais un trop-plein de longueurs, de répétitions et d’ennui. J’ai été heureuse de terminer ce livre. Une chose est sûre : c’est l’unique oeuvre de l’auteur que je lirai.

 

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Marelle de Julio Cortazar, une lecture à expérimenter

Horacio Oliveira est un nihiliste qui rejette la rationalité du monde et dont les maîtres mots sont hasard, rêve, fantaisie… L’épopée de cet exilé argentin débute à Paris où il vit un amour total avec une femme nommée la Maga ; elle se poursuit à Buenos Aires à la recherche de cette dernière. Et sa vie prend bientôt un cours étrange quand il se persuade de deux phénomènes extraordinaires : la réincarnation de sa maîtresse dans une autre femme et la découverte, dans le mari de celle-ci, de son propre double…

Avec ce roman puzzle qui offre la possibilité d’une lecture linéaire ou « butineuse », Julio Cortazar invente le roman interactif. Faisant preuve d’un talent novateur dans la construction du récit, multipliant les perspectives narratives et chamboulant la chronologie, l’auteur argentin fait acte de création, offrant au roman une nouvelle dimension. Marelle constitue sans aucun doute son oeuvre maîtresse et est considéré comme l’un des ouvrages les plus importants de la littérature hispano-américaine moderne. 

Couverture Marelle
Comment écrire une note de lecture de ce roman fleuve sans le trahir ? Telle est la question qui a défilé sous mes yeux en refermant ce livre de plus de 500 pages.
C’est un pavé et je l’ai lu en deux semaines, faisant des pauses entre les chapitres pour m’aérer l’esprit et ne pas me lasser de ce livre dont la complexité n’a d’égal que son caractère novateur.
Marelle n’est pas n’importe quel livre. Il a son mode d’emploi alors lisez attentivement ce qui suit : 
A sa façon, ce livre est plusieurs livres mais en particulier deux livres. Le lecteur est invité à choisir entre les deux possibilités suivantes :
Le premier livre se lit comme se lisent les livres d’habitude et il finit au chapitre 56, là où trois jolies petites étoiles équivalent au mot Fin. Après quoi, le lecteur peut laisser tomber sans remords ce qui suit.
Le deuxième livre se lit en commençant au chapitre 73 et en continuant la lecture dans l’ordre indiqué à la fin de chaque chapitre.
Ma curiosité m’a poussé à lire les deux livres. Ma lecture a donc débuté par le chapitre 73. Une lecture non linéaire, moins mécanique où l’on passe du chapitre 73 aux chapitres 1 et 2 puis au chapitre 116 et ainsi de suite…
J’ai eu l’impression en lisant ce roman de marcher les yeux fermés, de me laisser porter. J’ai apprécié cette sorte de surprise dans l’expérience de lecture. Ce roman via cette lecture butineuse nous invite à ne s’intéresser qu’à l’instant présent, qu’au chapitre qui se dévoile.
Ces chapitres aux longueurs variées forment un carrefour des langues. On y trouve du français, de l’anglais, de l’espagnol et même une langue inventée par Sibylle et qu’elle ne parle qu’avec Horacio : le gliglicien.
Cette langue parlée qu’à deux n’est-elle pas le reflet de la singulière histoire d’amour qui unit l’argentin Horacio Oliveira à Sybille, l’uruguayenne ? Un amour qu’Oliveira vit en retrait, s’emploie à détruire en pensant qu’il renaîtra des cendres ?
Oliveira est membre d’un club où se trouvent également Wong, Ossip, Etienne, Ronald. Des personnages qui interrogent le monde, leur réalité et surtout l’oeuvre de l’écrivain Morelli, œuvre qui fût une réflexion sur le problème de l’écrire.
Marelle est un roman déconcertant où l’on trouve pêle-mêle des articles de journaux, des extraits de livres, des aphorismes, des transcriptions des analyses de Morelli sur la  littérature et ce que l’écrivain devrait en faire.
À quoi sert un écrivain si ce n’est à détruire la littérature ? 
Le véritable et l’unique personnage qui m’intéresse c’est le lecteur, dans la mesure où un peu de ce que j’écris devrait contribuer à le modifier, à le faire changer de position, à le dépayser, à l’aliéner.
Morelli pense que l’écrit purement esthétique est un escamotage et un mensonge. 
Tu diras ce que tu voudras, poursuivit Perico d’un air entêté, mais aucune véritable révolution n’a été faite contre les formes. Ce qui compte, mon petit, c’est le fond, le fond.
— Nous avons derrière nous des dizaines de siècles de littérature de fond, dit Oliveira, et tu peux voir les résultats. J’entends par littérature, évidemment, tout le parlable et le pensable.
Morelli semble convaincu que si l’écrivain reste soumis au langage qu’on lui a vendu avec ses vêtements, avec son nom, sa religion et sa nationalité, son œuvre n’aura de valeur qu’esthétique, valeur que le vieux semble de plus en plus mépriser. Il est même très explicite à un moment donné : selon lui, on ne peut rien dénoncer si on le fait à l’intérieur du système dont dépend ce qui est dénoncé.
Certains passages m’ont déconcertée, énervée ou fait rire comme la théorie de la preuve mathématique de la non-existence de l’enfer.
Il y a des passages illisibles, inaccessibles au commun de mortels. Des passages trop métaphysiques et philosophiques pour mon jeune esprit que je n’ai pas saisis, d’autres dont je n’ai pas compris l’utilité mais Marelle est une expérience de lecture à faire. J’ai noté bon nombre de passages que je vous partage 
Nous nous connaissions à peine et déjà la vie tissait ce qu’il fallait pour nous séparer minutieusement
Du oui au non, combien de peut-être ? […] Notre seule vérité possible doit être invention, c’est-à-dire écriture, littérature, peinture, sculpture, agriculture, pisciculture, toutes les « tures » de ce monde.
Tout ce qu’on écrit de nos jours et qui vaut la peine d’être lu est axé sur la nostalgie.
Essayons d’inventer des passions nouvelles, ou de revivre les vieilles avec la même intensité. 
J’analyse une fois encore cette conclusion, essentiellement pascalienne : la véritable croyance se situe à mi-chemin entre la superstition et le libertinage.
Pour ces gens-là, l’action sociale ressemblait trop à un alibi, comme les enfants sont généralement l’alibi des mères pour leur éviter de faire quelque chose de leur vie.
Sans doute, de tous nos sentiments, le seul qui ne nous appartienne pas véritablement, c’est l’espoir. L’espoir appartient à la vie, c’est la vie même qui se défend.
Que pensait le Christ dans son lit avant de s’endormir, hem ? 
L’homme est l’animal qui pose des questions. Le jour où nous saurons vraiment poser des questions, il y aura dialogue. Pour le moment les questions que nous posons nous éloignent vertigineusement des réponses. 
Un métaphysicien m’a dit, croyant faire de l’esprit, que déféquer lui procurait une impression d’irréalité. Je me souviens de ses propres termes : « Tu te lèves, tu te retournes et tu regardes, et alors tu te dis : Pas possible, c’est moi qui ai fait cela ? »
Les gens qui se donnent des rendez-vous précis sont ceux qui écrivent sur du papier rayé et pressent leur tube de dentifrice par le fond.
Les vies qui s’achèvent comme les articles littéraires des journaux et des revues, si ronflants en première page et dont la fin se traîne minablement, là-bas vers la page trente-deux, perdue au milieu de réclames pour des soldes ou des pâtes dentifrices.
En rêvant, il nous est permis d’exercer gratuitement notre aptitude à la folie.
En refermant ce livre, j’ai eu l’impression d’avoir atteint un but. Lequel ? Permettez-que cela reste un secret entre Julio Cortazar et moi. 
GM signature
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La Maison aux esprits d’Isabel Allende

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Entre féerie et cauchemar la saga de la famille Trueba avec son chef Esteban, riche propriétaire parti de rien, tyran familial et sénateur musclé, sa femme Clara hypersensible et qui dialogue volontiers avec les esprits et une foule de personnages, enfants légitimes ou non, employés, paysans. Portrait d’un pays passé sans transition des traditions rurales à l’horreur des tyrannies modernes. Premier roman de la nièce de l’ancien président du Chili.

 

l'Afrique écrit

Les personnages étant nombreux, il m’a fallu du temps pour les identifier. Mis à part ce fait, je suis entrée sans difficulté dans le récit. L’humour est présent dès les premières lignes. La petite Clara et son don de voyance apportent une touche magique à l’histoire.

Rosa, sa grande sœur a un fiancé : Esteban Trueba. Leur mariage n’aura malheureusement jamais lieu. Lorsque Rosa s’éteint, le jeune homme devient un féru du travail. Il devient un propriétaire terrien qui ne badine pas avec son autorité et se croit tout permis avec les femmes. Lorsque ses pas croisent ceux de Clara, on s’imagine qu’il va s’attendrir mais ce n’est pas le cas.

 

Esteban et Clara vont construire une famille que l’on va voir évoluer au fil des pages. Elle mène son petit bout de chemin jusqu’au jour où Esteban entre en politique. Capitaliste jusqu’au bout des ongles, il va lutter jusqu’à la limite du possible pour empêcher la montée du communisme.

La justice ! Est-ce que ce serait juste que tout le monde ait la même chose ? Les flemmards, la même chose que ceux qui triment ? Les abrutis, la même chose que les gens intelligents ? Ça n’existe même pas chez les bêtes ! Ça n’est pas une question de riches et de pauvres, mais de forts et de faibles. Je suis tout à fait d’accord pour que chacun se voie accorder les mêmes chances, mais ces types-là ne font aucun effort.

Cette belle saga familiale décrit les chamboulements d’une famille mais aussi de la nation chilienne. Il y a d’intenses moments d’amour, de passion dévorante, silencieuse. Il y a des pleurs, des drames, des abus, de la violence, de la souffrance. Je n’imaginais pas en débutant le livre qu’il aurait une fin si déchirante.

Les personnages tant principaux que secondaires sont attachants. Chacun a une personnalité qui lui est propre. Esteban Trueba a un humour mordant, on l’aime et on le déteste à la fois. Transito Soto m’a également fait rire avec sa coopérative de prostituées mâles et femelles. 

On passe tellement de temps avec ces personnages (le roman fait plus de 500 pages) qu’on a l’impression de quitter des personnes intimes en fin de roman.

J’ai apprécié ce voyage en Chili. L’écriture d’Isabel Allende est charmante, fluide, poétique.

Allez, une dernière citation tirée du livre pour se dire au revoir 😀

Notre Sainte Mère l’Eglise est de droite, mon fils, mais Jésus-Christ a toujours été de gauche.

 

GM signature

 

 

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Wakolda, un roman qui fait froid dans le dos

Mon challenge littérature sud-américaine se poursuit. Je suis toujours en Argentine.

Couverture Wakolda

En 1959, sur une route de Patagonie, un médecin allemand croise une famille argentine et lui propose de faire la route ensemble. Ce médecin, Josef Mengele, est rapidement fasciné par l’un des enfants, une jeune fille qui porte le nom de Lilith et qui est bien petite par rapport à son âge. A leurs côtés, il s’investit dans la réalisation de poupées parfaites, aryennes, contrairement à Wakolda.

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Josef Mengele,

J’ai entendu ce nom en regardant la Grande Librairie. J’ai découvert davantage le personnage en lisant Wakolda et après un tour sur Wikipedia.

Cet homme passionné par la génétique est obsédé par la perfection corporelle. Criminel de guerre nazi, il a fait de terribles expérimentations médicales sur des enfants en particulier les jumeaux. Il faut vraiment être habité par une légion de démons pour autant faire de mal sans remords. 

Lorsqu’il rencontre Lilith : blonde, blanche, les yeux clairs, avec quelques gènes aryens mais pas suffisamment pour perdre ses traits animaux, il voit en elle l’un de ses rats de laboratoire. L’audace de Lilith produit en lui un enchantement. 

Jamais un corps imparfait ne lui avait semblé aussi irrésistible. Cette bouche, pensa-t-il. C’était le trait le plus disproportionné de sa personne : des lèvres deux fois trop grandes, des dents de lapin. Depuis des années, c’était la première fois que quelque chose d’aussi éloigné de l’ascétisme l’excitait. 

 

Il suit la famille de Lilith jusqu’à Bariloche dans leur pension familiale. Il y a une attirance gênante entre Josef et la jeune fille. Pendant toute la lecture, je me suis demandé où cela les mènerait. 

Lilith devient effectivement son rat de laboratoire, il lui promet une croissance, la jeune fille aimerait bien avoir quelques centimètres de plus. Il devient le médecin de famille lorsqu’Eva la mère de Lilith met au monde ses jumelles. Josef s’occupe des petites nées prématurément, un flou entoure ses réelles intentions. Il n’a pas l’occasion d’aller jusqu’au bout de son projet, il doit quitter le pays, recherché par le mossad israélien. 

Ce roman est mystérieux, très sombre et ces traits m’ont fascinée durant ma lecture. L’arrêt dans la famille mapuche fait froid dans le dos.

Par contre, il est rempli de non-dits, de projets non-aboutis. On est privé de beaucoup d’informations et c’est un peu frustrant pour le lecteur. Nora, une israélienne victime de Josef dans le passé retrouve Josef. Elle veut se venger mais ne réalisera pas son projet. Elle est assassinée mais l’auteure ne nous révèle pas l’identité du tueur. Mystère, mystère…

J’ai apprécié ma lecture parce qu’elle a été synonyme de savoir. J’en sais un peu sur les Mapuches, les indiens  en Amérique Latine qui  ont subi un processus d’acculturation et d’assimilation aux sociétés argentines et chiliennes. 

Puisque Josef est obsédé par la pureté de la race, j’aurais plutôt vu Herlizka comme titre du roman au lieu de Wakolda qui représente l’imperfection. 

Pour en savoir plus sur la fiction historique et l’adaptation cinématographique cliquez ICI

 

Je pense lire La disparition de Josef Mengele  de Olivier Guez pour en savoir plus sur Josef Mengele. Des avis ?

 

GM signature

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Enquête policière en Argentine avec Eduardo Sacheri

Le challenge littérature sud-américaine continue ! Je débarque en Argentine !

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Buenos Aires, 1968 ; Liliana Emma Colotto, enceinte de quelques semaines, est sauvagement violée et étranglée. Benjamin Chaparro, jeune secrétaire au palais de justice, se voit confier l’affaire. Pour tenter d’oublier ses amours contrariées avec Irène, une collègue au charme magnétique, les divagations de son voisin de bureau alcoolique et l’étroitesse d’esprit de sa hiérarchie, Chaparro se lance à corps perdu dans ce sulfureux dossier. Peu à peu, cet homicide devient son obsession : bouleversé par la souffrance du jeune époux de Liliana, il jure de faire condamner le meurtrier. Mais nous sommes dans les années 70, et l’Argentine, en proie à toutes les iniquités, s’enfonce dans la  » guerre sale  » et les années de plomb. Pour venir à bout de ce qui devient l’affaire de sa vie, Benjamin devra affronter inimitiés politiques, trahisons et exil. Trente ans plus tard, il décide de coucher le terrible récit de ce crime sur le papier. Campé dans l’Argentine de la dictature, Dans ses yeux est une magnifique histoire d’amour doublée d’une brûlante réflexion sur la légitimité de la vengeance.

 

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Benjamin Chaparro est comique. Il m’a fait sourire avec ses réflexions sur l’amour, ses critiques à l’égard de ses grands patrons. J’ai apprécié son ironie. 

C’est un amoureux timide. Il aime Irène. J’ai eu envie de le secouer un peu pour qu’il révèle ses sentiments ou passe sérieusement à autre chose. 

Passons au crime, la véritable raison de ce choix du livre. Je désirais lire une enquête policière en Argentine. J’y ai placé de grandes attentes, j’ai été un peu déçue. Le crime est trop vite élucidé. 

Durant l’enquête sur le meurtre de Liliana, l’un des collègues de Chaparro  violente des suspects. Chaparro  le dénonce mais sa plainte n’aboutira pas.

Ce collègue a les bras longs comme on le dit, il a aussi la rancune tenace. Chaparro s’exilera pour protéger sa vie. La tension monte lorsque la machine de la vengeance se met en place mais elle redescend très vite. Je m’attendais à ce qu’il y ait des rebondissements plus corsés, que Chaparro soit dans une course poursuite et que la peur soit au rendez-vous. Hélas ! Chaparro part en exil et c’est tout. 

Picard Facepalm

J’ai été touchée par l’époux de Liliana, par sa douleur, sa solitude, le visage qu’a pris sa vengeance.  Je ne m’attendais pas à ce qu’il aille jusque-là. 

On peut être prisonnier de l’amour, prisonnier de la souffrance…

En conclusion

J’ai un avis assez mitigé. J’ai apprécié le style raffiné d’écriture mais j’ai trouvé l’histoire trop longue et manquant d’intensité. On aurait pu se passer de certains détails. Je trouve dommage que l’auteur ait esquissé certains thèmes comme la dictature militaire des années 70 et le système judiciaire. 

 

Le roman a été adapté au cinéma. Réalisé par Juan José Campanella et sorti en 2009.  

 

L’avez-vous regardé ?

 

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Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Du chocolat amer servi par Laura Esquivel

Excellent mois de février à tous, je vous souhaite de belles découvertes littéraires.

Mon challenge « littérature sud-américaine » continue. Je reviens au Mexique avec Laura Esquivel.

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Dans le Mexique du début du siècle, en pleine tempête révolutionnaire, Tita, éperdument éprise de Pedro, brave les interdits pour vivre une impossible passion. À cette intrigue empruntée à la littérature sentimentale, Laura Esquivel mêle des recettes de cuisine. Car Tita possède d’étranges talents culinaires : ses cailles aux pétales de roses ont un effet aphrodisiaque, ses gâteaux un pouvoir destructeur. L’amour de la vie est exalté dans ces pages d’un style joyeux et tendre, dont le réalisme magique renvoie aux grandes œuvres de la littérature latino-américaine. Chocolat amer, adapté en film sous le titre Les épices de la passion, s’est vendu à plus de quatre millions d’exemplaires dans le monde.

 

l'Afrique écrit

12 recettes gourmandes à souhait pour chaque mois de l’année. J’ai été au début un peu déboussolée, ayant eu l’impression que l’histoire ne se déroulait que sur une année.

Tita, notre héroïne, est une experte en cuisine. Qu’est-ce qu’elle m’a fait saliver avec ses différents plats comme le « mole » de dindon aux amandes et au sésame, son bouillon de queue de bœuf et ses gâteaux ! Quelques-unes de ses recettes ont d’ailleurs un côté aphrodisiaque. J’ai ri de cet effet sur les personnes qui dégustaient ses repas.

Chaque recette introduit un morceau de l’histoire de Tita. Benjamine d’une fratrie féminine, elle se voit attribuer de force un rôle par sa mère autoritaire : s’occuper de cette dernière jusqu’à sa mort. C’est un métier à plein temps, une fonction exclusive. Tita ne pourra donc jamais se marier. Elle doit se consacrer à sa mère. Quelle tradition familiale aberrante !

Comme Tita, on s’insurge contre cette mère égoïste. Comme Tita, on finit par capituler. On plaint cette jeune fille qui ne pourra pas vivre son amour. On partage la soupe de sa colère, sa tristesse. Mélange amer !

Quel supplice de voir chaque jour l’amour de sa vie et ne pas pouvoir le toucher ! On espère voir défaire cette stupide coutume mais elle a été gravée dans le roc.

 

Observant longuement les formes délicates de la figurine, Tita songeait combien il était aisé de désirer des choses durant l’enfance. Rien n’est impossible alors. Quand on grandit, on comprend qu’on ne peut pas avoir envie de tout, que certains désirs sont interdits, coupables. Indécents. 

 

On aurait aimé que Tita naisse d’une autre mère. Mamá Elena n’a pas l’air d’aimer sa fille. Intransigeante, elle ne lui montre aucun signe d’affection.

Tita noie sa solitude dans la cuisine. Cuisiner devient un moyen d’expression d’amour entre son bien-aimé et elle. Il met dans les compliments qu’il lui adresse tout l’amour qu’il ressent pour elle. Tita s’acharne à cuisiner encore mieux, invente de nouvelles recettes afin de bénéficier davantage de ses marques d’amour.

On se remet à sourire lorsqu’apparaît le médecin John Brown. Il aide Tita à tenir tête à sa mère. C’est un homme en or. J’ai eu un coup de cœur pour ce personnage. J’ai apprécié sa gentillesse, sa loyauté, son amour pur envers Tita. Je pensais qu’ils vieilliraient ensemble mais l’auteure a déjoué mes plans.

J’ai apprécié les retournements de situation, la plume poétique de l’auteure, ses touches d’humour et manifestations paranormales, ses astuces de grand-mère et analogies de la cuisine et l’amour. 

Elle tourna la tête et ses yeux croisèrent ceux de Pedro. Elle comprit parfaitement à cet instant ce que devait ressentir la pâte d’un beignet au contact de l’huile bouillante.

 

Tita sut dans sa propre chair pourquoi le contact avec le feu altère les éléments, pourquoi une poitrine qui n’est pas passée par le feu de l’amour est une poitrine inerte, une boule de pâte sans utilité.

 

Ses flashforward m’ont par contre un peu perdue. 

Chocolat amer c’est la lutte d’une femme pour faire cesser une tradition qui n’a aucun sens et vivre la vie qu’elle a choisie. C’est une tendre élégie qui exalte l’amour frustré, déçu et interdit. Il évoque les relations mère-fille parfois compliquées, les rivalités fraternelles.

C’est un roman à mettre dans les mains des passionnées d’amour et de cuisine.

 

signature coeur graceminlibe

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Les jeunes mortes de Selva Almada

Après le Mexique, cap sur l’Argentine avec Les jeunes mortes !

Couverture Les jeunes mortes

Années 80, dans la province argentine : trois crimes, trois affaires jamais élucidées qui prennent la poussière dans les archives de l’histoire judiciaire. Des “faits divers”, comme on dit cruellement, qui n’ont jamais fait la une des journaux nationaux.

Les victimes sont des jeunes filles pauvres, encore à l’école, petites bonnes ou prostituées : Andrea, 19 ans, retrouvée poignardée dans son lit par une nuit d’orage ; María Luisa, 15 ans, dont le corps est découvert sur un terrain vague ; Sarita, 20 ans, disparue du jour au lendemain.

Troublée par ces histoires, Selva Almada se lance trente ans plus tard dans une étrange enquête, chaotique, infructueuse ; elle visite les petites villes de province plongées dans la torpeur de l’après-midi, rencontre les parents et amis des victimes, consulte une voyante… Loin de la chronique judiciaire, avec un immense talent littéraire, elle reconstitue trois histoires exemplaires, moins pour trouver les coupables que pour dénoncer l’indifférence d’une société patriarcale où le corps des femmes est une propriété publique dont on peut disposer comme on l’entend. En toute impunité.

À l’heure où les Argentins se mobilisent très massivement contre le féminicide (1808 victimes depuis 2008), ce livre est un coup de poing, nécessaire, engagé, personnel aussi. Mais c’est surtout un récit puissant, intense, servi par une prose limpide.

 

mon-avis-de-lecture

Je suis fan des émissions Chroniques criminelles et Enquêtes impossibles. A chaque fois, je me demande comment un être humain peut s’armer d’un couteau, d’un pistolet et décider froidement de tuer un autre être humain. 

A travers ce livre, j’ai découvert des meurtres de jeunes femmes en Argentine, des meurtres jamais élucidés. Les femmes sont violées, étranglées, c’est chose courante dans le pays. Ces jeunes femmes ne feront jamais de fête pour leurs 25, 30 ans, elles n’auront jamais de beau mariage, d’enfants, de petits-enfants. Leurs bourreaux, eux, continueront à vivre. Ils mourront certainement vieux, sans une once de culpabilité pour se livrer à la police.

Ce récit de plusieurs vies est dur à lire émotionnellement, j’ai mis plusieurs fois des pauses à ma lecture. La condition des femmes dans ce pays fait mal au cœur. Elles travaillent très tôt, obligées par leur mari à se prostituer quand ils sont pauvres. Cette domination des hommes écœure.

Nombreuses sont celles qui subissent humiliations, viols, assassinat. Des crimes qui restent impunis. La société argentine ne se soucie pas des maux des femmes, ces êtres n’ont aucun droit…

C’est révoltant de voir que leurs morts sont banalisées, ces jeunes filles n’obtiendront jamais justice, leurs familles devront vivre avec cette fracture toute leur vie. 

Si j’ai été touchée par le fond du livre, j’ai été un peu déçue par la forme : l’auteure revient à plusieurs reprises sur des détails, il y a beaucoup de redondances et quand on sait que ces trois crimes ne sont pas élucidés même en passant chez une voyante, ça enrage ! 

De plus, ce récit a le côté brouillon d’un carnet de notes. L’auteure passe très vite du récit du crime d’une jeune fille à une autre, relate ses souvenirs d’enfant, revient à l’histoire d’autres jeunes filles agressées. Cela porte très vite à confusion. 

Malgré ces bémols, il faudrait que je sois atteinte de folie pour vous déconseiller ce livre. Le sujet qu’il traite est plus que d’actualité. LES FEMMES NE SONT PAS DES OBJETS. ELLES MÉRITENT UN RESPECT TOTAL. La mentalité, les cultures doivent évoluer dans ce sens.

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