Publié dans Panaché

Auteurs et péchés capitaux en lecture

sept péchés capitaux

Nous revoilà pour une dernière découverte des sept péchés capitaux en littérature.

Deux jeunes auteurs ivoiriennes Marie-Ella Kouakou (auteur de « la guerre des clans ») et Essie Kelly (auteur du triptyque « Odwira ou les écueils d’une vie de bonne ») ont bien voulu se prêter au jeu.

L’avarice

Quel est le livre le moins cher dans ta bibliothèque ?

Marie-Ella Kouakou : « Le fils de la lumière » de Cédric Marshall Kissy  qui m’a coûté 1800 francs CFA.

Essie Kelly : J’adore les livres, je suis incapable d’entrer dans une librairie sans en ressortir les bras chargés de bouquins. Aussi, j’en achète souvent d’occasion en ligne, ce qui me permet de ne pas consacrer un trop gros budget à la lecture. Les livres les moins chers de ma bibliothèque, je les trouve dans le hall de mon immeuble. Quand je finis de lire un livre qui ne m’a pas conquise je le dépose dans un coin à côté des boîtes aux lettres, système adopté par un de mes voisins qui y déposent aussi les siens. Du coup, je bénéficie gratuitement d’ouvrages qui sont souvent passionnants.  

La gourmandise 

Quel livre as-tu dévoré ?

Marie-Ella Kouakou : « La bête noire » de Isaïe Biton Koulibaly.

Essie Kelly :  « La clé de l’abime », écrit par José Carlos Somoza. Un pavé de plus de 500 pages que j’ai dévoré en un temps record. Il ne me quittait plus, dès que j’avais un moment de livre je me plongeais dans sa lecture. Je n’ai pourtant pas l’habitude de lire des romans de science-fiction mais j’ai adoré ce livre car le genre du roman n’est qu’un prétexte pour aborder un sujet bien plus sérieux : l’homme, sa conscience et ses croyances.

La paresse 

Quel livre as-tu négligé par paresse ?

Marie-Ella Kouakou : « Christine » de Isaïe Biton Koulibaly.

Essie Kelly : « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzche, j’ai commencé à le lire avec un intérêt qui ensuite n’a cessé de décroitre. Je crois que c’est à une période où j’étais très occupée, il faudrait que je m’y remette.

La luxure 

Quel livre érotique t’a le plus marquée ?

Marie-Ella Kouakou : « Coup d’État » de Regina Yaou.

Essie Kelly : Il s’agit assurément d’un livre du Marquis de Sade « les 120 journées de Sodome ». C’est le premier livre érotique que j’ai lu et j’ai été choquée par les détails explicites et crus presque exagérés. 

L’orgueil

Quel personnage as-tu trouvé trop orgueilleux ?

Marie-Ella Kouakou : Blandine de « et pourtant elle pleurait » de Biton.

Essie Kelly :  Le personnage le plus orgueilleux que j’ai récemment croisé au cours de mes lectures est sans aucun doute Mour N’diaye un des personnages du roman « la grève des battus » d’Aminata Sow Fall. Il a beaucoup de mépris envers les indigents dont il orchestre l’exclusion de la ville. Mais fort heureusement le destin lui rappelle qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soi.

L’envie

Quel livre te fait envie en ce moment ?

Marie-Ella Kouakou : « Debout payé » de Armand Gauz

Essie Kelly :  J’ai dans mon agenda une liste de livres qui me font envie que je mets régulièrement à jour. Elle est très longue ! Le livre qui est actuellement en tête de la liste est « la femme cannibale » de Maryse Condé. C’est une histoire qui m’intéresse car elle traite par l’entremise d’un personnage féminin de la question des relations « interraciales » dans une Afrique du Sud post-appartheid. 

La colère

 Quelle lecture t’a mise en colère ?

Marie-Ella Kouakou : Néant. Je tire le meilleur de toutes mes lectures. Quand le livre ne m’accroche pas je ne termine pas.

Essie Kelly : Il y a des textes qui m’ont beaucoup agacée, parce que certains paragraphes suscitent la révolte du lecteur. Cela se produit souvent quand je suis très impliquée dans le roman. Beaucoup de personnes me regardent avec étonnement quand je leur dis qu’il existe des livres encore plus captivants qu’un thriller cinématographique au point où on est comme hypnotisé et qu’on ne veut s’en détacher. Il y a donc des livres où j’étais tellement captivée par l’histoire que j’ai été écœurée par certains faits mais je ne me souviens pas avoir déjà été en colère. Je me mets d’ailleurs rarement en colère. Un livre qui a suscité beaucoup de révolte en moi est « une saison blanche et sèche » d’André Brink car il raconte une histoire certes imaginée, mais qui s’inspire de faits qui ont réellement existé. Et l’apartheid est un pan très douloureux de l’histoire de l’humanité.

Quand la lecture d’un livre m’est vraiment désagréable je n’en poursuis pas la lecture. Par contre il y a bien un type de lecture que je n’apprécie aucunement. J’ai en horreur les livres qui sont incapables d’éveiller le moindre rêve en moi, pas même une once d’émotion. Je déteste les livres plats dont on ne tire aucun plaisir. Incapables d’arracher la moindre réaction au lecteur.

 

Grand merci  chers écrivains et plein succès dans votre carrière.

 

Vous souhaitez en savoir plus sur ces auteures et leurs œuvres ?

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Notre série de péchés capitaux se termine ainsi. Et vous, quels sont vos sept péchés capitaux en lecture ?

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

La vie sans fards

Maryse Condé

Pourquoi l’être humain est-il tellement désireux de se peindre une existence aussi différente de celle qu’il a vécue ? C’est la question que Maryse Condé se pose en lisant les brochures rédigées par ses attachées de presse.

Aujourd’hui, elle veut se montrer  dans toute la vérité de la nature. A travers ce livre, elle tente de cerner la place considérable qu’a occupée l’Afrique dans son existence et dans son imaginaire.

Enfant guadeloupéenne élevée dans le milieu de la bourgeoisie et très loin de sa culture des Antilles, Maryse Condé décide en 1959 d’aller en Afrique, les réalités africaines ayant occupé une place de plus grande dans sa vie. Elle débarque donc comme auxiliaire d’enseignement du français au collège de Bingerville en Côte d’Ivoire.

En tant qu’ivoirienne, j’ai pris plaisir à découvrir la Côte d’Ivoire entre 1959 et 1960.

Maryse Condé nous fait ensuite découvrir Conakry, une ville chère à son cœur,  là où elle a compris le sens du mot « sous-développement ».

Dans ces pays, elle constate que les Antillais sont perçus comme les colons blancs. Elle-même est perçue comme une blanche. Maryse nous raconte sa gêne, son inconfort, sa difficulté à s’intégrer. Elle évoque cette vieille querelle entre Africains et Antillais où les uns affirment être méprisés par les autres et vice versa.

Elle est mise à l’écart et s’interroge :

La couleur est-elle donc un vernis invisible ?

Elle part ensuite au Ghana, mène une vie qu’elle n’a pas beaucoup aimé, pénétré du temps où elle y vivait d’une frénésie vulgaire.

Elle nous emmène ensuite à Londres, revient au Ghana pour retrouver l’homme qu’elle aime, se voit obligée de quitter ce pays pour le Sénégal.

Ce livre est l’histoire d’une femme impulsive qui n’arrive pas à clairement identifier son identité, une femme indécise, une femme qui se cherche et peine à se trouver, une femme qui a du mal à vivre pleinement sa vie de mère, dont l’intimité est tumultueuse ;  une femme qui a connu la passion amoureuse mais n’a jamais expérimenté l’amour.

La passion n’analyse pas, ne fait pas la morale. Elle brûle, elle incendie, elle consume.

« Les hommes noirs ! précisa Maya rejoignant Lina sans le savoir. Tout provient de la manière dont ils ont été éduqués. Leurs mères, leurs sœurs, la société dans son ensemble les traitent comme des dieux à qui rien n’est interdit. »

Je l’ai trouvée assez courageuse d’exposer ses déboires amoureux, j’ai éprouvé de la peine pour elle dans ses relations avec ses enfants et ses différents amants.

J’ai appris beaucoup de choses sur ce livre, j’ignorais par exemple que les Antillais étaient si présents en Afrique pendant la colonisation et se retrouvaient à tous les niveaux de l’enseignement.

J’ai découvert l’atmosphère politique de la Guinée et du Ghana aux premières années de l’indépendance, j’ai également appris notamment la belle amitié de l’auteur avec l’un des présidents ivoiriens Laurent Gbagbo. 

Elle dit de lui : « Sa voix d’historien avait beaucoup de poids et il m’accompagnait partout. »

Ce livre est intéressant à lire, il se lit d’ailleurs très vite mais je ne le conseille pas à ceux qui n’ont pas envie de se plonger dans l’histoire africaine et qui n’aiment pas l’autobiographie.