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TTL 115: Gran Balan – Christiane Taubira

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque ! Cette semaine, le thème est : un roman qui vous a surpris (positivement ou négativement).

Et j’ai choisi le roman de Christiane Taubira. Est-ce une surprise positive ou négative ?

Couverture Gran Balan

« Le monsieur à toge et épitoge a déjà tourné les talons. Il semble à sec sur le contenu, alors il pallie par le ton. Il interroge à la mitraillette. Il veut du oui ou du non, pas un roman.
Lui, Kerma, a envie d’expliquer, non, on ne vit pas tout un mois avec mille cent trente-six euros. Dès le dix-huit du mois, oui, on a besoin, et presque chaque jour, de ces quinze euros. L’essence, l’assurance, la nourriture, rester correctement vêtu et chaussé, après avoir payé le loyer l’eau l’électricité la taxe d’habitation la redevance télé les abonnements de sport de portable de streaming, ok ce n’est pas indispensable, mais à vingt-et-un ans… Maintenant il a vingt-cinq ans, et il est vrai qu’il s’en passe, par la force des choses… Mais personne ne semble disposer à entendre, moins encore à écouter. Alors, il répond, non je n’en ai pas besoin. C’est un mensonge de bonne foi. Ceux que l’on fait pour quelqu’un d’important. Et comme on est de bonne foi, on finit par y croire, on le répète à l’envi… Les mensonges sont faits pour vous sauver. Ceux-là, ceux de bonne foi, ce sont les pires. A tous les coups ils vous coulent. »

Kerma est au tribunal. Il a servi de taxi à deux jeunes ayant commis un méfait. Quinze euros de gagnés qui risquent de lui valoir des années de prison. Ici, en Guyane, le regard des juges est sans doute pire comme sanction. Mais qu’a-t-il fait ? Quelle est sa vie ? Et qui sont les différents personnages du premier roman de Christiane Taubira ? Des jeunes, des femmes, des mères courages, des éducateurs engagés, des élus, des gens de peu et de beaucoup, des villages perdus, des éloignés du Surinam, des palabreurs, des conteurs, des arbres éxitiques, des animaux qui le sont autant… Avec une verve éblouissante, l’ancienne Garde des Sceaux brosse un tableau magnifique et terrifiant, vrai et fictionnel des coutumes, des mots, des traditions, des mœurs, des violences, des errances comme des miracles de cette terre qu’elle connait bien et aime tant. Un livre qui parle au cœur, aux tripes, qui donne à rêver, sourire, s’émouvoir, pleurer, autant que réfléchir.

Ce roman de plus de 400 pages se construit autour de huit personnes et chapitres : Kerma, Hébert, Pol-Alex, Dora, Sula, Sang-nom, Elles, Ellen.

A travers les prises de parole de ces jeunes qui ont entre 18 et 24 ans, on découvre l’histoire du Suriname et de la Guyane, les traditions et le carnaval de Cayenne et surtout les réalités socio-économiques de la Guyane.

Les raisons de sombrer sont multiples. Le faible attrait du milieu scolaire, l’échec des structures d’insertion professionnelle, le chômage, le manque de loisirs, l’ennui. C’est franchement dur, injuste et démoralisant de vivre sa jeunesse en Guyane.

Kerma est l’un des jeunes travailleurs, vif, encore jeune, vingt et un ans, mais déjà malmené par la vie sans perspective et presque sans joie que l’incurie politique réserve à ceux de son âge ; les filles ne sont pas épargnées, qui doivent se résigner à peine moins que les garçons soit à courir après une vie meilleure sur l’autre bord de l’Atlantique, soit à végéter dans des gagne-pain
qui sont plus des jobs que des emplois, quels que soient leurs capacités et leurs potentiels.

Ces gens-là ne croient en rien. On dirait que pour eux, les jeunes ici, c’est comme des agratiches ou des araignées-case : c’est là, on les voit aller et venir, ce n’est pas dérangeant à condition que ça reste à gambader sur les murs et au plafond, à gober les mouches et tisser des toiles dans les angles. Il faut dire que ces manières de faire sont pareilles dans des tas d’autres domaines où on tient bien pareillement à l’écart les jeunes et les autres publics locaux : ça vaut pour les opérations archéologiques, par exemple, qui reçoivent chaque année en stage des jeunes venus d’ailleurs.

La géopolitique qui décide pour les autochtones est également évoquée

L’international, c’est quand ça les arrange, quand il faut donner des leçons aux habitants et les exclure des décisions sur leur territoire, quand il faut remettre en question leurs habitudes culinaires. En effet, les générations précédentes ont été consommatrices régulières d’œufs de tortue, source de protéines, alors qu’elles n’en ont jamais consommé la viande. Les œufs ont nourri beaucoup de familles pauvres. Il est vrai que maintenant le RSA est arrivé jusque-là ; et bien que ce serait aux familles qui le reçoivent qu’il reviendrait de dire ce qu’elles en pensent, il n’est pas sûr qu’elles y aient gagné. Le commerce d’importation de surgelés, lui, sûrement.
N’empêche, ajoute Karijal, un soupçon d’amertume dans la voix, l’international, c’est quand ça les arrange : zones humides, convention de New York, convention de Washington, etc., c’est place aux animaux, les hommes, sortez ! Seulement la Convention de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, c’est juste pour faire joli. Quant à la Convention de l’OIT sur la reconnaissance des droits des peuples autochtones, une qui est contraignante et à notre avantage, alors là, connaissent pas, ou plutôt oui, mais ils ont tout leur temps, ils t’expliquent la république une et indivisible, et les nations, c’est pas les tribus, pardon, lapsus, les communautés…

Si les thématiques abordées sont pertinentes, j’ai été déçue par le style de narration de Mme Taubira. Le style est lourd avec des détails et descriptions superfétatoires. Le récit est à la lisière de l’essai, du documentaire, du roman historique.

La liste des personnages présents dans le roman est aussi vaste que la Guyane et le Suriname. On s’y perd, se retrouve pour s’y perdre davantage. J’apprécie la verve de Mme Taubira mais ce roman a été une déception pour moi.

Un amour interdit Alyssa Cole

C’est un mensonge de bonne foi. Ceux que l’on fait pour ne pas contrarier quelqu’un qu’on aime ou quelqu’un d’important. Et comme on est de bonne foi, on finit par y croire, on le répète à l’envi… Les mensonges sont faits pour vous sauver.
Ceux-là, ceux de bonne foi, ce sont les pires. À tous les coups, ils vous coulent.

Avez-vous déjà lu Christiane Taubira ?

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TTL 113: Ci-gisent nos dieux de Falia

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Un roman qui se déroule en France

Je triche un peu car le roman que je vais présenter ne se déroule qu’en partie en France.

L’héroïne, Sally, originaire d’Adiyo, pays fictif de l’Afrique de l’Ouest, participe au festival International des Lettres qui devait se tenir pour la première fois depuis une décennie à Paris en période de vacances. A ce festival, elle fera une rencontre qui va bouleverser sa vie.

Avec cet homme, Alfred, elle découvre Paris

« Si vous avez eu la chance d’avoir vécu à Paris lorsque vous étiez un jeune homme, alors, où que vous alliez pour le reste de votre vie, elle reste avec vous, Paris est une fête. » Ernest Hemingway

Soir après soir, nous nous étions revus, rarement le jour, parcourant Paris à pied, en métro et en train.

Je me joignis à eux et sans me faire trop prier, leur décrivis un Paris enchanteur où les lumières étaient plus brillantes qu’au Soubel, aussi brillantes que les étoiles.

je leur parlai de Paris où les gens se pressaient, faisaient la queue, et payaient l’équivalent d’un repas pour voir une exposition de livres et des auteurs. Je leur parlai aussi du climat froid qui vous donnait l’impression de plonger votre visage dans un réfrigérateur, je leur parlai de Notre-Dame et de la tour Eiffel, du Louvres et de Montmartre.

Maintenant que j’ai justifié le choix de ce roman, et si je vous en parlais un peu plus en profondeur ? 😀

À Adiyo, pays fictif de l’Afrique de l’Ouest, des gisements de pétrole et de gaz viennent d’être découverts dans la région la plus enclavée et la plus instable du pays : le Soubel. Sally, jeune Soubeloise, issue d’une famille de hauts dignitaires religieux, rencontre Alfred, écrivain à succès, lors d’un séjour en France et l’embarque dans une odyssée qui à la fin, créera des remous tels que leurs deux vies en seront à jamais bouleversées. Et tandis qu’à Adiyo, c’est la ruée des gouvernants et des compagnies étrangères vers cette région isolée, un mouvement indépendantiste se réveille et s’allie aux islamistes d’un pays voisin, leurs objectifs : faire du Soubel un État islamique indépendant.

Si l’idylle entre Sally et Alfred peut donner à ce roman, une allure de pause romantique, l’intrigue est encore plus sombre.

Une fois la parenthèse enchantée à Paris terminée, Sally, qui vit au Soubel, va découvrir les affres de l’obscurantisme religieux, le terrorisme et les secrets de famille qui brisent…

Le récit a à plusieurs endroits une allure très intellectuelle, philosophique. J’avoue avoir survolé les références et explications religieuses qui donnaient un effet didactique au roman.

L’auteure nous interroge sur la violence qu’accompagne le terrorisme: la violence cache-t-elle de la souffrance?

Elle s’interroge sur le droit musulman qui donne plus de liberté à l’homme qu’à la femme notamment sur le fait pour un musulman de pouvoir épouser une non-musulmane quand le contraire est proscrit.

Les 2 protagonistes principaux et quelques personnages secondaires s’expriment à tour de rôle. Les noms sont indiqués ce qui évite toute confusion au lecteur.
Les personnages sont intéressants à suivre. On prend plaisir à découvrir leurs noirceurs, leurs parts d’humanité.
La plume est très soignée, le langage soutenu demande un surplus d’attention. Les références littéraires sont omniprésentes. J’ai surligné pas mal de passages durant ma lecture.

Il savait qu’il n’y avait pas que le bien et le mal, chacun dans une limite bien précise et bien distincte. Il savait que l’un et l’autre existaient, mais qu’il existait également un endroit où ils se rejoignaient, s’entremêlaient et s’embrouillaient, et cet endroit, ce quelque part, c’était le cœur des êtres humains, dans leur lutte perpétuelle et désespérée avec eux-mêmes, contre eux-mêmes dans la fuite de leur pire et la quête de leur meilleur.

Celui-ci disait : « Je t’aime et made in China sont les phrases les plus répandues au monde, les deux n’offrent aucune garantie ».

C’était ma première fois avec l’auteure et ça a été une sympathique découverte.

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Un monstre est là, derrière la porte – Gaëlle Bélem

Couverture Un monstre est là, derrière la porte

Tout commença un soir de 1981 lorsque dans la ville de Sainte Marie, au Nord de l’île, deux jeunes gens eurent le malheur de se rencontrer. Tandis qu’au-dehors la fête battait son plein, à l’arrière d’un restaurant un cuisinier retirait sa veste et la toque blanche qu’il portait depuis le matin.

Les Dessaintes forment l’une des familles les plus célèbres de La Réunion. Ils sont ambitieux, courageux et un brin fantaisistes. Mais, de l’avis du voisinage, des psychiatres et de la police, ils sont juste cinglés. Tout aussi barjos qu’ils soient, ils mettent au monde une fille. Une petite teigne qui compte bien devenir quelqu’un. C’est cette histoire familiale poignante au cœur de La Réunion des années 1980 qui est ici racontée.

La lectrice, le lecteur y trouveront du rythme, un ton vif, décalé, et, surtout, un humour décapant. Ils sont priés d’ouvrir la porte pour voir bondir le monstre. Des surprises, sans nul regret !

— C’est comme ça, un point c’est tout !
Alors que les parents se perdent d’ordinaire en circonlocutions pour expliquer à leur progéniture les grands mystères de la vie et le pourquoi du comment, les Dessaintes ont toujours fait preuve d’une incomparable avarice en matière d’explication et d’argumentation rationnelle.
Bien sûr, ils attachaient une certaine importance au fait de nourrir, habiller et coiffer l’unique enfant qu’ils avaient mis au monde, mais jamais, absolument jamais, ils ne forcèrent le zèle jusqu’à l’instruire, pire, l’éduquer.

Cet unique enfant est la narratrice. Elle dresse le portrait de parents aux comportements très étranges, à la limite de la folie.

Bref, mes parents à qui le hasard donna de surcroît ce nom de Dessaintes étaient, sans le savoir, d’horribles versions créoles d’un laconique Bartleby accouplé à ce cinglé de Lovecraft ! Et ils étaient animés d’une seule et abjecte conviction : que la meilleure façon d’élever des enfants était de leur clouer le bec en les terrorisant ! Ils n’expliquaient donc pas, ils épouvantaient.

La narratrice se réfugie dans ses lectures et trouve sa vocation à sept ans: elle veut devenir écrivain.

Dorénavant, j’exige qu’on m’appelle Ratus, au grand dam des Dessaintes ! Et je commets un crime qu’aucun d’entre eux n’aurait imaginé : je lis. Pire ! Cela me plaît.
Absolument. À un point tel que je trouve comment faire vraiment mieux que ces canailles : je vais lire et inventer des histoires pour les mettre dans des livres. Je vais outrepasser mon rang, ma condition, et être là où l’on ne m’attend plus. Alta alatis patent ! a hurlé dame Bélina. Mais, je n’ai pas compris son baragouin de maîtresse d’école. Dans ma tête à moi, résonna un vigoureux « à l’attaque » et je me mis effectivement à attaquer.
Voilà comment j’ai décidé à sept ans de devenir écrivain, sans savoir qu’ils étaient tous suicidaires, névrosés, mégalomanes et alcooliques.

Elle s’accroche à la lecture, au savoir, à l’école. On lui prédit un échec retentissant car les Dessaintes n’ont jamais réussi, ils vivent dans la misère, meurent incultes lui dit-on mais elle s’accroche.

Les désastres familiaux s’enchaînent, s’accumulent : chômage, alcoolisme, bagarres, disparition du père, vols, viols. Les Dessaintes semblent voués au malheur, aux vies déchirées par la violence.

A travers ses personnages, Gaelle Bélem évoque les problèmes socio-économiques de l’île dans les années 80. Un monstre est là, derrière la porte est une longue prose, aux dialogues rares et avec de jolies tournures de phrase. Mais les tableaux sombres décrits de l’île m’ont perturbée. Plusieurs fois au cours de ma lecture, j’ai perdu le fil. L’humour intervient par moment pour apporter un peu plus de légèreté au récit mais je suis ressortie de ce roman comme on quitte un film plein de noirceur.

Ce roman est un peu trop condensé à mon goût. Il aurait été judicieux à mon sens d’en faire une fresque familiale où on aurait une vue à 360° des Dessaintes. Aborder le « dedans » de cette famille sous l’angle unique de la narratrice ne m’a pas convaincue…

 

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TTL 109: Du miel sous les galettes – Roukiata Ouédraogo

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: O comme…

Ouedrago. Roukiata Ouedraogo.

Couverture Du miel sous les galettes

Roukiata est née au Burkina-Faso. De sa plume, légère et nostalgique, elle raconte avec tendresse et humour ses années d’enfance, son pays, ses écrasantes sécheresses et ses pluies diluviennes, la chaleur de ses habitants, la corruption et la misère.
Elle raconte sa famille, sa fratrie, ses parents, l’injustice qui les frappe avec l’arrestation de son père. Mais, surtout, elle raconte sa mère.
Cette femme, grande et belle, un  » roc  » restée seule pour élever ses sept enfants, bataillant pour joindre les deux bouts, en vendant sur le pas de sa porte ses délicieuses galettes. Des galettes au miel qui, pour la jeune Roukiata, auront toujours le goût de l’enfance et du pays natal.

Cette autobiographie de plus de 200 pages est un bel hommage à la résilience de la femme, épouse et mère. La mère de la narratrice ne courbe pas l’échine face à la difficulté, elle n’hésite pas à clamer haut et fort ce qu’elle pense.

La narratrice navigue entre son passé où la mère est racontée et son présent où l’artiste française d’origine burkinabè qu’elle est, est la marraine de la Journée internationale de la Francophonie.

On lit sa fierté d’être marraine d’un tel événement, son attachement à la Francophonie et à la langue française

Je suis le prototype de la francophone qui a réussi grâce au français, grâce à la France aussi. Sans la maîtrise de cette langue, je n’aurais jamais pu avoir un public et j’aurais dû me limiter à mon pays. Sans la puissance des réseaux culturels et des médias français, je n’aurais jamais eu cette audience.

Dans son discours précédant la lecture de la dictée de cette journée internationale, elle évoque ce que représente la Francophonie pour elle : union, communion, outil de partage, héritage commun à faire fructifier.

La narratrice évoque également son expérience personnelle et son engagement face à l’excision en fin d’ouvrage. Hélas, de façon très brève. Ce thème fort et important aurait mérité un développement.

Du miel sur les galettes est un roman accessible à tous. Le niveau de langue est courant, le style sans fioritures.

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Les Jango – Abdelaziz Baraka Sakin

Couverture Les Jango

Les Jango sont décidément impayables. On les reconnaît à leur élégance tape-à-l’œil et à leur sens de la fête. Et ce sont les femmes qui mènent la danse, dans la Maison de la Mère, au cœur de toutes les rumeurs.
Les histoires les plus folles courent d’ailleurs sur Safia, élevée au lait de hyène, Alam Gishi l’Éthiopienne experte en amour, ou l’inénarrable Wad Amouna. Lorsque soudain souffle le vent de la révolte…
Dans les effluves de café grillé, de chicha parfumée et de gomme arabique, se joue une comédie humaine dont les Jango, « sages à la saison sèche et fous à la saison des pluies » sont les héros.

Le Jangawi ou Jangojoray – singulier de Jango – porte différents noms selon les mois et les saisons : on l’appelle Katakaw entre décembre et mars, lorsqu’il travaille dans les plantations de canne de Kanana et les sucreries de Khashm al-Girba, Assaleya ou al- Jounayd.
On l’appelle Fahami entre avril et mai, lorsqu’il est recruté comme oum bahatay – c’est le nom qu’on donne ici aux charbonniers – pour débroussailler les nouvelles plantations ou les terres en friche, et transformer troncs et branchages en charbon végétal.
On l’appelle Jango ou Jangojoray de juin à décembre, c’est-à-dire depuis les premières pluies jusqu’à la fin de la saison de la récolte du sésame.

Une fois que l’on sait ce qu’est un Jango, on part à la découverte des différents personnages et dans chacun d’eux résonne le mot liberté :

  • Liberté de choisir notamment à travers Al Aza qui a refusé de suivre les avis de son père et ses frères qui voulaient la marier
  • Liberté de commercer pour ces femmes qui vendent de l’alcool local et sont envoyées sans cesse en prison. 
  • Liberté d’être à travers Wad Amouna, l’efféminé
  • Liberté de corps. Le sexe, la jouissance sont très présents dans ce livre.

L’auteur également revendique sa liberté d’écrire malgré la censure. C’est un choix osé qu’il fait à travers ce livre.

J’ai découvert les jango et leur quotidien mais aussi le quotidien de femmes qui n’ont visiblement que 3 choix de vie: devenir des Jangojorayya, fabriquer de l’alcool ou se prostituer. 

L’auteur évoque également l’importance de respecter les us et coutumes, la culture des autres

ce que je considérais comme un mal selon ma propre éducation pouvait être perçu autrement dans d’autres cultures, selon d’autres valeurs.

Le style est entraînant. On est parfois entre fable et réalité à travers le récit des divers personnages mais certains faits m’ont gênée : j’ai notamment été choquée du viol sur mineur qui a été banalisé.

Les personnages sont intéressants à suivre mais j’ai déploré le fait qu’il n’y ait pas souvent de réelle transition pour introduire un personnage.

J’aurais aimé que les femmes se racontent elles-mêmes. Aussi, il reste à mon sens des zones d’ombre dans leurs vies. Je fais surtout référence à Safia.

Ce roman est finaliste du Prix les Afriques 2021.

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La danse du vilain – Fiston Mwanza Mujila

Couverture La Danse du Vilain

Entre trafic de pierres précieuses et boîtes de nuit frénétiques, entre l’Angola en pleine guerre civile et un Zaïre au bord de l’explosion, une exploration de la débrouille.
Toute la vitalité et le charme de Tram 83
reviennent en force avec la langue inimitable de Fiston Mwanza Mujila.

Sanza, exaspéré par la vie familiale, quitte ses parents et rejoint le Parvis de la Poste, où vivent d’autres gamins de la rue. Commence la dolce vita, larcins petits et grands, ciné avec Ngungi l’enfant-sorcier et voyages en avion vers l’infra-monde… Mais les bagarres et les séances de colle finissent par le mettre vraiment sur la paille et l’obligent à céder au mystérieux Monsieur Guillaume et à sa police secrète.

Lubumbashi est en plein chaos, on conspire dans tous les coins, on prend des trains pour nulle part, on se précipite dans l’Angola en guerre pour aller traquer le diamant sous la protection de la Madone des mines de Cafunfu, un écrivain autrichien se balade avec une valise pleine de phrases, le Congo devient Zaïre et le jeune Molakisi archevêque. Mais la nuit, tous se retrouvent au « Mambo de la fête », là se croisent tous ceux qui aiment boire et danser ou veulent montrer leur réussite et leur richesse. Là on se lance à corps perdu dans la Danse du Vilain.

Lunda Norte-Lubumbashi, Angola-Zaïre

Le lecteur voyage entre ces contrées minières convoitées et fait la connaissance de personnages truculents.

Commençons par Franz. Cet écrivain d’origine autrichienne, qui veut écrire sur les gendarmes katangais, fait ressortir cette notion de légitimité de l’auteur à écrire tel ou tel récit.

“A-t-on le droit d’entretenir des personnages qui n’ont pas la même expérience mémorielle que soi ?”

Tournons-nous maintenant vers un trio d’enfants : Molakisi, Sanza et Ngungi. Trois enfants qui préfèrent la rue au logis de leurs parents

On ne guérit jamais d’une nuit passée à la belle étoile surtout après avoir subi la bleusaille et goûté à la colle.


Ngungi ne pouvait que regagner la rue. Ses yeux avaient vu ce qu’un enfant ne doit pas voir ; entendu des choses très éloignées de son univers.

Des garçons qui ont perdu l’insouciance de l’enfance, des garçons qui volent et se droguent, rêvent d’indépendance et surtout de richesse. 

Il y a aussi M. Guillaume. A première vue, l’on pourrait le considérer comme un bon samaritain puisqu’il recueille avec bienveillance les enfants mais ce n’est qu’apparence. Les enfants recueillis sont intégrés à un réseau d’espionnage…

Terminons par Tshiamuena, surnommée la Madone des mines de Cafunfo, une femme mythique, insaisissable qui dit avoir vécu plusieurs vies et règne sur les orpailleurs.

A travers l’histoire commune de ces différentes personnages, on se rend compte que les guerres civiles sont toujours des fonds de commerce

Savez-vous combien de vos compatriotes construisent des villas grâce à l’argent angolais ? La guerre civile angolaise avait été un véritable fonds de commerce pour de nombreux Zaïrois. D’habitude c’est l’argent qui haït et qui fuit l’être humain mais avec la guerre civile angolaise, les Zaïrois s’étaient tellement engraissés sur les diamants d’autrui qu’ils commençaient à détester et à fuir leur propre richesse.

Les courts chapitres, l’humour qui teinte chaque page donnent du rythme à l’histoire mais dans ce roman choral, la narration m’a souvent perdue. Toutes les narrations sont presque utilisées : du “je” à “il” en passant par « nous » et sans réelle transition. La narration interne est utilisée pour plusieurs personnages et il faut souvent avancer de quelques lignes dans sa lecture avant de découvrir l’identité du personnage.

Ce roman est finaliste du Prix les Afriques 2021.

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La ronde des ombres de Philippe N. Ngalla

Tourmenté par l’apparition d’ombres mystérieuses et par l’éventualité d’un soulèvement populaire, le dictateur Sylvestre redoute sa chute. Il espère néanmoins triompher de cette sombre perspective grâce à de sûrs recours. Le réveil est, hélas, brutal. Ses féticheurs n’arrêtent pas les ombres, ses méthodes d’apprivoisement de l’opposition ne fonctionnent plus. S’ouvre alors un gouffre de désespoir sous le vieux potentat. Au milieu de sa détresse, la réflexion, naguère absente de sa conduite du pays, lui paraît le secours idéal pour infléchir le destin.

De coloration dramatique nuancée de touches d’humour, La ronde des ombres explore les effets de la peur sur les enjeux du pouvoir.

Nous sommes en Afrique, vraisemblablement au Congo. Politique brillant jusqu’aux premières années de son principat, très vite gagné par l’obsession de perdurer aux affaires, Sylvestre s’était défait de ses dispositions à bien gouverner. Il leur avait préféré d’autres armes. Parmi celles qu’offre l’ingénierie de la conservation du pouvoir, il choisit la désorganisation, la corruption, l’avilissement du peuple et le bâillonnement de son expression.

Ce roman retrace son parcours mais aussi celle de sa féticheuse Mamou Cocton.

A travers ce roman de 200 pages, Philippe N. Ngalla dénonce l’avidité du pouvoir des dirigeants sous les cieux africains. Il donne l’impression de vouloir revaloriser la tradithérapie, le mysticisme/occultisme africain mais je trouve qu’il dessert sa cause. En effet, il présente l’occultisme comme un moyen de manipulation, au service de l’injustice. Par conséquent, l’aspect négatif de l’occultisme ressort plus.

Les courts chapitres ont tenté de donner du rythme à l’histoire mais le style d’écriture était bien trop lourd pour pouvoir m’embarquer. La fin du récit donne un air d’inachevé.

La ronde des ombres aborde un thème d’actualité. Le thème central de cette œuvre a maintes fois été abordé en littérature. J’attendais donc un angle d’étude, de description singulier de la part de l’auteur. Hélas, mes attentes n’ont pas été comblées.

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Les 700 aveugles de Bafia – Mutt-Lon

Couverture Les 700 aveugles de Bafia

Les 700 aveugles de Bafia retrace les trajectoires de deux femmes qui n’auraient jamais dû se rencontrer : Damienne Bourdin, jeune Marseillaise, médecin des troupes coloniales fraîchement arrivée en Afrique pour travailler auprès du Dr Jamot, et Débora Edoa, infirmière auxiliaire indigène, princesse Ewondo.
Nous sommes en 1929 au Cameroun. Le Dr Eugène Jamot, grand nom de la médecine tropicale, dirige la Mission permanente de prophylaxie de la maladie du sommeil. À la tête d’une armée de médecins français et d’infirmiers indigènes, il tente de lutter contre la terrible maladie. Malheureusement une bavure médicale survient dans une subdivision sanitaire, qui produit plusieurs centaines d’aveugles, induisant au passage une révolte indigène. Damienne Bourdin, l’héroïne principale, se voit confier par Jamot la responsabilité d’exfiltrer l’infirmière Débora Edoa, dont la présence sur les lieux de la révolte est sur le point de compliquer la donne en provoquant une guerre tribale.

Ce récit relate une bavure médicale inconnue du grand nombre. Dommage que rien n’ai été écrit sur ce sujet jusqu’ici. On ressent un sentiment d’injustice parce que le vrai coupable n’a pas répondu de ses actes, les victimes n’ont pas été dédommagées par l’administration coloniale.

Ce récit évoque également les tensions tribales mais je n’ai pas réellement perçu les causes de dissension entre les ewondo et les bafia.

La lecture est fluide, la thématique intéressante mais il m’a manqué de la profondeur dans les portraits de certains personnages notamment celui d’Abouem, le chef traditionnel qui va initier la révolte.

Il est vrai que le parcours de Damienne, cette jeune Marseillaise, médecin des troupes coloniales est intéressant à suivre. Il est vrai qu’à travers elle et Edoa, on rencontre des femmes libres, qui ne se laissent pas dicter leurs choix mais j’aurais préféré que l’histoire soit racontée du point de vue des autochtones, des aveugles, de ceux qui ont subi la bavure médicale.

La fan de romance, d’amour avorté que je suis a bien apprécié l’histoire avortée de Rouget.

Entre roman historique et roman d’aventures, Les 700 aveugles de Bafia est une intéressante découverte, un roman qui invite à se souvenir, à ne pas oublier ce qui a été fait.

La citation préférée

Dans chaque famille paisible, on trouve des germes latents de discorde, et il finit toujours par arriver quelqu’un qui excelle dans l’art de les agiter.

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Aline et les hommes de guerre – Karine Silla

Couverture Aline et les hommes de guerre

Aline Sitoé Diatta naît en 1920, au beau milieu des forêts luxuriantes de la Casamance, dans le sud du Sénégal. Enfant déterminée, puis adolescente indépendante, solitaire et douce, elle quitte la brousse pour se rendre à Dakar afin d’y travailler comme gouvernante dans une famille de colons. C’est là qu’elle entend, pour la première fois, des voix qui lui ordonnent de rentrer chez elle pour libérer son peuple. Prônant la désobéissance civile et la non-violence, Aline appelle les Sénégalais à lutter pour leurs terres et le respect qui leur reviennent de droit. S’entourant des anciens, comme le veut la tradition diola, écoutant les conseils de son sage ami Diacamoune, la jeune femme est vite érigée en icône de la résistance, magnétique et insoumise, et est sacrée reine. Menaçant l’ordre établi et mettant à mal l’administration française, Aline, la « Jeanne d’Arc du Sénégal », devient l’ennemie à abattre, mettant, dès lors, sa jeune vie en danger.

Aline grandit avec un oncle. Ses parents sont partis trop tôt. Elle n’a pas de frères et sœurs. Elle n’oublie jamais de saluer les vieux du village quand elle passe auprès d’eux. Après les longues journées de labeur dans les rizières, elle écoute avec passion et intérêt tout ce que les anciens peuvent lui raconter de la vie. Le vieux Diacamoune lui conte la glorieuse histoire de Nehanda, l’Amazone du Zimbabwe. Aline écoute attentivement les batailles de Nehanda pour faire fuir les envahisseurs.

Nehanda sait maintenant qu’elle a eu tort de faire confiance à l’envahisseur parce qu’il n’existe pas de bons envahisseurs.

Aline s’interroge. Y a-t-il une victoire possible face à l’homme blanc ?

Aline veut posséder la puissance de Nehanda et protéger sa famille, son village, son peuple, désarmer les soldats et rétablir la paix dans son pays.

En attendant, elle quitte le village pour la ville, travaille comme docker à Ziguinchor puis comme gouvernante à Dakar pour un couple blanc. C’est là qu’elle entend, à 19 ans, une voix qui la désigne comme la libératrice de son peuple de l’emprise coloniale.

Le deuxième appel. Lève-toi Aline et marche, me dit la voix. Marche vers ton village natal. Rentre chez toi ou il t’arrivera malheur. La voix résonne dans ma tête. Une voix sans sexe. Où est-elle ? Dans ma poitrine où se situe la douleur ? Ou en dehors de moi ? La ville est pleine de monde mais personne n’entend. Cette voix est pour moi seule.

Aline retourne au village, raconte ses rêves et sa mission.

Le bruit court dans toute la région, on accourt pour écouter la
jeune prophétesse. Elle clame la non-violence. C’est sans armes qu’elle compte s’attaquer au pouvoir colonial. Elle est brillante,
instinctive et habitée. Ses idées sont précises et elle les formule
avec conviction. Elle passe de maison en maison, guérit les malades avec l’imposition de ses mains et remonte le moral des
familles accablées par l’impôt. Tout le monde souhaite la poignée
de main d’Aline. Les temps sont durs, on veut croire aux miracles. L’énergie de l’espoir vient renforcer son énergie vitale et crée l’étincelle magique

Aline devient figure de résistance.

Il faut ménager le riz, pour les moments difficiles et s’opposer
catégoriquement à toute activité imposée par les colons. Il nous
faut refuser de payer l’impôt. Il est collecté pour soutenir une
administration qui nous maltraite. En payant l’impôt c’est nous
qui finançons le coût de nos chaînes. Nos frères ne doivent plus
abandonner nos champs pour partir faire la guerre en France.
Cette guerre ne nous concerne pas et fait mourir nos maris, nos
pères et nos enfants, les laissant sans sépultures. Nous avons
besoin de nos hommes, ensemble nous devons reprendre l’économie de nos villages.

il faut continuer la lutte, se révolter contre le code de l’indigénat qui distingue notre peuple du colon. Nous devons avoir les mêmes droits… Il n’est pas question d’accepter la supériorité de l’homme blanc.

Aline mène le peuple et les meneuses de son genre gênent l’administration coloniale…

Aline a été une résistante et cette biographie fait ressurgir ses paroles, ses pensées, ses actions pour la libération de son peuple. J’ai néanmoins regretté que ce livre ne soit pas centré sur Aline.

L’auteure donne davantage la parole aux colons notamment à travers la vie de Martin. La lectrice africaine que je suis découvre sans grand intérêt un petit garçon enthousiasmé par les récits d’Afrique de son grand père, un jeune homme qui aime une femme, s’installe en Casamance, envoie des lettres à sa bien-aimée restée en France. Et l’auteure continue avec le récit de la Débâcle, de l’arrivée de Pétain, de Gaulle à Londres… On a l’impression qu’elles louent presque leurs actions. Ce qui est paradoxal pour moi avec la thématique du livre.

Je voulais lire l’histoire d’une résistante noire, rien que ça. Et sur les 300 pages que comprend ce livre, Aline ne représente que le 1/3.

La structure narrative désoriente également. Il n’y a pas de chapitres. On passe de la narration omnisciente à la narration interne. Aline prend à quelques moments la parole.

Encore une fois, je me retrouve à lire une histoire avec de bonnes intentions au départ mais bon, quelqu’un a dit que les bonnes intentions ne font pas forcément un bon livre…

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

TTL 106 : Un soupçon de liberté-Margaret Wilkerson Sexton

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Addictions

J’ai directement pensé à ce livre

Couverture Un soupçon de liberté

Certains personnages sont accro à la drogue.

Sur près de soixante-dix ans et trois générations, Margaret Wilkerson Sexton relate la saga d’une famille noire et déroule l’histoire de la Nouvelle-Orléans, ville symbole de la fracture sociale et raciale américaine, dans un premier roman puissant et lumineux.
Entremêlant les destins d’Evelyn, Jackie et T.C. à des moments charnières de leur existence, elle nous montre que si les temps changent, les problèmes des Afro-Américains restent les mêmes dans un pays toujours malade de ses discriminations.

66 ans au sein d’une famille. C’est l’engagement que vous prenez comme lecteur en ouvrant Un soupçon de liberté.

Si la 1ère génération semble prometteuse malgré les ségrégations sociales de l’époque, les générations suivantes partent un peu en vrille à cause de la drogue.

comme si Dieu l’avait mis ici avec lui pour s’excuser, et Il était pardonné : pour la mère à moitié folle,
le père défaillant, les difficultés d’apprentissage, les rêves de basket avortés. Parfois, quand il émergeait
au petit matin, il croyait que Dieu approuvait son trafic de hasch. Sinon, d’où lui seraient venus cette inspiration si pure, ces plans si minutieusement préparés ? Et lorsqu’on l’avait arrêté, il s’était mis en colère contre son Créateur, comme s’il avait été trahi par le véritable auteur du crime, mais à présent tout était pardonné.

Ce roman de 300 pages évoque la ségrégation raciale, les difficultés pour les jeunes afro-américains de s’assurer une vie confortable et sereine et l’addiction à la drogue. On admire ces femmes qui se battent pour maintenir l’équilibre familial quand les hommes déraillent.
Mon intérêt pour l’histoire a décru quand une fois présenté T.C on repart à Evelyn en 1944. Cet aller-retour passé-présent a desservi mon intérêt. Il est vrai que l’évolution de ce qu’est être un Noir Américain apparaît de manière encore plus flagrante mais l’histoire perd en intensité.

Un soupçon de liberté a été une lecture plaisante _surtout qu’il a été lu après une lecture presqu’ennuyante_ mais il ne figurera pas parmi mes lectures mémorables.