Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Lecture commune Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

Dans le cadre de la sortie du film tiré du roman le 25 octobre prochain, Ma toute petite culture  nous a proposé sur Livraddict une lecture commune autour du roman de Pierre Lemaître, Au revoir là-haut !

Nous étions 18 livraddicticiennes à participer à cette lecture commune.

Cette LC (Lecture Commune) a été une très bonne raison pour faire sortir ce livre de ma PAL. Il me faisait de l’œil depuis longtemps car cette année, l’un de mes challenges personnels était de lire des livres ayant reçu des prix. 

Résumé de l'oeuvre

 

Sur les ruines du plus grand carnage du XXesiècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

l'Afrique écrit

Une guerre ne fait pas que de dégâts pendant, elle en fait également après. Souvent c’est l’après-guerre qui est le plus difficile. 

Que deviennent les anciens combattants, comment les réinsère-t-on dans la vie civile ? Cette question est d’actualité surtout dans mon pays, où la réinsertion des démobilisés après la crise socio-politique de 2011 est un désastre.

Comment vit-on avec l’absence cruelle des morts ? Comment vit-on avec les séquelles de cette guerre ?

En lisant ce roman, j’ai pensé à tous ces jeunes qui ont perdu leurs vies pour l’honneur de leurs patries, aux mutilés à vie et à tous ceux qui profitent des guerres pour s’enrichir à l’instar d’Henri d’Aulnay-Pradelle. 

Dans mes lectures, j’ai rarement rencontré un homme plein de morgue comme ce lieutenant manipulateur, cet égoïste hors pair. Si l’on faisait des awards des fictions littéraires, ce personnage en remporterait au moins un. Il est exécrable mais il faut avouer que son caractère donne du goût à l’histoire. Ses manigances, ses répliques cuisantes, son avarice m’ont bien fait rire, sa déchéance aussi. 

Henri n’est ni le seul avare ni le seul égoïste du roman. Le Père d’Edouard Péricourt a été avare mais pas financièrement. Son avarice est émotionnelle. Il n’y a pas eu de véritable relation père-fils la faute à des priorités autres que familiales, l’impression d’avoir un enfant « anormal ». Entre père et fils, il n’y a pas eu d’amour, il n’y a que des regrets.

 

Édouard Péricourt, le genre de type qui a de la chance.
Dans les écoles qu’il fréquentait, tous étaient comme lui, des gosses de riches à qui rien ne pouvait arriver, qui entraient dans l’existence bardés de certitudes et d’une confiance en soi sédimentée par toutes les générations d’ascendants fortunés qui les avaient précédés. Chez Édouard, ça passait moins bien que chez les autres parce qu’en plus de tout ça, il était chanceux. Or on peut tout pardonner à quelqu’un, la richesse, le talent, mais pas la chance, non, ça, c’est trop injuste.

Edouard Péricourt, quel enfant gâté ! Un enfant rebelle, insouciant, écorché par la guerre qui a fini par entraîner son ami Albert dans cette insouciance. 

Mon cher Albert ! J’ai eu l’impression qu’il était mon enfant, un enfant qu’il fallait protéger. C’est un gros timide, il a peur de tout ! J’ai eu maintes fois envie de le secouer, lui flanquer des gifles. C’est pas possible qu’un garçon soit aussi mou !

Il a ses défauts mais d’énormes qualités. J’ai été attendrie par son attachement à Edouard, son don de soi.

Il  y a également un autre personnage qui a attiré mon attention. Un personnage qui mérite qu’on ne l’oublie pas : Merlin. Sa description physique fait de lui un être répugnant mais quelle belle âme il a. Chaque homme a un prix mais on ne connaîtra jamais celui de Merlin. C’est un homme solitaire, méprisé qui va rester droit jusqu’à la fin.

Merlin tenta de reprendre ses esprits. Bien sûr, il le connaissait par cœur, ce chiffre, mille quarante-quatre francs par mois, douze mille francs par an, avec lesquels il avait végété toute sa vie. Rien à lui, il mourrait anonyme et pauvre, ne laisserait rien à personne, et de toute manière, il n’avait personne. La question du traitement était plus humiliante encore que celle du grade, circonscrite aux murs du ministère. La gêne, c’est autre chose, vous l’emportez partout avec vous, elle tisse votre vie, la conditionne entièrement, à chaque minute elle vous parle à l’oreille, transpire dans tout ce que vous entreprenez. Le dénuement est pire encore que la misère parce qu’il y a moyen de rester grand dans la ruine, mais le manque vous conduit à la petitesse, à la mesquinerie, vous devenez bas, pingre ; il vous avilit parce que, face à lui, vous ne pouvez pas demeurer intact, garder votre fierté, votre dignité.

 

Ce qui fait la force de ce roman ce sont ses personnages hauts en couleurs et ce parfum d’ironie qui y flotte. Pendant ma lecture, j’avais l’impression que le narrateur externe riait de ses personnages. 😀

L’écriture de l’auteur est également réussie. Le style est accessible, recherché sans tomber dans l’excès.

J’ai appris quelques mots : Déliquescence – Prévarication –Edile

SEUL BÉMOL : Les longueurs incessantes dans ce roman. L’intrigue devient linéaire en plein milieu. Heureusement, l’histoire redouble d’intensité dans les 100 dernières pages. 

Au revoir là-haut est un bon roman picaresque, une belle représentation de l’après-guerre.  Elle est réaliste jusque dans les rapports hommes-femmes. 

C’est un roman pour ceux qui aiment les personnages de roman pittoresques, les ambiances réalistes dans des histoires totalement fictives.

Christmas

Date de publication : 21 Août 2013
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 576

 

Adaptations

En bande dessinée : (2015) Au revoir là-haut, adaptation de l’auteur, dessins de Christian De Metter

Au cinéma : (2017) Au revoir là-haut, film français joué et réalisé par Albert Dupontel, avec Laurent Lafitte et Nahuel Pérez Biscayart

 

 

Envie de connaître les avis des autres participants à la LC ? Découvrez les avis de Ana Lire – Le blog de YukoMetreya 

 

Avez-vous déjà lu le livre ? Irez-vous voir son adaptation cinématographique ?

GM signature

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Deux femmes puissantes

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Marie Ndiaye et Chimamanda Ngozi Adichie, deux femmes influentes et hyper douées dont il faut avoir au moins lu une œuvre.

L’une écrit en tant qu’être humain. Elle n’écrit ni en tant que femme, ni en tant que femme noire. Elle ne se définit pas comme une femme africaine. Dans sa vie, l’origine africaine n’a pas vraiment de sens,  aucune culture africaine ne lui a été transmise car elle n’a pas vécu avec son père d’origine sénégalaise.

L’autre écrit en tant que féministe africaine, féminine et heureuse.

J’apprécie l’une pour la force de son style littéraire et l’autre pour l’engagement que revêtent ses écrits.

J’ai lu deux de leurs œuvres qui ont reçu des prix littéraires.

3 femmes puissantes – Marie Ndiaye (Prix Goncourt 2009)

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s’appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.

Dans chacun de ces récits, des phrases sont répétées comme pour attirer notre attention sur l’action qu’elles décrivent ou celles qui les ont précédées.

Norah part au Sénégal car son père a à lui parler de choses importantes et graves…

Ce père implacable et terrible qui a quitté la France des années plus tôt en emportant une part d’elle, ce vieillard égoïste qui n’aime ni n’estime guère les filles…

A son arrivée, son père lui annonce qu’elle doit aller à Reubeuss (une prison). Pour voir qui? Quel acte a été commis?

Vous le saurez en lisant l’histoire de Norah.

La deuxième histoire est celle de Fanta et de son conjoint Rudy. Je dirais plutôt que c’est l’histoire de Rudy car c’est lui qui évoque sa vie, ses peurs, ses échecs et sa volonté à être un homme bien et à rendre Fanta et leur fils Djibril heureux.

Cette histoire ne m’a pas vraiment emportée mais elle est agréable à lire.

La troisième histoire, celle de Khady est la plus déchirante. Khady, une épouse qui rêvait d’être mère. Khady, une femme pleine de force, combattante. Khady, une femme qu’on a décidé de faire partir…

Ce livre de Marie N’Diaye est à lire et à faire lire.

 

L’hibiscus pourpre – Chimamanda Ngozi Adichie (Meilleur premier livre du prix littéraire Commonwealth Writers’ Prize en 2005)

Kambili a quinze ans. Elle vit à Enugu, au Nigeria, avec ses parents et son frère Jaja. Son père, Eugene, est un riche notable qui régit son foyer selon des principes d’une rigueur implacable. Sa générosité et son courage politique en font un véritable héros de sa communauté. Mais Eugene est aussi un fondamentaliste catholique, qui conçoit l’éducation de ses enfants comme une chasse au péché. Quand un coup d’Etat vient secouer le Nigeria, Eugene, très impliqué dans cette crise, est obligé d’envoyer Kambili et Jaja chez leur tante. Les deux adolescents y découvrent un foyer bruyant, plein de rires et de musique. Ils prennent goût à une vie simple, et ouvrent les yeux sur la nature tyrannique de leur père. Lorsque Kambili et son frère reviennent sous le toit paternel, le conflit est inévitable…

Kambili est la narratrice principale, avec la douceur et l’innocence d’une jeune fille, elle nous ouvre les portes de sa maison, dévoile l’intimité de sa famille. On découvre un père intransigeant, extrémiste catholique qui voit la paille dans l’œil de l’autre mais ne se préoccupe pas de la poutre qui est dans le sien.

Il régente sa maison comme un camp militaire. Tout doit être à sa place, fait comme il faut et il s’emploie à des méthodes pas très catholiques pour aboutir à ses fins.

J’ai commencé ma lecture pas très enjouée mais comme on le dit l’appétit vient en mangeant. Au fil de ma lecture, le détachement que j’avais au tout début des pages a laissé place à une reconnaissance, une acceptation, une indignation, une profonde tristesse face à cette violence domestique, à ce premier amour qui ne pourra pas être vécu, à cette vie qui prend une tournure à laquelle l’on n’aurait jamais pensé.

A travers une écriture sensible et émouvante, Chimamanda Ngozi Adichie nous fait réfléchir sur notre perception de la religion, la politique et notre identité culturelle.

L’hibiscus pourpre est un livre à lire et à faire lire.

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre