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By the rivers of Babylon, Prix Les Afriques 2018

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Augustown, quartier pauvre de Kingston. En cet après-midi d’avril 1982, Kaia rentre de l’école. Ma Taffy l’attend, assise sur sa véranda. La grand-mère n’y voit plus mais elle reconnaît entre toutes l’odeur entêtante, envahissante, de la calamité qui se prépare. Car aujourd’hui, à l’école, M. Saint-Josephs a commis l’irréparable : il a coupé les dreadlocks de Kaia – sacrilège chez les rastafari. Et voilà Ma Taffy qui tremble, elle que pourtant rien n’ébranle, pas même le chef du gang Angola ni les descentes des Babylones, toutes sirènes hurlantes.

On dirait bien qu’à Augustown, Jamaïque, le jour de l’autoclapse – catastrophe aux promesses d’apocalypse – est une nouvelle fois en train d’advenir. Alors, pour gagner du temps sur la menace qui gronde, Ma Taffy raconte à Kaia comment elle a assisté, petite fille au milieu d’une foule immense, à la véritable ascension d’Alexander Bedward, le Prêcheur volant…

l'Afrique écrit

Le titre du roman en anglais est Augustown. La traduction française de Zulma a choisi comme titre : By the rivers of Babylon.

Rivers of Babylon est à l’origine une chanson populaire des communautés rasta, les percussions sont sur un rythme Nyahbinghi et les paroles proviennent du psaume 137 du Livre des Psaumes (Ancien Testament de la Bible). La chanson est devenue populaire grâce à la reprise disco de Boney M en 1978.

« By the rivers of Babylon

There we sat down

And there we wept

When we remembered Zion. »

 

Babylone dans le roman représente les policiers et les blancs, ceux qui dominent. 

By the rivers of Babylon est un roman dépaysant. Il nous transporte ailleurs, en Jamaïque, pays que je ne connais qu’à travers Bob Marley et Usain Bolt. J’ai fait un pas de plus dans la découverte de la culture rastafari.

C’est un livre sensoriel. Kei Miller nous fait découvrir les odeurs, les sons, la vision des habitants de Kingston. On goûte à l’amour, à la violence, à la colère. 

A travers l’expérience de Ma Taffy, Gina, Soft-Paw, sont exposées les inégalités sociales criantes, le clivage blanc/noir. L’esclavage aboli a pris d’autres formes, le complexe de la peau est perceptible, certains cherchent à faire disparaître toute goutte de Noir en eux.

 

Ce roman est un plaidoyer pour le respect des croyances de l’autre, ce qu’il considère comme sacré. On entend avec exactitude la voix puissante du désir d’être et de rester soi.

La traduction de Nathalie Carré est superbe. Elle a reçu le 33e prix Pierre-François Caillé de la traduction pour ce livre et elle le mérite. J’ai apprécié cette langue créatrice, poétique, musicale.

Je n’ai noté qu’un bémol dans le développement de certains personnages. Ils disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent. On ne sait pas trop ce qu’ils deviennent à l’instar de Bongo Moody.

 

Ce livre est une sympathique découverte qui ne déplaira pas aux  amoureux des voyages littéraires.

 

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La fille du roi araignée – Chibundu Onuzo

Lagos est un univers avec deux planètes, celle des riches et leur luxe affolant et celle des pauvres et leur misère désolante.

Deux planètes qui ne se rencontrent que par l’entremetteur qu’est l’amour.

À dix-sept ans, Abike Johnson, la fille d’un richissime magnat de Lagos, a l’habitude de se laisser porter par l’immense Mercedes noire de son père dans les rues de la ville. Un jour, alors que la voiture est assaillie par des vendeurs à la sauvette, le regard d’Abike croise celui d’un colporteur : jeune, beau, élégant sous ses haillons, il détonne dans la foule. Lui vit dans un quartier mal famé. Tous les jours, il parcourt des kilomètres en vendant des glaces pour subvenir aux besoins de sa sœur et de sa mère. Abike découvre un univers inconnu qui la fascine et invite à son tour le jeune homme dans son monde.

Le colporteur a un surnom mais est désigné par sa profession tout au long du livre. Une façon de le rabaisser, le cantonner à son environnement ?

Le jeune homme est attachant. J’ai apprécié son courage, son dévouement au service de sa famille. Joke, sa petite sœur est une blague à elle seule. Insolente, elle nous apporte quelques moments de rire.

Ce roman relate avec précision le climat social de Lagos : les familles moyennes vivant au-dessus de leurs moyens, les sollicitations financières de la famille élargie qui s’étendent à l’infini, la solitude face aux problèmes financiers et ces riches dont la fortune repose sur corruption, proxénétisme et autres pratiques douteuses.

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Au début, j’ai cru lire une histoire d’amour young adult sans relief puis est venu le moment où les secrets du passé ont refait surface. La romance s’efface pour laisser la place à un thriller. Nos amoureux doivent choisir leur camp : celui de l’amour ou le rétablissement de la justice.

On a envie d’action. Les masques tombent, les apparences trompent…

Grands manipulateurs et novices en la matière élaborent leurs stratégies.

J’aurais voulu qu’Abby (vous découvrirez qui c’est en lisant le livre) perde à son jeu de séduction, que Runner G sorte glorieux et non honteux de sa vengeance mais l’auteure en a décidé autrement.

Merci à Chibundu Onuzo pour ce voyage divertissant à Lagos. L’alternance des points de vue marqués par un changement de la police d’écriture est un peu déroutante au début mais on finit par s’y habituer.

 

Pour en savoir plus sur le roman, cliquez ICI

 

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Terre Ceinte : survivre à la menace terroriste

Je continue ma découverte d’œuvres ayant reçu des prix littéraires. Celui que je vous présente aujourd’hui en a reçu deux : Le Grand Prix du roman métis en 2015 et le Prix Ahmadou Kourouma la même année.

Résumé de l'oeuvre

À Kalep, ville du Sumal désormais contrôlée par le pouvoir brutal des islamistes, deux jeunes sont exécutés pour avoir entretenu une relation amoureuse.
Des résistants tentent de s’opposer à ce nouvel ordre du monde en publiant un journal clandestin. Défi lancé au chef de la police islamique dans un climat de tension insoutenable qui met en évidence des contradictions et brouille tous les repères sociaux. Mais la vie, à sa façon mystérieuse, reprend toujours ses droits.
Terre ceinte met en scène des personnages enfermés dans un climat de violence. L’écrivain sénégalais en profite pour interroger les notions de courage et de lâcheté, d’héroïsme et de peur, de responsabilité et de vérité. À travers des dialogues étonnamment vibrants, des temps narratifs puissants, la correspondance échangée par les mères des deux victimes, s’élabore une réflexion contemporaine sur une situation de terreur.

l'Afrique écrit

 

Dieu est parti. Il a quitté ce monde depuis très longtemps dégoûté par son spectacle. Les Hommes sont seuls, ils font ce qu’ils veulent, car tout leur est permis. Et ce qu’ils veulent c’est le Mal : l’Homme est mauvais, et la société le rend encore plus mauvais.

Je n’aime pas la charia. Je l’ai détesté en regardant le film Timbuktu et je l’ai détesté davantage en lisant ce roman. 

Comment des hommes peuvent-ils manquer d’humanité et tuer leurs semblables sans une once de culpabilité et de tristesse ? Je n’arrive pas à le comprendre. 

Aimer Dieu, c’est aimer les hommes, et non se séparer d’eux.

 

Le fanatisme est dangereux et quand les hommes interprètent le silence de Dieu comme un accord ou un soutien c’est terrible. 

L’auteur dresse une belle fresque de la société opprimée par l’intégrisme religieux. Il dévoile les pensées profondes de ceux qui pensent défendre le nom de Dieu en imposant la terreur et celles de ces femmes et de ces hommes qui subissent cette terreur.

Sous l’angle de vue d’Abdel Karim, on découvre le profil psychologique d’un chef islamiste. Avec Ismaila, on réalise comment un jeune homme plein de vie s’éteint lentement dans le radicalisme.

Si les djihadistes viennent en Côte d’Ivoire et instaurent leur climat de terreur (je touche du bois) que ferai-je ? 

Vais-je subir ou réagir comme le Père Badji, Déthié, Codou, Madjigueen Ngoné, Vieux, Alioune ? Vais-je souffrir en silence, dos courbé, visage résigné ou souffrir en résistant, dos droit et visage déterminé ?

Déthié était la Liberté. Codou était la Justice. Madjigueen Ngoné était l’Egalité. Vieux était le Refus. Alioune était la Beauté. Le Père Badji était le Mystère. Tout cela constituait l’homme.

 

Il n’ y a naturellement ni héros ni salauds, et le courage, n’a alors pas plus de sens, ni de valeur, que la lâcheté. Il n’ y a d’abord que des gens qui ont peur et qui, ensuite, font quelque chose de cette peur: ils volent avec les ailes qu’elle leur donne aux talons, ou demeurent au sol, désespérément perclus.

 

J’ai apprécié la résistance des amis de Malamine, leur lutte pour éviter qu’on ne leur vole leur vie et leurs jours heureux. 

La guerre lui semblait être ce qui ne cessait de vouloir effacer le passé, une sorte de vaste destruction non seulement des villes, mais encore de quelque chose de plus essentiel en l’homme : du souvenir de ce qu’il a été, des joies qu’il a eues, de ses espoirs, des temps heureux.

 

Mon personnage coup de cœur est le Père Badji. J’ai apprécié sa nature mystérieuse et sa bravoure.

 

Ce livre m’a fait réfléchir sur l’unité d’un peuple et ses inconstances.

Ce journal a fait un pari sur le peuple. Il perdra car il ne faut jamais parier sur le peuple : il ne fait jamais ce que l’on attend de lui.

 

Il m’a également fait réfléchir sur la justice, la tolérance, l’importance de la liberté.  

Le récit ne s’achève pas comme je l’espérais. La victoire sur les djihadistes est de courte durée. Je me souviens encore du degré de tristesse qui a pris place dans mon cœur lorsque j’ai fermé le roman.

J’ai été sous le charme de la plume de l’auteur. Il a su faire une exacte représentation de la réalité contemporaine qu’est l’intégrisme religieux. C’est un pur littéraire, les mots se mettent sans rechigner au service de la réalité qu’il veut décrire.

C’est également un philosophe et ce côté m’a légèrement lassée. J’ai dû relire certaines phrases pour bien les comprendre. 

 

Terre Ceinte est un livre d’actualité. Il est à découvrir absolument.

 

lauteur

Mohamed Mbougar Sarr, fils de médecin, fait ses études secondaires au prytanée militaire de Saint-Louis-du-Sénégal avant de venir en France faire des classes préparatoires au lycée Pierre-d’Ailly de Compiègne puis intégrer l’École des hautes études en sciences sociales. Il a reçu plusieurs distinctions. La dernière est la médaille de bronze au concours de nouvelles des 8e jeux de la Francophonie. 

 

GM signature

 

 

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Throwback Thursday Livresque 16 – Noir et sans espoir ou Lumière et plein d’espoir

Ravie de vous retrouver pour le Throwback Thursday Livresque ! Pour ceux qui ont déjà oublié, ce rendez-vous permet de ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont nous n’avons plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à vos lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres !

 

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Cette semaine, le thème est : Noir et sans espoir ou Lumière et plein d’espoir

Je crois que j’ai lu plusieurs livres cadrant avec ce thème mais la mémoire me fait défaut.

J’ai failli passer mon tour encore une fois quand je me suis rappelé de ce beau livre lu au collège : Le cahier noir de Camara Nangala

Le cahier noir par Nangala

La maman de Nafiomo et Katinan est morte il y a peu de temps. Ils conservent enfouis dans leur cœur des souvenirs impérissables de son amour et de sa tendresse. Mais leur papa a déjà ramené à la maison une nouvelle épouse avec ses trois enfants. Cette marâtre qu’ils surnomment la vieille sorcière exerce sur leur père un puissant pouvoir de domination. Ils sont victimes de sa haine farouche, d’une injustice et d’une violence sans bornes. Convaincus que leur maman est au paradis, ils attendent patiemment que des anges viennent chercher le message d’espérance qu’ils consignent jour après jour dans un cahier noir. Jusqu’à ce que leur père découvre leur secret…

C’est un livre poignant, âmes ultra sensibles s’abstenir.

Mon cœur d’enfant s’est serré en lisant ce livre. J’ai pleuré et partagé la peine de ces deux garçons. J’ai remercié La Providence pour mes parents et ma famille unie.

Ce livre décrit une réalité sociale qui perdure encore sous les tropiques : trop d’enfants sont maltraités, réduits en esclavage par des belles-mères acariâtres et des pères au silence coupable. 

J’ai été très en colère contre leur belle-mère. Elles m’énervent, ces femmes égoïstes, qui protègent leur progéniture et malmènent les enfants des autres. 

Ce livre est noir comme la douleur, noir comme la violence, noir comme la solitude, noir comme le cauchemar. Heureusement les ténèbres ne durent pas toujours. La lumière jaillit, l’espoir trouve une réponse. Ce livre se termine bien, les larmes sont asséchées, la joie est restaurée, le cauchemar est terminé. 

Quel livre recommanderiez-vous pour ce thème ? Avez-vous lu des romans qui traitent de la violence domestique ?

 

signature coeur graceminlibe

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Le sel de nos larmes – Ruta Sepetys

 

Résumé de l'oeuvre

Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes…
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté…

Inspirée par la plus grande tragédie de l’histoire maritime, Ruta Sepetys lève le voile sur une catastrophe scandaleusement occultée de la Seconde Guerre mondiale, qui a fait au moins six fois plus de victimes que le Titanic en 1912.

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J’ai découvert ce livre grâce à la blogueuse Emi lors de ma balade de blog en blog il y a sept mois (il faut d’ailleurs que je reprenne). Coup de coeur d’Emi, je l’ai placé dans ma wishlist. J’ai sauté de joie quand j’ai su qu’il était disponible à la médiathèque. 

Je l’ai lu cette semaine. Ai-je eu le même ressenti qu’Emi ?

l'Afrique écrit

L’Allemagne et la Prusse Orientale ayant été envahies par l’Armée Rouge, les peuples allemands, polonais, lituaniens se retrouvent condamnés à l’exil. Luttant pour leur survie, ils espèrent être évacués d’urgence par la mer via l’Opération Hannibal.

Le récit repose sur quatre piliers : Joana, infirmière et Lituanienne, rapatriée en Allemagne qui prend plaisir à secourir les autres ; Emilia, la petite blonde au bonnet rose, apeurée, nostalgique de sa Pologne natale ; Florian, le restaurateur d’oeuvres d’art, sauveur de la jeune Emilia et Alfred, le bon soldat Allemand méprisé par ses pairs, sous-estimé et qui veut prouver au reste du monde qu’il a de la valeur. Emilia est celle qui m’a le plus émue.

Ces quatre adolescents qui s’expriment à tour de rôle parlent de leurs patries, leurs nostalgies, leurs visions de la guerre, leurs peurs, leurs fautes, leurs peines, leurs buts, leurs secrets et leur espoir de survie qui se trouve être le Wilthelm Gustloff.

A travers les yeux de ces quatre adolescents, nous observons la misère des réfugiés, la douloureuse séparation des familles, la cruauté, le lourd tribu que payent les civils lors d’une guerre et ça fait mal de lire tant de souffrance. 

Les personnages principaux comme secondaires sont attachants, si réels. On oublie qu’on est dans une fiction. On ressent les émotions qui les traversent. 

Ce roman historique est bien construit : les chapitres sont très courts et captivent, l’alternance de points de vue donne du rythme à l’histoire. On ne voit pas le temps passer.

Il est bien écrit, le style de l’auteure est épuré et simple. 

En conclusion, l’histoire est belle, remplie d’humanité et surtout instructive. Avant ce livre, j’ignorais tout de ce grand naufrage.

J’ai beaucoup aimé ce roman choral, il m’a manqué une avalanche de larmes pour qu’il soit un coup de coeur. Bravo à l’auteure pour ce roman de qualité qui mérite d’être lu.

La culpabilité n’a de cesse de vous poursuivre. (Joana)
Le destin n’a de cesse de vous poursuivre. (Florian)
La honte n’a de cesse de vous poursuivre. (Emilia)
La peur n’a de cesse de vous poursuivre. (Alfred)

Emilia

Je connais les légendes des oiseaux. Les mouettes, ce sont les  âmes des soldats décédés ; les chouettes, les âmes des femmes ; les colombes enfin, les âmes des jeunes filles vierges que la mort vient d’emporter. Existe-t-il un oiseau symbolisant l’âme des filles comme moi ? 

Emilia

Une mère, c’est une ancre dans la vie. Une mère, c’est un réconfort. Une mère, c’est un chez-soi. Une fille qui a perdu sa mère n’est plus qu’une minuscule embarcation sur une mer déchaînée. Il y a des bateaux qui finissent par atteindre le rivage. Et il en est d’autres, comme moi, qui semblent s’éloigner toujours d’avantage de la terre ferme. 

Alfred

Tu appartiens au sexe faible, ce dont je suis heureux. Puissent tes mains ne jamais se refermer en poings ! Puissent tes oreilles ne jamais entendre l’appel du devoir ! Avant la fin de cette guerre, tous les hommes auront l’occasion de révéler leur véritable personnalité. 

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Titre original : Salt to the sea

Publié par Philomel Books pour l’édition originale et Gallimard jeunesse pour la traduction française

Collection Scripto – Gallimard Jeunesse

478 pages

Date de publication : juin 2016

Notes de l’auteur disponibles en fin d’ouvrage

lauteur

Née à Detroit le 19 novembre 1967, Ruta Sepetys est née, dans une famille d’artistes, d’intellectuels et de musiciens. Son père réfugié lituanien, officier menacé de mort par Staline, a été emprisonné 8 ans dans un goulag.

Elle étudie la finance internationale au Hillsdale College et vit quelque temps en Europe. Puis elle part pour Los Angeles afin de travailler dans l’industrie de la musique.

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre (Between Shades of Gray, 2011), son premier roman et moult fois primé. Son 3e roman Le sel de nos larmes est inspiré de l’histoire de la cousine de son père qui a échappé au naufrage du Gustloff.

Elle vit dans le Tennessee, à Nashville, avec sa famille.

fleur v1

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Si d’aimer… une lumière dans l’obscurité

Un bon ami m’a dit que si je veux progresser dans mon apprentissage de l’écriture, je devrais lire les chefs d’œuvre et œuvres qui ont reçu des prix.

J’ai décidé de commencer par Si d’aimer… de Hemley Boum.

 

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L’existence de Salomé, Valérie et Moussa gravite autour de Céline, une prostituée de luxe, héroïne captivante du roman de Hemley Boum.

Trois voix dénouant l’inextricable condamnation d’une maladie incurable, gravée en quatre lettres dans le destin des protagonistes et du continent africain.

Si d’aimer… ne tue pas, c’est au prix d’un cheminement incroyable des aimants, amants et amis, en une exploration passionnante de la culture et de la société camerounaise. A l’horizon, un tout petit paradis vert où faire pousser l’amitié.

 

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Etre une femme respectable avec des valeurs et des principes

Mener une carrière enviable

Etre l’épouse de l’homme qu’on aime

Etre fidèle à l’église

Ne jamais manquer de rien

Attendre un enfant, entrevoir le futur souriant. Se réjouir à l’idée de porter la vie puis apprendre qu’on porte en soi les germes de la mort…

Quel terrible choc pour Salomé Lissouk dont la vie était jusqu’ici sans écueil ! 

Quel terrible choc d’apprendre que Pacôme, son époux qu’elle vénère, est celui qui a apporté le malheur et  par le biais d’une prostituée !

Sur un coup de tête, l’honnête épouse court chez Céline, la pute la plus célèbre de Douala. Elle veut affronter cette femme sans scrupule qui distribue le SIDA comme un Distributeur Automatique de Billets distribue du cash. Elle y va et revient avec un gros cahier, une écriture qui raconte deux vies…

J’ai toujours pensé que le SIDA devait être une punition pour les débauchés, les dépravés, les infidèles. J’ai toujours trouvé injuste que les épouses honnêtes attrapent cette maladie.

Hemley Boum m’a fait réfléchir autrement

_ Tu as raison, lui répondis-je. Je ne mérite pas, personne ne mérite. C’est bien la preuve que cette maladie n’est pas une sanction. S’il y avait une justice dans tout cela, Céline ne serait pas malade. S’il y avait un seul couple d’innocents, de justes, s’il ne fallait sauver que celui-là pour que l’humanité ait une chance de recommencer autrement, ce ne serait ni toi, ni moi, ni même Pacôme, ce serait Céline et Moussa. Mais ce n’est pas une sorte de sanction divine qui s’abattrait sur l’humanité en déroute, c’est une maladie qui s’abattrait sur l’humanité en déroute, c’est une maladie. Et comme la plupart des maladies depuis la nuit des temps, à celle-là également, les hommes trouveront un remède. Aucun tribunal suprême ne décide qui mourra du sida ou pas.

Avec un style descriptif abouti, un vocabulaire varié, coloré et riche, Hemley Boum dresse le portrait de plusieurs femmes : des femmes qui préservent leur indépendance et se condamnent à être celles qu’on veut qu’elles soient. Elle nous livre leurs secrets, trahisons, espoirs, désillusions, désirs, souffrances, fragilités, combats, forces.  

Elle nous emmène dans les quartiers chauds de Douala et fait parler les réalités sociales, nous expose les dessous de rapports entre les gens, la vie diamétralement opposée des riches et des pauvres.

Elle fait danser notre cœur au rythme de plusieurs mélodies : tristesse, impuissance, compassion, rage, renaissance

Hemley Boum dresse aussi le portrait de plusieurs hommes : des hommes qui abusent de la confiance qu’on leur donne, des hommes amoureux, des hommes qui aiment d’amitié, des hommes protecteurs. J’ai eu un énorme coup de cœur pour Moussa, le protecteur de Céline ; c’est lui le héros de cette histoire.

J’ai beaucoup aimé la pluralité des narrateurs, (Salomé, Valérie et Moussa prennent la parole à tour de rôle) les réflexions sur le mariage, la fidélité. J’ai également aimé les sentiments d’amour, d’amitié, de pardon, d’espérance que diffuse le livre. Oui, il y a une vie pendant la maladie et il faut la vivre intensément.

Ce livre aurait été un gros coup de cœur s’il n’y avait pas eu ces longueurs et ces lourdeurs. L’auteur est pédagogue et elle nous parle longuement du SIDA, j’ai un peu décroché à quelques moments.

Il y a beaucoup à dire sur ce roman. Je préfère m’arrêter là.  Si d’aimer est un bon livre, vous prendrez plaisir à le lire.

 

 

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lauteur

Après une maîtrise en sciences sociales à l’Université Catholique d’Afrique Centrale à Yaoundé et un troisième cycle de Commerce Extérieur à Lille, puis un DESS de Marketing et Qualité à l’Ecole Supérieure de Lille, Hemley Boum travaille 7 ans au Cameroun. Elle vit à présent en France. Son premier roman, Le clan des femmes a remporté un succès d’estime relativement important : plus de 3000 exemplaires vendus.

 

 

Je suis maintenant curieuse de voir si « Si d’aimer… » a bien mérité le prix Ivoire 2013. Je vais donc me lancer dans la lecture des autres ouvrages finalistes :

1-Josette Abondio (Côte d’Ivoire) – Le jardin d’Adalou
2-Mamadou Aliou Bah (Guinée) – Sortir de l’impasse
3-Flore Hazoumé (Côte d’Ivoire) – Je te le devais bien
4-Badia Hadj Nasser (Maroc) – Le cap des trois fourches,
5-Marcel Nouago Njeukam (Cameroun) – La vierge de Mew-Bell,
6-Janis Otsiemi (Gabon), La bouche qui mange ne parle pas

Les avez-vous lus ?

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La Nuit du Slam : ce que vous avez raté

J’avais deux choix pour ma soirée du samedi 22 Octobre 2016 : 

  • Assister à la célébration de la Journée du Manuscrit au Palais de la Culture 
  • Assister à la Nuit du Slam à l’Institut français de Côte d’Ivoire organisée par le Collectif Au Nom du Slam

Sans hésiter, j’ai opté pour le 2e choix. J’aime beaucoup le collectif Au Nom du Slam dont je vous avais présenté le 1er album, il y a quelques mois. Ce collectif vise à promouvoir le Slam, créer des plateformes d’expression pour le Slam et valoriser la culture ivoirienne par le Slam. Le Collectif au Nom du Slam est composé de onze membres dont trois femmes.

J’admire ces femmes et ces hommes qui font chanter les mots. J’aime ces artistes qui vivent leur passion avec détermination. 

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De 19 h 30 à 20 h 45, j’ai dévoré chacun des mots de Bee JoeKpegik,  l’Etudiant, Amee, Lyne, Philo, Roi Fort Malik, Noucy Boss… Tels des papillons, leurs mots ont voltigé et exécuté avec sincérité la danse des maux, de la mélancolie, de la persévérance, de la révolte… J’ai souri, j’ai ri, j’ai applaudi leur dextérité. 

La nuit du Slam a été un beau spectacle. Parce que vous le valez bien, je vous mets des extraits de ce que vous avez raté. 

Extrait 1 : Les mots du slameur Philo

Extrait 2 : Les mots d’Amee sur les effets contraignants de la célébrité 

Extrait 3 : les mots de Kpegik ou quand une femme change un homme. Kpegik s’exprime en nouchi, argot ivoirien. Ce texte est l’un de mes coups de cœur de cette soirée. 

Extrait 4 : « Christ est mort pour eux » est un texte de l’Etudiant. Ce texte est également l’un de mes coups de cœur de la soirée. L’étudiant est révolté, il dénonce l’injustice sociale. Pour lui, Jésus Christ fait du favoritisme sinon pourquoi n’accorde-t-il pas aux pauvres ce qu’il accorde aux riches ? 

J’espère de tout cœur que la route de ces artistes sera très longue et qu’ils vivront avec largesse de leur art. 

Et vous que leur souhaitez-vous ?

Avez-vous participé à des événements culturels ce weekend ?

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