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Swap Le livre qui voulait faire le tour du monde

Holà ! 

Il y a presque deux ans, j’ai souhaité embarquer dans l’aventure d’un swap plutôt original sur Livraddict: le livre qui voulait faire le tour du monde.
Le principe: faire voyager un livre autour du monde. Ce livre sera accompagné d’un carnet dans lequel chaque personne rédigera son avis sur sa lecture. Et, petit plus, ajoutez une photo du livre quelque part dans votre ville (devant l’hôtel de ville, dans un parc, etc.) afin de faire de ce carnet un véritable carnet de voyage. Vous pouvez même vous amuser à écrire une partie journal où le livre nous racontera ses plus beaux souvenirs en votre compagnie. 

En plus du livre et du carnet (que vous ne garderez pas), le colis doit contenir au moins :
– Des marque-pages
– 1 ou 2 surprises
– 1 ou 2 gourmandises
– Un petit mot

Le livre ET le carnet voyagent ensemble, d’une personne à l’autre.

L’aventure s’est étirée dans le temps pour diverses raisons mais le livre et le carnet ont enfin marqué une halte à Abidjan en décembre dernier !

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J’ai reçu de Tshuna du thé vert bio et une bougie qu’elle a confectionnée.

Le carnet

J’ai été ravie d’en savoir un peu plus sur les participantes à ce swap et de découvrir leurs avis sur le livre. 

Le livre 

Couverture Le restaurant de l'amour retrouvé

Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière. Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.

Mon avis

Vous désirez me poser une colle? Posez-moi une question sur la littérature japonaise. Comme auteur japonais, je ne connais qu’Aki Shimazaki et encore je n’ai lu qu’une œuvre de cette auteure.

C’est ce presque vide qui m’a poussé à découvrir le restaurant de l’amour retrouvé à travers le swap.

Dès les premières lignes, on se laisse porter par la douceur de la plume de la narratrice qui a perdu la voix depuis un chagrin d’amour. On assiste à son retour chez sa mère, avec qui la relation n’est pas au beau fixe. On est curieux de voir comment les choses vont évoluer entre sa mère et elle et surtout pour le restaurant qu’elle veut ouvrir.

L’Escargot est un restaurant très spécial. La cuisine de Rinco, notre héroïne, est personnalisée en fonction du client. Elle ne sert qu’un repas par jour. Et les repas cuisinés avec discernement, de façon généreuse ont un certain pouvoir sur les convives: ils soignent l’âme.

Rinco nous entraîne dans une aventure thérapeutique culinaire. La lecture est très gourmande. Les plats imaginés, concoctés mettent l’eau à la bouche.

Le rythme de narration est très lent mais les pages se tournent grâce à la fluidité de la plume de l’auteure.

J’ai apprécié les divers thèmes abordés notamment le partage, la confiance en soi. L’amour est au centre du récit et sous ses diverses formes. Amour de la cuisine, premier amour, amour filial etc…

J’ai passé un bon moment avec ce livre.

Ma lecture terminée et après avoir rempli le carnet de voyage, j’ai passé la main à Julie qui vit en Allemagne. Elle m’avait suggéré de lui faire découvrir mon beau pays à travers le colis. Je crois que c’est chose faite. 🙂

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En bonus numérique, elle a reçu un autre exemplaire du magazine cordon bleu

L’image contient peut-être : nourriture

Si vous avez envie de découvrir ces incontournables, faites-le moi savoir 😉

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Rentrée littéraire 2020: Sublime royaume – Yaa Gyasi

No home, le premier roman de l’auteure, figure parmi mes plus belles lectures de 2018. C’est donc avec beaucoup d’excitation que j’ai débuté la lecture de ce roman.

Gifty est chercheur scientifique. D’origine ghanéenne, elle est née aux USA après l’immigration de ses parents. Elle a 28 ans quand débute le récit. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’héroïne soit dans les STEM (STIM en français), ça change de mes lectures habituelles.

Dès le 1er chapitre, Gifty évoque sa mère qui semble être malade. L’on découvre en alternant présent et souvenirs du passé, le portrait d’une femme ghanéenne pieuse, mariée à 31 ans et qui a décidé d’immigrer aux USA via la loterie de la carte verte pour offrir le meilleur à son fils Nana. A travers sa vie, on découvre les défis de l’immigré aux USA: les boulots qu’on enchaîne, le racisme auquel l’on fait face, etc…

Croire en Dieu est-il compatible avec croire en la science ? Ce débat aussi vieux comme le monde est le thème central du récit. Gifty partage de façon très intime ses réflexions qui ne m’ont pas apporté grand chose. Ce sont en effet des questions déjà entendues.

Gifty nous partage ses recherches en neurosciences. Si j’ai apprécié ce partage au début du récit, j’ai trouvé certains passages très soporifiques.

Abordons la partie religion, foi, christianisme.

« Si tu mènes une vie pieuse, une vie morale, alors tout ce que tu accomplis sera prière, disait ma mère. Au lieu de prier toute la journée, vis ta vie comme une prière. »

J’ai apprécié cette présence spirituelle et les sous-thèmes religieux : la rigidité de certaines institutions religieuses, l’hypocrisie au sein de la communauté chrétienne, les jugements, rumeurs, le respect de la croyance de l’autre, etc… Et là, je profite de cette lucarne pour dire ceci : aucune assemblée chrétienne n’est parfaite. Si vous cherchez la perfection à l’Eglise, vous! L’Eglise est composée d’hommes imparfaits qui aspirent à être des hommes de bien. Ce sont des êtres faillibles, pouvant vous offenser. Gravez-le dans votre cabeza. Par ailleurs, la foi c’est d’abord et avant tout une relation avec Dieu avant d’être une histoire partagée avec une communauté.

D’autres thèmes sont également abordés à savoir la difficulté d’intégration dans un pays, une culture différente de la nôtre, l’addiction, la gestion du deuil, la dépression, la grossesse tardive, la venue d’un enfant non-désiré, la relation mère-fille.

Autant de thèmes qui rendent l’histoire familiale de Gifty touchante mais pas au point de verser une larme et de marquer l’esprit.

Les personnages sont peu nombreux et évitent toute confusion au lecteur. Gifty est un personnage difficile à cerner, je n’ai d’ailleurs pas compris ses choix sentimentaux. J’aurais voulu avoir le point de vue de la mère pour connaître le côté pile de l’histoire.

Les chapitres courts permettent au lecteur de supporter la cadence très lente du récit. La plume est fluide mais la structure complexe du récit m’a parfois un peu perdue.

Ecrire un deuxième roman après le succès du premier n’est pas du tout évident. En tant qu’auteure, j’en sais quelque chose. Je n’ai pas été subjuguée par Sublime royaume mais je salue l’auteure pour son courage tout en espérant que la prochaine oeuvre ait plus de puissance.

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Tous tes enfants dispersés – Beata Umubyeyi Mairesse

Peut-on réparer l’irréparable, rassembler ceux que l’histoire a dispersés ? Blanche, rwandaise, vit à Bordeaux après avoir fui le génocide des Tutsi de 1994. Elle a construit sa vie en France, avec son mari et son enfant métis Stokely. Mais après des années d’exil, quand Blanche rend visite à sa mère Immaculata, la mémoire douloureuse refait surface. Celle qui est restée et celle qui est partie pourront-elles se parler, se pardonner, s’aimer de nouveau ? Stokely, lui, pris entre deux pays, veut comprendre d’où il vient. Ode aux mères persévérantes, à la transmission, à la pulsion de vie qui anime chacun d’entre nous, Tous tes enfants dispersés porte les voix de trois générations tentant de renouer des liens brisés et de trouver leur place dans le monde d’aujourd’hui. Ce premier roman fait preuve d’une sensibilité impressionnante et signe la naissance d’une voix importante.

l'Afrique écrit

Roman choral. 3 générations prennent la parole, dévoilent leur intimité, habillent leurs douleurs, crient leurs silences. Immaculata, Blanche, Stokely sont unis par les liens du sang. Mère, fille, petit-fils.

3 voix qui évoquent le génocide des tutsi, l’exil, la culpabilité, le deuil, les relations intergénérationnelles rompues à cause de la distance, de l’histoire tragique.  

Le génocide des tutsi est un sujet douloureux qu’il m’est parfois difficile de lire. L’auteure ne décrit pas en détail les scènes de violence_ fort heureusement_mais les blessures non refermées. Elle évoque brièvement les pogroms des années 60.

La double culture et la transmission culturelle font également partie des thèmes percutants évoqués dans ce roman. 

Pour la mère de Stokely, ça ne s’était pas passé ainsi. Quand le père et la mère ne partagent pas la même langue maternelle, laquelle l’emporte ?

La transmission culturelle, le déracinement sont des sujets d’actualité notamment dans mon pays où rares sont les enfants du 21e siècle qui comprennent leur langue.

En France, l’assimilation fait également perdre les racines.

Tu vois ici des gens arrivent d’ailleurs depuis toujours. Des Italiens, des Russes, des Portugais, des Marocains, des Maliens. Les langues des pères et des mères ont été transmises sur une ou deux générations, elles ont parfois été coupées très vite parce qu’il fallait que les enfants deviennent de vrais Français. 

J’ai découvert la belle plume de l’auteure: un style maîtrisé, une écriture aérienne, un langage parfois châtié. Tous tes enfants dispersés est un roman qu’il faut lire lentement pour accueillir les silences, épouser les chagrins.

Christmas

Éditeur : Autrement

Date de publication : Août 2019

Nombre de pages : 256

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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Lecture commune Signé Poète X – Elizabeth Acevedo

A Harlem, dans un monde qui ne veut pas l’entendre, Xiomara, 15 ans, refuse de rester silencieuse.

Laisser parler ses poings ou écrire, écrire, encore écrire, slamer et enfin trouver sa voix.

Un texte révolté et bouleversant ; un roman en vers magnifiquement traduit qui croit au pouvoir de la littérature ; un livre qui donne à lire un monde où chaque voix peut être entendue et où les mots changent la vie.

 

l'Afrique écrit

J’ai lu ce livre en lecture commune avec Audrey du blog Light and Smell. Nous avons échangé quotidiennement pendant 5 jours nos impressions de lecture. Une expérience enrichissante. Pour lire son avis, cliquez ICI

Je n’en ai pas l’habitude mais je débuterai ma note de lecture par la couverture qui est magnifique. Une couverture artistique, contraste de couleurs mettant en exergue les mots. C’est un bel livre-objet. 

 

Entrons dans l’histoire qui débute au 24 mai. De quelle année ? Rien n’est spécifié mais il semble que l’époque soit contemporaine. 

Première agréable surprise : découverte des strophes, des rimes. Un roman en vers. Original et déconcertant à la fois.

Récit singulier, la narratrice nous embarque dans un beau voyage poétique, elle se raconte comme on lit un poème.

Xiomara, adolescente de 15 ans, nous livre un aperçu de son quartier, ces regards adressés aux filles qui s’habillent trop court, à son corps avec des formes.

Les rapports de notre narratrice avec sa mère sont tendus.

Et cette femme-là, qui me fait si peur,
cette femme à la fois mère et monstre,

 

La mère lui interdit d’avoir tout rapport avec les garçons, l’oblige à être assidue à l’Eglise. Xiomara trouve que sa mère est enfermée dans l’Eglise, elle, elle aimerait pouvoir ne pas porter le poids de l’Eglise, de la dévotion. 

Elle a des doutes sur la Bible, le christianisme, elle ne se retrouve pas dans les femmes de la Bible. 

C’est comme si en prenant de l’âge
              je m’étais aperçue
                                    que l’Église
traite les filles différemment.

 

J’ai été très agacée par le comportement de la mère. Je suis pour qu’on encadre l’adolescent, qu’on lui fixe des limites, qu’on l’oriente mais pas pour qu’on l’enferme dans un schéma de pensée, une vie qu’on aurait voulu vivre.  

Xiomara aimerait qu’on arrête de décider pour elle, elle aimerait pouvoir faire ses propres expériences surtout en ce qui concerne les garçons. Son histoire avec Aman est tendre. Je n’ai pas compris son silence face à une scène d’attouchements au lycée mais j’ai apprécié sa sagesse en ce qui concerne les relations sexuelles. Il n’obéit pas à son désir, sait écouter sa partenaire et n’interprète pas à sa guise ses NON. 

Xiomara est une rebelle, elle se défend avec ses poings, va apprendre à se défendre avec des mots grâce à sa prof d’anglais et le club de poésie. 

 

Dans ce roman singulier, les personnages tant principaux que secondaires apportent de la valeur de l’histoire.

Je me suis retrouvée en Caridad, l’amie de Xiomara. C’est mon personnage coup de cœur pour sa douceur, sa tolérance. 

Un autre personnage secondaire m’a également touchée. Le prêtre Sean. Pour une fois, que l’image d’un prêtre ne renvoie pas à des abus sexuels, que ce dernier assume avec brio son rôle de pasteur, je n’ai pas boudé mon plaisir.

Ce roman Young Adult est plaisant à lire. Il est fluide, évoque des sujets d’actualité tels que l’éducation de la jeune fille différente de celle du jeune garçon, les métiers sexués…

Il me sourit, hausse les épaules. « Je suis venu beaucoup,
pour m’entraîner. Mon père a jamais voulu me payer des cours.
Il dit que c’est un truc de meuf. »
Il a un sourire triste. Et je pense à tout ce qu’on pourrait être
si on nous disait pas que nos corps sont pas faits pour.

…mais j’aurais voulu qu’ils soient plus développés notamment celui de l’homosexualité.

 

Christmas

 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

 

Éditeur : Nathan

Date de publication :  2019

Nombre de pages : 384

Disponible aux formats papier et numérique 

 

fleur v1

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Les jours viennent et passent – Hemley Boum

Au soir de sa vie, Anna se remémore son existence mouvementée dans un Cameroun en pleine mutation. À ses côtés, sa fille unique, Abi, qui a choisi de vivre en France, tente de dénouer ses propres conflits, d’accorder vie amoureuse et responsabilités familiales. Une toute jeune femme, Tina, rescapée des camps de Boko Haram, mêlera sa voix et sa destinée aux leurs. À travers ces trois générations de femmes, Hemley Boum embrasse, en un même élan romanesque, à la fois l’histoire contemporaine du Cameroun et l’éternelle histoire du cœur humain.

 

 

l'Afrique écrit

 

La mère…

Anna est en fin de vie et se souvient. Elle nous mène sur les pas de son enfance. Elle qui n’a pas connu sa mère, a été élevée par Awaya, la paysanne veuve de plusieurs maris qui a elle-même élevé la mère d’Anna.

Anna se souvient de son accession au savoir, son temps de servitude chez les bonnes sœurs, sa rencontre avec le père d’Abi, son mariage, sa difficulté à s’intégrer dans sa belle-famille Bamiléké. 

La fille…

Abi évoque sa vie familiale, sa liaison adultérine qui a causé l’effondrement de sa cellule familiale, les conséquences dans la vie de son fils Max. 

 

La petite-fille….

Tina a le même âge que Max, il est d’ailleurs un proche ami. Elle intervient dans la 2e partie du livre. Une jeune fille dans la légèreté de l’adolescence qui se retrouve embrigadée dans un camp de Boko Haram. 

 

Les jours viennent et passent évoque plusieurs thèmes d’actualité : Boko Haram et les méthodes de recrutement de ces terroristes au Cameroun, l’exode du Nord vers le Sud du pays, la faiblesse du dispositif de lutte contre l’embrigadement des jeunes. L’Etat qui ne joue pas grand rôle, la corruption et cupidité des hommes politiques. 

Leur jihad est la caution morale d’escroqueries, de viols et de meurtres à grande échelle. 

 

Dans notre pays, la bureaucratie, les contrôles judiciaires, la loi, tout ce qui protège l’individu et permet l’éclosion d’une citoyenneté était dévoyé, distordu, même nos frontières étaient poreuses. 

 

Rien n’était mis en place : aucune communication, aucun plan d’action pour prévenir les familles, leur indiquer des relais d’entraide, fournir des outils pour combattre l’embrigadement, tous les embrigadements, qu’il s’agisse du désir d’Europe, via les pays du Maghreb – avec des passeurs ouvertement racistes, négriers des temps modernes –, ou de l’appel au jihad,

 

Les hommes faits envoient des jeunes gens à la guerre, c’est ainsi partout et de tout temps. Les vieux créent les conditions des conflits, nourrissent les hostilités, prétendent défendre des questions essentielles : le bien contre le mal, quand ils ne font que s’arc-bouter sur leurs privilèges en convoitant les richesses des autres. Ils ourdissent des stratégies délétères, puis lancent leurs enfants à l’assaut de l’ennemi.

 

 

Les jours viennent et passent parle de vies de femmes, leurs intimités, leurs challenges quotidiens : la gestion de la belle-famille, la polygamie, la rupture des liens maritaux.

La prison d’une femme ça peut être aussi la maison de son mari ou de son père.

 

Le corps d’une femme est bien plus exigeant que son cœur, l’ai-je déjà dit ? Il n’a qu’une vie et jamais ne l’oublie. Il thésaurise les traces de coups comme le souvenir des baisers, les blessures que l’on s’inflige et celles que la vie nous porte. Il ne guérit pas, ne se renouvelle pas, avance au pas de charge, seuls comptent le passé et le présent, l’avenir ne le concerne pas. Alors il ne peut se permettre aucune hypocrisie, le corps : il se rit de nos subterfuges, balaie d’un revers de la main nos atermoiements, les petits arrangements que l’on fait avec soi-même, il n’écoute pas les excuses et sanctionne
sans appel les impostures que le cœur tolère. 

 

Les jours viennent et passent décrit cette société où l’erreur de l’homme est acceptée, celle de la femme condamnée. 

J’ai découvert via ce roman la culture et le mode de vie des bamiléké, la profondeur de leur attachement aux valeurs ancestrales.

 

Le roman émet une réflexion sur la littérature africaine qui pourrait susciter de vifs débats. 

Je me suis longtemps tenue à l’écart de la littérature africaine, j’y lisais une injonction qui ne me convenait pas. Les auteurs étrangers parlaient à une « moi » intime, eux convoquaient la couleur de ma peau, ainsi qu’une histoire qui me blessait et m’humiliait. J’étais une femme sensible, en proie aux remous de la vie, pas un concept, un combat perdu, un territoire à conquérir, une authenticité à redéfinir. Mon identité ne faisait aucun doute à mes yeux, ou si doute il y avait, leur imaginaire peinait à en restituer la complexité.

 

Ce roman polyphonique à la tonalité lyrique se lit aisément. Il a ses moments de rire et ses moments de peine. Sympathique lecture mais je n’ai pas retrouvé la puissance d’écriture singulière d’Hemley Boum. 

 

 

Christmas

 

Éditeur : Gallimard

Collection : Blanche

Date de publication :  2019

Nombre de pages : 368

Disponible aux formats papier et numérique 

 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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Le bonheur, comme l’eau – Chinelo Okparanta

J’ai reçu ce roman dans le cadre du Swap Des livres et des thés sur Livraddict. Nous avions opté pour le COLIS AMATEUR :
     – 1 carte
     – 1 MP
     – 2 livres de la WL
     – 2 boites de thés 
     – des goodies en lien avec le thème

Nous avons ajouté chacune un 3e livre et ma binôme a choisi un livre qui n’était ni dans ma WL globale ni dans ma WL spécifique du swap. Elle l’a choisi sur recommandation de sa libraire. 

En mai dernier, j’ai donc accueilli dans ma Pile à Lire Le bonheur, comme l’eau.

Un titre intriguant. J’ai essayé en lisant chacune des dix nouvelles qui composent le recueil de découvrir la raison du choix d’un tel titre. La réponse m’est venue de la 8e nouvelle :

Le bonheur est comme l’eau, dit-elle. Nous essayons toujours de le saisir, mais il nous file toujours entre les doigts.

 

Les personnages de ce recueil sont à la recherche du bonheur. Le bonheur que l’on n’a pas et qu’on refuse aux autres.

Qu’ils soient centraux ou secondaires, ils espèrent qu’on leur accorde ce qu’ils attendent, ce qu’ils désirent mais le bonheur semble capricieux.

Ces dix nouvelles sont très féminines à l’exception de la 9e nouvelle où le narrateur est un homme.

Nos narratrices montrent leurs vies d’épouse, de fille, de femme.

Époux qui considère plus ses richesses matérielles que la vie de sa femme.

Époux axé plus sur son plaisir et qui n’entend pas la douleur de sa femme.

Époux qui bat sa femme et sa fille.

Les mères ont une influence presque dominatrice dans la vie de leurs filles, leur demandent de se marier, faire un enfant, se blanchir la peau ou taire leur orientation sexuelle.

L’homosexualité doit être un thème cher à l’auteure puisqu’il est le thème de deux nouvelles. Pourquoi ne s’intéresse-t-elle qu’au lesbianisme? Est-ce dû au fait que les personnages centraux sont des femmes ?

La foi chrétienne est un thème transversal aux nouvelles. On sent comme un désir de garder sa foi personnelle et ne pas l’imposer à d’autres. On sent une remise en question des principes bibliques pour se concentrer uniquement sur l’amour quel qu’en soit la forme.

J’ai entendu la voix de ces femmes, la vie intime de familles nigérianes, en Afrique ou en Amérique, aux prises avec leurs rêves, leurs traditions et la réalité de tous les jours.

J’ai passé un bon moment de lecture. La plume de l’auteur est fluide, pleine de sensibilité.

C’est mon #MardiConseil. Quel est le vôtre ?

 

 

 

 

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L’eau de Rose – Laurence Martin

Roman concourant au Prix des Auteurs Inconnus 2019, catégorie « littérature blanche »

 

Couverture L'eau de Rose

Rose est une jeune femme solitaire qui vit sa vie en parenthèse et tient le bonheur à distance. Sa sœur aînée, Anna, et son père, Georges, l’ont élevée dans la blessure d’un deuil qu’ils n’ont jamais fait. Rose ne possède aucun souvenir de cette mère perdue à l’âge de deux ans, à l’exception d’une photo d’elle. Pourtant, un matin, le destin fait basculer son existence. Rose est témoin d’un accident et la femme qui meurt dans ses bras lui confie son journal de vie ainsi qu’un message à transmettre : « Dites-leur pour moi que je les aime ». De cette lecture initiatique naîtra l’envie de tout changer, bousculer les lois familiales, les secrets gardés, les silences, se donner le droit de s’ouvrir enfin aux autres. Mais quand l’adversité s’entête, la peur reprend parfois ses droits et la mort ses prérogatives. Rose trouvera-t-elle sa vérité? Osera t-elle, enfin, le bonheur ?

 

l'Afrique écrit

 

Pour la petite histoire, Publishroom m’avait proposé dans le cadre de notre partenariat de lire et chroniquer ce roman. Le résumé ne m’ayant pas intriguée, j’ai décliné l’offre.

Lorsque je l’ai croisé lors des présélections, je me suis dit : oh non pas encore ce livre. Je ne l’ai pas mis dans ma sélection personnelle mais les membres du jury en ont décidé autrement. 

Il y a des rendez-vous qui s’imposent à nous, des rencontres obligatoires à faire …

Laurence Martin a l’âme d’une poétesse, cela se ressent de la majuscule au point final de chaque phrase. Elle nous fait don de belles envolées lyriques. Elle est passionnée de l’art d’écrire, de transmettre les sentiments. Sa plume est douce, délicate, pleine de sensibilité. J’ai été charmée par la tournure de ses phrases.

 

Rose a 22 ans. Elle ne connaît pas le bonheur, elle le regarde de loin. Elle ignore les instants de joie familiale. Son père et sa sœur vivent dans le silence du drame qui a eu lieu il y a 20 ans. 

L’auteure nous traduit la mélancolie de la jeune fille, le malaise qui règne dans cette famille. Le père et les filles ne vivent pas, ils survivent. On a envie comme elle de s’éloigner de cette maison familiale dès qu’elle y met les pieds. On ressent toute la froideur, la distance entre les membres de cette famille. 

Rose ne sait pas ce que signifie aimer. 

Pour l’heure, je vis les joies des autres, volées aux autres, subtilisées, et je les tiens à bonne distance, c’est bien plus sûr que de les vivre. 

 

L’amour est tout comme le bonheur, une notion qui m’est étrangère, une langue que je n’ai pas apprise, ou bien dans ma plus tendre enfance, et dont je ne me souviens pas. Peut-être ma langue maternelle ?

 

C’est une jeune fille apeurée, fragile, fermée aux autres jusqu’au jour où elle lira un carnet, la tranche de vie d’une femme. Rose va tenter d’être une nouvelle personne en combattant ses doutes, ses peurs. Elle va essayer de prendre goût à la vie et partager ce nouveau souffle autour d’elle. 

Ce roman aborde la quête du bonheur, la gestion du deuil en étant enfant ou adulte.

Les plus grands chagrins se surmontent dans les petites joies quotidiennes.

 

C’est un intense cri d’amour. S’aimer et aimer son prochain, aimer et le dire, aimer et vivre. 

L’amour est un billet retour qui ne s’achète pas sous la contrainte.

 

J’ai passé un bon moment de lecture même si j’ai trouvé certains passages trop larmoyants. J’avais envie de secouer les personnages, je les trouvais parfois trop passifs, en train de se questionner au lieu d’agir. 

 

 

Christmas

Éditeur : Publishroom

Année de publication : 2018

Existe en version Kindle et broché.

Lien d’achat : ICI

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Devine qui est mort – Frédérique Hoy

Roman concourant au Prix des Auteurs Inconnus 2019, catégorie « littérature blanche »

 

Devine qui est mort ? par [HOY, Frédérique]

La flûtiste renommée Albane de Morange a tout pour être heureuse : un homme qui l’aime et qui partage sa passion, un appartement chic à Paris, une vie réglée comme du papier à musique. Si elle n’a pas d’enfant, c’est pour une raison bien précise : cette raison même qui fait qu’elle a rompu avec la famille de Morange il y a plusieurs années.
Le jour où, en plein concert, la musicienne frôle la mort, son monde intérieur est bouleversé. Albane éprouve le besoin de renouer les liens, et surtout de régler ses comptes avec les acteurs de ce passé douloureux qu’elle n’a jamais eu le courage d’affronter. 

 

l'Afrique écrit

J’ai l’habitude de donner mon avis en commençant par le fond mais ce roman m’intime l’ordre de changer l’habitude. 

La plume de Frédérique Hoy est très travaillée et nous rappelle que l’écriture est un art. Chaque phrase est ciselée, soutenue par la poésie. Peut-on d’ailleurs se passer de poésie lorsque l’âme tourmentée décide de s’épancher ? 

L’auteure l’a bien compris et cite un vers de Baudelaire dès les premières pages :

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Poème Recueillement

 

Douleur, mélancolie, sombre, triste sont les maîtres-mots de ce roman. Il y règne une atmosphère lugubre qui amène un malaise durant la lecture.

L’hiver qui me traverse et qui ne me quitte plus, j’apprends à faire sa connaissance : c’est le signe de l’amour qui s’en va.

 

Albane a eu un choc émotionnel en plein concert suite à une rencontre inopinée. Cette dernière l’oblige à faire un saut dans le passé, 36 ans plus tôt.

 

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Adolescente, Albane a connu l’amour. Un amour que ses parents, des aristocrates froids et distants ont interdit. 

Dans l’insouciance que favorise l’émoi amoureux, la jeune fille commet une imprudence. Je lui en ai voulu pour ce manque de vigilance mais aurais-je eu la même réaction que ses parents ? Je les ai trouvés assez sévères.

Albane va recevoir une lourde punition, connaître la solitude, perdre une partie d’elle-même. Malgré les événements bouleversants endurés, elle va tenter de se reconstruire en couvrant ses blessures.

Le passé devient muet jusqu’au jour où le présent lui exige des comptes…

Quand la blessure ne nous tue pas, son souvenir revient finir le travail.

 

Je pensais avoir toutes les clés du coffre-fort du passé d’Albane. Je pensais que ce n’était qu’une histoire d’amour juvénile qui avait mal tourné. Loin de là, l’histoire d’Albane est beaucoup plus profonde. Elle est faite d’abus, de trahisons, de malentendus, de mensonges. J’ai été choquée par toutes les révélations. Maquillées à outrance par Albane et sa famille, je n’ai su les discerner. 

Devine qui est mort ?

Le titre du livre prend tout sens au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture.

Si j’ai éprouvé de la peine pour Albane, je n’ai pu m’empêcher de la trouver égoïste envers son mari. Elle fait ses choix sans se soucier de lui, se rend justice elle-même. Est-ce un besoin de revanche sur le passé, un moyen d’affirmation ? 

En conclusion

Devine qui est mort est un roman bien écrit qui aborde des thèmes percutants. Il s’inspire d’événements réels ayant eu lieu en Flandre entre 1950 et 1980 et fait réfléchir sur la protection des enfants. 

 

 

Christmas

Date de publication : Mai 2018

Existe en version kindle et broché.

Lien d’achat : ICI

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Publié dans Arrêt sur une oeuvre

N’être – Ma première fois avec Charline Effah

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Qu’est-ce que l’amour ? Doit-il être ou paraître ? Comment le reconnaît-on ? Comment le vit-on ? Telles sont les questions implicites que pose ce roman à travers l’épanchement de Lucinda, notre héroïne.

Fruit d’une relation adultérine, elle est rejetée par sa mère à la naissance. Lorsqu’elle rejoint la maison rouge, celle où habite sa mère et le Père, elle n’est pas à sa place. L’amour dans cette maison est invisible, il ne fait pas de bruit.

Lucinda ignore ce qu’est l’amour maternel, elle sait néanmoins ce qu’il n’est pas lorsqu’elle analyse la relation avec sa mère. Elle vit dans l’ombre de cet amour qu’elle aurait aimé expérimenter.

L’amour fraternel, Lucinda ne le connaît pas non plus. Sa fratrie la met à l’écart, elle, l’enfant noir.

L’amour se présentant à tout être humain sous différentes facettes, il se présente à Lucinda sous la forme de l’Éros. Elle va connaître l’amour charnel avec un homme marié.

 

Malgré les conseils de son ami et soupirant Elvis, elle va se perdre dans les bras d’Amos. Un homme qui n’est pas fier d’être noir vu qu’il se décape.

L’amour propre est ainsi évoqué. On en vient à s’interroger sur l’amour qu’on a pour soi.

La polygamie, la condition féminine sous les tropiques sont des thèmes également abordés.

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Je ne sais plus comment est né le désir de lire ce livre. Une chose est sûre, j’ai apprécié ma lecture même si j’ai trouvé quelques réflexions assez redondantes. Charline Effah est une plume à découvrir si vous aimez les belles lettres. La narration passe du « je » au « tu ». Son écriture est soignée, maîtrisée, poétique. La langue de Molière dans toute sa splendeur.

J’ai particulièrement apprécié le format du livre : il est tout petit et a cette couleur que j’affectionne tant.

A glisser dans vos poches ! Pour l’acheter, cliquez ICI

 

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Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Entre chiens et loups, tome 3 : Le choix d’aimer

Couverture Entre chiens et loups, tome 3 : Le choix d'aimer

Imaginez un monde. Un monde où tout est noir et blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé.
Dans ce monde, une enfant métisse est pourtant née, Callie Rose. Une vie entre le blanc et le noir. Entre l’amour et la haine. Entre des adultes prisonniers de leurs propres vies, leurs propres destins. Viendra alors son tour de faire un choix. Le choix d’aimer, malgré tous, malgré tout…

l'Afrique écrit

J’ai sorti ce tome de ma PAL pour valider deux challenges Livraddict.

Malorie Blackman insère dans son roman toutes les situations gênantes auxquels les Noirs font face dans la vraie vie. Par exemple, être suivie de près par le vigile dans un magasin comme si le vol était inscrit dans l’ADN des Noirs. J’ai déjà vécu cette situation avec ma sœur alors personne ne pourra dire que j’exagère.

Ce troisième tome de cette sympathique saga est focalisée sur Sephy et Callie Rose, la fille qu’elle a eue avec Callum. Écrire son nom me rappelle combien ce personnage me manque. Je n’ai pas encore fait le deuil.

Callie Rose vit avec sa mère et sa grand-mère paternelle. C’est une adorable fille. Elle a l’innocence attachée à son âge. Elle perd cette innocence quand des amis de classe lui révèlent ce qu’ils croient être le parcours de vie de son père. Notre cher Jude apparaît au bon moment pour étouffer en elle les derniers restes de l’innocence.

Ce cher Jude… Je n’ai toujours pas fait le deuil de Cara mais lui s’en fout complètement. On essaie de le comprendre. Le sentiment d’injustice peut dégénérer et faire grandir une colère malsaine mais on ne peut approuver ses choix, sa froideur.

L’atmosphère de haine dans ce tome est assez perceptible dans les mots, les actes, les pensées heureusement l’amour réussit à la devancer.

De la haine à l’amour. Faire le choix d’aimer malgré tout. Qu’est-ce que ça fait du bien l’amour ! L’amour sous toutes ses formes : celui d’une mère, d’une fille, d’une grand-mère, d’un homme.

L’histoire est émouvante. Merci à l’auteure pour cette lecture fluide et agréable. J’ai hâte de lire le dernier tome et découvrir ce que devient Jude et qui Sephy épousera.

Si vous n’avez pas encore fait connaissance avec cette saga, c’est le moment. 

Retrouvez mes chroniques du 1er et 2e tome ici et .

Petite anecdote : J’ai testé Google Play et c’est top! Mes notes sont directement enregistrées dans Google Drive. Il me reste plus qu’à faire un copier coller pour la rédaction de mes notes de lecture.

Je vous partage quelques extraits du livre que j’ai médités :

La sensibilité et l’idéalisme sont une combinaison dangereuse.

 

La foi devient souvent inaccessible aux moments où on en a le plus besoin.

Ah, Callie, ton père aura toujours une place spéciale dans mon cœur. Une place que personne ne lui prendra. Mais il est utopique de penser qu’il n’existe dans le monde qu’une et une seule personne que l’on peut aimer.

 

Bon mois de Septembre les amis ! Quelles découvertes littéraires, musicales avez-vous faites le mois dernier ?

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