Publié dans Arrêt sur une oeuvre

L’autre moitié de soi – Brit Bennett

Six chapitres forment la charpente du livre et couvrent plusieurs périodes : 1968 – 1978 – 1982 – 1985/1988-1986.

Les personnages principaux sont Desiree et Stella, des jumelles qui ont quittées Mallard, leur ville natale, dans le Sud de l’Amérique.

Le chapitre Un s’ouvre sur le retour de l’une des jumelles en avril 1968. 15 ans se sont écoulés depuis leur fugue. Elles avaient 16 ans à l’époque.

Desiree a le teint clair et ce qui choque les habitants de sa ville, c’est le teint noir-bleu de sa fillette. Il faut dire qu’à Mallard, on ne se mariait pas avec plus noir que soi.

Mallard tirait son nom des canards au cou cerclé de blanc qui habitaient les rizières et les marais. Une de ces villes qui sont une idée avant d’être un lieu. L’idée, elle était venue à Alphonse Decuir en 1848, alors qu’il se tenait dans les champs de canne à sucre légués par un père dont il avait lui aussi été la propriété. À présent que le père était décédé, le fils affranchi voulait construire sur ses terres quelque chose qui défierait les siècles. Une ville pour les hommes tels que lui, qui ne seraient jamais acceptés en tant que Blancs mais qui refusaient d’être assimilés aux Nègres.

Le fondateur de cette ville était obnubilé par la couleur

Il avait épousé une mulâtresse encore plus pâle que lui, et lorsqu’elle était enceinte de leur premier enfant, il imaginait les enfants des enfants de ses enfants, toujours plus clairs, comme une tasse de café qu’on diluerait peu à peu avec du lait. Un Nègre se rapprochant de la perfection, chaque génération plus claire que la précédente.

Et il a transmis cette obsession aux habitants de la ville. Desiree, arrière-arrière-arrière-petite-fille du fondateur de la ville, en a marre. L’arrêt de leur scolarité, décidée par leur mère va convaincre sa sœur Stella à s’enfuir avec elle. Stella aimait l’école et rêvait d’enseigner un jour.

Un an après leur fugue, leurs vies se scindent en deux, aussi nettement que l’œuf dont elles étaient issues. Stella était devenue blanche et Desiree avait épousé l’homme le plus noir qu’elle avait pu trouver.

Pourquoi ces trajectoires de vie différents ? Qu’est-ce qui avait poussé Desiree à revenir sur ses pas ? Que devenait Stella ?

Ces questions sont le cœur de l’intrigue. Des thèmes percutants et d’actualité sont traités dans ce dense roman: colorisme, déni des origines, quête d’identité, affirmation de soi, transidentité, violences conjugales, racisme, féminisme blanc/féminisme afro-américain.

J’ai beaucoup apprécié les thèmes abordés mais je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages. J’ai d’ailleurs détesté le personnage de Stella que j’ai trouvé lâche et encore plus le dénouement du récit en ce qui la concerne.

L’autre moitié de soi a été une lecture intéressante mais pas mémorable.

Un amour interdit Alyssa Cole

Mais, même dans cette drôle de ville où on n’épousait pas plus noir que soi, on restait des gens de couleur, ce qui signifiait qu’on pouvait être tué juste parce qu’on essayait de s’en sortir.

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Alabama 1963 – Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Les événements se déroulent entre le jeudi 8 août 1963 et le samedi 4 janvier 1964 à Birmingham, en Alabama, au cœur de la ségrégation raciale.

Le jeudi 8 août 1963, la nature est impuissante face au lourd sommeil d’une fille noire d’une dizaine d’années.

Oiseaux, mouche, brin d’herbe, scarabée, branches de chêne se meuvent mais pas elle. Elle dort d’un sommeil éternel.

Le mercredi 14 août 1963, le lecteur découvre Adela Cobb, une trentenaire noire, femme de ménage avec un programme hebdomadaire bien défini:

  • Lundi et jeudi chez Gloria Landaker
  • Mardi et vendredi chez Dorothy Hayes
  • Mercredi et samedi chez Carol Finnegan

Lorsque Carol Finnegan la vire parce que son fils a osé jouer avec la fille d’une voisine, Adela est obligée de trouver un autre employeur pour les mercredis et samedis.

Une mauvaise blague va la conduire chez Bud Larkin, un ancien policier reconverti en détective privé depuis un an ou deux et marié à l’alcool. Ellis et Lottie Rodgers, les parents de Dee Dee, une jeune fille de 11 ans, lui ont demandé d’enquêter sur la disparition de cette dernière.

Lorsque d’autres filles noires vont disparaître les unes à la suite des autres, Bud n’aura pas d’autre choix que d’associer Adela à son enquête.

Ce duo improbable fera son possible pour débusquer le coupable mais nos enquêteurs ne sont ni Hercule Poirot ni Sherlock Holmes. Le lecteur a même une longueur d’avance sur eux puisque le tueur se présente d’abord à lui avant Adela et Bud.

Ça m’avait manqué les très bonnes lectures cette année ! Sous fond de polar et d’histoire, Alabama 1963 est une belle histoire de rencontre, d’ouverture à l’autre et d’amitié.

Une lecture efficace: agréable tout en étant fluide. Elle est captivante, l’humour est présent, les personnages tant principaux que secondaires (à l’exception des vilains) sont attachants.

La fin, émouvante, montre une société en mutation et qui a encore beaucoup à faire pour que le vivre ensemble soit une réalité.

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Rentrée littéraire 2020: Sublime royaume – Yaa Gyasi

No home, le premier roman de l’auteure, figure parmi mes plus belles lectures de 2018. C’est donc avec beaucoup d’excitation que j’ai débuté la lecture de ce roman.

Gifty est chercheur scientifique. D’origine ghanéenne, elle est née aux USA après l’immigration de ses parents. Elle a 28 ans quand débute le récit. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’héroïne soit dans les STEM (STIM en français), ça change de mes lectures habituelles.

Dès le 1er chapitre, Gifty évoque sa mère qui semble être malade. L’on découvre en alternant présent et souvenirs du passé, le portrait d’une femme ghanéenne pieuse, mariée à 31 ans et qui a décidé d’immigrer aux USA via la loterie de la carte verte pour offrir le meilleur à son fils Nana. A travers sa vie, on découvre les défis de l’immigré aux USA: les boulots qu’on enchaîne, le racisme auquel l’on fait face, etc…

Croire en Dieu est-il compatible avec croire en la science ? Ce débat aussi vieux comme le monde est le thème central du récit. Gifty partage de façon très intime ses réflexions qui ne m’ont pas apporté grand chose. Ce sont en effet des questions déjà entendues.

Gifty nous partage ses recherches en neurosciences. Si j’ai apprécié ce partage au début du récit, j’ai trouvé certains passages très soporifiques.

Abordons la partie religion, foi, christianisme.

« Si tu mènes une vie pieuse, une vie morale, alors tout ce que tu accomplis sera prière, disait ma mère. Au lieu de prier toute la journée, vis ta vie comme une prière. »

J’ai apprécié cette présence spirituelle et les sous-thèmes religieux : la rigidité de certaines institutions religieuses, l’hypocrisie au sein de la communauté chrétienne, les jugements, rumeurs, le respect de la croyance de l’autre, etc… Et là, je profite de cette lucarne pour dire ceci : aucune assemblée chrétienne n’est parfaite. Si vous cherchez la perfection à l’Eglise, vous! L’Eglise est composée d’hommes imparfaits qui aspirent à être des hommes de bien. Ce sont des êtres faillibles, pouvant vous offenser. Gravez-le dans votre cabeza. Par ailleurs, la foi c’est d’abord et avant tout une relation avec Dieu avant d’être une histoire partagée avec une communauté.

D’autres thèmes sont également abordés à savoir la difficulté d’intégration dans un pays, une culture différente de la nôtre, l’addiction, la gestion du deuil, la dépression, la grossesse tardive, la venue d’un enfant non-désiré, la relation mère-fille.

Autant de thèmes qui rendent l’histoire familiale de Gifty touchante mais pas au point de verser une larme et de marquer l’esprit.

Les personnages sont peu nombreux et évitent toute confusion au lecteur. Gifty est un personnage difficile à cerner, je n’ai d’ailleurs pas compris ses choix sentimentaux. J’aurais voulu avoir le point de vue de la mère pour connaître le côté pile de l’histoire.

Les chapitres courts permettent au lecteur de supporter la cadence très lente du récit. La plume est fluide mais la structure complexe du récit m’a parfois un peu perdue.

Ecrire un deuxième roman après le succès du premier n’est pas du tout évident. En tant qu’auteure, j’en sais quelque chose. Je n’ai pas été subjuguée par Sublime royaume mais je salue l’auteure pour son courage tout en espérant que la prochaine oeuvre ait plus de puissance.

Publié dans Panaché

Rentrée littéraire Afro – Automne 2020

Oyé Oyé braves gens ! Apprêtez vos porte-monnaie, préparez vos paroles douces et séduisantes pour bénéficier des dons et cadeaux. Il y a du nouveau du côté de la littérature africaine et afro-descendante ! 18 romans à découvrir en cette rentrée littéraire.

Commençons par les auteures.

  1. Petina Gappah, zimbabwéenne

Le puissant roman d’aventure et d’exploration dans l’Afrique du XIXe siècle de Petina Gappah retrace l’histoire captivante des femmes et des hommes africains qui ont transporté le corps du Docteur Livingstone, explorateur et missionnaire, sur une distance de deux mille cinq cents kilomètres jusqu’à la côte, afin que sa dépouille puisse être rapatriée vers son Angleterre natale et son œuvre préservée. Racontée par deux de ses serviteurs, Halima, la cuisinière à la langue bien pendue, et Jacob Wainwright, le secrétaire de Livingstone d’une piété inflexible, l’histoire nous plonge au cœur du continent noir, juste au moment qui précède sa colonisation par les puissances européennes.
Avec une inoubliable galerie de personnages et au long d’un voyage riche en conflits et marqué par une incroyable ténacité, Hors des ténèbres, une lumière éclatante revisite un événement historique à travers le regard de ceux qui ont été souvent exclus de l’Histoire. Entraînant, profond, terrible et drôle, ce roman passe en revue toute l’hypocrisie de l’esclavage et de la colonisation – l’hypocrisie de l’humanité – tout en célébrant la résistance, la loyauté et l’amour.

2. Tayari Jones, afro-américaine

Tayari Jones nous livre la stupéfiante histoire de la mystification d’un homme, de la complicité d’une famille et de deux sœurs perdues au milieu, chacune tentant de trouver sa voie dans un château de cartes bâti sur le mensonge. Mais si la colère, la jalousie et l’amertume hantent ces pages, elles débordent surtout d’amour. Dans ce texte, pas de gagnants, juste des survivants, et un inoubliable et bouleversant portrait de famille se déployant sur trois générations, avec pour toile de fond la lutte pour les droits civiques et l’émancipation des femmes noires dans les États sudistes.

3. Yaa Gyasi, américaine d’origine ghanéenne

Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est une jeune chercheuse en neurologie qui consacre sa vie à ses souris de laboratoire. Mais du jour au lendemain, elle doit accueillir chez elle sa mère, très croyante, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et reste enfermée dans sa chambre. Au fil de souvenirs d’enfance émouvants, Gifty s’interroge sur sa passion pour la science si opposée aux croyances de sa mère et de ses ancêtres. Sublime Royaume raconte les difficultés d’avoir une peau noire en Amérique, et le choc des générations au sein d’une famille issue de l’immigration.

4. Bernardino Evaristo, britannique d’origine nigériane

Imaginez un chœur polyphonique réunissant douze femmes dont un homme trans, âgées de 19 à 93 ans, presque toutes noires, chantant leur(s) expérience(s) britannique(s) dans une scénographie multipliant décors et points de vue de Newcastle à Cornwall en passant par Londres et dans une chronologie s’étendant du XXe siècle aux trébuchements d’un XXIe siècle remodelé par les mouve-ments #metoo et #Blacklivesmatter. Cela donne Fille, Femme, autre, un roman-fusion époustouflant où, comme le soutien-gorge en son temps, la ponctuation a été allègrement jetée par la fenêtre. Son auteure, Bernardine Evaristo, a raflé comme une tornade dans son passage tous les honneurs dont le Man Booker Prize 2019 devenant ainsi la première femme noire à recevoir le prestigieux prix. C’est l’histoire entremêlée d’Amma, Yazz, Dominique, Carole, Bummi , LaTisha, Shirley, Winsome, Penelope, Megan/Morgan, Hattie et Grace et d’autres encore. Chacune d’elles cherche un avenir, une maison, l’amour, une mère absente, un père perdu, une identité, un genre – il, elle, iel – une existence, et au passage, le bonheur. Toutes ont traversé l’espace et le temps – pour atterrir au cœur de l’Angleterre, carrefour historique des migrations et échouer aux confins éternellement figés des castes britanniques. Femmes invisibles dans la société anglaise, elles prennent corps et âmes sous la plume libre et libératrice d’une auteure, poète, dramaturge qui, avec ce huitième roman, signe une œuvre d’une grande vitalité

5. Brit Bennett, afro-américaine

Quatorze ans après la disparition des jumelles Vignes, l’une d’elles réapparaît à Mallard, leur ville natale, dans le Sud d’une Amérique fraîchement déségrégationnée. Adolescentes, elles avaient fugué main dans la main, décidées à affronter le monde. Pourtant, lorsque Desiree refait surface, elle a perdu la trace de sa jumelle depuis bien longtemps: Stella a disparu des années auparavant pour mener à Boston la vie d’une jeune femme Blanche. Mais jusqu’où peut-on renoncer à une partie de soi-même ?
Dans ce roman magistral sur l’identité, l’auteure interroge les mailles fragiles dont sont tissés les individus, entre la filiation, le rêve de devenir une autre personne et le besoin dévorant de trouver sa place.

6. Sindiwe Magona, sud-africaine

Grand roman de l’apartheid où violence et quête d’humanité demeurent l’héritage de l’histoire. Sindiwe Magona signe un récit bouleversant sous forme de lettre. L’Afrique du Sud y est racontée tout en nuances, complexité et passion.

7. Akwaeke Emezi, nigériane

Eau douce - Akwaeke Emezi - Babelio

Au Nigéria, dans la cosmologie igbo, lorsqu’un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin. Mais à la naissance de la petite Ada, les portes entre le monde des humains et celui des esprits se sont temporairement ouvertes, le temps pour ces derniers de s’immiscer dans le corps de la fillette et de s’y trouver bloqués.
Un pied dans le monde des vivants, un pied dans le monde des esprits, Ada va ainsi grandir envahie par un cortège de voix qui vont se disputer le contrôle de sa vie, fractionnant son être en d’innombrables personnalités.
Mais lorsque Ada quitte son berceau géographique pour faire ses études aux États-Unis, un événement traumatique d’une violence inouïe va donner naissance à un nouvel esprit, beaucoup plus puissant, beaucoup plus dangereux. Ce nouveau «moi» prend possession d’elle et se nourrit de ses désirs, de sa colère et de sa rancœur. La vie de la jeune fille prend alors une tournure de plus en plus inquiétante, où la mort semble devenir une séduisante échappatoire.

8. Karine Silla, franco-sénégalaise

Aline Sitoé Diatta naît en 1920, au beau milieu des forêts luxuriantes de la Casamance, dans le sud du Sénégal. Enfant déterminée, puis adolescente indépendante, solitaire et douce, elle quitte la brousse pour se rendre à Dakar afin d’y travailler comme gouvernante dans une famille de colons. C’est là qu’elle entend, pour la première fois, des voix qui lui ordonnent de rentrer chez elle pour libérer son peuple. Prônant la désobéissance civile et la non-violence, Aline appelle les Sénégalais à lutter pour leurs terres et le respect qui leur reviennent de droit. S’entourant des anciens, comme le veut la tradition diola, écoutant les conseils de son sage ami Diacamoune, la jeune femme est vite érigée en icône de la résistance, magnétique et insoumise, et est sacrée reine. Menaçant l’ordre établi et mettant à mal l’administration française, Aline, la « Jeanne d’Arc du Sénégal », devient l’ennemie à abattre, mettant, dès lors, sa jeune vie en danger. À travers Aline, Karine Silla renoue avec l’histoire de ses origines et fait entendre la musique de tout un pays grâce à son écriture aussi envoûtante et inspirante que la voix de cette femme de lutte et de coeur qui, plus jamais, ne nous quittera.

9. Roukiata Ouedraogo, burkinabé

Le premier roman de Roukiata Ouedraogo est le récit très personnel d’une petite fi lle confrontée à l’univers des hommes. Avec l’humour tendre qui l’a rendue célèbre en France et dans toute la Francophonie, l’actrice burkinabè tient la chronique douce du drame qui a bouleversé son enfance.

10. Djaïli Amadou Amal, camerounaise

Ramla, Hindou et Safira. Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.
Ce magnifique roman retrace le destin de Ramla, 17 ans, arrachée à son amour pour être mariée de force avec Alhadji Issa, un homme riche et déjà marié. Hindou, sa soeur du même âge, est contrainte d’épouser Moubarak, son cousin, alcoolique, drogué et violent. Quant à Safira, 35 ans, la première épouse d’Alhadji Issa, elle voit d’un très mauvais oeil l’arrivée dans son foyer de la jeune Ramla, qu’elle veut voir répudiée.
Pour les aider dans cette étape importante et difficile de leur vie, leur entourage ne leur donne qu’un seul et même conseil : patience !
Mariage précoce forcé, viol conjugal, consensus et polygamie, avec Les Impatientes, Amal brise les tabous en dénonçant la condition de la femme dans le Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes

Du côté des auteurs, ça donne quoi ?

1. Colson Whitehead, afro-américain

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

2. Fiston Mwanza Mujila, congolais

Sanza, exaspéré par la vie familiale, quitte ses parents et rejoint le Parvis de la Poste, où vivent d’autres gamins de la rue. Commence la dolce vita, larcins petits et grands, ciné avec Ngungi l’enfant-sorcier et voyages en avion vers l’infra-monde… Mais les bagarres et les séances de colle finissent par le mettre vraiment sur la paille et l’obligent à céder au mystérieux Monsieur Guillaume et à sa police secrète.

Lubumbashi est en plein chaos, on conspire dans tous les coins, on prend des trains pour nulle part, on se précipite dans l’Angola en guerre pour aller traquer le diamant sous la protection de la Madone des mines de Cafunfu, un écrivain autrichien se balade avec une valise pleine de phrases, le Congo devient Zaïre et le jeune Molakisi archevêque. Mais la nuit, tous se retrouvent au « Mambo de la fête », là se croisent tous ceux qui aiment boire et danser ou veulent montrer leur réussite et leur richesse. Là on se lance à corps perdu dans la Danse du Vilain.

3. Jeffrey Colvin, afro-américain

Années 1930. Kath Ella refuse de suivre son destin tout tracé de fille de couleur et quitte Africville, un quartier fondé par d’anciens esclaves en Nouvelle-Écosse, au Canada. Après une histoire d’amour marquée par le deuil, elle donnera naissance à un fils, Omar, qui sera rebaptisé Étienne.

Années 1960. Étienne, dont la pâleur lui permet de passer pour un Blanc, vit en Alabama. Il est déchiré entre ses racines noires et la peur de perdre la vie qu’il est en train de construire.

Années 1980. À la mort de son père, Warner se lance dans une quête de ses origines, qui le mènera dans ce qui reste d’Africville mais aussi dans une prison d’État au fin fond du Mississippi.

Trois destins, trois personnages aux prises avec la réalité sociale de leur époque et les aléas de la vie. Pas de pathos ni de velléité moralisatrice. Les héros de ce roman sont des êtres vrais, de chair et de sang. En toile de fond, Africville, à la fois aimant et repoussoir, dont l’empreinte se transmet de génération en génération.

4. Oho Bambe, franco-camerounais

Après avoir tenté l’aventure à Rome, le héros est rapatrié au Cameroun, son pays natal. En quête de sens, porté par l’amour de Sita, sa grand-mère, il s’engage dans une association qui lutte pour éviter les départs « vers les cimetières de sable et d’eau ». Au Maroc, il rencontre le père Antoine, qui accueille des réfugiés,
et Imane, dont il ne lâchera plus la main. Au rythme de cette épopée chorale lumineuse, les parcours s’enchevêtrent, les destins s’entremêlent, entre l’Afrique mère fondamentale et l’Europe terre d’exils. La voix et le phrasé uniques de Marc Alexandre Oho Bambe effacent les frontières entre roman, poésie et récit initiatique.

5. Serge Bilé, franco-ivoirien

En 1525, François Ier est emprisonné à Madrid, après sa défaite à Pavie. Le roi de France cherche à s’évader. Pour tromper la vigilance des gardiens, il décide de se barbouiller le visage de suie et de se faire passer pour l’esclave noir qui entretient la cheminée. En 1658, Louis XIV se produit dans le Ballet d’Alcidiane au palais du Louvre. Il incarne un prince de… Mauritanie. Quitte à interpréter un Africain, autant viser haut. Le roi est accompagné d’une suite mau-resque, composée de son frère, de marquis et duchesses. En 1809, Napoléon Ier participe à un divertissement chez un ministre italien. L’empereur surprend son hôte et son entourage. Il est « déguisé en nègre » et marche devant le quadrille, en soufflant gaiement dans une sorte de trompe. Ce livre fourmille d’anecdotes, plus étonnantes les unes que les autres. Il revisite l’histoire de France, à travers la suie, en remontant à la source du grimage, pratiqué dès le Moyen-Âge par le peuple, les princes et les rois.

6. Alain Mabanckou, franco-congolais

Rumeurs d'Amérique - Alain Mabanckou - Babelio

Pour la première fois, j’ouvre les portes de mon Amérique, celles de la Californie où je vis depuis une quinzaine d’années, où j’enseigne la littérature française, mais aussi où j’écris tous mes romans. L’opulence de Santa Monica, l’âpre condition des minorités de Los Angeles, le désespoir des agglomérations environnantes, mais également l’enthousiasme d’une population qui porte encore en elle le rêve américain, c’est aussi mon histoire aujourd’hui.
Faits divers, musique, sport, guerre des gangs, enjeux de la race, habitudes politiques et campagne de l’élection présidentielle, mœurs des Angelinos, découverte d’endroits insolites, tout est passé au crible ici pour dessiner le portrait d’une autre Amérique.

7. Gauz, ivoirien

Black Manoo - Gauz - Babelio

Vous en avez marre de Paris ? Il suffit de lire Black Manoo : Paris est ici le royaume des junkies et des petits dealers. Oubliez les Champs-Elysées, partez pour Belleville et ses recoins, juteux en potins comme en personnages hauts en couleurs !

8. Eddy L. Harris, afro-américain

Le Mississippi. Un fleuve mythique qui descend du lac Itasca dans le Minnesota jusqu’au golfe du Mexique, en passant par Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans. Impétueux et dangereux, il charrie des poissons argentés, des branches d’arbre arrachées, des tonnes de boue, mais aussi l’histoire du pays et les rêves d’aventure de ses habitants. À l’âge de trente ans, Eddy décide de répondre à l’appel de l’Old Man River, de suivre en canoë son parcours fascinant pour sonder le cœur de l’Amérique et le sien, tout en prenant la mesure du racisme, lui qui ne s’est jamais vraiment vécu comme Noir. Au passage, il expérimentera la puissance des éléments, la camaraderie des bateliers, l’admiration des curieux ou l’animosité de chasseurs éméchés. Mais aussi la peur et le bonheur d’être seul. Il en sortira riche d’une force nouvelle et d’un livre fondateur, publié en France pour la première fois.

Quels titres vous tentent ?