Publié dans Panaché

Nouveautés littéraires – Editions Eburnie

Aujourd’hui, focus sur les nouvelles parutions des éditions Eburnie. 

Etant membre de l’Association les Amis du Livre, j’ai reçu un exemplaire de ce recueil. Il ne me reste plus qu’à l’insérer dans ma PAL.

Etant membre de l’Association les Amis du Livre, j’ai reçu un exemplaire de ce recueil. Il ne me reste plus qu’à l’insérer dans ma PAL.

Bande-dessinée

Bande-dessinée

Ces œuvres sont disponibles sur la boutique en ligne des éditions Eburnie. Cliquez ICI

Il est sûr que je vais lire les bandes-dessinées avant la fin de l’année. Et vous, lesquelles de ces œuvres vous intriguent ?

Publié dans Panaché

La rentrée littéraire 2021 de Vallesse Editions

Vous avez dit rentrée littéraire 2021 ? Eh bien ! Vallesse Editions propose, au lectorat ivoirien et du monde, 21 œuvres à savourer. J’aime beaucoup le dynamisme de cette maison d’édition ivoirienne.

Poésie

Peut être une image de une personne ou plus, ciel et texte

Le 13 mars 2016, la ville de Grand-Bassam connaissait une attaque terroriste qui a couté la vie à plusieurs personnes. C’est ce drame inédit en Côte d’Ivoire, au large des plages de cette ville historique ivoirienne, qui a mis en route ce chant de deuil. A travers Grand Bassam, c’est le deuil de Bamako, Ouagadougou, Ankara, Bruxelles, Paris… en somme, toutes les villes du monde qui ont versé leur sang du fait du terrorisme, que le poète exorcise.

Ce texte est un hymne d’espoir par-delà les horreurs tissées par le terrorisme ; un plaidoyer pour un monde de tolérance.

Prix de vente : 2000 francs CFA


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Prix de vente: 3000 francs CFA


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Prix de vente: 2990 francs CFA

Théâtre

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“Je suis une racine. Et je porte en silence la robustesse des arbres, la densité des feuilles et l’harmonie des lianes. Les passants remercient les feuilles pour leur ombre, révèrent les arbres pour leur tronc et bénissent les fruits pour leur succulence. Mais seuls savent verser des libations les initiés, car conscients de ce que l’arbre ne bourgeonne qu’à la force de ses racines.”

Par un usage subtil du mythe, le dramaturge nous mène ici au cœur d’une réflexion féconde sur les problématiques de la tradition, de l’environnement et du pouvoir.

Prix de vente: 2000 francs CFA

Conte

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Prix de vente: 2000 francs CFA


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Prix de vente: 2000 francs CFA

Nouvelles

Magloire Abale (@MagloireAbale) | Twitter

A l’ombre de l’heur est une œuvre miroir, un livre rétroviseur qui nous projette le vrai visage de notre société engluée dans les vices liés à l’argent, véritable destructeur des valeurs morales. Toutes les sphères de notre existence sont entachées. Des hommes en soutane, garant de l’équilibre spirituel de la société, aux dirigeants politiques, leaders d’opinion, en passant par les agents du service public nourris avec l’argent du contribuable, personne n’est jamais épargné par cette gangrène qui s’est installée en l’homme par un seul vecteur : l’argent. Comment s’en sortir ?”

Prix de vente : 3000 francs CFA

Roman

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Anthai et Alice sont de meilleures amies. Mais les épreuves ont cette particularité de toujours surgir là où tout va pour le mieux ; où la vie semble être un fleuve tranquille. Leur amitié inconditionnelle pourra t-elle résister aux écueils de la vie ?

La saison des regrets est un récit où le pardon se frotte abruptement à des amours démesurées, où la naïveté et la prudence rivalisent. ici, la passion perd les âmes et la trahison ose se coucher dans le lit feutré de la confiance. Et la vie, au delà des bancs de l’école, dévoile de lourds secrets…

Prix de vente: 2500 francs CFA

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Alidou Blondé, jeune instituteur de modeste condition sociale, s’est épris d’amour pour Aurore, la fille du richissime Timothée Yobouè. Malgré la farouche opposition de sa génitrice qui lui préfère la docile Philomène de son rang social, Alidou se mettre obstinément en ménage avec la sublime et sulfureuse Aurore. Mais dans un monde rongé par des considérations insanes, un monde où l’importance et la valeur d’un individu se jugent à l’aune de sa puissance financière, Alidou Blondé parviendra t-il, en raison de ses squelettiques revenus mensuels, à mener à bon port l’hétéroclite embarcation de sa relation amoureuse avec sa dulcinée ?

“Hum !…” n’est-il pas ce soupir de désarroi et d’amertume que n’importe quelle mère au coeur lacéré de peines émet lorsqu’elle voit son fils bien-aimé s’engager dans une relation amoureuse sans lendemain ?

“Hum !…” ne constitue-t-il pas la seule réponse quand se dresse devant nous, dans ses plus beaux atours, une injustice sociale ?

Prix de vente: 3000 francs CFA


Peut être un dessin animé de 2 personnes et texte qui dit ’Ferdinand KADJANÉ L'escabeau royal Roman Yenian Vallesse’

Prix de vente: 3000 F CFA


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Prix de vente: 3000 F CFA

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Prix de vente: 2500 F CFA

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“Je compte beaucoup exploiter la frustration de tous ces ignares et misérables qui croient que la vie est un conte de fées, qu’un pur politicien a pour eux de purs et angéliques projets et qu’il est en ce bas monde, un démocrate. Ils ignorent que la démocratie est la plus belle des prisons que nos sociétés civilisées aient bâties (…) Tu sais évidemment que les médias sont des prisons et les journalistes de libres prisonniers ne s’exprimant librement que dans les lianes éditoriales (…) Tout comme dans les partis politiques, nul n’a le droit d’y enfreindre  le dogme du maître…”

Prix de vente: 3500 francs CFA


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Réédition de ce roman publié par la Doxa éditions en 2017.

Prix de vente: 3000 francs CFA


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Prix de vente: 7000 francs CFA

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Prix de vente : 5000 F CFA

Publié au Canada par Mémoire d’Encrier et en France par les éditions Seuil.

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Sarita, la mère d’Arjun, pressent le malheur lorsque surgit dans le village de Rivière des Anguilles, à l’île Maurice, un enfant à six doigts. Un seul mot traverse encore les lèvres de ce garçon esseulé, frêle et muet : « Misère ». Arjun, le prodige joueur de vînâ le recueille. Tandis que la musique tisse d’étranges liens entre eux, les femmes du village dansent au rythme des convictions ancestrales et des désirs inavouables. Sur une île hantée par les spectres de la colonisation et de l’indépendance, le destin des habitants aux cœurs affamés de liberté se noue autour de cet être mystérieux…

Prix de vente: 3500 francs CFA

Publié en France par Atelier des Nomades.


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Moussa est « balanceur » sur un gbaka à Abidjan, une fourgonnette qui chaque jour fait la liaison entre la commune d’Abobo et le centre commercial d’Adjamé. Accroché à la portière, il sillonne la ville. Mais il ne voit presque rien de ce qui l’entoure. Ses rêves sont ailleurs. Il les porte depuis son enfance dans le quartier de Marley. Moussa veut aller à Bengue, en Europe. Peu importe le prix à payer, il veut partir, et que sa réussite là-bas profite aux siens ici. Il sera cireur de chaussures, apprenti mécanicien, chauffeur de taxi, soldat de la rébellion, chef de bande, avant de réunir assez d’argent et tenter l’aventure. Pour quelle vie ?

Prix de vente : 3000 francs CFA

Publié en France par JC Lattès.


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Surgi au cœur de l’Afrique, Ebola a mis les hommes et le monde face au danger de l’extinction. Dans le silence après la tourmente, trois voix s’élèvent : Baobab, confident et mémoire essentielle des êtres, Ebola, qui n’est pas le mal mais un organisme luttant pour sa survie, et Chauve-souris, porteur sain du virus et initiatrice du dialogue. Témoins ou acteurs de la tragédie, ils devisent sur la place de l’Homme, son rôle et ses responsabilités à l’égard du Monde dont il est le gardien. Sur le prix de sa vie aussi. Le palabre est ouvert….

Prix de vente: 3000 francs CFA

Publié en France par Don Quichotte Editions

Récit

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Comme des centaines de milliers de famille à travers le monde, celle de Philippe Di Nacera a été touchée par surprise, de plein fouet, par la pandémie à coronavirus : le papa, patriarche de la famille, âgé de 80 ans, atteint par la Covid 19, a passé 45 jours dans un service de réanimation, entre la vie et la mort.

“La traversée”, ce bouleversant témoignage écrit dans l’énergie du moment, raconte, au jour le jour, cette descente aux enfers, puis la lente remontée du père, alors que la famille éclatée sur plusieurs continents, confinée et impuissante, tente de resserrer les liens pour surpasser l’épreuve. Une traversée qui en appelle deux autres : les souvenirs d’enfance et la quête d’identité du fils, faite d’immigration et d’exil, de nostalgie et d’amour pour un paradis perdu, le pays d’origine : l’Algérie.

Prix de vente: 3000 francs CFA


N’Zassa

Prix de vente: 2500 francs CFA


Prix de vente: 9500 francs CFA

6 de ces œuvres ont rejoint ma wishlist. Sauriez-vous deviner lesquelles ?

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

L’autre moitié de soi – Brit Bennett

Six chapitres forment la charpente du livre et couvrent plusieurs périodes : 1968 – 1978 – 1982 – 1985/1988-1986.

Les personnages principaux sont Desiree et Stella, des jumelles qui ont quittées Mallard, leur ville natale, dans le Sud de l’Amérique.

Le chapitre Un s’ouvre sur le retour de l’une des jumelles en avril 1968. 15 ans se sont écoulés depuis leur fugue. Elles avaient 16 ans à l’époque.

Desiree a le teint clair et ce qui choque les habitants de sa ville, c’est le teint noir-bleu de sa fillette. Il faut dire qu’à Mallard, on ne se mariait pas avec plus noir que soi.

Mallard tirait son nom des canards au cou cerclé de blanc qui habitaient les rizières et les marais. Une de ces villes qui sont une idée avant d’être un lieu. L’idée, elle était venue à Alphonse Decuir en 1848, alors qu’il se tenait dans les champs de canne à sucre légués par un père dont il avait lui aussi été la propriété. À présent que le père était décédé, le fils affranchi voulait construire sur ses terres quelque chose qui défierait les siècles. Une ville pour les hommes tels que lui, qui ne seraient jamais acceptés en tant que Blancs mais qui refusaient d’être assimilés aux Nègres.

Le fondateur de cette ville était obnubilé par la couleur

Il avait épousé une mulâtresse encore plus pâle que lui, et lorsqu’elle était enceinte de leur premier enfant, il imaginait les enfants des enfants de ses enfants, toujours plus clairs, comme une tasse de café qu’on diluerait peu à peu avec du lait. Un Nègre se rapprochant de la perfection, chaque génération plus claire que la précédente.

Et il a transmis cette obsession aux habitants de la ville. Desiree, arrière-arrière-arrière-petite-fille du fondateur de la ville, en a marre. L’arrêt de leur scolarité, décidée par leur mère va convaincre sa sœur Stella à s’enfuir avec elle. Stella aimait l’école et rêvait d’enseigner un jour.

Un an après leur fugue, leurs vies se scindent en deux, aussi nettement que l’œuf dont elles étaient issues. Stella était devenue blanche et Desiree avait épousé l’homme le plus noir qu’elle avait pu trouver.

Pourquoi ces trajectoires de vie différents ? Qu’est-ce qui avait poussé Desiree à revenir sur ses pas ? Que devenait Stella ?

Ces questions sont le cœur de l’intrigue. Des thèmes percutants et d’actualité sont traités dans ce dense roman: colorisme, déni des origines, quête d’identité, affirmation de soi, transidentité, violences conjugales, racisme, féminisme blanc/féminisme afro-américain.

J’ai beaucoup apprécié les thèmes abordés mais je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages. J’ai d’ailleurs détesté le personnage de Stella que j’ai trouvé lâche et encore plus le dénouement du récit en ce qui la concerne.

L’autre moitié de soi a été une lecture intéressante mais pas mémorable.

Un amour interdit Alyssa Cole

Mais, même dans cette drôle de ville où on n’épousait pas plus noir que soi, on restait des gens de couleur, ce qui signifiait qu’on pouvait être tué juste parce qu’on essayait de s’en sortir.

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Alabama 1963 – Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Les événements se déroulent entre le jeudi 8 août 1963 et le samedi 4 janvier 1964 à Birmingham, en Alabama, au cœur de la ségrégation raciale.

Le jeudi 8 août 1963, la nature est impuissante face au lourd sommeil d’une fille noire d’une dizaine d’années.

Oiseaux, mouche, brin d’herbe, scarabée, branches de chêne se meuvent mais pas elle. Elle dort d’un sommeil éternel.

Le mercredi 14 août 1963, le lecteur découvre Adela Cobb, une trentenaire noire, femme de ménage avec un programme hebdomadaire bien défini:

  • Lundi et jeudi chez Gloria Landaker
  • Mardi et vendredi chez Dorothy Hayes
  • Mercredi et samedi chez Carol Finnegan

Lorsque Carol Finnegan la vire parce que son fils a osé jouer avec la fille d’une voisine, Adela est obligée de trouver un autre employeur pour les mercredis et samedis.

Une mauvaise blague va la conduire chez Bud Larkin, un ancien policier reconverti en détective privé depuis un an ou deux et marié à l’alcool. Ellis et Lottie Rodgers, les parents de Dee Dee, une jeune fille de 11 ans, lui ont demandé d’enquêter sur la disparition de cette dernière.

Lorsque d’autres filles noires vont disparaître les unes à la suite des autres, Bud n’aura pas d’autre choix que d’associer Adela à son enquête.

Ce duo improbable fera son possible pour débusquer le coupable mais nos enquêteurs ne sont ni Hercule Poirot ni Sherlock Holmes. Le lecteur a même une longueur d’avance sur eux puisque le tueur se présente d’abord à lui avant Adela et Bud.

Ça m’avait manqué les très bonnes lectures cette année ! Sous fond de polar et d’histoire, Alabama 1963 est une belle histoire de rencontre, d’ouverture à l’autre et d’amitié.

Une lecture efficace: agréable tout en étant fluide. Elle est captivante, l’humour est présent, les personnages tant principaux que secondaires (à l’exception des vilains) sont attachants.

La fin, émouvante, montre une société en mutation et qui a encore beaucoup à faire pour que le vivre ensemble soit une réalité.

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Rentrée littéraire 2020: Sublime royaume – Yaa Gyasi

No home, le premier roman de l’auteure, figure parmi mes plus belles lectures de 2018. C’est donc avec beaucoup d’excitation que j’ai débuté la lecture de ce roman.

Gifty est chercheur scientifique. D’origine ghanéenne, elle est née aux USA après l’immigration de ses parents. Elle a 28 ans quand débute le récit. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’héroïne soit dans les STEM (STIM en français), ça change de mes lectures habituelles.

Dès le 1er chapitre, Gifty évoque sa mère qui semble être malade. L’on découvre en alternant présent et souvenirs du passé, le portrait d’une femme ghanéenne pieuse, mariée à 31 ans et qui a décidé d’immigrer aux USA via la loterie de la carte verte pour offrir le meilleur à son fils Nana. A travers sa vie, on découvre les défis de l’immigré aux USA: les boulots qu’on enchaîne, le racisme auquel l’on fait face, etc…

Croire en Dieu est-il compatible avec croire en la science ? Ce débat aussi vieux comme le monde est le thème central du récit. Gifty partage de façon très intime ses réflexions qui ne m’ont pas apporté grand chose. Ce sont en effet des questions déjà entendues.

Gifty nous partage ses recherches en neurosciences. Si j’ai apprécié ce partage au début du récit, j’ai trouvé certains passages très soporifiques.

Abordons la partie religion, foi, christianisme.

« Si tu mènes une vie pieuse, une vie morale, alors tout ce que tu accomplis sera prière, disait ma mère. Au lieu de prier toute la journée, vis ta vie comme une prière. »

J’ai apprécié cette présence spirituelle et les sous-thèmes religieux : la rigidité de certaines institutions religieuses, l’hypocrisie au sein de la communauté chrétienne, les jugements, rumeurs, le respect de la croyance de l’autre, etc… Et là, je profite de cette lucarne pour dire ceci : aucune assemblée chrétienne n’est parfaite. Si vous cherchez la perfection à l’Eglise, vous! L’Eglise est composée d’hommes imparfaits qui aspirent à être des hommes de bien. Ce sont des êtres faillibles, pouvant vous offenser. Gravez-le dans votre cabeza. Par ailleurs, la foi c’est d’abord et avant tout une relation avec Dieu avant d’être une histoire partagée avec une communauté.

D’autres thèmes sont également abordés à savoir la difficulté d’intégration dans un pays, une culture différente de la nôtre, l’addiction, la gestion du deuil, la dépression, la grossesse tardive, la venue d’un enfant non-désiré, la relation mère-fille.

Autant de thèmes qui rendent l’histoire familiale de Gifty touchante mais pas au point de verser une larme et de marquer l’esprit.

Les personnages sont peu nombreux et évitent toute confusion au lecteur. Gifty est un personnage difficile à cerner, je n’ai d’ailleurs pas compris ses choix sentimentaux. J’aurais voulu avoir le point de vue de la mère pour connaître le côté pile de l’histoire.

Les chapitres courts permettent au lecteur de supporter la cadence très lente du récit. La plume est fluide mais la structure complexe du récit m’a parfois un peu perdue.

Ecrire un deuxième roman après le succès du premier n’est pas du tout évident. En tant qu’auteure, j’en sais quelque chose. Je n’ai pas été subjuguée par Sublime royaume mais je salue l’auteure pour son courage tout en espérant que la prochaine oeuvre ait plus de puissance.

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Rentrée littéraire Afro – Automne 2020

Oyé Oyé braves gens ! Apprêtez vos porte-monnaie, préparez vos paroles douces et séduisantes pour bénéficier des dons et cadeaux. Il y a du nouveau du côté de la littérature africaine et afro-descendante ! 18 romans à découvrir en cette rentrée littéraire.

Commençons par les auteures.

  1. Petina Gappah, zimbabwéenne

Le puissant roman d’aventure et d’exploration dans l’Afrique du XIXe siècle de Petina Gappah retrace l’histoire captivante des femmes et des hommes africains qui ont transporté le corps du Docteur Livingstone, explorateur et missionnaire, sur une distance de deux mille cinq cents kilomètres jusqu’à la côte, afin que sa dépouille puisse être rapatriée vers son Angleterre natale et son œuvre préservée. Racontée par deux de ses serviteurs, Halima, la cuisinière à la langue bien pendue, et Jacob Wainwright, le secrétaire de Livingstone d’une piété inflexible, l’histoire nous plonge au cœur du continent noir, juste au moment qui précède sa colonisation par les puissances européennes.
Avec une inoubliable galerie de personnages et au long d’un voyage riche en conflits et marqué par une incroyable ténacité, Hors des ténèbres, une lumière éclatante revisite un événement historique à travers le regard de ceux qui ont été souvent exclus de l’Histoire. Entraînant, profond, terrible et drôle, ce roman passe en revue toute l’hypocrisie de l’esclavage et de la colonisation – l’hypocrisie de l’humanité – tout en célébrant la résistance, la loyauté et l’amour.

2. Tayari Jones, afro-américaine

Tayari Jones nous livre la stupéfiante histoire de la mystification d’un homme, de la complicité d’une famille et de deux sœurs perdues au milieu, chacune tentant de trouver sa voie dans un château de cartes bâti sur le mensonge. Mais si la colère, la jalousie et l’amertume hantent ces pages, elles débordent surtout d’amour. Dans ce texte, pas de gagnants, juste des survivants, et un inoubliable et bouleversant portrait de famille se déployant sur trois générations, avec pour toile de fond la lutte pour les droits civiques et l’émancipation des femmes noires dans les États sudistes.

3. Yaa Gyasi, américaine d’origine ghanéenne

Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est une jeune chercheuse en neurologie qui consacre sa vie à ses souris de laboratoire. Mais du jour au lendemain, elle doit accueillir chez elle sa mère, très croyante, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et reste enfermée dans sa chambre. Au fil de souvenirs d’enfance émouvants, Gifty s’interroge sur sa passion pour la science si opposée aux croyances de sa mère et de ses ancêtres. Sublime Royaume raconte les difficultés d’avoir une peau noire en Amérique, et le choc des générations au sein d’une famille issue de l’immigration.

4. Bernardino Evaristo, britannique d’origine nigériane

Imaginez un chœur polyphonique réunissant douze femmes dont un homme trans, âgées de 19 à 93 ans, presque toutes noires, chantant leur(s) expérience(s) britannique(s) dans une scénographie multipliant décors et points de vue de Newcastle à Cornwall en passant par Londres et dans une chronologie s’étendant du XXe siècle aux trébuchements d’un XXIe siècle remodelé par les mouve-ments #metoo et #Blacklivesmatter. Cela donne Fille, Femme, autre, un roman-fusion époustouflant où, comme le soutien-gorge en son temps, la ponctuation a été allègrement jetée par la fenêtre. Son auteure, Bernardine Evaristo, a raflé comme une tornade dans son passage tous les honneurs dont le Man Booker Prize 2019 devenant ainsi la première femme noire à recevoir le prestigieux prix. C’est l’histoire entremêlée d’Amma, Yazz, Dominique, Carole, Bummi , LaTisha, Shirley, Winsome, Penelope, Megan/Morgan, Hattie et Grace et d’autres encore. Chacune d’elles cherche un avenir, une maison, l’amour, une mère absente, un père perdu, une identité, un genre – il, elle, iel – une existence, et au passage, le bonheur. Toutes ont traversé l’espace et le temps – pour atterrir au cœur de l’Angleterre, carrefour historique des migrations et échouer aux confins éternellement figés des castes britanniques. Femmes invisibles dans la société anglaise, elles prennent corps et âmes sous la plume libre et libératrice d’une auteure, poète, dramaturge qui, avec ce huitième roman, signe une œuvre d’une grande vitalité

5. Brit Bennett, afro-américaine

Quatorze ans après la disparition des jumelles Vignes, l’une d’elles réapparaît à Mallard, leur ville natale, dans le Sud d’une Amérique fraîchement déségrégationnée. Adolescentes, elles avaient fugué main dans la main, décidées à affronter le monde. Pourtant, lorsque Desiree refait surface, elle a perdu la trace de sa jumelle depuis bien longtemps: Stella a disparu des années auparavant pour mener à Boston la vie d’une jeune femme Blanche. Mais jusqu’où peut-on renoncer à une partie de soi-même ?
Dans ce roman magistral sur l’identité, l’auteure interroge les mailles fragiles dont sont tissés les individus, entre la filiation, le rêve de devenir une autre personne et le besoin dévorant de trouver sa place.

6. Sindiwe Magona, sud-africaine

Grand roman de l’apartheid où violence et quête d’humanité demeurent l’héritage de l’histoire. Sindiwe Magona signe un récit bouleversant sous forme de lettre. L’Afrique du Sud y est racontée tout en nuances, complexité et passion.

7. Akwaeke Emezi, nigériane

Eau douce - Akwaeke Emezi - Babelio

Au Nigéria, dans la cosmologie igbo, lorsqu’un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin. Mais à la naissance de la petite Ada, les portes entre le monde des humains et celui des esprits se sont temporairement ouvertes, le temps pour ces derniers de s’immiscer dans le corps de la fillette et de s’y trouver bloqués.
Un pied dans le monde des vivants, un pied dans le monde des esprits, Ada va ainsi grandir envahie par un cortège de voix qui vont se disputer le contrôle de sa vie, fractionnant son être en d’innombrables personnalités.
Mais lorsque Ada quitte son berceau géographique pour faire ses études aux États-Unis, un événement traumatique d’une violence inouïe va donner naissance à un nouvel esprit, beaucoup plus puissant, beaucoup plus dangereux. Ce nouveau «moi» prend possession d’elle et se nourrit de ses désirs, de sa colère et de sa rancœur. La vie de la jeune fille prend alors une tournure de plus en plus inquiétante, où la mort semble devenir une séduisante échappatoire.

8. Karine Silla, franco-sénégalaise

Aline Sitoé Diatta naît en 1920, au beau milieu des forêts luxuriantes de la Casamance, dans le sud du Sénégal. Enfant déterminée, puis adolescente indépendante, solitaire et douce, elle quitte la brousse pour se rendre à Dakar afin d’y travailler comme gouvernante dans une famille de colons. C’est là qu’elle entend, pour la première fois, des voix qui lui ordonnent de rentrer chez elle pour libérer son peuple. Prônant la désobéissance civile et la non-violence, Aline appelle les Sénégalais à lutter pour leurs terres et le respect qui leur reviennent de droit. S’entourant des anciens, comme le veut la tradition diola, écoutant les conseils de son sage ami Diacamoune, la jeune femme est vite érigée en icône de la résistance, magnétique et insoumise, et est sacrée reine. Menaçant l’ordre établi et mettant à mal l’administration française, Aline, la « Jeanne d’Arc du Sénégal », devient l’ennemie à abattre, mettant, dès lors, sa jeune vie en danger. À travers Aline, Karine Silla renoue avec l’histoire de ses origines et fait entendre la musique de tout un pays grâce à son écriture aussi envoûtante et inspirante que la voix de cette femme de lutte et de coeur qui, plus jamais, ne nous quittera.

9. Roukiata Ouedraogo, burkinabé

Le premier roman de Roukiata Ouedraogo est le récit très personnel d’une petite fi lle confrontée à l’univers des hommes. Avec l’humour tendre qui l’a rendue célèbre en France et dans toute la Francophonie, l’actrice burkinabè tient la chronique douce du drame qui a bouleversé son enfance.

10. Djaïli Amadou Amal, camerounaise

Ramla, Hindou et Safira. Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.
Ce magnifique roman retrace le destin de Ramla, 17 ans, arrachée à son amour pour être mariée de force avec Alhadji Issa, un homme riche et déjà marié. Hindou, sa soeur du même âge, est contrainte d’épouser Moubarak, son cousin, alcoolique, drogué et violent. Quant à Safira, 35 ans, la première épouse d’Alhadji Issa, elle voit d’un très mauvais oeil l’arrivée dans son foyer de la jeune Ramla, qu’elle veut voir répudiée.
Pour les aider dans cette étape importante et difficile de leur vie, leur entourage ne leur donne qu’un seul et même conseil : patience !
Mariage précoce forcé, viol conjugal, consensus et polygamie, avec Les Impatientes, Amal brise les tabous en dénonçant la condition de la femme dans le Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes

Du côté des auteurs, ça donne quoi ?

1. Colson Whitehead, afro-américain

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

2. Fiston Mwanza Mujila, congolais

Sanza, exaspéré par la vie familiale, quitte ses parents et rejoint le Parvis de la Poste, où vivent d’autres gamins de la rue. Commence la dolce vita, larcins petits et grands, ciné avec Ngungi l’enfant-sorcier et voyages en avion vers l’infra-monde… Mais les bagarres et les séances de colle finissent par le mettre vraiment sur la paille et l’obligent à céder au mystérieux Monsieur Guillaume et à sa police secrète.

Lubumbashi est en plein chaos, on conspire dans tous les coins, on prend des trains pour nulle part, on se précipite dans l’Angola en guerre pour aller traquer le diamant sous la protection de la Madone des mines de Cafunfu, un écrivain autrichien se balade avec une valise pleine de phrases, le Congo devient Zaïre et le jeune Molakisi archevêque. Mais la nuit, tous se retrouvent au « Mambo de la fête », là se croisent tous ceux qui aiment boire et danser ou veulent montrer leur réussite et leur richesse. Là on se lance à corps perdu dans la Danse du Vilain.

3. Jeffrey Colvin, afro-américain

Années 1930. Kath Ella refuse de suivre son destin tout tracé de fille de couleur et quitte Africville, un quartier fondé par d’anciens esclaves en Nouvelle-Écosse, au Canada. Après une histoire d’amour marquée par le deuil, elle donnera naissance à un fils, Omar, qui sera rebaptisé Étienne.

Années 1960. Étienne, dont la pâleur lui permet de passer pour un Blanc, vit en Alabama. Il est déchiré entre ses racines noires et la peur de perdre la vie qu’il est en train de construire.

Années 1980. À la mort de son père, Warner se lance dans une quête de ses origines, qui le mènera dans ce qui reste d’Africville mais aussi dans une prison d’État au fin fond du Mississippi.

Trois destins, trois personnages aux prises avec la réalité sociale de leur époque et les aléas de la vie. Pas de pathos ni de velléité moralisatrice. Les héros de ce roman sont des êtres vrais, de chair et de sang. En toile de fond, Africville, à la fois aimant et repoussoir, dont l’empreinte se transmet de génération en génération.

4. Oho Bambe, franco-camerounais

Après avoir tenté l’aventure à Rome, le héros est rapatrié au Cameroun, son pays natal. En quête de sens, porté par l’amour de Sita, sa grand-mère, il s’engage dans une association qui lutte pour éviter les départs « vers les cimetières de sable et d’eau ». Au Maroc, il rencontre le père Antoine, qui accueille des réfugiés,
et Imane, dont il ne lâchera plus la main. Au rythme de cette épopée chorale lumineuse, les parcours s’enchevêtrent, les destins s’entremêlent, entre l’Afrique mère fondamentale et l’Europe terre d’exils. La voix et le phrasé uniques de Marc Alexandre Oho Bambe effacent les frontières entre roman, poésie et récit initiatique.

5. Serge Bilé, franco-ivoirien

En 1525, François Ier est emprisonné à Madrid, après sa défaite à Pavie. Le roi de France cherche à s’évader. Pour tromper la vigilance des gardiens, il décide de se barbouiller le visage de suie et de se faire passer pour l’esclave noir qui entretient la cheminée. En 1658, Louis XIV se produit dans le Ballet d’Alcidiane au palais du Louvre. Il incarne un prince de… Mauritanie. Quitte à interpréter un Africain, autant viser haut. Le roi est accompagné d’une suite mau-resque, composée de son frère, de marquis et duchesses. En 1809, Napoléon Ier participe à un divertissement chez un ministre italien. L’empereur surprend son hôte et son entourage. Il est « déguisé en nègre » et marche devant le quadrille, en soufflant gaiement dans une sorte de trompe. Ce livre fourmille d’anecdotes, plus étonnantes les unes que les autres. Il revisite l’histoire de France, à travers la suie, en remontant à la source du grimage, pratiqué dès le Moyen-Âge par le peuple, les princes et les rois.

6. Alain Mabanckou, franco-congolais

Rumeurs d'Amérique - Alain Mabanckou - Babelio

Pour la première fois, j’ouvre les portes de mon Amérique, celles de la Californie où je vis depuis une quinzaine d’années, où j’enseigne la littérature française, mais aussi où j’écris tous mes romans. L’opulence de Santa Monica, l’âpre condition des minorités de Los Angeles, le désespoir des agglomérations environnantes, mais également l’enthousiasme d’une population qui porte encore en elle le rêve américain, c’est aussi mon histoire aujourd’hui.
Faits divers, musique, sport, guerre des gangs, enjeux de la race, habitudes politiques et campagne de l’élection présidentielle, mœurs des Angelinos, découverte d’endroits insolites, tout est passé au crible ici pour dessiner le portrait d’une autre Amérique.

7. Gauz, ivoirien

Black Manoo - Gauz - Babelio

Vous en avez marre de Paris ? Il suffit de lire Black Manoo : Paris est ici le royaume des junkies et des petits dealers. Oubliez les Champs-Elysées, partez pour Belleville et ses recoins, juteux en potins comme en personnages hauts en couleurs !

8. Eddy L. Harris, afro-américain

Le Mississippi. Un fleuve mythique qui descend du lac Itasca dans le Minnesota jusqu’au golfe du Mexique, en passant par Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans. Impétueux et dangereux, il charrie des poissons argentés, des branches d’arbre arrachées, des tonnes de boue, mais aussi l’histoire du pays et les rêves d’aventure de ses habitants. À l’âge de trente ans, Eddy décide de répondre à l’appel de l’Old Man River, de suivre en canoë son parcours fascinant pour sonder le cœur de l’Amérique et le sien, tout en prenant la mesure du racisme, lui qui ne s’est jamais vraiment vécu comme Noir. Au passage, il expérimentera la puissance des éléments, la camaraderie des bateliers, l’admiration des curieux ou l’animosité de chasseurs éméchés. Mais aussi la peur et le bonheur d’être seul. Il en sortira riche d’une force nouvelle et d’un livre fondateur, publié en France pour la première fois.

Quels titres vous tentent ?

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Tous tes enfants dispersés – Beata Umubyeyi Mairesse

Peut-on réparer l’irréparable, rassembler ceux que l’histoire a dispersés ? Blanche, rwandaise, vit à Bordeaux après avoir fui le génocide des Tutsi de 1994. Elle a construit sa vie en France, avec son mari et son enfant métis Stokely. Mais après des années d’exil, quand Blanche rend visite à sa mère Immaculata, la mémoire douloureuse refait surface. Celle qui est restée et celle qui est partie pourront-elles se parler, se pardonner, s’aimer de nouveau ? Stokely, lui, pris entre deux pays, veut comprendre d’où il vient. Ode aux mères persévérantes, à la transmission, à la pulsion de vie qui anime chacun d’entre nous, Tous tes enfants dispersés porte les voix de trois générations tentant de renouer des liens brisés et de trouver leur place dans le monde d’aujourd’hui. Ce premier roman fait preuve d’une sensibilité impressionnante et signe la naissance d’une voix importante.

l'Afrique écrit

Roman choral. 3 générations prennent la parole, dévoilent leur intimité, habillent leurs douleurs, crient leurs silences. Immaculata, Blanche, Stokely sont unis par les liens du sang. Mère, fille, petit-fils.

3 voix qui évoquent le génocide des tutsi, l’exil, la culpabilité, le deuil, les relations intergénérationnelles rompues à cause de la distance, de l’histoire tragique.  

Le génocide des tutsi est un sujet douloureux qu’il m’est parfois difficile de lire. L’auteure ne décrit pas en détail les scènes de violence_ fort heureusement_mais les blessures non refermées. Elle évoque brièvement les pogroms des années 60.

La double culture et la transmission culturelle font également partie des thèmes percutants évoqués dans ce roman. 

Pour la mère de Stokely, ça ne s’était pas passé ainsi. Quand le père et la mère ne partagent pas la même langue maternelle, laquelle l’emporte ?

La transmission culturelle, le déracinement sont des sujets d’actualité notamment dans mon pays où rares sont les enfants du 21e siècle qui comprennent leur langue.

En France, l’assimilation fait également perdre les racines.

Tu vois ici des gens arrivent d’ailleurs depuis toujours. Des Italiens, des Russes, des Portugais, des Marocains, des Maliens. Les langues des pères et des mères ont été transmises sur une ou deux générations, elles ont parfois été coupées très vite parce qu’il fallait que les enfants deviennent de vrais Français. 

J’ai découvert la belle plume de l’auteure: un style maîtrisé, une écriture aérienne, un langage parfois châtié. Tous tes enfants dispersés est un roman qu’il faut lire lentement pour accueillir les silences, épouser les chagrins.

Christmas

Éditeur : Autrement

Date de publication : Août 2019

Nombre de pages : 256

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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Boy Diola – Yancouba Diémé

« Boy Diola », c’est ainsi qu’on appelait le villageois de Casamance venu à Dakar pour trouver du travail. Ce villageois, c’est toi, mon père, Apéraw en diola. À force de côtoyer de trop près la souffrance, tu as décidé de partir. Pendant des mois, tu t’es rendu au port jusqu’à ce que ton tour arrive, un matin de 1969. Tu as laissé derrière toi les histoires racontées autour du feu, les animaux de la brousse, les arachides cultivées toute ta jeunesse. De ce voyage tu ne dis rien. Ensuite, tout s’enchaîne très vite. L’arrivée à Marseille, l’installation à Aulnay-sous-Bois, la vie d’ouvrier chez Citroën, le licenciement, la débrouille.

Odyssée depuis le fin fond de l’Afrique jusqu’aux quartiers populaires de la banlieue parisienne, Boy Diola met en scène, avec une pointe d’humour et beaucoup d’émotion, cet homme partagé entre deux mondes et donne ainsi corps et voix à ceux que l’on n’entend pas.

l'Afrique écrit

Janvier 2010,

Le récit débute par un naufrage d’un bateau de migrants au Sud de la Corse, précisément sur la plage de Paragan. 

Un père à quelques kilomètres (ou plus ?) de ce naufrage repense à son voyage en bateau. Dans les yeux des naufragés, il revoit tous ceux qui ont fait la traversée avec lui en 1969. 

L’un de ses fils tombe des nues. Il pensait que son père était arrivé par avion. 

Débute alors un récit biographique, un fils qui évoque les pas du père. De sa jeunesse dans son village de Casamance à son quotidien dans la banlieue parisienne. 

« Pourquoi vous restez alors que la terre elle donne plus rien ? Y a rien ici. Y a pas de travail. Il faut partir. Chacun n’a qu’à chercher un métier. »

 

Les jeunes tentent l’aventure ailleurs, pourquoi pas lui ? Et si, en restant sur place, les choses venaient à mal tourner ? L’époque de l’agriculture est révolue, d’autres portes se sont ouvertes. Une autre vie est possible, laquelle, il ne sait pas encore.

 

Apéraw quitte Kagnarou pour Bignona avant d’aller à Dakar. C’est là qu’on l’a affublé du surnom : Boy Diola. 

A Dakar, le rêve du grand voyage s’intensifie 

Tous les jours, tu montes sur les bateaux, et avec beaucoup d’aisance et de politesse tu dis que tu cherches du travail, tu cherches à partir. Du travail en Europe, en Amérique
ou en Chine, peu importe.

Dans le bureau des gens comme toi font la queue. Des hommes seulement. Quand vient leur tour, ils exhibent leur passeport en premier geste.
Ensuite ils présentent leurs mains pour qu’on sache s’ils sont ou non travailleurs. Les hommes qui les examinent réfléchissent quelques secondes puis leur montrent une direction. C’est très simple, tu dois attendre ton tour.

Toute la matinée tu te présentes sur les bateaux et tu demandes s’il y a du travail en Europe ou ailleurs. Tu montres ton passeport et tu supplies du regard, tu cherches un métier, tu veux être propulsé vers une nouvelle vie. Tu as été apprenti mécanicien à Dakar et à Abidjan, avant d’arriver à Dakar tu étais menuisier à Bignona, mais depuis toujours tu es agriculteur. Tous les pays ont besoin d’agriculteurs.

Tu peux tout accepter, même les métiers pénibles. Tu es jeune et fort. Une main t’agrippe, un tampon sur ton passeport et te voilà embarqué comme ça sur un bateau.

 

 

Boy Diola évoque les conditions d’immigration des années 70, les conditions de vie des immigrés dans la belle France. 

Les schémas se ressemblent à la cité. Familles nombreuses, lits superposés, grosse ambiance, père ouvrier, deux épouses et mères femmes de ménage. Je n’ai pas la force de compléter l’équation.

 

J’ai découvert la culture des Diola grâce à ce livre.

L’auteur a opté pour une narration à la 3e personne. Parfois les discours du père et du  narrateur se chevauchent. 

Le style de narration est linéaire, simple parfois maladroit. Par ailleurs, la chronologie est mal ordonnée et perd souvent le lecteur.

Boy Diola  est un récit intéressant mais qui aurait mérité d’être plus travaillé. 

Christmas

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

 

Éditeur : Flammarion

Collection : Hors collection

Date de publication : Août 2019

Nombre de pages : 192

Disponible aux formats papier et numérique 

 

fleur v1

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J’ai lu Dégels de Julia Phillips

 

Dans ce roman, on entre très vite dans le vif du sujet. Le premier chapitre nous présente brièvement Alyona et Sophia. Nous sommes au mois d’août et ces deux filles de 11 et 8 ans vont être enlevées, là, sous nos yeux de lecteur. L’auteure retranscrit avec habileté les circonstances au point de nous faire ressentir l’angoisse.

Les mois vont s’écouler sous forme de chapitres et à chaque mois, une femme entre en scène. Elles s’appellent Olya, Katya, Valentina, Lada, Ksyusha, Revmira, Nadia, Oksana, Natasha, Zoya et Marina. Adolescentes ou femmes matures, célibataires ou épouses, mères ou sœurs, blanches ou indigènes. Elles sont liées par le sang ou l’amitié.

Elles ont entendu parler de l’enlèvement ou sont plus ou moins concernées par l’enlèvement. L’une a aperçu les filles avant leur kidnapping, l’autre ne peut plus voir sa meilleure amie à l’extérieur par mesure de sécurité suite à l’enlèvement des filles. Une autre a sa sœur qui s’est volatilisée il y a quatre ans comme par miracle…

 

dégels

 

Ces femmes exposent leurs quotidiens faits de fantasmes, de désirs, de solitude et de pertes. Au Kamtchatka situé aux confins de la Russie, les relations de couple sont fragiles, la plupart des femmes rencontrées sont mères célibataires ou divorcées.

Les portraits qui m’ont émue sont ceux de Revmira et Marina. Revmira qui se retrouve seule à nouveau après la mort d’un être cher et Marina, la mère d’Alyona et Sophia.

 

Julia Philips nous offre un voyage dépaysant en Russie plus précisément au Kamtchatka. Les paysages ont l’air magnifiques mais l’autarcie de cette région ne me donne pas envie d’y aller.

Via Wikipédia, j’ai appris que l’île et sa capitale avaient totalement été interdites aux étrangers pendant 50 ans jusqu’en 1990 en raison de la présence d’infrastructures militaires ultra secrètes. 

On ressent qu’il y a au Kamtchatka trois peuples distincts : les russes, les indigènes (peuples du Nord) et les étrangers. Les deux derniers groupes sont moins traités que les russes et accusés des dérives de la société.

 

Vous ne pouvez pas imaginer à quel point on était en sécurité, les filles. Pas d’étrangers. Pas d’inconnus. Ouvrir la péninsule a été la plus grave erreur que les autorités aient jamais commise. » Elle avait reposé la télécommande. « Maintenant, nous sommes envahis par les touristes, les migrants. Les indigènes. Ces criminels. »

 

C’est seulement quand le Kamtchatka s’est ouvert aux étrangers qu’on a commencé à avoir des crimes.

 

J’ai apprécié ce roman à plusieurs allures : roman policier, recueil de nouvelles, roman contemporain. L’auteure a bien retranscrit l’atmosphère du huis-clos.

J’ai été émue par les deux derniers mois où le suspense est à son paroxysme. On y  découvre également ce que sont devenues Alyona et Sophia. 

J’espère que vous n’allez pas hésiter à faire cette expérience de lecture. Pour l’acheter, cliquez ICI

 

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Rentrée littéraire chez JC Lattès : Pourquoi tu danses quand tu marches

Un matin, sur le chemin de l’école maternelle, à Paris, une petite fille interroge son père : « Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? ». La question est innocente et grave. Pourquoi son père boite-t-il, pourquoi ne fait-il pas de vélo, de trottinette… ? Le père ne peut pas se dérober. Il faut raconter ce qui est arrivé à sa jambe, réveiller les souvenirs, retourner à Djibouti, au quartier du Château d’eau, au pays de l’enfance. Dans ce pays de lumière et de poussière, où la maladie, les fièvres d’abord puis cette jambe qui ne voulait plus tenir, l’ont rendu différent, unique. Il était le « gringalet » et « l’avorton » mais aussi le meilleur élève de l’école.
Abdourahman Waberi se souvient des figures qui l’ont marqué à jamais : son père, sa mère, sa grand-mère, la bonne Ladane. 

 

l'Afrique écrit

Fièvre, douleur, colère, tristesse ont été les vieilles amies d’Aden durant l’enfance. Toute sa vie, on s’est moqué de sa démarche chaloupée due à la poliomyélite qu’il a contractée suite à une blessure et en l’absence du vaccin qu’il aurait dû recevoir lorsqu’il était enfant.

Il s’épanche avec douceur et délicatesse, empreintes de l’innocence. Il utilise le ton et les mots qu’on utilise pour parler à une enfant.

J’ai éprouvé beaucoup de peine pour l’enfant qu’il était. L’enfance doit être une période gaie et non une période de solitude.

J’ai eu envie de le cajoler lorsque sa mère lui refusait toute tendresse, j’ai eu envie de le défendre lorsque Johnny et tous les camarades du quartier le brimaient, l’excluaient. Les enfants peuvent être si méchants entre eux.

Heureusement, il va savoir tourner à son avantage cette solitude. Elle sera le lieu de son amitié exclusive avec la littérature.

Je désirais découvrir Djibouti. Avec ce roman, je l’ai entraperçu. J’ai découvert de manière succincte l’histoire coloniale de ce pays et la condition des femmes.

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Il m’a manqué dans ce roman la voix de la mère, personnage qui occupe l’espace de ce roman mais est en même temps si absente. J’aurais voulu connaître les raisons de sa distance avec son aîné.

 

Je remercie Net Galley et les éditions JC Lattès pour cette opportunité de lecture. 

Si vous avez envie de découvrir cette autofiction émouvante, vous pouvez l’acheter ICI

Ravie par l’écriture simple et poétique de Waberi, j’ai rajouté l’un de ses livres à ma longue wishlist. 🙂

 

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