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Les 700 aveugles de Bafia – Mutt-Lon

Couverture Les 700 aveugles de Bafia

Les 700 aveugles de Bafia retrace les trajectoires de deux femmes qui n’auraient jamais dû se rencontrer : Damienne Bourdin, jeune Marseillaise, médecin des troupes coloniales fraîchement arrivée en Afrique pour travailler auprès du Dr Jamot, et Débora Edoa, infirmière auxiliaire indigène, princesse Ewondo.
Nous sommes en 1929 au Cameroun. Le Dr Eugène Jamot, grand nom de la médecine tropicale, dirige la Mission permanente de prophylaxie de la maladie du sommeil. À la tête d’une armée de médecins français et d’infirmiers indigènes, il tente de lutter contre la terrible maladie. Malheureusement une bavure médicale survient dans une subdivision sanitaire, qui produit plusieurs centaines d’aveugles, induisant au passage une révolte indigène. Damienne Bourdin, l’héroïne principale, se voit confier par Jamot la responsabilité d’exfiltrer l’infirmière Débora Edoa, dont la présence sur les lieux de la révolte est sur le point de compliquer la donne en provoquant une guerre tribale.

Ce récit relate une bavure médicale inconnue du grand nombre. Dommage que rien n’ai été écrit sur ce sujet jusqu’ici. On ressent un sentiment d’injustice parce que le vrai coupable n’a pas répondu de ses actes, les victimes n’ont pas été dédommagées par l’administration coloniale.

Ce récit évoque également les tensions tribales mais je n’ai pas réellement perçu les causes de dissension entre les ewondo et les bafia.

La lecture est fluide, la thématique intéressante mais il m’a manqué de la profondeur dans les portraits de certains personnages notamment celui d’Abouem, le chef traditionnel qui va initier la révolte.

Il est vrai que le parcours de Damienne, cette jeune Marseillaise, médecin des troupes coloniales est intéressant à suivre. Il est vrai qu’à travers elle et Edoa, on rencontre des femmes libres, qui ne se laissent pas dicter leurs choix mais j’aurais préféré que l’histoire soit racontée du point de vue des autochtones, des aveugles, de ceux qui ont subi la bavure médicale.

La fan de romance, d’amour avorté que je suis a bien apprécié l’histoire avortée de Rouget.

Entre roman historique et roman d’aventures, Les 700 aveugles de Bafia est une intéressante découverte, un roman qui invite à se souvenir, à ne pas oublier ce qui a été fait.

La citation préférée

Dans chaque famille paisible, on trouve des germes latents de discorde, et il finit toujours par arriver quelqu’un qui excelle dans l’art de les agiter.

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Zébu Boy – Aurélie Champagne

Madagascar, mars 1947, l’insurrection gronde. Peuple saigné, soldats déshonorés, ce soir, l’île va se soulever, prendre armes et amulettes pour se libérer. Et avec elle, le bel Ambila, Zébu Boy, fierté de son père, qui s’est engagé pour la Très Grande France, s’est battu pour elle et a survécu à la Meuse, aux Allemands, aux Frontstalags. Héros rentré défait et sans solde, il a tout perdu et dû ravaler ses rêves de citoyenneté. Ambila qui ne croit plus en rien, sinon à l’argent qui lui permettra de racheter le cheptel de son père et de prouver à tous de quoi il est fait. Ambila, le guerrier sans patrie, sans uniforme, sans godasses, sans mère, qui erre comme arraché à la vie et se retrouve emporté dans les combats, dans son passé, dans la forêt.

Roman de la croyance, du deuil et de la survie, Zébu Boy fait naître les fleurs et se changer les balles en eau. Tout entier traversé d’incantations, ce premier roman qui oscille entre destin et pragmatisme, est porté par une langue puissante et fait entendre la voix mystérieuse qui retentit en chaque survivant.

l'Afrique écrit

Le récit débute par un rappel historique. Le narrateur évoque ces 70 mille indigènes de diverses nationalités qui furent parqués dans des Frontstalags sur le sol métropolitain ainsi que ces rumeurs sur les tirailleurs malgaches.

Vingt-cinq mille hommes succombèrent et tous les contingents furent décimés. Tous, à l’exception des Malgaches. Au recensement suivant, les Allemands s’aperçurent même qu’ils étaient plus nombreux qu’à l’arrivée. On suspecta les soldats des registres d’avoir bâclé le travail. Mais dans le secret des cabanons nègres courait une tout autre rumeur. On disait qu’une poignée de tirailleurs malgaches avait acquis le pouvoir de se multiplier.

Le lecteur découvre ensuite celui qui sera le personnage central du récit : Lahimbelo appelé encore Ambila. De retour à Madagascar après avoir combattu dans la Meuse, Ambila  a été prié d’embarquer prestement pour son île natale, sans la citoyenneté promise, sans un sou, avec juste de vagues promesses de paiement d’arriérés de solde et de primes, des promesses qui ne seront pas tenues. Ambila retrouve son statut misérable d’indigène. Fauché, il se donne pour but de s’enrichir et de reconstituer le cheptel de son défunt père. Pour ce faire, il va vendre des aodys, des amulettes qui protègent les guerriers. Ses amis malgaches en ont besoin en pleine insurrection pour l’indépendance. Déterminé à s’enrichir, il n’a aucun scrupule, il arnaque tout le monde sans aucune distinction.

Cet ouvrage m’a permis de découvrir une partie de l’histoire Malgache : l’insurrection de 1947 et la violente répression militaire.

Et ça permet d’oublier une seconde qu’on sera peut-être les prochains en « salle de réflexion ». C’est comme ça qu’ils surnomment la salle de torture.

On raconte qu’ils balancent des rebelles vivants des avions. Les corps en touchant terre explosent, défoncent le toit des maisons. Ils appellent ça des « bombes démonstratives».

Ce roman a le mérite d’évoquer des faits historiques absents des manuels scolaires notamment le massacre de Thiaroye et ces tirailleurs sénégalais qui ont participé à la répression des rebelles malgaches.

Zébu boy est également l’histoire des croyances ancestrales malgaches. Quelques légendes  sont insérées dans le récit.

Zébu boy c’est l’histoire des combattants des colonies mal remerciés, du peuple malgache aspirant à la liberté.

C’est l’histoire de ceux qui survivent au pire, ceux qui restent et doivent vivre avec l’absence d’un être cher. Si j’ai eu du mal à m’attacher au personnage d’Ambila en raison de sa cupidité et malhonnêteté, j’ai trouvé émouvant les passages où la mort de sa mère est évoquée. 

J’ai eu beaucoup de mal avec la charpente du roman. Il n’y a pas de chapitre et cette absence rend le texte touffu, parfois confus. Le ton est fluide mais il y a de nombreux mots malgaches dont on ignore la signification. Un glossaire aurait été judicieux.

Deux types de narration sont utilisés dans le roman : point de vue externe et interne (lorsque Ambila devient le narrateur) et je n’ai pas compris ce choix de l’auteure. 

Zébu boy ne figure pas parmi mes meilleures lectures de l’année mais reste un livre à découvrir ne serait ce que pour les faits historiques qu’il met en lumière.

Christmas

Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture

Date de publication :  2019

Nombre de pages : 256

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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Les Confessions de Frannie Langton – Sara Collins

Frannie Langton

 

Londres, 1826. Toute la ville est en émoi. La foule se presse aux portes de la cour d’assise pour assister au procès de Frannie Langton, une domestique noire accusée d’avoir tué Mr et Mrs Benham, ses employés. Pour la première fois, Frannie doit raconter son histoire. Elle nous parle de sa jeunesse dans une plantation de canne à sucre en Jamaïque, où elle a été le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui s’est piquée de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui l’a contrainte à l’assister sur nombre d’expériences scientifiques, plus douteuses les unes que les autres. Elle nous parle de son arrivée à Londres, où elle est  » offerte  » aux Benham, comme un vulgaire accessoire, de son amitié avec la maîtresse de maison, de leur même appétit pour la lecture, la culture. De leur passion… Elle se dévoile pour tenter de se souvenir de cette terrible nuit, qui lui échappe complètement. Mais une question la ronge sans cesse, comment aurait-elle pu tuer celle qu’elle aime ?

l'Afrique écrit

Une couverture rouge pour les sentiments passionnels en complète contradiction : amour / colère, sensualité / sexualité, courage / danger, ardeur / interdiction…

Sur cette couverture, ce sont les fleurs qui m’attirent en premier.

C’est en regardant plusieurs fois la couverture que je remarque le crâne.

C’est en avançant dans ma lecture que je fais attention aux ciseaux.

 

Après la Barbade avec Washington Black, je découvre la Jamaïque au temps de l’esclavage.

La Jamaïque était une somme : hommes, cannes, guinées. Qu’un élément vienne à manquer, les autres ne s’additionnaient pas et alors un homme cessait d’en être un.

 

Un énième récit sur l’esclavage parce que l’un des grands drames de l’histoire de l’humanité ne peut pas être mis en sourdine. 

Un énième récit sur l’esclavage pour ne pas que l’histoire soit travestie. Comme dirait Frannie dans ses confessions : « Nous ne nous rappelons pas les choses de la même façon ».

Un énième récit sur l’esclavage mais particulier car il évoque la vie d’une domestique, une « nègre de maison » et les expériences scientifiques faites sur les esclaves morts comme en vie.

Des études de phrénologie, des expériences pour vérifier leur capacité d’intelligence et autres plus horribles les unes que les autres.

Il concédait néanmoins la possibilité d’un intellect plus élevé en cas de mélange du blanc avec le noir, le type de décoloration raciale que Pauw a été le premier à décrire.

Lorsqu’il parvenait à mettre la main sur un corps, il faisait cloquer la peau avec de l’eau bouillante, puis le laissait tremper une semaine dans de l’alcool de vin. 

Tant d’horreurs et dire que les blancs de cette époque se croyaient humains et que les noirs étaient les sauvages !

Ces expériences m’ont rappelé en partie Blanchissez-moi tous ces nègres de Serge Bilé. 

 

Le récit évoque les préjugés racistes à la peau dure. Un amour interdit est également relaté mais il ne m’a pas touchée. Non seulement parce que l’homosexualité ce n’est pas ma tasse de thé mais surtout parce que j’ai détesté le personnage de Mrs Benham. Une psychopathe, manipulatrice, accro à l’opium qui a utilisé Frannie pour satisfaire ses désirs. 

Les confessions de Frannie Langton est un roman gothique dans tous les sens du terme. L’atmosphère du récit est glauque. Le style de Sara Collins est exigeant, cru. Il peut perdre ou lasser mais les sujets abordés sont si profonds que le lecteur est obligé de s’accrocher. 

J’ai souligné un nombre importants de réflexions des personnages sur l’esclavage, les abolitionnistes, la perception de l’homme noir. Ce livre est un concentré d’idées de débat. 

Ce que personne ne veut admettre, c’est que les abolitionnistes ont le même appétit que les esclavagistes pour la misère, simplement ils ne souhaitent pas en faire la même chose.

 

Vous pensez qu’un homme noir est représentatif de tous les autres membres de sa race. Vous ne lui autorisez ni personnalité ni passions. 

 

Les noirs n’écriront pas jamais que la souffrance, et uniquement à destination des blancs, à croire que notre seule raison d’être est de les faire changer d’avis.

 

 

Un amour interdit Alyssa Cole

Ne penses-tu pas que chacun devrait lire un poème par jour ? On ne peut pas vivre que de romans ! Elle avait raison. Un roman, c’est un long verre tiède, un poème, c’est une flèche dans le crâne.

 

Les femmes se concentrent sur ce qui leur manque, les hommes sur ce qu’ils désirent. 

 

Dans tous les hommes il y a de la cruauté. Ceux que nous considérons comme bons sont ceux qui prennent la peine de la cacher.

 

 

détails ouvrage

Éditeur : Belfond 

Date de publication : Avril 2019

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

 

 

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Un soleil en exil – Jean-François Samlong

«On ne nous aimait pas, enfermés dans un milieu clos, sans marques d’affection ni la possibilité de fixer des repères. Nous étions dans le même guêpier, égarés dans un tunnel ou une voie sans issue, et à mesure que nous avancions, la neige effaçait les empreintes de nos bottes pour prouver que nous n’existions pas.»
Dans chacun de ses romans, Jean-François Samlong ne cesse d’interroger la violence qui secoue La Réunion. Cette fois-ci, dans un style percutant et concis, il nous convie à découvrir l’histoire des enfants de la Creuse. En fait, une véritable tragédie s’est déroulée entre 1962 et 1984, avec l’exil forcé en métropole de plus de deux mille mineurs réunionnais. Mensonges. Fausses promesses. Trahisons. Harcèlement sexuel. Viols. Tentatives de suicide, et suicides. Séjours en hôpital psychiatrique. Une catastrophe invisible. Enfin, le 18 février 2014, l’Assemblée nationale a reconnu la responsabilité morale de l’État français dans la terrifiante transplantation des enfants. Ici, deux jeunes garçons, Tony et Manuel, et leur sœur courage, Héva, qui témoigne des vies séparées, suspendues, piégées au cœur du froid et du racisme.

 

l'Afrique écrit

La 4e de couverture ne nous cache rien. On sait à quoi s’attendre avant d’ouvrir ce roman. Je n’avais pas envie de voir face à face la douleur, l’injustice alors j’ai repoussé ma lecture jusqu’à ce que j’ai besoin de ce livre pour valider une case de mon challenge Westeros.

Le roman comporte 3 parties, chacune composée de 4 chapitres. 

L’auteur énonce d’abord des faits historiques de 1945 à 1962 puis s’efface pour que la voix d’Héva s’impose. 

Héva débute son récit en 2014, elle vit à Guéret et nous partage ses souvenirs

Après des années à noircir des pages, puis à relire le récit de ma vie dans la Creuse,
j’aimerais partager mes souvenirs. Et surtout qu’on n’oublie rien de moi, ni de mes frères, ni des mineurs qui ont eu à pâtir de l’injustice sociale, comme si une chose aussi scandaleuse que la déportation d’enfants pouvait s’oublier avec un détachement à l’égard de ce qui a été, page 19

C’est vraiment quand on s’écrit que le livre est essentiel à soi, voilà pourquoi j’ai voulu raconter mon histoire. À l’époque, j’étais jeune et la loi archaïque. J’étais désarmée et la loi armée. Suffisamment armée pour encourager les politiciens à propager la légende d’une France aimable et aimante.
J’avais seize ans. Mes frères étaient plus jeunes que moi : Tony, quatorze ans ; Manuel, onze ans. D’autres des bébés. D’autres encore, des fantômes. Des gosses sans visage ni
âge, sans voix ni parole, comme absents d’eux-mêmes. Eux, des orphelins, des pupilles de la Nation, des analphabètes, des brouillons de vie dans l’ordre inique des choses, page 20

 

 

Elle nous raconte la vie dure qu’elle menait avec sa mère et ses deux frères, une vie de misère mais imprégnée d’amour jusqu’à ce que le député de l’île qui, souhaitait repeupler le Limousin déporte les enfants de l’île vers les départements de la région du Limousin. 

Des parents analphabètes signaient des actes dont ils ignoraient le contenu. 

Sous la pression des politiciens, on alignait les gosses deux par deux, puis on les empilait dans un même avion, un même train, une même tragédie. page 69

Dans le limousin, ces enfants sont placés soit dans des familles d’accueil, soit dans des fermes où ils sont surexploités, logés dans des conditions précaires, victimes d’abus. Dans ce pays étranger, ces enfants subissent le racisme. 

 

Comme j’avais beaucoup écouté le vieil homme, je savais que, dans la France policée de l’après-guerre, il existait une protection sociale de l’enfance, oui, mais elle ne s’appliquait pas à tous.

 

Avec un langage maîtrisé et soutenu, un ton loin du pathos, Un soleil en exil est un livre mémoire, un livre témoignage qui dénonce la déportation des enfants de l’île de la réunion et le mensonge d’Etat. Un livre qui rappelle l’injustice, la souffrance ignorée, oubliée de ces enfants.

Je méconnaissais cette partie de l’histoire française. Je remercie l’auteur qui refuse que ce drame tombe dans l’oubli. 

Christmas

 

Éditeur : Gallimard

Collection : Continents noirs

Date de publication : Janvier 2019

Nombre de pages : 256

Disponible aux formats papier et numérique 

 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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Les belles choses que porte le ciel – Dinaw Mengestu

En novembre dernier, j’ai commandé la Kube et voici ce que j’ai formulé à Sarah de la librairie Terre des Livres : je remplis ma carte des auteurs africains alors j’aimerais bien recevoir un roman en français de moins de 230 pages d’un auteur de l’une des nationalités suivantes : namibien, tanzanien, mozambicain, tanzanien, ougandais ou éthiopien. Quant aux genres, si ça peut être du contemporain, policier/thriller ou de la romance ça m’irait très bien. Les biographies/ essais à éviter. Pas mon envie de lecture en ce moment.

Après des mois d’attente, j’ai pu déballer mon colis …

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…et j’ai découvert Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu. Cet auteur américain est d’origine éthiopienne.

 

Résumé de l'oeuvre

La jeune Sépha a quitté l’Éthiopie dans des circonstances dramatiques.Des années plus tard, dans la banlieue de Washington où il tient une petite épicerie, il tente tant bien que mal de se reconstruire, partageant avec ses deux amis, Africains comme lui, une nostalgie teintée d’amertume qui leur tient lieu d’univers et de repères. Mais l’arrivée dans le quartier d’une jeune femme blanche et de sa petite fille métisse va bouleverser cet équilibre précaire…
Un premier roman brillant et sensible par un jeune écrivain américain d’origine éthiopienne.

l'Afrique écrit

Sépha, immigré aux USA venu d’Ethiopie il y a près de 17 ans, est notre narrateur principal. Dès les premières lignes, il nous présente à ses deux amis, Ken le kenyan et Joseph de la RDC, immigrants comme lui.

On découvre au fil des pages du récit leurs chemins de vie.

On découvre leurs habitudes, leurs petits jeux. Ils citent par exemple un dictateur puis ils devinent l’année et le pays. A travers ce jeu, on s’aperçoit du nombre impressionnant de coups d’état réussis ou avortés en Afrique. 

Lorsque Judith et sa fille débarquent dans le quartier de Sépha, on imagine le début d’une relation amoureuse pour ce jeune homme célibataire qu’est Sépha. 

Mais les belles choses que porte le ciel n’est pas une romance. C’est un récit sur l’amour et l’amitié, l’immigration, la nostalgie du pays qu’on a dû quitter, la mélancolie de l’exil non désiré mais nécessaire, le sentiment d’entre-deux

« Si ça te manque tellement, lui hurla-t-il un jour, pourquoi tu n’y retournes pas? Comme ça t’auras plus besoin de dire sans arrêt, « C’est comme l’Afrique », et « On dirait l’Afrique ». Mais tu veux pas y retourner. Tu préfères que ça te manque confortablement ici plutôt que la détester chaque jour sur place. »

 

C’est un roman qui évoque les dictatures militaires en Afrique. J’ai découvert succinctement à travers lui les histoires politiques de l’Ethiopie et du Kenya. L’auteur évoque la dictature en Ethiopie dans les années 70 : les arrestations, les enlèvements, les répressions.

Je m’étais porté volontaire pour remettre des tracts à des gens de confiance. Je n’avais que seize ans. Je ne croyais pas encore aux conséquences de nos actes. 

 

J’ai découvert la plume de Dinaw Mengestu, plume lyrique qui fait côtoyer espérance et tragédie. 

La structure du récit est assez complexe puisqu’on fait des aller-retour entre l’instant présent et des événements passés.

Le rythme du récit est parfois lent, on avance à petits pas et le lecteur qui préfère un déroulement accéléré risque de s’ennuyer.

J’ai apprécié ma lecture mais la passivité de Sépha m’a un peu lassée. Il donne l’impression d’être un homme errant aux USA, ne sachant pas quelle orientation donner à sa vie. il vivote, pensant au lieu de se mettre à l’action pour sa vie sentimentale, sa vie professionnelle. 

Je remercie Sarah pour cette découverte et j’ai hâte de poursuivre mon remplissage de ma carte des auteurs africains.

 

GM signature

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TTL 54 : Les cigognes sont immortelles

Le jeudi c’est Throwback Thursday Livresque ! Le thème de cette semaine est : Animal

Une belle occasion pour vous parler à nouveau de Mémoires de porc-épic d’Alain Mabanckou mais une inspiration de dernière minute m’a poussé à interpréter le thème autrement. Pas un animal en tant que personnage principal du roman mais dans le titre. 

Le roman Les cigognes sont immortelles d’Alain Mabanckou lu en octobre dernier a été une évidence.

 

Couverture Les cigognes sont immortelles

Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

 

Mon avis sur ce roman

Michel, notre narrateur principal n’est autre que le héros de Demain j’aurai vingt-ans du même auteur. Quel plaisir de retrouver ce petit Michel qui m’a fait retomber en enfance et qui a démontré à travers son récit combien l’amour, l’amitié et la famille sont si importants pour la construction d’une vie.

Dans les cigognes sont immortelles, nous le retrouvons quelques années plus tard. Michel est maintenant au collège et sa candeur est toujours intacte.

Le récit débute le samedi 19 mars 1977. Michel nous fait découvrir sa parcelle, ses voisins et leur mode de vie, la boutique de Mâ Moubobi, ses parents qui s’aiment et se chamaillent ainsi que son chien Mboua Mabé qui veut dire en lingala chien méchant. On s’installe sans forcer dans ce quartier Voungou.

L’ambiance paisible du quartier est contrariée par l’annonce de la mort du camarade président Marien Ngouabi. L’annonce ainsi que le décryptage des événements sont faits sur les radios et on voit comment l’information est traitée  et analysée différemment au niveau national et international. 

L’histoire politique du Congo rejaillit. Celles des pères de la décolonisation en Afrique à l’instar de Ruben Um Nyobè et des assassinats politiques dans le continent au début des années 60 également. J’ai apprécié ce retour dans le passé.

Il y a des temps morts voire creux tout au long du récit mais la lecture est agréable dans l’ensemble. Mabanckou arrive toujours à me faire passer un bon moment de lecture grâce à son humour fou

 

Symposium, c’est quoi ça encore ? Vraiment, toi Roger, tu as des mots que même les Blancs se demandent s’ils sont dans leur dictionnaire !

 

Eh bien, nous ça nous arrangeait car Pompidou c’est un nom que nous aimions bien, c’était comme le surnom d’un bébé gentil qui boit son biberon le soir et qui s’endort sans embêter ses parents jusqu’à sept heures du matin

 

Le journaliste avait expliqué que le mariage avec Clotilde Martin ne dérangeait pas les Congolais, c’était bien de montrer que nous n’étions pas des racistes, que nous pouvions épouser des Blanches de toutes catégories, et même accepter qu’elles soient nos mamans nationales alors que ce n’était pas demain que Tonton Pompidou allait quitter sa femme blanche et choisir une femme grosse de chez nous qui sera noire du matin au soir devant tous les Français qui vont crier : Mais c’est quoi ça ?

 

 

La citation à méditer : mais le malheur se cache toujours derrière la porte du bonheur.

 

Quel livre auriez-vous choisi ? Faites-moi sortir des sentiers battus ! 

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Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire

Aucune héroïne noire reconnue par l’histoire universelle. Sur ce constat, SYLVIA SERBIN s’est intéressée à des figures féminines qui ont marqué l’histoire de l’Afrique et de sa diaspora, de l’Antiquité au début du xxe siècle. Les reines Zingha d’Angola, Pokou de Côte d’Ivoire ou Ranavalona III de Madagascar, Madame Tinubu, commerçante et politicienne nigériane du 19e siècle, la mulâtresse Solitude en Guadeloupe et Harriet Tubman aux États-Unis, les Amazones du Dahomey ou encore la Vénus hottentote d’Afrique du Sud, figurent parmi ces vingt-deux portraits de femmes d’influence, résistantes, prophétesses, guerrières, victimes ou mères de héros, pour la plupart inconnues du grand public.

Jamais un tel ouvrage n’avait encore été écrit et c’est avec un réel talent de conteuse que l’auteure a construit, à partir de sources écrites et orales ayant nécessité plusieurs années de recherches, une fresque historique dont la lecture suscite admiration, tristesse, horreur et respect pour ces tempéraments d’exception. Un livre utile et passionnant qui nous dévoile aussi des facettes inexplorées de certaines sociétés de l’Afrique précoloniale, souvent présentées comme inertes et figées alors qu’elles ont connu une incontestable vitalité.

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J’ai lu l’édition révisée et augmentée car l’auteure a eu des soucis avec son éditeur. C’est l’une de ses vidéos publiée sur Youtube où elle exprimait les raisons de sa séparation d’avec son éditeur qui m’a permis de découvrir l’auteure et son oeuvre.

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Rendre hommage aux femmes noires, montrer qu’elles ne furent pas que soumises et bâillonnées mais qu’elles ont eu du pouvoir d’influence. Faire en sorte que leur souvenir soit encore vivace dans nos mémoires. Quelle noble tâche !

Ecrit sur un ton fluide, ce livre est découpé en huit grandes parties : Reines d’Afrique, femmes de pouvoir et d’influence, les résistantes, prophétesses et mouvements messianiques, guerrières, romances princières, victime, mères de héros. 22 portraits de femme y sont présentés.

Ça a été un plaisir d’y retrouver la reine Pokou, les Amazones du Dahomey et Yennega, l’Amazone burkinabé que j’avais découvert pour la 1ère fois dans Princesses d’Afrique

 

J’ai découvert des femmes résistantes comme la mulâtresse Solitude, la reine Ndette Yalla. 

J’ai découvert des femmes courageuses à l’instar des femmes de Nder qui ont décidé de mourir en femmes libres plutôt que de vivre en esclaves.

J’ai découvert des femmes charismatiques, intrépides. La reine d’Angola Anna Zigha qui m’a littéralement bluffée.

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Des femmes de pouvoir avec un goût insatiable pour les hommes et qui avaient le droit sur leur corps à l’instar de Tassin Hangbe et Malan Alua. 

Dans Camarade papa, j’ai eu un aperçu de Malan Alua, reine-mère du Sanwi. Dans ce livre, je l’ai découverte en long et en large.

 

Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire est un livre utile car il efface des pans d’ignorance. Je n’avais jamais rien lu sur Harriet Tubman, la reine Ranavalona III, dernière souveraine de Madagascar les prophétesses et les mouvements messianiques au Congo, en Afrique du Sud et en Zambie, Tassin Hangbe ou encore la Venus Hottentote.

Ce livre historique corrige des connaissances populaires, des préjugés notamment sur les amazones de Dahomey. Pour ceux qui comme moi ont toujours pensé qu’elles se coupaient le sein droit, sachez chers amis que c’est totalement faux. Ces archères étaient simplement des jeunes filles à la poitrine très menue. 

Ce livre renforce notre culture générale, fait grandir l’intellect. Il restitue la vérité sur notre passé. Qui a dit que l’Afrique n’a pas eu de civilisation ? Le passé de l’Afrique ne se limite pas à la traite négrière et la colonisation.

Ce livre est un ouvrage passionnant et indispensable à lire et à faire lire. Je ne regrette en aucun cas mon achat. Par contre, j’ai noté deux bémols :

Au sujet de Nefertiti, reine d’Egypte je n’ai pas assez perçu dans le texte qui lui est consacré son influence et son pouvoir.

Au sujet de la reine Kassa du Mali, épouse du mansa Souleiman qui régna sur l’empire du Mali de 1341 à 1360, il est dit qu’elle partageait le trône avec le sultan et les décisions importantes étaient toujours annoncées à leurs noms à tous deux mais des faits, des preuves de son influence ne sont pas donnés à titre d’exemple. On ne perçoit pas assez son statut de femme de pouvoir. 

 

En bonus, je vous partage comment les patronymes des guadeloupéens étaient choisis

 

Reines d'Afrique et héroïnes de la diaspora noire

 

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Tatiana, tome 1 – Paullina Simons

Eté 1941.Tatiana et Alexandre se rencontrent le jour où l’Allemagne déclare la guerre à l’Union soviétique. Elle a 17 ans, il en a 22. Elle est russe, lui, bien qu’officier de l’armée Rouge, est américain.

Ils s’aiment au premier regard _ce fameux coup de foudre auquel beaucoup de personnes croient_ mais ils ne peuvent s’aimer au grand jour. Dashenka, la sœur aînée de Tania a rencontré Alexandre avant elle et elle en est folle amoureuse. Tatiana est une gentille fille, une bonne sœur. Elle fait passer le bonheur des autres avant le sien, elle veut contenter tout le monde alors elle demande à Alexandre de ne rien dire sur ce qu’ils ressentent. Ils s’aiment donc en silence. Elle souffre lorsqu’il est avec sa sœur, lui souffre lorsqu’elle est compagnie de Dimitri, un ami de l’armée mais Tatiana refuse de mettre fin à son calvaire et d’être la cause du chagrin de sa sœur.

Personnellement, je n’ai pas perçu leur amour comme interdit, impossible. Le fait que Tatiana ne veuille pas assumer leur amour m’a agacée. Idem pour Alexandre qui respecte la volonté de Tatiana.

Dashenka et Dimitri m’ont également énervée. Comment apprécier sa lecture avec tous ces personnages qui vous agacent ?

 

La guerre est omniprésente dans le roman. Elle sépare les membres de famille, sème l’horreur, la peur, le froid dans la ville. L’être humain est réduit à un simple animal. Tout ce qui fait son confort disparaît. C’est terrible de voir des hommes voler, tuer juste pour manger. C’est terrible de voir ce qu’un être humain est prêt à faire pour ne plus sentir la terreur de la faim dans son ventre.

La guerre est une sottise mais elle est la maîtresse préférée de certains alors elle continue son chemin, impériale.

Le roman est très épais et vous savez combien j’ai du mal avec les pavés. Il a fallu passer les 70% de ma lecture pour entrevoir une parenthèse enchantée.

A Lazarevo, on respire un peu, on oublie la guerre et on se livre à la passion.

A Lazarevo, Tatiana et Alexandre vont enfin me faire vivre la romance que j’attendais. Enfin, leur couple commence à m’attendrir. Je commence à ressentir réellement l’amour immense qu’ils se portent. Alexandre est un homme de caractère, un homme qui sait dire non. J’ai oublié tout l’agacement qu’il m’a fait ressentir. Le miracle de l’amour…

Un amour qui va porter ses fruits mais dont les ailes vont être coupées par le passé d’Alexandre…

J’ai apprécié ce tome qui m’a fait découvrir l’Union Soviétique, quelques noms de la littérature russe que je méconnais mais la lecture n’a pas été captivante dans son intégralité. Je ne me suis pas fortement attachée aux personnages au point de lire dans l’immédiat les tomes suivants.

Je remercie la charmante dame qui a tenu à me faire découvrir ces amoureux.

Un amour interdit Alyssa Cole

Lazarevo cachait la vérité et ses horreurs. Ici, à Léningrad, elle les avait sous les yeux : ombre contre lumière, jour contre nuit.

« Si tu es triste, il faut que tu te poses trois questions, Tatiana Metanova ; elles t’aideront toujours, Demande-toi en qui tu crois, en qui tu espères et surtout, qui tu aimes »

 

 

fleur v1

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La colline aux esclaves – Kathleen Grissom

Couverture La colline aux esclaves

J’ai glissé ce roman dans ma PAL en décembre 2017. Je suis par contre incapable de vous dire pourquoi j’ai voulu le lire exactement.

Peut-être parce qu’il aborde un thème poignant ou qu’il fait partie des 20 premiers livres du Top Livres sur Livraddict ?

Résumé de l'oeuvre

 

À 6 ans, Lavinia, orpheline irlandaise, se retrouve esclave dans une plantation de Virginie : un destin bouleversant à travers une époque semée de violences et de passions… En 1791, Lavinia perd ses parents au cours de la traversée les emmenant en Amérique. Devenue la propriété du capitaine du navire, elle est envoyée sur sa plantation et placée sous la responsabilité d’une jeune métisse, Belle. Mais c’est Marna Mae, une femme généreuse et courageuse, qui prendra la fillette sous son aile. Car Belle a bien d’autres soucis : cachant le secret de ses origines, elle vit sans cesse sous la menace de la maîtresse du domaine. Ecartelée entre deux mondes, témoin des crimes incessants commis envers les esclaves, Lavinia parviendra-t-elle à trouver sa place ? Car si la fillette fait de la communauté noire sa famille, sa couleur de peau lui réserve une autre destinée.

 

l'Afrique écrit

Deux narratrices s’alternent : Lavinia et Belle. Une narration à la première personne qui permet au lecteur de s’insérer dans la peau de ces deux personnages.

Lavinia et Belle sont esclaves mais n’ont pas la même couleur de peau. Une différence qui va expliquer la différence de leurs destins.

Lavinia est Irlandaise et à travers elle, je pensais que l’auteur nous aurait donné de plus amples informations sur l’esclavage des Irlandais aux USA mais elle s’est concentrée sur celui des Noirs.

Lavinia a trouvé auprès des domestiques noirs une famille et sa façon de se considérer comme leur semblable m’a fait sourire.

– Tu seras jamais noire comme nous, et ça veut dire que t’es une blanche[…] Dans tous les cas, tu ne peux pas épouser Ben ? Il est noir.

Je me mis à pleurer.

– J’ai le droit d’épouser Ben si je veux. Vous pouvez pas me forcer à être une Blanche.

 

Elle ne voit pas le monde tel qu’il est vraiment. Si j’ai toléré sa vision du monde pendant son enfance, je l’ai trouvée très agaçante une fois qu’elle est devenue jeune femme. 

J’ai eu maintes fois envie de la gifler. Je ne compte pas le nombre de fois où je l’ai traitée de bête. Son esprit est totalement irrationnel. Elle m’a fait penser aux Blancs du siècle présent qui affirment que les Noirs voient le racisme partout. 

 

Il y a beaucoup de malheurs dans ce livre tant du côté des maîtres que du côté des esclaves. J’ai pleuré sur le sort des esclaves noirs de cette plantation de Virginie y compris celui de Belle. Mon cœur a saigné à chaque abus, bastonnade, privation, vente, viol, mort, séparation. 

J’ai apprécié les liens entre Lavinia et sa famille noire qui montrent bien qu’on est capable de vivre ensemble. Je me suis attachée à Will et sa bonté de cœur. 

Même s’il y a assez de détails superflus, des longueurs, des pans de l’histoire pas suffisamment explorés, une écriture qui fait parfois brouillon (il y a notamment des erreurs dans les concordances de temps) l’histoire reste captivante, on a envie de savoir ce qui va advenir de Belle et Lavinia.

 

Belle semaine à tous ! Que comptez-vous lire cette semaine ? 

 

fleur v1

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Tsippora de Marek Halter : un coup de cœur ?

 

Exode 2 versets 20 à 22

Et il dit à ses filles: Où est-il? Pourquoi avez-vous laissé cet homme? Appelez-le, pour qu’il prenne quelque nourriture. Moïse se décida à demeurer chez cet homme, qui lui donna pour femme Séphora, sa fille. Elle enfanta un fils, qu’il appela du nom de Guerschom, car, dit-il, j’habite un pays étranger.

 

Exode 4 versets 24 à 26

Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Eternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds de Moïse, en disant: Tu es pour moi un époux de sang ! Et l’Éternel le laissa. C’est alors qu’elle dit: Époux de sang ! à cause de la circoncision.

 

Exode 18 verset 2 

Jéthro, beau-père de Moïse, prit Séphora, femme de Moïse, qui avait été renvoyée.

Séphora… prénom mentionné trois fois dans la Bible.

De la femme de Moïse, on sait très peu de choses. La société patriarcale juive n’accorde pas assez de place à la femme surtout lorsqu’elle n’est pas juive.

Adepte de la romance, j’ai déjà imaginé les histoires d’amour des hommes et femmes de la Bible notamment Isaac et Rebecca, Joseph et Asnath, Esther et le roi Assuérus, Moïse et Séphora (Tsippora) mais je n’avais jamais imaginé que cette dernière était noire !

Comment aurais-je pu alors qu’elle a la peau blanche dans toutes les adaptations cinématographiques ?

Dans Nombres 12, il est fait mention d’une femme éthiopienne, épouse de Moïse. J’ai toujours pensé que Moïse avait pris une deuxième femme vu que Tsippora était blanche.

Non, mais quelle ignorance ! Sans Marek Halter, j’aurais probablement vieilli avec cette fausse idée de Tsippora. 

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Tsippora, la Noire, la Kouchite, a joué un rôle capital dans la vie de Moïse, Marek Halter en est convaincu. Grâce à son imagination, il nous relate la vie quotidienne de Tsippora, fille de Jethro. On découvre une jeune femme sage, déterminée, courageuse face au racisme, à l’ostracisme qu’elle subit.

Sa personnalité est admirable. Elle est persuadée de la destinée exceptionnelle de Moïse et fera tout son possible pour qu’il en soit convaincu. La priorité de Tsippora c’est l’accomplissement de la destinée de l’élu de son cœur.

 

Ce roman historique permet de s’imaginer ce que cette femme a dû ressentir face au sacerdoce de son mari et aux sacrifices qu’ils ont dû faire l’un et l’autre.

L’auteur fait une description très précise de leurs sentiments, leurs états d’âme. Moïse n’apparaît pas seulement comme l’homme de Dieu, c’est un humain avec de l’amour à donner et à recevoir.

Mais comment ai-je fait pour ne pas lire ce roman dès qu’il est entré dans ma PAL ?

 

know saints and sinners GIF by Bounce

 

Ah oui, j’avais lu la Reine de Saba du même auteur en 2017. Lecture sympathique mais sans plus j’ai rangé Tsippora dans le même canevas.

Grande erreur car Tsippora est une pépite. C’est une lecture captivante, addictive.

J’ai adoré le couple formé par Moïse et Tsippora. Marek Halter décrit de manière poétique et sensuelle leur amour.

roman historique

 

C’est presqu’un coup de cœur. Je dis presque car j’ai vraiment été contrariée par la tragédie de la fin.

Je recommande vivement la lecture de ce roman.

Pour en savoir plus, cliquez ICI

 

 

 

Un amour interdit Alyssa Cole

 

Moïse n’était pas un dieu, seulement un homme de chair et d’os qui s’éteignait en contemplant son rêve. Un homme qui demeurera à jamais dans l’immense mausolée des mots et de la mémoire.

Mais de Tsippora, la Noire, la Kouchite, qui s’en souviendra ? Qui se souviendra de ce qu’elle a accompli et qui prononcera encore son nom ?

Que ce livre soit pour elle un modeste tombeau.

 

La toute-puissance d’Horeb est d’accomplir ce que l’on n’attend pas de lui. Il nous surprend et, dans cette surprise, il nous corrige, nous encourage et nous montre où porter nos pas. Laisse-le te surprendre. Ne te précipite pas. Les jours seront nombreux devant toi.

 

Avez-vous déjà lu des œuvres de Marek Halter ? Laquelle avez-vous apprécié ?

 

 

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