Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Zébu Boy – Aurélie Champagne

Madagascar, mars 1947, l’insurrection gronde. Peuple saigné, soldats déshonorés, ce soir, l’île va se soulever, prendre armes et amulettes pour se libérer. Et avec elle, le bel Ambila, Zébu Boy, fierté de son père, qui s’est engagé pour la Très Grande France, s’est battu pour elle et a survécu à la Meuse, aux Allemands, aux Frontstalags. Héros rentré défait et sans solde, il a tout perdu et dû ravaler ses rêves de citoyenneté. Ambila qui ne croit plus en rien, sinon à l’argent qui lui permettra de racheter le cheptel de son père et de prouver à tous de quoi il est fait. Ambila, le guerrier sans patrie, sans uniforme, sans godasses, sans mère, qui erre comme arraché à la vie et se retrouve emporté dans les combats, dans son passé, dans la forêt.

Roman de la croyance, du deuil et de la survie, Zébu Boy fait naître les fleurs et se changer les balles en eau. Tout entier traversé d’incantations, ce premier roman qui oscille entre destin et pragmatisme, est porté par une langue puissante et fait entendre la voix mystérieuse qui retentit en chaque survivant.

l'Afrique écrit

Le récit débute par un rappel historique. Le narrateur évoque ces 70 mille indigènes de diverses nationalités qui furent parqués dans des Frontstalags sur le sol métropolitain ainsi que ces rumeurs sur les tirailleurs malgaches.

Vingt-cinq mille hommes succombèrent et tous les contingents furent décimés. Tous, à l’exception des Malgaches. Au recensement suivant, les Allemands s’aperçurent même qu’ils étaient plus nombreux qu’à l’arrivée. On suspecta les soldats des registres d’avoir bâclé le travail. Mais dans le secret des cabanons nègres courait une tout autre rumeur. On disait qu’une poignée de tirailleurs malgaches avait acquis le pouvoir de se multiplier.

Le lecteur découvre ensuite celui qui sera le personnage central du récit : Lahimbelo appelé encore Ambila. De retour à Madagascar après avoir combattu dans la Meuse, Ambila  a été prié d’embarquer prestement pour son île natale, sans la citoyenneté promise, sans un sou, avec juste de vagues promesses de paiement d’arriérés de solde et de primes, des promesses qui ne seront pas tenues. Ambila retrouve son statut misérable d’indigène. Fauché, il se donne pour but de s’enrichir et de reconstituer le cheptel de son défunt père. Pour ce faire, il va vendre des aodys, des amulettes qui protègent les guerriers. Ses amis malgaches en ont besoin en pleine insurrection pour l’indépendance. Déterminé à s’enrichir, il n’a aucun scrupule, il arnaque tout le monde sans aucune distinction.

Cet ouvrage m’a permis de découvrir une partie de l’histoire Malgache : l’insurrection de 1947 et la violente répression militaire.

Et ça permet d’oublier une seconde qu’on sera peut-être les prochains en « salle de réflexion ». C’est comme ça qu’ils surnomment la salle de torture.

On raconte qu’ils balancent des rebelles vivants des avions. Les corps en touchant terre explosent, défoncent le toit des maisons. Ils appellent ça des « bombes démonstratives».

Ce roman a le mérite d’évoquer des faits historiques absents des manuels scolaires notamment le massacre de Thiaroye et ces tirailleurs sénégalais qui ont participé à la répression des rebelles malgaches.

Zébu boy est également l’histoire des croyances ancestrales malgaches. Quelques légendes  sont insérées dans le récit.

Zébu boy c’est l’histoire des combattants des colonies mal remerciés, du peuple malgache aspirant à la liberté.

C’est l’histoire de ceux qui survivent au pire, ceux qui restent et doivent vivre avec l’absence d’un être cher. Si j’ai eu du mal à m’attacher au personnage d’Ambila en raison de sa cupidité et malhonnêteté, j’ai trouvé émouvant les passages où la mort de sa mère est évoquée. 

J’ai eu beaucoup de mal avec la charpente du roman. Il n’y a pas de chapitre et cette absence rend le texte touffu, parfois confus. Le ton est fluide mais il y a de nombreux mots malgaches dont on ignore la signification. Un glossaire aurait été judicieux.

Deux types de narration sont utilisés dans le roman : point de vue externe et interne (lorsque Ambila devient le narrateur) et je n’ai pas compris ce choix de l’auteure. 

Zébu boy ne figure pas parmi mes meilleures lectures de l’année mais reste un livre à découvrir ne serait ce que pour les faits historiques qu’il met en lumière.

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Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture

Date de publication :  2019

Nombre de pages : 256

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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L’utopie des fous de Anthony Boucard

Roman concourant au Prix des Auteurs Inconnus 2019, catégorie « littérature blanche »

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« Pas un seul jour n’est passé sans que je ne vienne à toi, que je ne te fasse la cour, que je me jette à tes pieds pour éprouver ton amour et me faire aimer. Si je ne le faisais pas, c’est toi qui m’approchais. Lorsque nous nous croisions, nos yeux se retrouvaient et disaient ce que ton raisonnement ne pouvait comprendre. C’est ainsi, c’était inscrit dans ton sang et dans ta peau, comme cela l’était dans la mienne. Nous étions condamnés à nous aimer comme tu l’étais à m’oublier.»

C’est sur ces notes d’amour tendres que débute le roman. Ces mots, Marius Dupont, septuagénaire, les adresse à Jeanne Roland, l’amour de sa vie depuis l’adolescence.

Ils sont au foyer psychiatrique des Landes depuis près de 45 ans. Jeanne est amnésique. Quant à Marius, il affirme qu’il est fou sans donner de précision sur son mal.

Un soir, ils quittent le foyer. Marius est en possession de ciseaux de couture qui lui ont été donnés par Angèle, employée dans l’établissement depuis les années 60.  

Qu’est-ce qui a bien pu pousser Angèle à faire cela ? Que compte faire Marius avec ces ciseaux ?

Les questions du présent ont leurs réponses dans le passé.

On fait un bond en arrière, à l’été 44.

La France est occupée. Sur les terres séquestrées du sud Touraine, certains comptaient les jours avant la libération en priant que rien ne leur tombe sur la tête. D’autres se battaient, pour ou contre, en uniforme ou en civil, avec plus ou moins de conviction. Ils étaient français ou allemands, embarqués dans la même guerre.

Dans ce climat hostile de la seconde guerre mondiale, Jules Bréhant, 16 ans et Jeanne Roland, 14 ans s’aiment. Le père de Jeanne ne veut pas entendre parler de cette relation car le père de Jules est un collabo. Nos deux tourtereaux s’aiment donc en secret dans ce climat de suspicion et de méfiance instaurés par la guerre.

Dans l’horreur, jaillit l’écho de cet amour juvénile, vécu avec impétuosité. Un amour arrêté en plein élan à cause des affres de la guerre puis repris sous une autre forme.

 

A travers les yeux de Jeanne et Jules, l’auteur décrit les conséquences de la guerre sur le plan individuel, familial, communautaire et national.

Je lui racontai comment les habitants des villages redistribuaient leur amitié en fonction de leurs convictions ou de leurs intérêts, comment les amis du passé devinrent des ennemis pour de la viande, pour du beurre, pour un salut à l’occupant ou pour une résistance porteuse de représailles.

 

Chacun des bourreaux s’affairait à sa tâche comme si les rôles avaient été distribués et répétés longtemps à l’avance. Tous opéraient comme dans un rituel religieux au nom d’une patrie, d’un devoir ou de la morale.

Il n’y a pas de bons ni de mauvais dans les guerres. Il y a seulement des hommes qui font des choix. Et eux ont choisi d’être des assassins. Lorsqu’ils tirent sur nos soldats, ce n’est pas pour se défendre, c’est juste pour tuer de l’Allemand, des hommes qui font seulement leur devoir.

L’auteur nous fait réfléchir en nous plongeant dans l’horreur de la guerre, la violence sans nom. Dans une guerre, la bonté et le mal ne se trouvent-ils que dans un seul camp ?

Il nous fait également réfléchir sur les conséquences des choix que nous faisons sous l’influence de la colère, la frustration.

Très sceptique sur ce roman lors des présélections du prix, je l’ai finalement apprécié. C’est une sympathique découverte. 

Le procédé narratif rend l’oeuvre agréable à lire malgré son côté dramatique, mélancolique. L’auteur fait des allers-retours entre le présent et le passé et alterne les narrateurs. Les 32 chapitres formant la charpente du livre sont plutôt courts et donnent du rythme à l’histoire. Le niveau de langue est approprié au contexte de l’œuvre, le vocabulaire varié mais il  y a malheureusement énormément de descriptions pour la plupart inutiles qui alourdissent le récit.

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