Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Et tu seras mon homme

Huit femmes, huit histoires. Et pourtant, on aurait dit qu’il s’agit du chemin d’une seule et même personne. Elles ne partagent certes pas le même problème ; elles ne vivent certainement pas les mêmes situations, mais elles demeurent prises dans les mêmes pièges, confrontées aux mêmes soucis : le rejet, la solitude, la trahison. Elles vivent ces choses de la même manière. Elles sont vulnérables quand bien même elles paraissent fortes. Elles ont besoin d’amour et n’osent pas le dire très fort. Elles gardent en elles-mêmes ces frustrations, ces désirs inassouvis. Il y a aussi celles qui mènent le combat, aveu d’une impuissance non résignée. Prouver qu’elles sont fortes. Prouver qu’elles peuvent tout. Elles ont l’arme douce et fatale qui vient à bout de la bravoure et la fougue masculines, de la grandeur et l’orgueil des hommes…

Et tu seras mon homme

Oumou est la première femme à se confesser, la plus longue aussi ; son récit est dense  et constitue la moitié du livre.

Oumou est une femme envieuse, qui désire l’ascension sociale quitte à trahir ses valeurs familiales et l’amitié …

Oumou ne veut pas ressembler à sa mère qui a aimé son père et subi peines, coups, humiliations et frustrations. Elle ne veut pas dépendre sentimentalement d’un homme, elle veut être une femme forte qui maîtrise ses sentiments mais…

 

Le récit d’Oumou est banal. La fille issue d’une famille modeste qui développe une forte amitié avec une fille issue d’une famille riche la fille envieuse qui cocufie sa meilleure amie, la femme qui n’est pas aimée de l’homme qu’elle aime et qui n’aime pas l’homme qui l’aime, la femme qui  se sert des sentiments d’un homme pour parvenir à l’ascension sociale, la femme rattrapée par son karma, tous les faits cités sont connus du commun des mortels, revisités par les écrivains.

Le fond de l’histoire est banal mais leur valeur ajoutée réside dans le style de l’auteur, sa façon  de donner vie aux mots, de les chanter presque.

 

« Il a suffi de peu pour que lui, le Directeur Général, la terreur des employés de la renommée polyclinique Saints Anges des Monts, l’homme de fer intraitable en affaires et dévoué pour sa chère Adélaïde, rampe à mes pieds, me suppliant de lui donner même pas mon amour, juste un échantillon de moi, une goutte, un espoir. En retour, lui me donnerait tout, serait moins que mon esclave, plus que mon protecteur, il serait le tapis sur lequel j’essuie mes pieds en sortant de la douche, la poubelle où je jette mes chewing-gums trop longtemps mâchouillés, le drap sur lequel je me couche, la gamelle de mon chat. Qu’il ne s’inquiète pas, il sera bien moins que ça. Il sera mon homme. »

 

« Pense-t-elle vraiment que je sois femme à me confier à n’importe qui ? Connaît-elle le pouvoir de l’aveu que l’on fait à autrui ? C’est une redoutable épée que l’on confie, les genoux fléchis et la nuque offerte, à celui qui, debout au-dessus de notre tête, jugera de la trancher avec ou non. »

Le récit est joliment raconté, c’est une porte qu’on a envie d’ouvrir pour découvrir ce qui se cache derrière.

Après l’histoire d’Oumou,  viennent sept autres confessions de femmes, de brefs récits.

 

Dans « Prick Teaser », Zeinab parle avec douceur, sensualité d’un homme, objet de ses fantasmes et qui n’est pas son mari. Elle cherche son homme dans un autre. Au début, le récit nous laisse entrevoir une certaine passion, une certaine tension mais l’intérêt tombe brusquement à la fin. J’aurais voulu que la fin de l’histoire soit plus épicée, un peu relevée.

 

« La voleuse volée » m’a arraché quelques sourires, je l’ai trouvée assez originale.

 

« Chemin de vie » est l’histoire la plus émouvante. Un breuvage amer mais tellement bon. Elle rappelle combien la vie est imprévisible, combien un acte aussi minime qu’il soit peut avoir de terribles conséquences.

Cette histoire infuse la rage de vivre et nous rappelle qu’il faut continuer à vivre même si le destin nous oblige à être plus bas que terre …

 

« La voilée », confession d’une femme qui a trompé son mari et est jugée pour son «crime».  La note d’humour jouée dans le texte le rend vivant, la chute est inattendue mais j’ai été un peu déçue. Je ne m’attendais pas à cette orientation du texte.

 

J’ai bien aimé «Arghhhhh !!!! » pour son côté poétique, rêveur et pour cette chute un peu prévisible mais que l’auteur a su amener avec habileté.

 

« Feuille de menthe » a l’allure d’un poème en prose, je ne l’ai pas lu comme un récit. C’est la confession d’une femme en proie à ses souvenirs, son chagrin d’amour.  C’est une douce lecture.

« Qu’importe », confession d’une femme qui rejoint son défunt amant, est aussi une douce lecture. J’ai bien aimé le tempo de ce récit, son côté traînant  qui s’accorde bien avec la mer qui sert de cadre spatial à l’histoire.

 

En somme, j’ai passé un agréable moment de lecture. Le livre se lit très vite (121 pages) ET l’auteur a une belle plume.

 

Stella Sanogoh est l’une des vaillantes promotrices de la culture ivoirienne. Vous pouvez retrouver ses actions littéraires sur son site et sa page Facebook.

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Odette Toulemonde _ Concerto à la mémoire d’un ange

Quand vous avez une forte envie de lire un recueil de nouvelles et qu’un auteur connu, assez apprécié par des bibliophiles en a écrit, que faites-vous ?

Comme moi, vous videz l’étagère de la médiathèque de votre ville qui abrite ses recueils. 🙂

J’ai lu Odette Toulemonde et autres histoires, Concerto à la mémoire d’un ange. De quoi parlent-ils? Les lignes ci-dessous vous en diront davantage.

Odette Toulemonde et autres histoires

Ce recueil de nouvelles compte 8 récits: récits qui peignent l’amour, récits singuliers et touchants.

Le premier récit est celui de Wanda Winnipeg, une milliardaire intransigeante qui a relooké aussi bien sa plastique que sa biographie, a su utiliser les hommes pour accéder à la gloire dès son adolescence. Bien des années plus tard, elle rencontre le premier homme dont elle s’est servie pour parvenir à ses fins. Que se passera-t-il ?

Cette histoire expose deux passions différentes: la passion pour l’ascension sociale et la passion pour l’art. L’histoire révèle de belles surprises comme la générosité sincère de la milliardaire intransigeante…

C’est un beau jour de pluie est l’histoire d’une trentenaire désabusée, incapable de ressentir des perceptions positives. L’imperfection, elle ne voit que ça; elle ne peut s’empêcher de mépriser, critiquer, vitupérer. Puis, un jour elle rencontre un homme à l’optimisme indécrottable…

J’ai bien aimé cette histoire parce qu’elle contient de l’inattendu et m’a fait réaliser une chose: dans un couple, on ne partage pas que l’intimité, on partage aussi le caractère…

L’intruse… une trentenaire appelle la police parce qu’une vieille femme s’est introduite chez elle et se cache dans le placard. Que fait-elle là ?

Après les 10 premières pages, on croit savoir comment se terminera l’histoire, aux dernières lignes on est « agréablement » surpris de sa tournure.

Le faux… un amant lâche, manipulateur, avare au point de donner des cadeaux sans valeur. Sauf pour un seul objet… On sait comment se terminera l’histoire et cette fois-ci on n’a pas tort…

Tout pour être heureuse c’est la formule qu’utilisait  les amies de notre héroïne à tout bout de champ. Elles l’affirmaient parce qu’elles ne voyaient que l’apparence, elles ignoraient son secret. Cette histoire est surprenante ! Elle rappelle combien de fois nos exigences envers l’autre sont égoïstes, irréalistes.

La princesse aux pieds nus…  Une nuit d’amour, une trace indélébile, une obsession, un désir aveugle, des apparences trompeuses… La fin de cette histoire est étonnante !

Odette Toulemonde… Une grande fan d’un romancier. C’est une histoire assez banale mais j’ai apprécié le fait que l’auteur souligne le point suivant: le but d’un auteur c’est de faire planer et non donner des maux de tête !

Le plus beau livre du monde… Des combattantes pour la liberté sous le régime soviétique, qui, prisonnières veulent rédiger des messages pour leurs filles. L’histoire ne m’a pas emportée malgré la fin inattendue.

Eric-Emmanuel Schmitt

Quel rapport entre une femme qui empoisonne ses maris successifs et un président de la République amoureux ? Quel lien entre un simple marin et un escroc international vendant des bondieuseries usinées en Chine ? Par quel miracle une image de sainte Rita, patronne des causes désespérées, devient-elle le guide mystérieux de leurs existences ?

Tous ces héros ont eu la possibilité de se racheter, de préférer la lumière à l’ombre. A chacun, un jour, la rédemption a été offerte. Certains l’ont reçue, d’autres l’ont refusée, quelques-uns ne se sont aperçus de rien.

Quatre histoires liées entre elles. Sept personnages qui ont embrassé la bonté et la noirceur. Sept personnages qui sont passés du détachement à la passion, de l’admiration au dédain.

J’ai apprécié ces histoires_ surtout Concerto à la mémoire d’un ange_ pour l’effet inattendu qu’elles offrent mais aussi pour les questions qu’elles creusent: Passe-t-on radicalement du mal au bien ? Avons-nous un pouvoir complet de métamorphose ? Changeons-nous volontairement ?

Ces histoires peignent toute la complexité du genre humain. L’imperfection de l’Homme à aimer comme il faut, son regret qui survient trop tard, ses ambitions démesurées, son goût pour les reconnaissances posthumes.

L’auteur a pris d’adjoindre son journal d’écriture. On y retrouve des anecdotes et des jeunes auteurs comme moi auront plaisir à apprendre de l’expérience de l’auteur.

J’ai assez lu d’amour pour la saison. Prochaine lecture: un bon thriller!

A bientôt.

Grâce Minlibé

Auteur de Chimères de verre