Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Nouvelles du monde #15: Singapour

Singapour, en Occident, évoque d’abord les riches heures de l’époque coloniale, puis l’insolent succès, depuis les années 1960, d’une place financière et commerciale devenue incontournable. En deux générations, l’indépendance acquise en 1965 sous l’impulsion de Lee Kuan Yew, a profondément transformé l’identité du « Gibraltar d’Extrême-Orient ». Le melting pot singapourien (Européens, Chinois, Malais et Indiens), ayant en partage la langue anglaise et sa culture, ne pouvait pas ne pas en venir au « storytelling ».

Car cette cité-Etat est riche d’histoires individuelles. Quand on pense Singapour et littérature d’hier, l’image d’Hemingway, sirotant un Singapore Sling au bar de l’hôtel Raffles sous les pales des ventilateurs, s’impose. Mais si l’on pense Singapour et littérature d’aujourd’hui, pour mieux la comprendre, alors il faut lire les auteurs de ce recueil, représentants d’une culture mosaïque en plein devenir.

Six nouvelles écrites par trois hommes et trois femmes. Trois nouvelles qui ont réellement été captivantes.

L’homme qui avait peur des DAB par Wena Poon

Chang vit avec son fils, sa belle-fille et sa petite-fille à Toronto depuis deux ans. D’origine chinoise, il a passé toute sa vie à Singapour.

A Singapour, il y a deux communautés, celle qui avait reçu une éducation anglophone et celle qui allait dans les écoles chinoises traditionnelles. Chang a reçu une éducation chinoise, son fils et sa petite-fille ont quant à eux reçu une éducation anglaise. Il constate donc le fossé entre lui et sa petite-fille qui se considère comme une anglaise. Chang a le mal du pays, le manque de son identité chinoise. Alors, il se rend à Chinatown, là-bas il est heureux…

Ce texte évoque l’expatriation qu’on n’a pas choisie, l’expatriation qui provoque le vague à l’âme. Une nouvelle très intéressante.

Franchir les distances par Tan Mei Ching

Un retour au pays qui nous a vus naître le temps d’un voyage. Passer du Singapour à la Chine, comparer les habitudes de vie.

Amarjit a le whisky amer par Kirpal Singh

Le narrateur évoque un fait passé il y a 7 ans. Il vient tout juste d’arriver à New York en provenance de Singapour pour passer un entretien d’embauche à l’université Columbia et est en compagnie un soir d’autres amis dont Amarjit, ingénieur fraîchement diplômé, ayant quitté l’Indiana pour New York dans l’espoir d’y trouver de meilleures perspectives d’avenir. Le frère d’Amarjit, en provenance de Singapour, est arrivé à New York dans l’espoir de persuader son frère de retourner à Singapour.

Le rêve américain et les difficultés pour le vivre sont évoquées. L’immigration, les conditions de travail parfois non valorisantes en tant qu’étranger sont également évoquées. Si certains veulent persévérer quelque soit les embûches, d’autres préfèrent retourner à une vie moins frustrante que celle vécue aux USA.

J’aurais voulu que le narrateur évoque ce que ses amis et lui sont devenus. Histoire de voir si ceux qui ont voulu persévérer dans le rêve américain ont eu gain de cause. 🙂

Les 3 autres nouvelles du recueil Vidéo par Alfian bin Sa’at, L’élève Lee Geok Chan par Catherine Lim et L’expatrié par Lim Thean Soo m’ont laissée indifférente tant au niveau du style que de l’intrigue. Il m’est même impossible de vous faire un résumé de ces nouvelles.

Je pense qu’il est temps pour moi de faire une longue pause avec cette collection Miniatures où mes lectures les plus intéressantes jusqu’ici sont Nouvelles du Soudan et Nouvelles de Taiwan.