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TTL 102: Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Vilains & Méchants

J’ai pensé à ce titre

Couverture        Et d'un seul bras, la soeur balaie sa maison

Lala vit chichement dans un cabanon de plage de la Barbade avec Adan, un mari abusif. Quand un de ses cambriolages dans une villa luxueuse dérape, deux vies de femmes s’effondrent. Celle de la veuve du propriétaire blanc qu’il tue, une insulaire partie de rien. Et celle de Lala, victime collatérale de la violence croissante d’Adan qui craint de finir en prison.
Comment ces deux femmes que tout oppose, mais que le drame relie, vont-elles pouvoir se reconstruire ?

J’ai choisi ce roman de Cherie Jones parce que la majorité des hommes dans ce roman sont vilains: moralement laids. Ce sont des hommes violents, particulièrement méchants envers des femmes, leurs femmes, leurs filles.

Il y a le vilain Carson qui abuse de sa fille,

Rainford, le vilain et jaloux fiancé, qui n’arrive pas à aimer la fille de sa fiancée et va tuer celle qu’il prétend aimer,

Il y a Adan, le géant, qui bat continuellement sa femme,

Il y a le vilain lieutenant Beckles qui va abuser d’une femme.

Elles s’appellent Esmé, Lala, Saba, Mira et elles subissent la violence du mâle.

A travers ce récit de plus de 300 pages, le lecteur fait face à la fureur de l’homme. Une violence qui ne peut s’expliquer, une violence qu’on croirait innée.

A travers les histoires personnelles et commune de Wilma, Esmé et Lala, l’on est tenté de se demander si la violence conjugale est un héritage transmis de génération en génération.

elle ne comprenait pas que, pour les femmes de sa lignée, le mariage était, d’une manière ou d’une autre, un meurtre.

Le lecteur assiste, impuissant, au relâchement de l’éducation parentale, à l’influence malsaine des adultes et à la naissance de monstres comme Adan.

Le récit se déroule à Baxter dans les années 80 et dans ce paradis pour touriste, les élites et riches noirs sont rares. Il n’y a presque pas de médecin. Les femmes cousent, tressent, font le ménage ou se prostituent. Les hommes sont des gigolos, des braqueurs ou dealers de drogue. J’ai grincé des dents face à ce portrait misérabiliste d’afro-descendants.

Il m’a manqué l’histoire économique de l’île de la Barbade pour justifier ce portrait.

Le style de l’auteure est entraînant, le ton assez mélancolique. Si j’ai eu de la compassion pour Lala, le seul personnage auquel je me suis attachée est Tone. Je n’ai d’ailleurs pas du tout aimé le sort qui lui est réservé à la fin.

Si j’ai apprécié ma lecture, de nombreuses questions restent sans réponse pour moi : pourquoi Wilma reste-t-elle avec son mari malgré tout ? Pourquoi Esmé et Saba se prostituent ? Pourquoi Tone a décidé de vivre cette vie? Qu’est-ce qui a déclenché cette Chose qu’il ne peut nommer ?

Un amour interdit Alyssa Cole

Que sont les secrets, si ce n’est des choses que l’on veut oublier ?

tu comprends qu’aimer un homme ne s’apprend pas, car si c’est le bon, l’apprentissage est inutile, l’amour est la chose la plus naturelle au monde. Tu comprends que si tu dois apprendre à aimer un homme, il n’est probablement pas celui que tu devrais aimer.

Avez-vous lu ce livre ?

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

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TTL 97 : Le mal de peau – Monique Ilboudo

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Scolaire.

Ce thème m’a fait penser au mal de peau de Monique Ilboudo pour deux raisons. La première: l’un des personnages principaux part faire ses études universitaires en France, la vie estudiantine est évoquée. La seconde, vous la découvrirez dans mon avis.

Couverture Le mal de peau

Le Mal de peau met en parallèle le destin de deux femmes, Sibila, la mère, et Cathy, la fille. Ces deux femmes vont, chacune dans leur époque, se trouver confrontées au colonisateur blanc. A l’image de son peuple, Sibila sera violée par le commandant de cercle. Née de ce viol, Cathy a du mal à vivre sa différence, et n’a qu’un rêve : retrouver son géniteur. A vingt ans, elle traverse la mer et vient étudier en France. Elle découvre Paris et sa banlieue, l’université, et tombe amoureuse d’un jeune Blanc. Mais après la mère, le destin de la fille sera à son tour marqué par les forces sombres de la colonisation.

Deux femmes, une lignée. Le mal de peau c’est leur histoire commune et leurs parcours de vie. On suit de façon alternée la vie de Sibila, la mère de Cathy au Tinga et Cathy qui part faire ses études universitaires en France.

Alternance de lieux mais aussi d’époque. Le Tinga colonial et post-colonial.

Dressons d’abord le portrait de la mère. Une femme que la vie n’a pas épargnée. Son père tente de la marier de force, elle est ensuite violée par un colon. Ces événements ont-ils conditionné sa vie sentimentale ? C’est l’impression qu’on a car Sibila enchaîne les déboires sentimentaux. J’ai eu de la peine pour cette mère célibataire qui tente à travers les hommes qu’elle rencontre de trouver un père pour ses enfants.

Cathy est le fruit d’un acte sexuel non consenti. Métisse, elle subit des rejets à l’école. Elle rêve de connaître son père. Ses études universitaires la mènent en France et elle y rencontre un jeune homme blanc issu d’une famille où le mélange des races ne fait pas partie des vœux.

Dans ce pays qui n’est pas le sien, elle se frotte au racisme, au rejet. Le mal de peau refait surface.

Défis de mère célibataire, racisme dans les années post-coloniales, métissage et sentiment d’entre-deux sont les thématiques de ce roman.

Thématiques intéressantes mais j’ai eu du mal au bout d’un certain temps avec la narration académique, le ton didactique. J’ai hélas trouvé que certaines descriptions étaient inutiles à mon sens.

Je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages. J’ai trouvé que l’histoire de Sibila était plus vivante que celle de sa fille.

Et que dire du dénouement ? Une véritable déception ! Quel était le but de l’auteur: choquer le lecteur, déclencher une avalanche de larmes, rendre son histoire inoubliable ? D’autres péripéties auraient été nettement judicieuses. Oui, une vie qui commence et s’achève dans le malheur, c’est un fait, mais qu’elle nous présente un clap de fin de ce genre, ça n’a aucun sens pour moi.

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

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Lame sur les lèvres- Loïc Henry

Je remercie NetGalley et les éditions Hugo Publishing pour la découverte de ce roman. La 4e de couverture étant très aguichante, je me suis laissé tenter…

Les événements se déroulent de janvier 2018 à juin.

Le récit s’ouvre sur une personne. Instinctivement, je pense à un homme. Cet homme observe une personne qu’il s’apprête à tuer. On découvre ensuite de façon chronologique Charlotte, Zoé, un mystérieux personnage puis Alexis.

Charlotte, quarantenaire, veut devenir mère célibataire et propose à un ancien ami de lycée d’être le donneur. Zoé a 26 ans et est mannequin professionnel. Alexis est un ancien légionnaire revenu à Paris pour venger la mort de Marin, son ancien compagnon d’armes.

Tous prennent la parole l’un après l’autre pour nous dévoiler leur quotidien y compris le mystérieux personnage qui élimine Stanislas Pellaut, Marin Kaliszewski, Hughes Janelidze, Bilal Touati, Anthony Dos Santos, Benjamin Cochet, Lucile Carpentier…

Le mystérieux personnage intrigue par sa façon d’écourter la vie de ses victimes. Quel est d’ailleurs le lien qui unit ces victimes ? Quel est le mobile du meurtrier ? Les indices sont donnés au compte-gouttes, les connexions s’établissent…

J’ai apprécié la narration interne, le point de vue alterné des personnages principaux. Le registre de langue employé est courant avec de brèves apparitions de mots soutenus. Je n’ai pas été émerveillée par la plume de l’auteur mais elle se laisse lire. J’ai également apprécié le clin d’œil à mon pays. L’un des personnages secondaires est en effet un ivoirien.

L’intrigue policière est intéressante à suivre même si des longueurs, péripéties invraisemblables et détails superflus l’amenuisent parfois. L’auteur surfe sur des thématiques actuelles: Viol, inceste, GPA, trafic sexuel, immigration.

Je ne me suis malheureusement pas réellement attachée aux personnages. Je les ai trouvés un peu ternes. J’ai trouvé certaines réactions de Charlotte assez illogiques (je les ai mieux comprises au dénouement de l’histoire) et Zoé plutôt immature pour son âge. Il n’y a que deux personnages que j’ai trouvés intéressants: Alexis et Grégoire Rannou. J’ai par ailleurs beaucoup apprécié le lien de ce dernier avec Zoé. J’aurais aimé en savoir davantage sur lui. Si l’auteur pense à faire une saga policière avec lui, je serais ravie de l’y retrouver.

En conclusion : Lame sur les lèvres est une lecture moyenne pour moi, la faute au rythme pas très haletant de l’histoire et à des personnages qui n’ont pas su m’embarquer dans leurs histoires personnelles.

Envie de vous faire votre propre idée de ce roman? Il sort demain!

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L’accordeur de silences – Mia Couto

« La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu: Jesusalèm. C’était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final.
Mon vieux, Silvestre Vitalicio, nous avait expliqué que c’en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l’horizon ne figuraient plus que les territoires sans vie qu’il appelait vaguement l’Autre-Côté. »
Dans la réserve de chasse isolée, au cœur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.
Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimares Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie.

Trois grands livres forment la charpente du roman. Dans la première partie, Mwanito, le narrateur, présente ce qui fait son monde. A 11 ans, il vit dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Son humanité n’est composée que de son père Silvestre, son frère Ntunzi, Zacaria, le militaire et son oncle Aproximado qui leur rend visite de temps en temps. Mwanito présente chaque membre de son humanité dans les premiers chapitres. Au début, on rit de l’étrangeté du père qui vit replié sur lui-même, oublieux de son passé puis on est assez choqué de son extravagance et de l’affection qu’il accorde à son ânesse.

J’ai ressenti de la lassitude due à la lenteur du rythme jusqu’à l’apparition de Marta. La venue de cette femme portugaise va provoquer des remous dans la vie des habitants du désert. A travers elle, c’est la thématique de la condition féminine qui est introduite.

La profondeur de l’histoire s’accentue au fil des pages, les révélations au dernier livre éclaircissent les raisons de la solitude de Silvestre.

L’accordeur de silences, c’est un style très imagé, philosophique. La saudade, omniprésente dans le roman, donne une atmosphère particulière au texte. J’ai apprécié les thèmes abordés: poids du passé, culpabilité, relation père-fils, relation homme-femme, expression de la féminité, solitude.

Ce roman a été choisi par Sarah, ma fidèle libraire dans l’aventure Kube. Dans ma commande Kube de décembre dernier, je lui ai indiqué que je remplissais ma carte des auteurs africains et aimerais bien lire un auteur de l’une des nationalités suivantes: centrafricain, namibien, tanzanien, mozambicain ou érythréen.

Dans cette Kube, j’ai également reçu un marque-page Kube, deux sachets de thé de la route des comptoirs, un extrait de Le sixième sens de L.P.Hartley paru en janvier dernier aux éditions La Table Ronde, un calendrier 2021 et des fiches de lecture bristol de la marque foglietto.

Et je remercie l’équipe Kube pour leur diligence car je ne m’attendais pas à recevoir la Kube fin décembre. Ca m’a fait du bien de l’avoir pour mon anniversaire 🙂

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TTL 71 : Black Cendrillon – Jean-Claude Derey

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est Couverture sombre.

J’ai immédiatement pensé à

Livre : Black Cendrillon écrit par Jean-Claude Derey - Rivages

Jeanne Baguirmi est-elle vraiment une « erreur de calcul du grand ordonnateur céleste » ? A vingt ans, elle se retrouve bonne à tout faire chez un Libanais de N’Djamena. Mais il a « le tort de la confondre avec un melon d’eau qu’on pétrit et qu’on renifle ». Elle le tue d’un coup de fer à repasser… Et tombe aussitôt entre les pattes du commissaire Idriss Salamat qui lui propose un marché : il passera l’éponge si elle se met au service du diplomate Jonathan Gray, qu’elle espionnera pour le compte des autorités tchadiennes. Lorsque Jeanne arrive chez les Gray, elle est confrontée à un couple étrange : un play-boy viril et une mégère anorexique cohabitent dans une maison où rôdent la folie et la mort…

Cendrillon est ma princesse Disney préférée alors sa présence dans un titre de roman attire forcément mon attention 😀

La narratrice qui s’exprime du fond d’une cellule raconte comment elle a riposté face à une tentative de viol de son patron, M. Fouad. Une riposte violente mais j’ai trouvé encore plus violent les propos des policiers et du commissaire misogyne  

Les Blancs battent le tam-tam pour un viol, mais à N’Djamena, dans le pays le plus misérable d’Afrique, le pucelage d’une broussarde comme toi ne vaut pas un kilo de tomates ! Pourquoi tant de manières, hein ? Nom de Dieu ! Qu’est-ce qui t’a donc pris ? Tu écartes les cuisses, tu te laves, aucune trace, comme le passage d’un nuage sur le sable ! A cause de tes idées tordues, une famille libanaise est en deuil ! 

Jeanne se voit proposer un marché en échange de sa liberté : espionner un diplomate. Elle nous décrit sa famille: sa mère qui attend avec persévérance qu’on libère son innocent de mari de prison, sa sœur qui s’offre au plus offrant mais aussi les conditions de vie des expatriés au Tchad

Chez nous, le Blanc vit sur une autre planète, à des années-lumière de la crasse et de la misère.

Jeanne découvre son nouveau patron, le beau Jonathan. Pourra-t-elle réaliser sa mission d’espionnage avec cet amour qui commence à lui voiler la raison ?

Je m’attendais à lire un roman d’espionnage au Tchad avec du suspense, de l’action, des rebondissements. Mes attentes ont été, hélas, contrariées. Il est plutôt question de manipulation, d’obsession amoureuse, de l’image des noires perçue par les blancs expatriés. En toile de fond, l’atmosphère politique du pays dans les années 70.

J’ai eu de la peine pour cette cendrillon noire qui voulait vivre un conte de fées. 

 

Et vous, quel livre avez-vous ou auriez-vous choisi pour ce thème ?

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D’autres vies sous la tienne – Mérine Céco

l'Afrique écrit

C’est une île lointaine, censément paradisiaque, que les dépliants touristiques surnomment « l’île des revenants ». Une île que cette femme a fui tant elle voulait l’oublier, se croyant victime d’un sortilège qui la lie toujours à elle.
Jusqu’au jour où elle se retrouve confrontée au désir de sa fille, pourtant née dans le pays d’adoption, de renouer avec les âmes errantes de cette île et les fantômes de son passé. C’est alors qu’affluent chez la mère tous les souvenirs enfouis, les récits familiaux douloureux, les drames de la violence misogyne, de l’inceste, du viol…
Par une lettre qu’elle adresse à sa fille, la mère interroge son passé et son présent, et, ce faisant, fait remonter à la surface des tresses de récits, des éclats de paroles étouffées, des questionnements intimes, autour notamment d’une figure trouble, celle du « dorlis », équivalent créole de l’incube du Moyen-âge, ce démon mâle qui prend corps pour abuser d’une femme qui dort. En l’île répudiée, c’est lui qui règne en maître absolu ; c’est l’Homme, blanc, noir, mulâtre, indien, qu’importe ; riche ou pauvre, croyant ou mécréant. Lui, pour qui le ventre des femmes est à labourer sans répit, à triturer, à torturer parfois même.
À travers ce chassé-croisé, l’auteur explore la peur intestine qui habite tous ceux qui naviguent entre plusieurs appartenances, peur qui les conduit à l’invention de figures magiques pour recouvrir une réalité trop douloureuse. Si ce roman s’enracine dans une réalité socio-historique indéniablement caribéenne, et fait écho à une actualité brûlante, il témoigne tout autant d’une quête universelle : celle des femmes résistantes, qui osent affronter à plume découverte l’obscur éclat des généalogies marquées par une oppression masculine masquée ; celle des « déracinés » qui, dans le silence obstiné des autres, portent leur couleur de peau et leur histoire comme un fardeau.

 

l'Afrique écrit

 

Une mère, une fille. La première regarde la seconde boucler ses valises.

La mère admire la maturité de sa fille. Elle, elle est restée enfermée dans le jardin de son enfance.

C’est qu’il y a eu un grand trou, un vertige dans ma vie quand j’ai eu douze ans : pour me protéger, pour survivre, j’ai décidé que mes souvenirs n’iraient pas au-delà.

Une mère aimerait confier son histoire faite de silences. Elle écrit donc une lettre à la fille. Une lettre qui se lit comme un roman.

Le lecteur curieux, avide de révélations de secrets embarque dans ce récit à la 1ère personne où Céline Clairon épouse Pernat raconte son passé à Anita sa fille. Anita répond également à sa mère et leur échange épistolaire pose des réflexions intéressantes.

Peut-on vivre détaché de l’histoire de ses ancêtres ?

Nos choix sont-ils dictés par l’inconscient collectif ?

Ce roman évoque la hiérarchisation de la couleur de peau que la narratrice appelle couleur de corps, les injustices subies par ceux qui ont la couleur de corps plus foncée, les stigmates d’infériorité transmis de génération en génération, la liberté individuelle entravée par la liberté collective,  le racisme ordinaire, les violences basées sur le genre.

Ce roman décrit ce monde où :

  • le racisme est ordinaire, ancré dans les habitudes de vie,
  • l’assimilation est préférée à l’intégration.

 

extrait d'autres vies sous la tienne

 

Ce roman m’a fait découvrir la psycho-généalogie dont je n’avais pas entendu parler jusque-là.

Albert m’expliqua qu’il était psycho-généalogiste. Qu’il travaillait sur les analyses transgénérationnelles, les mémoires toxiques, les secrets de famille, les transmissions inconscientes de traumatismes et de fautes lourdes, des ancêtres vers leurs descendants.

 

Le récit est fluide, contient des idées intéressantes mais je ne me suis pas attachée aux personnages. Par ailleurs, la structure narrative n’est pas très fine. Les péripéties s’enchaînent souvent sans transition.

 

Christmas

 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

Éditeur : Ecriture

Collection : Littérature française

Date de publication: Février 2019

Nombre de pages: 235

 

Disponible aux formats papier et numérique

 

 

 

 

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La couleur du lait de Nell Leyshon

En cette année 1831, Mary, une fille de 15 ans entame le tragique récit de sa courte existence : un père brutal, une mère insensible et sévère, en bref, une vie de misère dans la campagne anglaise du Dorset.
Simple et franche, lucide et impitoyable, elle raconte comment, un été, sa vie a basculé lorsqu’on l’a envoyée travailler chez le pasteur Graham, afin de servir et tenir compagnie à son épouse, femme fragile et pleine de douceur.
Elle apprend avec elle la bienveillance, et découvre avec le pasteur les richesses de la lecture et de l’écriture.. mais aussi l’obéissance, l’avilissement et l’humiliation. Finalement, l’apprentissage prodigué ne lui servira qu’à écrire noir sur blanc sa fatale destinée. Et son implacable confession.

 

Petite Mary. Elle a les cheveux couleur de lait et une patte folle. Son innocence, son entière franchise la rendent attachante.

Chez elle, son père règne en maître et seigneur. Mary travaille dur comme ses 3 sœurs et sa mère sans obtenir de lui un mot de reconnaissance. Quand son père lui annonce qu’elle va devoir travailler chez le pasteur Graham, j’imagine un peu de douceur dans la vie de Mary, une délivrance de l’autorité paternelle, un nouvel élan mais sa vie prend une tournure dramatique au contact du pasteur Graham. Cet homme d’église censé conduire les Hommes au paradis, va conduire petite Mary en enfer…

L’autorité de l’Homme ne disparaît pas. Elle mue, change de lieu. Père ou employeur, chacun abuse de son autorité.

J’aurais voulu un autre destin pour elle autre que celui qui nous est conté. Les dernières lignes du récit sont douloureuses à lire.

 

Le style narratif déroute mais on finit par s’y habituer. Il n’y a point de ponctuation, il faut rester concentré pour saisir le dialogue, savoir qui parle etc…  Je classerais plus ce récit dans le genre de la novella plutôt que dans celui du roman. Il y a peu de protagonistes, le récit est focalisé sur un sujet précis…

Je respecte le choix de l’auteure mais je pense qu’elle avait assez de matière pour étoffer le roman. Les personnages secondaires comme les sœurs de Mary pouvaient être plus développés.

 

Avez-vous lu ce roman ? Connaissez-vous cette auteure ?

 

fleur v1

 

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TTL 57: Douleur intime – Fatou Diomandé

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est : Virage à 180° (Un personnage qui évolue ou change radicalement)

Pour ce thème, j’ai pensé à un roman jeunesse d’une auteure ivoirienne.

Douleur intime VALLESSE

 

Pourquoi ce choix ?

1997, ville imaginaire de Talla.

La famille Botiga y vit depuis 10 ans après leur fuite de Duna pour échapper aux affres de la guerre. Myra, l’aînée, a 18 ans et est en classe de Terminale.

Myra a deux amis : Yaël et Chloé, deux jeunes issus de la classe aisée qui obtiennent tout ce qu’ils veulent de leurs parents. Au Lycée, on les surnomme le trio d’enfer.

Yaël comble les deux jeunes filles de cadeaux et d’attention. Il est sympathique, brillant à l’école. Alors comment comprendre que ce jeune homme à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession soit l’auteur d’un acte de violence sexuelle et de surcroît sur Myra sa meilleure amie ?

Pourquoi ce brusque changement d’attitude ? Ou faisait-il semblant d’être doux comme un agneau pour cacher le loup en lui, tapi dans l’ombre ?

Après son acte de lâcheté, Yaël va présenter ses excuses. Des excuses dont la sincérité reste à prouver puisqu’il va complètement abandonner Myra au moment où elle aura le plus besoin de lui….

 

Mon avis de lecture

Ce roman a clairement choisi son public : la jeunesse. Format court, structure narrative fluide, ton simple. 

Les thèmes abordés sont percutants : le viol et l’absence de soutien psychologique de la victime, la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH SIDA. J’ai admiré le courage de Myra face à toutes ces épreuves qui lui sont tombées dessus si brusquement. J’ai admiré sa détermination à ne pas se laisser vaincre par les vicissitudes. Un bel exemple de résilience. 

 

Douleur intime offre un sympathique moment de lecture. Les événements sont racontés de manière brève et évitent qu’on tombe dans le pathos mais ils s’enchaînent trop vite à mon goût. 

J’aime les romans de moins de 200 pages mais je suis restée un peu sur ma faim avec ce roman qui n’en compte que 104. J’aurais voulu qu’il y ait plus de péripéties. 

 

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

 

 

 

fleur v1

 

 

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Affection partagée – Mamadou Koblé Kamara

Un recueil de nouvelles qui présente de manière imaginaire, des circonstances dans lesquelles des personnes ont contractées le vih-sida. Les personnages mis en situation dans ce texte, dès qu’ils ressentent les effets de l’infection se retrouvent à revisiter les moments de faiblesse ou de manque de vigilance devant les tentations de l’amour (affection) ou de l’amour en tant qu’acte sexuel où ils ont contracté le virus.

 

l'Afrique écrit

J’ai acheté ce livre au SILA 2019 en mai dernier. Une sympathique commerciale de Vallesse m’a dit que c’était l’une des nouveautés de la maison d’édition. La couleur vive de la couverture m’a attirée, le résumé a attisé ma curiosité. J’ai donc sauté le pas.

Il a attendu trois mois dans ma Pile à Lire avant d’être lu. Il doit sa sortie au challenge Bookineurs en Couleurs sur Livraddict. Ce challenge consiste à lire des livres qui ont en commun la couleur de leurs couvertures pendant une session de deux mois. Le choix de la couleur est fait à l’issu d’un vote. En août dernier, la couleur choisie était l’orange. 

 


 

Infection partagée, la fête dans le bidonville, infortunes économiques, nosogomiase (la maladie que donne l’hôpital), la route qui tue autrement, haut les cœurs ! hôtesse de cérémonies, l’inspecteur de l’enseignement sont les 8 nouvelles qui se partagent les 135 pages de ce recueil. 

Zrantian, Yah Ngnan, Lesseuka, Mehdo, Glome, Dezon, Minkanin, Montonba sont les personnages principaux de ces nouvelles. Ils racontent tour à tour, en exécutant un ballet sinistre, les circonstances au cours desquelles ils ont contracté le VIH-SIDA.

Pour l’une c’est à la suite d’un viol, pour l’autre c’est à la suite de faveurs sexuelles en échange de médicaments pour soigner l’un des membres de sa famille…. 

Pour l’un, c’est lors d’un voyage routier, pour l’autre c’est lors d’une fête bien arrosée…  

 

Au-delà de la présentation de circonstances au cours desquelles ces personnages ont contracté le VIH-Sida, ce recueil expose les manquements de la société en Côte d’Ivoire : droit de cuissage, corruption qui devient une seconde nature chez les forces de l’ordre, absence de  politique sanitaire ; le corps des femmes considéré comme un objet, le viol des femmes passé sous silence.

Affection partagée a été une sympathique lecture même s’il m’a manqué un je-ne-sais quoi.

J’ai apprécié les références à la culture Dan en commençant par les prénoms des personnages.

Pour votre information, Medho signifie l’amour d’autrui, Dhewa Gui les femmes souffrent et Yah Gnan, je ne pensais pas que cela m’arriverait un jour. 

 

Je vous souhaite en avance un bon week-end en lecture. Qu’avez-vous prévu de lire ?

 

fleur v1

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Je me suis tue de Mathieu Menegaux

Depuis un moment, je n’arrive pas à dire grand chose sur les romans que je lis ou j’ai la flemme de rédiger les chroniques. Des chroniques entamées mais non publiées se prélassent dans mes brouillons.

Mais certains livres arrivent à imposer leur délai de publication. Leur intensité et pertinence rend volubile.  Je me suis tue de Mathieu Menegaux fait partie de cette classe de livres.

Couverture Je me suis tue

Livre découvert dans le groupe de lecture « Accro aux livres » sur Facebook. Les nombreux avis élogieux m’ont convaincue.

La 4e de couverture de « Je me suis tue » est réussie. Elle nous dit l’essentiel sans révéler l’intrigue. En écrivant cette chronique, je me suis demandé s’il fallait rester dans la logique du résumé ou en dire plus.

J’ai choisi la 2e option mais rassurez-vous je n’irai pas dans les moindres détails.

 

Claire, notre narratrice est une férue de musique. 

Encore une chanson. Toutes les situations de la vie, des plus gaies aux plus noires, des plus courantes aux plus improbables, ont été décrites en chansons. 

Elle glisse dans le flot de ses paroles des extraits de chanson. Parfois, on ne s’en rend pas compte parce que les extraits collent au texte parfois ils apparaissent comme un cheveu sur la soupe. 

 

Claire est en prison depuis deux ans. Du fond de sa cellule de la maison d’arrêt des femmes à Fresnes, elle nous livre l’enchaînement des faits qui l’ont conduite en prison. Elle nous livre son témoignage, ce qu’elle a refusé de révéler aux instances judiciaires, à son mari.

Elle nous joue une partition de musique aux notes silencieuses et noires, rythme saccadé, tempo crescendo.

Victime d’une expérience traumatisante crainte par toutes les femmes, elle va s’emmurer dans le silence. Faire comme si cela ne s’était jamais passé. Ce choix du silence va lui porter préjudice. La victime deviendra bourreau, pire son propre bourreau…

J’ai apprécié ce récit qui s’étale sur moins de 200 pages. Je l’ai terminée en moins de 3 heures et j’en profite pour dire merci à tous ces auteurs qui savent qu’on n’a que 24 heures dans la journée et répondent de façon optimale à mon envie de lecture quotidienne et rapide. 😀

La plume de Menegaux a été une belle découverte. Travaillée, fluide, mélancolique et vive, elle est.

Ce récit a été une claque, une leçon de vie pour moi. Les choix que nous faisons conditionnent nos vies mais aussi celles de nos proches. Croire qu’on peut s’en sortir toute seule est carrément faux. Non, on ne peut pas tout garder en soi surtout lorsqu’on a vécu une expérience traumatisante. Il est nécessaire d’en parler ne serait-ce qu’à un psychologue.

J’ai eu de l’empathie pour cette femme désorientée après cette expérience traumatisante même si j’ai eu envie de la secouer voire de la gifler à chacune de ses mauvaises décisions. Non, tous les secrets ne sont pas bons à taire. Le poids du silence est parfois trop lourd à porter et son prix trop élevé. Claire aurait eu une autre vie si elle n’avait pas fait ses mauvais choix, si elle n’avait pas tant tenu à son image. 

Arrogante, je n’ai pas eu l’humilité de te faire confiance. Suffisante, j’ai voulu m’en sortir toute seule. J’ai été orgueilleuse, stupide et indigne.

 

Lorsqu’on arrive au twist final qui peut être abracadabrant à première vue, on ne peut qu’affirmer que Claire et son mari auraient dû aller jusqu’au bout pour confirmer leur hypothèse, effacer leurs doutes. On arrive au point final de cette histoire et on ne peut s’empêcher de dire : quel gâchis !

 

Je vous invite à découvrir ce livre percutant qui offre une belle réflexion sur la communication dans le couple, la culpabilité, le poids du silence, la gestion de cette expérience traumatisante qu’est la contrainte à un acte sexuel. 

 

En fouinant sur le net, j’ai découvert qu’un autre roman traitait du sujet et avait beaucoup de similitudes avec « Je me suis tue« . Il s’agit du roman le malheur du bas d’Inès Bayard. Coïncidence, influence ou plagiat ? Je referme la parenthèse.

 

signature coeur graceminlibe