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Nouvelles du monde #7 : Réunion

« Miniatures » fait escale sur la Route des Indes, en plein océan Indien, dans les Mascareignes, dans l’ancienne Île Bourbon. Le monde entier est passé par là pendant cinq siècles. Tout comme la Guadeloupe ou la Martinique, La Réunion a été le lieu d’un vaste brassage. Témoignant de tous les trafics qui s’y sont pratiqués, sa population es issue de Madagascar (les Malgaches), de l’est de l’Afrique (les Africains), de l’ouest et du sud-est de l’Inde, le Gujarat (les Zarabes) et le Tamil Nadu (les Tamouls) ainsi que du sud de la Chine, notamment de Guangzhou (Canton) et bien sûr d’Europe. Cela fait de cette île un concentré de tout, une planète-terre miniature où l’Europe, l’Asie, le monde arabe et l’Afrique co-existent. Cette position indianocéanique, au carrefour des routes commerciales d’autrefois, en a fait ce qu’elle est aujourd’hui. Insularité, discriminations raciales, famille, maternité, adultère : tels sont les thèmes vitaux abordés dans les six nouvelles de ce recueil. Avec pour toile de fond la nature spectaculaire de cette île : son volcan, ses forêts, ses plaines et plateaux d’altitude, sa flore et sa faune exceptionnels.

La Réunion est une île-monde. Sa littérature est aussi, d’une certaine façon, une littérature-monde.

Mon tour du monde littéraire continue. Aujourd’hui, Cap sur l’île de la Réunion avec ce recueil de nouvelles reçu dans mon swap sur le thé.

Ce recueil de six nouvelles est majoritairement composé de plumes féminines. Commençons par celle qui a été mon coup de cœur tant au niveau de la forme que du fond.

Meurtre dans un jardin – Isabelle Hoarau-Joly

Irma est mariée à Romain, un homme addict à l’alcool. Son mariage tourne au vinaigre, leur amour s’est perdu dans les vapeurs du rhum. Irma se plaint à sa belle-mère mais cette dernière qui a élevé son fils au rang de Dieu rejette l’addiction de son fils sur sa bru.

Irma songe à quitter son mari, mais sans travail et revenu, où irait-elle ?

Sa famille la traiterait d’idiote et refuserait de l’héberger. Combien rêvaient d’un mari fonctionnaire ? Personne ne comprendrait ! Il y avait tant de femmes, dont sa mère qui avait enduré toute une vie un homme qu’elle n’aimait plus, pour qui il ne restait que l’habitude du quotidien: une laisse à laquelle on est attaché ! On s’y accroche par peur de l’inconnu ou du qu’en-dira-t-on !

Irma subit son mariage et s’évade dans son jardin. Son jardin est son paradis, en opposition à l’enfer de la maison. Mais dans ce paradis, un être va mourir.

Une nouvelle alliant français courant et familier. Une nouvelle olfactive et visuelle. On se projette dans le jardin d’ Irma.

Avant le cri, il y a la faute – Jean-François Samlong

« Si le bonheur s’arrête en chemin, se dit-il, le malheur jamais ; il fonce droit sur vous. »

Un fiancé déshonoré par sa promise, un père qui tente d’éviter la survenance du pire, du malheur. Mais je ne suis pas sûre d’avoir compris le fin mot de cette nouvelle.

Le gouffre – Monique Merabet

Le récit a pour cadre spacio-temporel, l’étang-salé, une commune de la Réunion, en 2001. Le narrateur s’appelle Garou. Brebis galeuse, il a été mis au rebut par le reste de sa famille après la mort de sa mère, expatrié dans un orphelinat de la Creuse. C’est un jeune homme que la guigne poursuit. Sympathique histoire avec une chute digne d’une nouvelle.

Le pays paille-en-queue – François Dijoux

La faune, la flore de l’île de la réunion, les villages de l’île de la Réunion sont présentés au lecteur. Ce dernier a même droit à un rappel historique sur l’Îlet-à-Cordes.

Léontine est le personnage principal de cette nouvelle. Elle a conservé la tradition immémoriale des brodeuses venues de Bretagne et son unique motif est la paille-en-queue. Elle évoque sa vie avec Vivian, sa solitude après sa mort et le départ de ses enfants, une fois, adultes.

Madame sans-langue – Monique Séverin

Une nouvelle qui débute par un prologue où une femme demande pardon aux femmes qui ont perdu un enfant. Elle les supplie de pardonner celle qui pleure un fils vivant.

Madame-sans-langue est le personnage central du récit. Une femme à qui l’on a arraché un enfant. Une histoire sur la maternité, la discrimination raciale. Je ne suis pas sûre d’avoir compris tous les contours du récit. J’espère qu’il y aura d’autres avis de lecture sur ce recueil pour découvrir ce qui m’a échappé.

Une sauvageonne chez Molière – Monique Agénor

Une jeune femme se voit refuser un rôle dans un théâtre car elle n’a pas la gueule de l’emploi. Ses cheveux sont frisés, son teint soutenu, son nez inexistant, son accent qui vient de je ne sais où pour reprendre les dires du Directeur.

Une jeune femme qui va prendre sa plus belle revanche. Le lecteur a droit à un rappel historique sur la semaine sanglante.

Nouvelles de la Réunion a été une lecture moyenne dans l’ensemble mais j’ai apprécié ce voyage virtuel de la Réunion. La nature spectaculaire de cette île est très bien décrite.

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Hadja Binta – Badiadji Horrétowdo

Lorsque la vie de la princesse Binta bascule à Garoua, dans le Nord-Cameroun, Hadja Binta l’ignorait sans doute,« La Halmata holding n’a jamais eu la délicatesse de remettre à l’eau une baleine échouée sur sa plage »!

Badiadji Horrétowdo signe un nouveau roman, plein d’audace et de sensibilité, qui explore l’univers peu connu d’une prostitution qui s’ignore dans le microcosme de la communauté du Sahel à Douala.

l'Afrique écrit

La bêtise a ceci de terrible qu’elle peut ressembler à la plus profonde sagesse. Valery Larbaud

J’aime ces citations de début de roman qui donnent envie de s’aventurer dans les prochaines pages.

Hadja Halmata est le 1er personnage que l’on rencontre. Une musulmane pieuse qui est à la tête d’une … maison close.

Hadja Halmata prend soin de ses protégées, celles qui sont à la source de son entreprise florissante. Elle leur donne astuces, potions pour attirer vers elles les hommes de leurs vies.  Ce rêve que ces jeunes filles miroitent a été le sien il y a des années. 

Le lecteur découvre sa vie de femme, d’épouse 

Elle se souvenait : j’étais une épouse, si l’on veut ! Mais je me voyais surtout en domestique ; une domestique sur qui l’employeur passait ses nerfs, qu’il battait et tapait, violentait et violait, quand cela lui chantait ! Au prix d’un indicible chagrin, elle devait garder le silence, accepter stoïquement la condition qui était la sienne, synonyme d’une femme bien éduquée, digne et exemplaire, une femme authentique ! Un modèle dans le genre. Mais il est des douleurs qui ont des limites ! admettait-elle.
Le chemin du Paradis ne devrait pas être synonyme de l’enfer ! Nul ne mérite la souffrance ! Aucune femme ne naît à dessein de souffrir !

Et pourtant ici, une femme qui dit « non » à son époux n’est qu’une rebelle. C’est l’homme qui règne dans le foyer conjugal, c’est tout naturellement lui qui dicte la mesure, c’est lui qui répudie aussi !
Sa vie dans le Septentrion voguait entre mariages et divorces qui lui valurent au demeurant le titre honni de rebelle ! Celle que l’on ne devrait plus épouser, puisque de toute façon, elle s’enfuirait au premier prétexte, disait-on.

Hadja Halmata quitte le Nord pour le Sud. A défaut d’amour, elle se concentre sur les affaires. Un restaurant où l’alcool n’est point servi puis la maison close où atterrit Hadja Binta. 

Adolescente, elle fut mariée à 14 ans à un homme de seize ans son aîné, l’un des employés de son père, un richissime homme d’affaires.

Le mariage d’amour, nous n’en connaissons pas et d’ailleurs, que peut-il signifier pour une fille mariée à un âge où elle vient à peine de vivre ses premières menstruations, si ce n’est que l’homme avec lequel elle est amenée à partager sa vie est simplement son amour ?

Hadja Binta a vécu dans l’opulence jusqu’à la déchéance de son père. Une déchéance qui signifie le début des violences conjugales pour Hadja Binta.

Comme Hadja Halmata, elle a quitté le Nord pour le Sud.

Comme les jeunes femmes qui composent le harem de Hadja Halmata, elle rêve d’un mariage digne de son statut qui lui permettra surtout de retrouver les lumières. Mais ce rêve est-il réalisable dans ce réseau de prostitution déguisée ? 

Hadja Binta est une lecture intéressante et révoltante sur le mariage précoce, la condition des femmes au Sahel où elles sont objet, propriété de l’Homme qu’il soit père ou mari.

Pour nous autres femmes, le chemin qui mène au mariage est bien sûr à prendre très au sérieux, c’est notre héritage, et notre destinée de femme. Sans le mariage nous ne valons rien ou pas grand-chose. C’est le mariage qui donne sens et raison d’être à la vie de nos jeunes femmes. N’est-ce pas, ma fille ?

Le narrateur parle sans ambages de l’hypocrisie humaine qui se sert du nom de Dieu comme d’un voile pour cacher ses vilenies. Il expose l’hypocrisie des croyants musulmans qui interprètent les textes sacrés à leur guise, s’adonnent à la fornication mais jugent le musulman qui boit. 

Il dresse le portrait d’une élite qui préfère donner du poisson plutôt qu’apprendre à pêcher au démuni afin de continuer à bénéficier des louanges. 

Hadja Binta offre une écriture fluide au lecteur, un langage courant agrémenté du camfranglais. 

Ce fut une sympathique découverte pour moi.

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Éditeur : Proximité

Date de publication : Mars 2019

Nombre de pages : 268

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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X de Mamadou Mahmoud N’Dongo

Dans une pièce à la porte entrouverte, Une femme sanglée dans un imperméable, les cheveux mouillés.

Personnage  : X

Décor : la pièce peut être une cellule de prison ou une chambre nuptiale,

la pièce peut être une excavation

ou un loft,

la pièce peut être un intérieur bourgeois

ou un mobil-home,

la pièce peut être un atelier d’artiste

ou le compartiment capitonné d’un asile,

la pièce peut être nue

ou encombrée,

la pièce peut être tout cela à la fois.

 

Tels sont les mots d’introduction de ce livre classé dans le genre théâtre par l’éditeur.

Couverture X

Pourquoi ce livre a suscité mon envie ?

J’ai d’abord été attirée par la couverture aux couleurs chaudes puis par les deux premières phrases de la 4e de couverture

Une femme sanglée dans un imperméable,
les cheveux mouillés, revient chez elle, pour dire
ce qui l’a conduite à son incarcération.
Elle veut qu’on entende pourquoi elle a décimé sa famille.

Les premières pages sont prometteuses, on découvre X, ses mots et les maux qu’elle porte en elle. X est une femme qui semble être dans un mariage de raison. X a été violée par son mari,

il me jeta sur le lit. Ce quasi cadavre qu’on a jeté sur le lit comme un vulgaire colis. Ce corps est-il encore vivant, cette femme qu’on manie comme une poupée est-elle encore vivante. Il me déchire. C’est, c’était une femme. page 16

Il fait son affaire en moi. Il se décharge.

Un rapport sexuel c’est un échange de mycose.  page 17

Mon mari. Il m’a demandé de le lécher, j’ai refusé, il m’a violemment giflée. Il m’a attrapée par les cheveux et projetée par terre, il a enlevé mon pantalon il s’est assis sur ma bouche, il s’est torché avec mon visage. page 18

un mari qui n’a jamais cherché à la satisfaire sexuellement.

 

X n’est qu’un genre, un sexe…

On cherchait l’amour et on trouvait le sexe ce qu’elle a toujours été pour bon nombre d’hommes une arrière pièce, page 15

 

…un corps qu’on lui demande d’habiter tout simplement.

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De façon poétique, X évoque ce que l’ordre social nous impose. 

X évoque sa blessure. 

La blessure est un orifice… Cette phrase revient souvent dans le texte comme tant d’autres. La répétition est la figure de style la plus utilisée dans ce texte. A l’excès à mon avis. 

X est un texte littéraire. La structure du texte est un mélange de vers libres et de prose.

X est une lecture exigeante, une lecture qui requiert plusieurs regards. 

J’ai lu et relu ce livre de moins de 90 pages pour cerner les non-dits, les zones d’ombre mais certaines affirmations sont restées floues comme le fait que X dise qu’elle soit née d’un crime. Lequel ? On l’ignore. 

Elle évoque un fils adultérin qu’elle a épargné mais on n’en sait pas davantage. 

 

Le livre est intéressant pour le thème qu’il évoque mais j’en attendais beaucoup plus. J’ai l’impression d’être passée à côté de quelque chose, de n’avoir pas saisi l’entièreté de l’histoire de X. 

Un autre avis sur ce livre me serait d’une grande utilité mais il se fait rare sur la toile…

 

GM signature