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Mes seuls dieux de Anjana Appachana

Couverture Mes seuls dieux

Pleines d’inventions narratives, les nouvelles d’Anjana Appachana entrelacent enchantement amoureux et cruauté inconsciente, songeries amères et tendres, conflits cocasses ou tragiques. Elles nous font découvrir l’Inde du point de vue de la femme, de l’enfance vulnérable aux déboires des épousailles ; de la fillette qui s’invente une vie sentimentale en lisant Jane Eyre au moment où sa soeur aînée se marie, à celle qui porte une dévotion folle à sa mère, au point de la croire en communication directe avec le panthéon des divinités hindoues ! 

Mon avis

Le temps passe et s’envole souvent avec mes raisons de découverte d’un livre. Je ne me souviens plus de la première fois où j’ai entendu parler de Mes seuls dieux. Une chose est cependant sûre : il a atterri dans ma PAL en janvier dernier et il a été mon gage dans le challenge Des gages ta PAL sur Livraddict.

Huit nouvelles composent ce recueil qui offre un aller-simple en Inde. Des nouvelles de longueur plus ou moins égale.

Bahu

Une femme enfermée dans un mariage où les beaux-parents font la pluie et le beau temps.
J’ai beaucoup apprécié cette nouvelle qui montre l’impact de la belle-famille dans un mariage. Une belle entrée en matière. 

Mes seuls dieux 

La nouvelle qui donne son nom au recueil évoque une fille aimant sa mère passionnément. Une nouvelle bien écrite mais qui m’a laissée indifférente. 

Sharmaji

Sharma est un homme qui se plaint de sa situation professionnelle. Il a 25 ans d’expérience professionnelle et est toujours considéré comme un simple employé. Pour montrer son mécontentement, Sharma passe plus de temps à la cafétéria qu’à son bureau. Une nouvelle qui apporte une touche d’humour au recueil. 

La prophétie

Deux jeunes femmes vont consulter un astrologue avant d’aller consulter un gynécologue. Cette nouvelle évoque les mariages arrangés, les dessins avortés. 

Le fantôme 

Plusieurs thèmes sont traités à savoir l’esprit communautaire comme ce sahib qui ne loue sa barsati qu’aux madratis, les mariages arrangés, l’éducation des enfants, une tâche plus assignée à la mère qu’au père, l’homme qui gagne moins que sa promise, l’Inde dans l’imaginaire des britanniques…

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Sharmaji & les sucreries de diwali 

On retrouve Sharma de la 3e nouvelle qui passe ses journées à contempler, boire du thé à la cantine plutôt qu’à travailler. Il a enfin obtenu une promotion. Sharma est sous-chef de bureau mais il se plaint encore. 

Incantations

Une jeune fille croyant au romantisme va déchanter quand sa sœur aînée va subir un viol.

Sa mère

Une jeune indienne part continuer ses études en Amérique et le monde s’effondre pour sa mère. Elle a peur que sa fille délaisse les coutumes indiennes au profit des mœurs américaines 

Anjana Appachana décrit l’Inde moderne.

Pas de portrait de la pauvreté mais ceux de femmes. La place de la femme dans la société, les mariages arrangés, la gestion de la belle-famille, l’indépendance, les tabous notamment le viol sont les thèmes de ces nouvelles. Dans chaque nouvelle, j’ai apprécié la présence de femmes fortes qui refusent qu’on leur dicte comment mener leur vie. J’ai apprécié la plume de l’auteure.

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TTL 64 : MILLE MYSTÈRES D’AFRIQUE / SÉDUCTIONS

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est : Illustré

Il y a quelques mois, j’aurais longuement réfléchi pour trouver un livre qui correspond. Grâce à Youscribe et Canal+, j’ai pu faire le plein de BD ces derniers mois.

La Bande Dessinée que je vous présente aujourd’hui est une BD en noir et blanc de l’auteur ivoirien Koffi Roger N’guessan. C’est un album en deux volets : un récit long d’un côté et de l’autre côté des histoires courtes.

Séductions

seductions

Anaïs est amoureuse de Rémi, son nouveau voisin de palier, mais ce dernier la considère comme une simple amie. Il ne fait pas attention aux jeux de phare qu’elle lui lance, expression utilisée à Abidjan pour dire qu’il est insensible à ses techniques de charme. Une amie lui conseille d’utiliser des produits éclaircissant. Il parait que les hommes raffolent des femmes à la peau claire. Anaïs réussira-t-elle à charmer Rémi ?

A travers cette BD, le lecteur suit les péripéties amoureuses d’Anaïs et tous les stratagèmes utilisés par les femmes pour séduire les hommes.

J’ai apprécié le thème central évoqué à savoir la dépigmentation. J’aurais aimé que cette BD soit en couleurs afin que les effets ravageurs de la dépigmentation sur la peau soient nettement visibles pour le lecteur.

Mille mystères d’Afrique

Mille mystères d'Afrique - Koffi Roger N'Guessan - Harmattan Bd ...

L’Afrique et ses traditions. L’Afrique et son mysticisme. Même si je n’apprécie pas cet aspect qui nourrit bien de préjugés à l’égard de mon continent, ces mystères et choses surnaturelles existent.

Cette BD évoque les pratiques magiques, mystérieuses et inquiétantes. Sortilèges, incantations, métamorphoses pour être riche, avoir un homme, se prémunir des accidents, etc…

Des rêves prémonitoires à la nature qui reprend ses droits, cette BD est une véritable plongée dans l’obscur. J’ai apprécié la lecture de ces histoires courtes et percutantes. Elles distillent la frayeur à petites doses.

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Le chant des revenants – Jesmyn Ward

À treize ans, Jojo essaie de comprendre : ça veut dire quoi, être un homme ? Non pas qu’il manque de figures masculines, avec en premier chef son grand-père noir, Pop. Mais il y a les autres, plus durs à cerner : son père blanc, Michael, actuellement en détention ; son autre grand-père, Big Joseph, qui l’ignore ; et les souvenirs de Given, son oncle, mort alors qu’il n’était qu’un adolescent.
Et Jojo a aussi du mal à cerner sa mère, Leonie, une femme fragile, en butte avec elle-même et avec les autres pour être la Noire qui a eu des enfants d’un Blanc. Leonie qui aimerait être une meilleure mère, mais qui a du mal à mettre les besoins de Jojo et de la petite Kayla au-dessus des siens, notamment quand il s’agit de trouver sa dose de crack. Leonie qui cherche dans la drogue les souvenirs de son frère. À l’annonce de la sortie de prison de Michael, Leonie embarque ses enfants et une copine dans la voiture, en route pour le pénitencier d’état. Là, dans ce lieu de perdition, il y a le fantôme d’un prisonnier, un garçon de treize ans qui transporte avec lui toute la sale histoire du Sud, et qui a beaucoup à apprendre à Jojo sur les pères, les fils, sur l’héritage, sur la violence, sur l’amour…

l'Afrique écrit

Je me suis demandé par quel bout commencer ma chronique. 

Par le racisme systémique, cette femme accro à la drogue et manquant d‘instinct maternel, ces âmes errantes parties de manière violente ou cet adolescent qui sert de père et de mère à sa petite sœur ?

Le chant des revenants est un roman polyphonique. Trois narrateurs prennent la parole : Leonie, Jojo et  Richie.

Commençons par Leonie. Une jeune femme afro-américaine en couple avec Michael. Un jeune homme blanc qui sort de prison au début du récit. La raison de sa présence en prison ? On l’ignore.

Leonie ne semble vivre que pour son Michael, ses enfants, elle s’en occupe par intermittence. L’instinct maternel n’est pas inné et cette assertion se confirme avec Léonie. Son addiction à la drogue m’a complètement détachée de son personnage. 

Leonie a un don. Elle est capable de voir les morts en particulier son frère, Given. Given a perdu la vie de façon débile. Son meurtrier n’avait pas digéré de perdre un pari.

Il a buté le nègre. Cette sale tête de con a buté le nègre parce qu’il a perdu un pari. 

La mort de Given a été classé en accident de chasse. Aurait-il eu le même nom si c’était Given le meutrier ?

La couleur de peau n’est pas insignifiante aux USA. Elle définit les relations, les traitements.

Mais on était chez elle, je restais noire et elle blanche, et si quelqu’un nous entendait nous engueuler et décidait d’appeler les flics, c’est moi qui irais en taule. Pas elle. Pas de meilleure amie qui tienne. 

Quand ils te regardent, ils voient une différence, fils. C’est pas ce que tu vois qui compte. C’est ce qu’eux ils voient. 

Bienvenue aux USA où le racisme systémique est malheureusement un héritage transmis de père en fils/fille. Leonie subit la haine du père de Michael.  Cet homme désapprouve avec violence la relation de son fils avec une noire. 

Parlons de Jojo. Ce jeune garçon très touchant. Ce pré-adolescent qui doit jouer le rôle de mère pour sa petite sœur. Jojo a le don de sa mère. Jojo est capable de voir Richie, ce jeune garçon mort de façon violente en prison. Un enfant qui a connu les pires sévices. Un enfant qui n’a jamais connu la douceur de l’enfance. 

Sing, unburied, sing…

Le titre du roman en anglais comme en français est bien trouvé car des fantômes errent et traversent le récit. Des âmes tourmentées qui n’arrivent pas à trouver le repos. Des âmes qui chantent leur douleur. Des fantômes qui racontent les violences dont ils ont été victimes et qui n’ont pas obtenu justice.

Une liste de revenants à laquelle on pourrait ajouter tous ces afro-américains qui ont été abattus lâchement. Je pense à Breonna Taylor, Ahmaud Arbery….

Sing, unburied, sing…

Le chant des revenants est un roman sombre. C’est l’histoire d’une famille afro-américaine qui n’a pas été épargnée par les épreuves. C’est l’histoire de l’Amérique structurellement raciste. 

Le style de narration est fluide même si j’ai été perturbée au début par l’aspect fantastique du récit. L’atmosphère du roman m’a fait penser aux romans de Toni Morrison mais on est loin du grand art de Toni. 

Christmas

Éditeur : Belfond

Date de publication :  2019

Nombre de pages : 272

Disponible en grand format, poche et numérique 

Récompensé par le National Book Award en 2017

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

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TTL 63 : Carnet d’un facteur – Anders Tenor

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est : Un genre que vous lisez peu.

J’aime beaucoup la poésie mais il faut dire que ces dernières années j’en ai lu rarement. Plus focalisée sur les romans contemporains, les romances et les nouvelles.

En octobre dernier, j’ai lu ce recueil, fruit de l’esprit d’un collègue

carnet dun facteur

Carnet d’un facteur regroupe des courriers restés en possession de ce monsieur qui devait les transmettre à des personnes à travers le monde entier. Il a relié ces feuilles et maintenant il en fait la distribution.
Vous trouverez certainement ici, les mots que quelqu’un aurait voulu vous dire. Des paroles qui vous feront du bien, vous conseilleront et vous guideront.

J’ai été séduite par le titre. Le résumé m’a donné envie d’entrer dans l’univers de ce poète et découvrir ces lettres devenus poèmes. 

Ces poèmes qui s’étalent sur 32 pages évoquent divers thèmes. L’auteur de chaque lettre s’adresse à une femme, un enfant, ses condisciples.

Il exhorte face à l’impatience, la paresse.

Les souvenirs d’amour, les regrets, les pertes sont rappelés. Moments de joie et de chagrin s’alternent dans ce roman.

Ma lecture de ces poèmes a été mitigée. Si j’ai été sensible à l’histoire racontée par certains vers tels que ceux-là

La nuit a ôté son drap d’étoile,

Mais un corps reste allongé

Sur le rêve d’une fortune

Qu’il n’a jamais amassé.

Sa douce main caresse les champs d’autrui

Puis, dans son cœur, il dit: « je suis dans l’abondance »

Ce corps reste tous jours étendu

Car pense-t-il:  » la gloire viendra à moi »

Et il sourit constamment face aux illusions de sa richesse;

Pauvre de force, d’habileté et de sagesse,

Dormant et ronflant de paresse,

Grande sera sa détresse !

A l’enfant qui a peu vécu

Tu es venu et tu es parti comme la pluie qui annonce les semailles,

Tu t’es éteins comme un clin d’œil,

Un sourire qu’on avale.

Petit être inconnu,

Tu aurais, peut-être, été un Gédéon

Mais tu es parti sans dire ton nom.

Tu as fait le voyage sans retour,

Et les larmes des grands départs t’ont suivi

Une grande partie des poèmes m’a laissée indifférente. Je les ai lus avec l’exigence de la poétesse que je suis et j’ai été un peu déçue car je m’attendais à être émerveillée par la construction des vers et des histoires qu’elles imagent.

J’aurais voulu des vers plus travaillés. Ce recueil a manqué de fougue et d’audace pour moi. 

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Chroniques de Brazzaville de Jussie Nsana, Lionnel Boussi et KHP

En bande dessinée comme en géopolitique, la République du Congo (capitale Brazzaville) reste encore souvent dans l’ombre de sa gigantesque voisine, la République démocratique du Congo (capitale Kinshasa), qu’Hergé célébrait déjà à sa façon dans Tintin au Congo. Et si le Congo est une terre d’écrivains (Tchikaya u Tam’si, Alain Mabanckou, Sony Labou Tansi, Henri Lopes…) ses talents graphiques sont à découvrir. C’est tout l’intérêt de ces Chroniques de Brazzaville que de mettre en pleine lumière le travail de trois jeunes artistes congolais. Lionnel Boussi et KHP racontent avec une émotion authentique leurs souvenirs de la guerre civile de 1997 qu’ils ont vécue comme enfants-soldats dans deux camps opposés. Deux récits à la limite du reportage et de l’oeuvre d’art. La troisième artiste, Jussie Nsana, est l’une des rares femmes de la bande dessinée africaine. Encore toute jeune, elle démontre un étonnant sens de la narration avec une histoire très urbaine et rafraîchissante. Produit par des artistes vivant sur place, ce collectif est le premier album publié en France par des auteurs congolais de bande dessinée.

Couverture Chroniques de Brazzaville

La 4e de couverture très alléchante m’a donné envie de découvrir cette bande-dessinée.

Tout commence par Août 97 de KHP.

Brazzaville est transformée en un véritable champ de bataille. Les quartiers Nord particulièrement touchés se vident de leurs habitants. Prys, combattant dans l’armée, retrouve sa petite amie et sa petite sœur mais les retrouvailles sont de courte durée.  

Une histoire sur deux planches. Une chute brutale, tragique…

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Convoitise de Jussie Nsana

Dessins illustrés par Jussie Nsana, le texte écrit par Auguste Mtabeto. Barel aime une femme qui le nargue car il n’est pas attirant financièrement. Il réussit à trouver une astuce pour charmer sa belle mais l’amourette est de courte durée. Sans vous révéler les péripéties, c’est une histoire légère comparée aux trois autres chroniques de cette bande-dessinée. 

Où est Mav ? – Lionel Boussi

Brazzaville est à feu et à sang. Une guerre a éclaté entre les cobras (miliciens) et autres partisans (volontaires) du général Denis Sassou N’Guesso et les forces loyalistes et cocoyes (miliciens) du président en exercice Pascal Lissouba.

Pointe-Noire demeure paisible jusqu’à l’aube du 15 Octobre 1997. Les jeunes hommes dont Mav se livrent au pillage. En une journée, la vie de Mav va basculer.

Brazzaville – guerre civile de KHP 

KHP reprend la plume une deuxième fois dans cette bande-dessinée. Je retrouve ses dessins en blanc et noir. Il décrit la situation politique du Congo de la fin des années 80 jusqu’à l’avènement de la guerre civile en 1997.

Il offre un mini-reportage utile pour qui veut améliorer ses connaissances en géopolitique.

Chroniques de Brazzaville, bande-dessinée de 48 pages, offre une lecture intéressante pour tout lecteur curieux ou s’intéressant à l’histoire.

Dans ma tête d’enfant, j’avais plus entendu parler de la guerre dans la République Démocratique du Congo que celle dans la République du Congo.

Le petit plus de cette bande-dessinée comme celles de la collection Harmattan est de découvrir des talents graphiques du continent africain et de faire connaître leur travail. Je suis toujours autant captivée par le coup de stylo de KHP.

Grand merci à CANAL+ et Youscribe qui m’ont permis de découvrir cette BD gratuitement sur la plateforme. 

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TTL 62 : Doigts d’honneur : Révolution en Egypte et droits des femmes

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est : Combat

J’ai immédiatement pensé à cette bande-dessinée lue en début d’année 

Couverture Doigts d'honneur : Révolution en Egypte et droits des femmes

Juin 2013, au Caire. Deux ans après la chute de Moubarak, l’Egypte redescend dans la rue pour demander le départ de Mohamed Morsi, président récemment élu.

Lassée de cette révolution qui n’en finit pas, Layla préfère se concentrer sur la fin de ses études. Mais Asim, son ami d’enfance obnubilé par la politique, insiste pour qu’elle l’accompagne sur la place Tahrir. Layla se laisse finalement porter par ce vent de liberté et cet esprit de solidarité qui semble régner entre manifestants. Ce qu’elle ignore malheureusement, c’est que la place Tahrir sera le théâtre d’aberrantes violences sexuelles et qu’elle comptera parmi les dizaines de victimes de cette semaine pas comme les autres…

Au cœur d’une Egypte en reconstruction, où l’honneur est dans toutes les bouches, les femmes tentent de se frayer un chemin vers leurs droits les plus élémentaires…

Pourquoi ce livre ?

Deux combats sont menés dans cette BD.

Le premier est mené par le peuple. La population fait entendre sa voix. Lassée des troubles récurrents, minée par la détérioration de l’économie et craignant un péril islamiste, manifeste massivement pour réclamer le départ du président Morsi. 

On soutient l’action de la rue mais pas les actes des hommes qui agressent sexuellement des femmes venues elles aussi manifester. 

Sur la place Tahir, elles ne peuvent pas porter les revendications de la rue, elles doivent mener un autre combat : celui du respect de leurs corps. 

Des hommes exercent le pouvoir que la tradition leur a légué. Leurs doigts ne pointent pas que les politiques en place, ils glissent sur les corps des femmes sans vergogne. Le harcèlement de rue est banalisé, les témoignages des victimes pris à la légère, passés sous silence, étouffés par les autorités judiciaires. J’ai été choquée par l’aversion, le manque de respect des hommes envers le corps des femmes. Il y a encore du chemin pour que le corps de la femme soit respecté.

Le scénario de cette BD engagée est assez didactique. Un dossier sur la révolution égyptienne et les agressions sexuelles notamment des journalistes occidentales dont Caroline Sinz de France 3 ou Sonia Dridi de France 24 figure en fin de BD. 

La BD est majoritairement en noir et blanc. La couleur intervient en petite touche pour mettre en avant le foulard de Layla, le T-shirt des bénévoles d’Amnesty International ou encore le soutien-gorge bleu d’une femme molestée lors d’une intervention des forces de l’ordre à l’occasion d’un rassemblement. 

Une BD révoltante qui montre l’ampleur du combat, ces mentalités à déconstruire….

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Pour une couleur de peau – Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme

Je n’étais pas censée publier aujourd’hui mais le 13 juin a été proclamé Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme par l’Assemblée générale des Nations Unies depuis 2004 et j’ai récemment lu un livre sur l’albinisme.

Couverture Pour une couleur de peau

Chantal est déterminée à protéger sa fille, Agnès, née albinos au Cameroun, contre les superstitions et craintes. Les trois parties de cet album, par des dessinateurs aux styles fondamentalement différents, retracent les moments décisifs la vie de ces deux femmes, entre rejets, menaces et désir d’une vie normale.
« Pour une couleur de peau » dénonce ainsi les discriminations voire les persécutions subies par les albinos aujourd’hui au Cameroun et Afrique Centrale, malgré une prise de conscience de plus en plus importante de la communauté internationale 

Trois chapitres composent cette bande-dessinée et représentent une période bien particulière de la vie de Chantal et sa fille. Chaque chapitre est singulièrement illustré par un dessinateur.

Chapitre 1, Chantal

Septembre 1997. Chantal donne naissance à une petite fille albinos qu’elle prénomme Agnès. Si elle est sous le charme de sa fille, ce n’est pas le cas de ses parents qui la rejettent aussitôt. Ils lui proposent de la confier à un orphelinat ce que Chantal refuse. Elle assume la différence de sa fille.

Un enfant albinos est synonyme de malchance dans bien des contrées africaines et le Cameroun n’est pas exclu. Un enfant albinos est considéré comme un être maudit, possédé. Chantal n’est pas soutenue par le père de sa fille. Abandonnée de tous, elle va trouver du soutien auprès du pédiatre David. J’ai beaucoup apprécié cet homme très compréhensif, bienveillant qui va aider la jeune mère sans arrière-pensée.

Chantal, mère courage, va arrêter ses études pour s’occuper de sa fille, tenter de refaire sa vie avec un homme. Une nouvelle expérience amoureuse qui va s’écourter brusquement. J’avoue avoir traité Chantal d’idiote. Je pensais que sa mésaventure avec le père d’Agnès l’aurait amené à faire des choix plus judicieux.

Obligée de quitter son logement après des péripéties qui ont viré au drame, Chantal quitte Yaoundé et se rend au village du docteur David.

2e chapitre, Agnès

Agnès a 9 ans et mène une vie paisible au village jusqu’à ce que les préjugés sur l’albinisme fassent de nouveau surface. Que dire de cet homme qui a le SIDA et croit que coucher avec une albinos le guérira de son mal ? Chantal arrivera-t-elle à protéger sa fille de l’ignorance, des superstitions ?

3e chapitre, intitulé pour une couleur de peau

Agnès a 22 ans et est une jeune femme accomplie. Sportive, elle détient le record d’Afrique sur le 800 m. De retour au Cameroun, elle a l’intention de s’impliquer fortement dans une association d’aide aux albinos du Cameroun.

Cette bande-dessinée est une sympathique histoire pour sensibiliser sur l’albinisme. Non, les albinos ne sont pas les remèdes à divers maux. Quant à l’illustration, j’ai beaucoup apprécié ceux des deux dernières parties de l’album.

En ces temps où le racisme est au cœur des débats, j’ai sourcillé lorsque qu’Agnès a dit que toutes les sociétés devraient prendre exemple sur le sport car les sportifs entre eux étaient rarement racistes. Si elle n’était pas une fille de papier, je lui aurais rappelé l’insulte de Ronaldo à Matuidi lors du match Real – Juventus en 2018.

Grand merci à Youscribe et Canal+ qui m’ont permis de lire gratuitement cette oeuvre sur la plateforme Youscribe.

Et si vous voulez un autre livre qui évoque l’albinisme, cliquez ICI

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TTL 61 : Le savon de la forêt – Isabelle Rochet

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est : Maman

Vous ayant déjà présenté Maman dans l’un des Throwback Thursday Livresque, je vous présente un livre où le portrait d’une mère est fait.

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Un adolescent téméraire poussé à l’aventure par la crise de Vingt-neuf, fait la découverte initiatique du continent noir et de la luxuriante forêt tropicale. Amours, travail, politique, intrigues et rivalités familiales, Le savon de la forêt est le premier volet d’une saga exotique, qui entraîne avec fluidité et originalité le lecteur dans la pittoresque et délaissée Côte d’Ivoire de l’entre-deux-guerres.


 

Printemps, 1930 – Marseille

Hector, 18 ans, est un passager du Médie II, paquebot mixte qui assure la traversée maritime entre Marseille, le Maroc et l’Afrique noire. Hector fait ses aurevoirs à Mireille, sa mère. Il part rejoindre son père à Abidjan qui a décidé de se lancer dans la fabrication du savon. 

Dès les premières pages du récit, le portrait de Mireille est établi. C’est une mère qui défend ses intérêts, et accessoirement ceux de sa famille, bec et ongles, en imposant sa loi. Elle est dans la critique de façon systématique.

Il eut un pincement au cœur lorsqu’il n’arriva plus à la distinguer. Certes, elle l’agaçait à bien des égards par ses bavardages incessants, cette tendance humiliante qu’elle avait à se moquer de tout le monde, y compris de lui-même, et cette hostilité vis-à-vis de son père Anatole, qu’il était loin de partager, mais c’était sa mère et la première fois qu’il quittait le nid familial.  – page 11

 

Hector n’en croyait pas ses oreilles. Mireille ne lui avait jamais fait le moindre compliment. S’il arrivait à susciter l’admiration de sa propre mère, c’est qu’il était en bonne voie ! page 67

 

Hector n’a jamais été proche de sa mère contrairement à son frère qui est très attaché à elle. Au-delà de ses défauts et ses envies de citadine, Mireille a pratiquement élevé ses deux derniers toute seule en l’absence de son époux.  

Le rapport avec le thème de la semaine étant établi, parlons de l’intrigue du roman. 

 

 

C’est une plongée dans l’évolution économique de la Côte d’Ivoire dans les années 30, l’impact de la guerre de 39 dans le quotidien des Africains.

Pour beaucoup d’Africains, surtout pour les plus modestes, qui ne savaient ni lire ni écrire, c’était une guerre entre Blancs, un conflit dont les enjeux leur échappaient, mais qui se traduisait dans leur quotidien par des conditions d’existence plus difficiles. L’impôt avait augmenté, les réquisitions obligatoires sur certains produits agricoles leur étaient imposées, et les critères de recrutement dans les régiments de tirailleurs sénégalais s’étaient durcis. Page 141

L’auteure décrit la Côte d’Ivoire d’avant avant comme on dit à Abidjan. On s’imagine les paysages d’antan, les habitudes des Abidjanais. 

On suit avec attention le passage à l’âge adulte, la vie familiale et ses challenges ainsi que le parcours professionnel d’Hector qui n’est pas de tout repos. Faire prospérer une affaire dans le contexte de la guerre n’est pas chose aisée.

Le savon de la forêt, qui a reçu le prix ivoire en 2019, offre une lecture fluide et agréable mais il m’a manqué un je-ne-sais-quoi.

Néanmoins, je lirai la suite des aventures d’Hector car le cliffhanger donne envie de la lire.

 

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Un tout petit bout d’elles de Raphaël Beuchot et Zidrou

Couverture Un tout petit bout d'elles

Yue Kiang travaille sur un site d’abattage d’arbres pour une entreprise chinoise. Sa copine, Antoinette, est congolaise. Ses collègues ne voient pas d’un bon œil sa relation avec cette noire. Son patron leur interdit même d’avoir des relations avec elles. Ai-je besoin d’écrire un paragraphe sur ce racisme visible ?  

Sur le site d’abattage, les employés congolais en prennent pour leur grade. A chaque erreur, les insultes racistes fusent. 

Un soir, dans un doux moment d’intimité avec Antoinette, Yue découvre sa blessure intime : une cicatrice terrible, comme une injure à sa féminité. Combien sont-elles comme elle, exilées de leur propre corps, victimes d’une tradition aussi monstrueuse que tenace ? Combien de femmes sont mutilées, privées de leur clitoris ?

Elles sont 150 millions de par le monde.

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Antoinette voudrait protéger sa fille de l’excision. Y arrivera-t-elle ? 

J’ai beaucoup apprécié cette bande-dessinée qui traite de plusieurs thèmes comme l’excision, les dures conditions de travail des congolais dans les entreprises chinoises, le racisme. Un dossier d’une dizaine de pages sur l’excision est en fin de BD (origines de l’excision, témoignages, chiffres, moyens d’agir, etc…).

Un sujet d’actualité, une lutte qui est loin d’être gagnée car les traditions ont la peau dure…

Fleur bleue par excellence, j’ai beaucoup apprécié la romance entre Yue et Antoinette qui m’a changé de mes lectures habituelles. J’ai rarement rencontré dans mes lectures des amours entre Asiatiques et Africains. 

Un grand merci à Youscribe via Canal+ qui m’a permis de découvrir cette BD gratuitement sur leur plateforme. 

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Sanguine, tome 1 : l’insoumise de Legendre et Alcala

Couverture Sanguine, tome 1 : l'insoumise

Elle appartient à la horde des chasseresses de Kundelugu

Elle est âgées de 204 lunes pleines

Les femmes de sa tribu l’appellent Senga.

Elle ne se soumet pas aux lois, s’aventure hors des frontières de sa tribu. Elle n’apprécie pas qu’on limite son champ d’actions.

Elle est mal aimée dans sa tribu. Une haine dont les sources semblent être liées à sa mère. Mère absente… Disparue ou morte ? Mystère et boule de gomme… 

Si sa tribu est composée uniquement de femmes, les hommes ne sont pas bien loin et leur influence sur l’avenir des femmes de cette tribu est très présente.

Senga refuse de se soumettre aux rites de sa tribu, s’enfuit. C’est une rebelle dans l’âme. 

Senga ne connaît pas la douceur, c’est une femme remplie de colère.

Senga est une femme d’action, une femme de combat. 

Sa rencontre violente avec Ashaq, le laniste, va donner un nouvel élan à sa vie. 

Entre aventure et fantasy, l’insoumise, bande-dessinée de 52 pages offre un bon moment de détente.

Au niveau des planches, on passe des couleurs sombres aux couleurs chaudes. J’ai apprécié ce mélange d’ocre rouge et terre d’ombre.

Les dessins sont parfois esquissés, parfois précis.

extrait linsoumise

J’aurais vraiment aimé découvrir la suite des aventures de Senga à Thamugadi mais je resterai sur ma faim apparemment. Pas d’édition du tome 2… La maison d’édition Sandawe basée sur le concept du crowdfunding a mis la clef sous la porte en avril 2019.

Un grand merci à Youscribe et à Canal+ qui m’ont permis de découvrir cette BD sur la plateforme gratuitement.