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La ronde des ombres de Philippe N. Ngalla

Tourmenté par l’apparition d’ombres mystérieuses et par l’éventualité d’un soulèvement populaire, le dictateur Sylvestre redoute sa chute. Il espère néanmoins triompher de cette sombre perspective grâce à de sûrs recours. Le réveil est, hélas, brutal. Ses féticheurs n’arrêtent pas les ombres, ses méthodes d’apprivoisement de l’opposition ne fonctionnent plus. S’ouvre alors un gouffre de désespoir sous le vieux potentat. Au milieu de sa détresse, la réflexion, naguère absente de sa conduite du pays, lui paraît le secours idéal pour infléchir le destin.

De coloration dramatique nuancée de touches d’humour, La ronde des ombres explore les effets de la peur sur les enjeux du pouvoir.

Nous sommes en Afrique, vraisemblablement au Congo. Politique brillant jusqu’aux premières années de son principat, très vite gagné par l’obsession de perdurer aux affaires, Sylvestre s’était défait de ses dispositions à bien gouverner. Il leur avait préféré d’autres armes. Parmi celles qu’offre l’ingénierie de la conservation du pouvoir, il choisit la désorganisation, la corruption, l’avilissement du peuple et le bâillonnement de son expression.

Ce roman retrace son parcours mais aussi celle de sa féticheuse Mamou Cocton.

A travers ce roman de 200 pages, Philippe N. Ngalla dénonce l’avidité du pouvoir des dirigeants sous les cieux africains. Il donne l’impression de vouloir revaloriser la tradithérapie, le mysticisme/occultisme africain mais je trouve qu’il dessert sa cause. En effet, il présente l’occultisme comme un moyen de manipulation, au service de l’injustice. Par conséquent, l’aspect négatif de l’occultisme ressort plus.

Les courts chapitres ont tenté de donner du rythme à l’histoire mais le style d’écriture était bien trop lourd pour pouvoir m’embarquer. La fin du récit donne un air d’inachevé.

La ronde des ombres aborde un thème d’actualité. Le thème central de cette œuvre a maintes fois été abordé en littérature. J’attendais donc un angle d’étude, de description singulier de la part de l’auteur. Hélas, mes attentes n’ont pas été comblées.

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TTL 107 : Les funérailles de grand-mère

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Jeunesse/Young Adult

J’ai choisi un livre écrit par un collectif de collégiens et lycéens ivoiriens.

Ce livre N’zassa recueille les meilleurs textes des élèves des lycées et collèges de la Côte d’Ivoire, présentés lors de la 6e édition du concours littéraire Madeleine Tchicaya. Poésie, contes, nouvelles et théâtre sur le thème : « Les alliances interethniques, facteur de cohésion sociale ».

25 textes composent ce recueil collectif : 7 poèmes, 6 nouvelles, 7 contes et 4 pièces de théâtre. Des textes écrits par des collégiens et lycéens de mon beau pays la Côte d’Ivoire avec comme fil conducteur les alliances interethniques.

Mon pays a connu des tensions ethniques qui sont encore loin d’être apaisées à l’heure actuelle. Des tensions qui ne devraient en aucun cas être transmises à la jeune génération. Ce recueil collectif écrit par des jeunes est un signal fort. Les textes de ces jeunes filles et garçons rappelle les alliances existantes, scellées par les ancêtres. Ces alliances représentent en quelque sorte un pacte de non-agression entre les peuples. Au delà de la non-agression, ce pacte autorise ces peuples alliés à plaisanter entre eux.

Dans la nouvelle, éponyme du recueil, tout laisse à croire qu’il y aura des moments tristes à cause des funérailles de grand-mère. Mais les boutades des peuples alliés que sont les yacouba, les gouro, les senoufo et peuhl vont apporter sourire et éclats de rire.

Si la plupart des textes évoque les alliances entre yacouba, gouro et senoufo, d’autres textes évoque les alliances entre les bété, les dida, etc…

Les intrigues débordent d’imagination. Chapeau à ces collégiens et lycéens. Nul doute qu’on a la relève de la littérature ivoirienne.

J’ai apprécié rencontrer poésie, nouvelle, conte et théâtre au même endroit. C’est un livre à remettre à des lycéens et collégiens. Qui sait, ils auront peut-être envie de prendre aussi la plume. 😉

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Les 700 aveugles de Bafia – Mutt-Lon

Couverture Les 700 aveugles de Bafia

Les 700 aveugles de Bafia retrace les trajectoires de deux femmes qui n’auraient jamais dû se rencontrer : Damienne Bourdin, jeune Marseillaise, médecin des troupes coloniales fraîchement arrivée en Afrique pour travailler auprès du Dr Jamot, et Débora Edoa, infirmière auxiliaire indigène, princesse Ewondo.
Nous sommes en 1929 au Cameroun. Le Dr Eugène Jamot, grand nom de la médecine tropicale, dirige la Mission permanente de prophylaxie de la maladie du sommeil. À la tête d’une armée de médecins français et d’infirmiers indigènes, il tente de lutter contre la terrible maladie. Malheureusement une bavure médicale survient dans une subdivision sanitaire, qui produit plusieurs centaines d’aveugles, induisant au passage une révolte indigène. Damienne Bourdin, l’héroïne principale, se voit confier par Jamot la responsabilité d’exfiltrer l’infirmière Débora Edoa, dont la présence sur les lieux de la révolte est sur le point de compliquer la donne en provoquant une guerre tribale.

Ce récit relate une bavure médicale inconnue du grand nombre. Dommage que rien n’ai été écrit sur ce sujet jusqu’ici. On ressent un sentiment d’injustice parce que le vrai coupable n’a pas répondu de ses actes, les victimes n’ont pas été dédommagées par l’administration coloniale.

Ce récit évoque également les tensions tribales mais je n’ai pas réellement perçu les causes de dissension entre les ewondo et les bafia.

La lecture est fluide, la thématique intéressante mais il m’a manqué de la profondeur dans les portraits de certains personnages notamment celui d’Abouem, le chef traditionnel qui va initier la révolte.

Il est vrai que le parcours de Damienne, cette jeune Marseillaise, médecin des troupes coloniales est intéressant à suivre. Il est vrai qu’à travers elle et Edoa, on rencontre des femmes libres, qui ne se laissent pas dicter leurs choix mais j’aurais préféré que l’histoire soit racontée du point de vue des autochtones, des aveugles, de ceux qui ont subi la bavure médicale.

La fan de romance, d’amour avorté que je suis a bien apprécié l’histoire avortée de Rouget.

Entre roman historique et roman d’aventures, Les 700 aveugles de Bafia est une intéressante découverte, un roman qui invite à se souvenir, à ne pas oublier ce qui a été fait.

La citation préférée

Dans chaque famille paisible, on trouve des germes latents de discorde, et il finit toujours par arriver quelqu’un qui excelle dans l’art de les agiter.

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Aline et les hommes de guerre – Karine Silla

Couverture Aline et les hommes de guerre

Aline Sitoé Diatta naît en 1920, au beau milieu des forêts luxuriantes de la Casamance, dans le sud du Sénégal. Enfant déterminée, puis adolescente indépendante, solitaire et douce, elle quitte la brousse pour se rendre à Dakar afin d’y travailler comme gouvernante dans une famille de colons. C’est là qu’elle entend, pour la première fois, des voix qui lui ordonnent de rentrer chez elle pour libérer son peuple. Prônant la désobéissance civile et la non-violence, Aline appelle les Sénégalais à lutter pour leurs terres et le respect qui leur reviennent de droit. S’entourant des anciens, comme le veut la tradition diola, écoutant les conseils de son sage ami Diacamoune, la jeune femme est vite érigée en icône de la résistance, magnétique et insoumise, et est sacrée reine. Menaçant l’ordre établi et mettant à mal l’administration française, Aline, la « Jeanne d’Arc du Sénégal », devient l’ennemie à abattre, mettant, dès lors, sa jeune vie en danger.

Aline grandit avec un oncle. Ses parents sont partis trop tôt. Elle n’a pas de frères et sœurs. Elle n’oublie jamais de saluer les vieux du village quand elle passe auprès d’eux. Après les longues journées de labeur dans les rizières, elle écoute avec passion et intérêt tout ce que les anciens peuvent lui raconter de la vie. Le vieux Diacamoune lui conte la glorieuse histoire de Nehanda, l’Amazone du Zimbabwe. Aline écoute attentivement les batailles de Nehanda pour faire fuir les envahisseurs.

Nehanda sait maintenant qu’elle a eu tort de faire confiance à l’envahisseur parce qu’il n’existe pas de bons envahisseurs.

Aline s’interroge. Y a-t-il une victoire possible face à l’homme blanc ?

Aline veut posséder la puissance de Nehanda et protéger sa famille, son village, son peuple, désarmer les soldats et rétablir la paix dans son pays.

En attendant, elle quitte le village pour la ville, travaille comme docker à Ziguinchor puis comme gouvernante à Dakar pour un couple blanc. C’est là qu’elle entend, à 19 ans, une voix qui la désigne comme la libératrice de son peuple de l’emprise coloniale.

Le deuxième appel. Lève-toi Aline et marche, me dit la voix. Marche vers ton village natal. Rentre chez toi ou il t’arrivera malheur. La voix résonne dans ma tête. Une voix sans sexe. Où est-elle ? Dans ma poitrine où se situe la douleur ? Ou en dehors de moi ? La ville est pleine de monde mais personne n’entend. Cette voix est pour moi seule.

Aline retourne au village, raconte ses rêves et sa mission.

Le bruit court dans toute la région, on accourt pour écouter la
jeune prophétesse. Elle clame la non-violence. C’est sans armes qu’elle compte s’attaquer au pouvoir colonial. Elle est brillante,
instinctive et habitée. Ses idées sont précises et elle les formule
avec conviction. Elle passe de maison en maison, guérit les malades avec l’imposition de ses mains et remonte le moral des
familles accablées par l’impôt. Tout le monde souhaite la poignée
de main d’Aline. Les temps sont durs, on veut croire aux miracles. L’énergie de l’espoir vient renforcer son énergie vitale et crée l’étincelle magique

Aline devient figure de résistance.

Il faut ménager le riz, pour les moments difficiles et s’opposer
catégoriquement à toute activité imposée par les colons. Il nous
faut refuser de payer l’impôt. Il est collecté pour soutenir une
administration qui nous maltraite. En payant l’impôt c’est nous
qui finançons le coût de nos chaînes. Nos frères ne doivent plus
abandonner nos champs pour partir faire la guerre en France.
Cette guerre ne nous concerne pas et fait mourir nos maris, nos
pères et nos enfants, les laissant sans sépultures. Nous avons
besoin de nos hommes, ensemble nous devons reprendre l’économie de nos villages.

il faut continuer la lutte, se révolter contre le code de l’indigénat qui distingue notre peuple du colon. Nous devons avoir les mêmes droits… Il n’est pas question d’accepter la supériorité de l’homme blanc.

Aline mène le peuple et les meneuses de son genre gênent l’administration coloniale…

Aline a été une résistante et cette biographie fait ressurgir ses paroles, ses pensées, ses actions pour la libération de son peuple. J’ai néanmoins regretté que ce livre ne soit pas centré sur Aline.

L’auteure donne davantage la parole aux colons notamment à travers la vie de Martin. La lectrice africaine que je suis découvre sans grand intérêt un petit garçon enthousiasmé par les récits d’Afrique de son grand père, un jeune homme qui aime une femme, s’installe en Casamance, envoie des lettres à sa bien-aimée restée en France. Et l’auteure continue avec le récit de la Débâcle, de l’arrivée de Pétain, de Gaulle à Londres… On a l’impression qu’elles louent presque leurs actions. Ce qui est paradoxal pour moi avec la thématique du livre.

Je voulais lire l’histoire d’une résistante noire, rien que ça. Et sur les 300 pages que comprend ce livre, Aline ne représente que le 1/3.

La structure narrative désoriente également. Il n’y a pas de chapitres. On passe de la narration omnisciente à la narration interne. Aline prend à quelques moments la parole.

Encore une fois, je me retrouve à lire une histoire avec de bonnes intentions au départ mais bon, quelqu’un a dit que les bonnes intentions ne font pas forcément un bon livre…

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TTL 106 : Un soupçon de liberté-Margaret Wilkerson Sexton

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Addictions

J’ai directement pensé à ce livre

Couverture Un soupçon de liberté

Certains personnages sont accro à la drogue.

Sur près de soixante-dix ans et trois générations, Margaret Wilkerson Sexton relate la saga d’une famille noire et déroule l’histoire de la Nouvelle-Orléans, ville symbole de la fracture sociale et raciale américaine, dans un premier roman puissant et lumineux.
Entremêlant les destins d’Evelyn, Jackie et T.C. à des moments charnières de leur existence, elle nous montre que si les temps changent, les problèmes des Afro-Américains restent les mêmes dans un pays toujours malade de ses discriminations.

66 ans au sein d’une famille. C’est l’engagement que vous prenez comme lecteur en ouvrant Un soupçon de liberté.

Si la 1ère génération semble prometteuse malgré les ségrégations sociales de l’époque, les générations suivantes partent un peu en vrille à cause de la drogue.

comme si Dieu l’avait mis ici avec lui pour s’excuser, et Il était pardonné : pour la mère à moitié folle,
le père défaillant, les difficultés d’apprentissage, les rêves de basket avortés. Parfois, quand il émergeait
au petit matin, il croyait que Dieu approuvait son trafic de hasch. Sinon, d’où lui seraient venus cette inspiration si pure, ces plans si minutieusement préparés ? Et lorsqu’on l’avait arrêté, il s’était mis en colère contre son Créateur, comme s’il avait été trahi par le véritable auteur du crime, mais à présent tout était pardonné.

Ce roman de 300 pages évoque la ségrégation raciale, les difficultés pour les jeunes afro-américains de s’assurer une vie confortable et sereine et l’addiction à la drogue. On admire ces femmes qui se battent pour maintenir l’équilibre familial quand les hommes déraillent.
Mon intérêt pour l’histoire a décru quand une fois présenté T.C on repart à Evelyn en 1944. Cet aller-retour passé-présent a desservi mon intérêt. Il est vrai que l’évolution de ce qu’est être un Noir Américain apparaît de manière encore plus flagrante mais l’histoire perd en intensité.

Un soupçon de liberté a été une lecture plaisante _surtout qu’il a été lu après une lecture presqu’ennuyante_ mais il ne figurera pas parmi mes lectures mémorables.

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Des baisers parfum tabac de Tayari Jones

Couverture Des baisers parfum tabac

« Je n’étais pas du genre à penser que le sang suffisait à faire de nous des sœurs. Cependant, avoir partagé un père créait un lien qui s’enroulait autour de nos chevilles et ligotait nos poignets. »

« Mon père, James Witherspoon, est bigame. »

C’est par cette confession percutante que Dana Lynn Yarboro débute le récit d’une enfance pas comme les autres au sein de la communauté afro-américaine d’Atlanta, dans les années 1980.

Bien que née quatre mois avant sa demi-soeur, Chaurisse, Dana est pourtant l’enfant illégitime, fruit d’une union illicite. L’une est un secret à qui James rend visite une fois par semaine tandis que l’autre mène une vie stable auprès de ses deux parents, inconsciente de son privilège. L’une sait, l’autre pas. Et lorsque leurs chemins respectifs finissent par se croiser, Dana laisse faire et assiste, impuissante, à la naissance d’une amitié pourtant vouée à exploser.

Quand on pense à la bigamie, si on y pense tout court, on imagine une coutume primitive cantonnée aux pages du National Geographic

Deux femmes pour un homme ou Deux filles pour un père auraient pu être les titres de ce récit.

Nous sommes à Atlanta, dans une communauté noire où un homme est bigame.

A travers les deux grandes parties de ce roman dédiées à chaque sœur, l’on découvre toutes les conséquences liées à ce mode de vie qu’est la bigamie. Surtout lorsqu’une des faces de cette bigamie est secrète.

L’impact psychologique de la bigamie, de cette vie cachée sur l’enfant illégitime est décrit, ressenti tout au long de la lecture.

C’est dommage qu’il n’y ait pas de terme pour désigner quelqu’un dans la position de ma mère, Gwendolyn. Mon père est bigame. C’est ce qu’il est. Laverne est son épouse. Elle l’a trouvé la première et ma mère a toujours respecté ses droits de pionnière.

J’étais une enfante précoce. Une femme amère à quatorze ans.

Depuis l’enterrement, James parlait d’une voix douce et mangeait peu. Il avait la tête ailleurs, nous appelait ma mère et moi par les prénoms de nos rivales.

Dana et sa mère baignent dans un environnement de rivalité et de concurrence.

J’améliore mon apparence. Les épouses peuvent se permettre de se laisser aller. Les concubines doivent rester vigilantes.

Ce roman évoque également les violences basées sur le genre (coups ou viol), l’acceptation de soi (notamment à travers Laverne et sa fille qui se trouvent trop grosses).

Des baisers parfum tabac a été une sympathique découverte. Le style de narration est fluide et m’a permis de lire ce roman de plus de 300 pages en une journée.

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TTL 105: Africville de Jeffrey Colvin

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: K ou L comme…

J’ai pensé à Kath Ella, l’un des personnages principaux du roman Africville

Années 1930. Kath Ella refuse de suivre son destin tout tracé de fille de couleur et quitte Africville, un quartier fondé par d’anciens esclaves en Nouvelle-Écosse, au Canada. Après une histoire d’amour marquée par le deuil, elle donnera naissance à un fils, Omar, qui sera rebaptisé Étienne.

Années 1960. Étienne, dont la pâleur lui permet de passer pour un Blanc, vit en Alabama. Il est déchiré entre ses racines noires et la peur de perdre la vie qu’il est en train de construire.

Années 1980. À la mort de son père, Warner se lance dans une quête de ses origines, qui le mènera dans ce qui reste d’Africville mais aussi dans une prison d’État au fin fond du Mississippi.


Trois destins, trois personnages aux prises avec la réalité sociale de leur époque et les aléas de la vie. Pas de pathos, ni de velléité moralisatrice. Les héros de ce roman sont des êtres vrais, de chair et de sang.

En toile de fond, Africville, à la fois aimant et repoussoir, dont l’empreinte se transmet de génération en génération.
Avec ce premier roman triptyque vibrant, fruit de plus de vingt ans de recherches, Jeffrey Colvin s’impose comme une nouvelle voix de la littérature américaine, dans le sillage de Colson Whitehead et de Ayana Mathis.

Kath Ella Sebolt naît en 1918. Jeune fille brillante, elle a l’ambition d’intégrer une université grâce à une bourse, parcours très difficile lorsqu’on est noire dans les années 30, même au Canada.

J’ai découvert à travers son histoire les problématiques raciales au Canada. J’ai trouvé intéressant que cela soit abordé, étant plus habituée aux problématiques raciales aux USA en littérature.

D’un flirt, naîtra son unique enfant, baptisé par son père adoptif : Etienne.

Où était le mal ? Tant de gens font les corbeaux sans avoir à en pâtir. Quel mal y a-t‑il à dissimuler une petite part de soi-même ? Et à quoi bon s’offusquer si un enfant fait le corbeau sur sa lignée ?

Faire le corbeau, c’est se faire passer pour un Blanc et c’est ce qu’a décidé de faire Etienne. Il choisit de vivre la vie qu’il veut quitte à décider s’il est noir ou pas. Sa lignée noire tombe presque dans l’oubli…

Ce roman, c’est son histoire mais avant tout celle de sa mère Kath Ella, de son fils Warner et de sa grand-mère Zera. Ce roman c’est aussi l’histoire d’Africville: sa genèse et sa fin.

Africville évoque les discriminations raciales, questionne l’identité, l’appartenance. D’un côté, nous avons le reniement des racines par une génération, de l’autre la quête des origines par la génération suivante.

Cinq grandes parties forment la charpente de ce roman de plus de 300 pages. La narration omnisciente a rendu ma lecture laborieuse. En voulant éviter de tomber dans le pathos, l’auteur nous fait passer à côté de choses essentielles dans un roman: la profondeur, l’émotion.

J’étais distante des personnages, incapable de partager leurs états d’âme. La construction des personnages tant principaux que secondaires manque d’épaisseur. Ils sont peu aboutis.

J’ai eu du mal à m’attacher à Kath Ella mais contrairement aux autres personnages, je trouve que sa vie est beaucoup plus développée par l’auteur. J’ai d’ailleurs terminé le livre sans savoir qui étaient vraiment Marcelina et Eva.

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Les lumières d’Oujda-Marc Alexandre Oho Bambe

Une épopée chorale lumineuse dans laquelle M.-A. Oho Bambe donne corps et voix aux récits de l’exil.

Le narrateur est rapatrié au Cameroun après avoir tenté d’émigrer à Rome. Malgré l’affection de sa grand-mère Sita, il accuse le coup de ce retour, perçu comme un échec. En quête de sens, il s’engage dans l’association d’Aladji, qui lutte pour éviter les départs « vers les cimetières de sable et d’eau ». Il rencontre ainsi, à Oujda, au Maroc, le père Antoine, qui prend en charge d’autres candidats à l’exil, et Imane, sous le charme de laquelle il tombe immédiatement. Imane et lui vont nouer un lien indéfectible, avec pour ciment leur combativité et les drames de leurs frères et sœurs d’exil.

Au rythme de cette épopée chorale lumineuse, les parcours de personnages tous attachants et bouleversants s’enchevêtrent, entre l’Afrique mère fondamentale et l’Europe terre d’exil qui cristallise une mosaïque de rêves d’ailleurs. La voix et le phrasé uniques de Marc Alexandre Oho Bambe abattent les cloisons entre les genres pour naviguer entre roman, récit et poésie avec une étonnante fluidité.

« L’homme libre est celui qui choisit son exil. » Mahmoud Darwich

Cet épigraphe donne le ton à ce roman poétique.

Pourquoi partent-ils ? Ce roman donne la voix à ceux qu’on appelle migrants, ceux qui veulent un ailleurs à eux.

Je prends conscience pendant l’atelier, que nous n’avons jamais donné la parole à ces jeunes, nous parlons toujours pour eux. Dans les colloques et toutes les instances de décision.
Même au sein de l’association, entre nous, militants pourtant rompus aux questions migratoires, nous avons souvent imaginé les raisons pour lesquelles Elles et Ils partaient.

Le lecteur est invité à tendre l’oreille et à écouter pourquoi ils partent

Pourquoi on part ?
Parce qu’on a tellement cramé
Au soleil de la misère
Qu’on a peur de caner
Si on reste proie docile à l’amer
Alors on part
On traverse la vallée des ombres de la mort
On prend la porte du désert ou la mer
On prend toutes les routes vers l’amour
De nous-mêmes vivants
On part
Parce que
Nos vies ici
Ne valent rien
Rien qui vaille
Rien qui vaille
La peine
De ne pas mourir
En essayant
De partir
Partir
Là-bas
Eldorado qui chante
Faux
On le sait

on part se chercher ailleurs parce qu’on ne se trouve pas chez nous.

Une obsession est une obsession.
Et certaines obsessions.
Ne meurent jamais.

Ils évoquent leur traversée du désert ou de la mer. Fragments de vie entre Conakry et Oujda.

Yaguine et Fodé ont payé.
Ce qu’ils devaient aux passeurs.
Et ce qu’ils ne devaient à personne.
Ils ont payé.
Cher.
Très cher.
De toute leur innocence.
Presque chaque jour.
Et chaque nuit.

J’ai apprécié que ce roman mette en exergue ces associations en Afrique qui œuvrent pour exhorter les jeunes à éviter de prendre la mer et de l’autre côté de l’Atlantique, celles qui leur apprennent à lire, les accueillent.

Ce roman est écrit comme un texte à déclamer. Il est à mi-chemin entre le roman et la poésie. L’écriture est fluide, agréable à lire, le thème abordé d’actualité.

Il y a également des thèmes secondaires comme la liberté d’être de la femme et son indépendance.

Les lumières d’Oujda est finaliste du Prix les Afriques 2021.

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Mère à mère de Sindiwe Magona

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Amy Elizabeth Biehl, boursière Fulbright, a été attaquée et tuée par une foule de jeunes Noirs à Guguletu, en Afrique du Sud, en août 1993. Généralement, dans des affaires comme celle- ci, on parle beaucoup, à juste titre, de l’univers de la victime : sa famille, ses amis, son travail, ses intérêts, ses espoirs et aspirations. Le cas Biehl n’y a pas échappé. Et pourtant, n’y aurait- il pas des leçons à tirer d’une connaissance de l’autre univers ?

Quel était l’univers des tueurs de cette jeune fille, l’univers de ceux dont l’environnement a négligé de cultiver en eux les grands idéaux de l’humanité et qui, tout aussi jeunes que leur victime, sont devenus des créatures perdues, habitées par la malveillance et la destruction ?

A travers son roman, Sindiwe Magona nous immerge dans l’univers d’un tueur. Par l’entremise des souvenirs de la mère de ce dernier, Sindiwe Magona fait entrevoir la dureté humaine qui a rendu possible le meurtre d’Amy Biehl.

Mon fils a tué votre fille.

C’est sur cette phrase que débute le roman, la lettre d’une mère (dont le fils est coupable) à une mère (dont la fille est victime).

Les gens me regardent comme si je l’avais fait moi- même. Les plus généreux, comme si je l’avais poussé à le faire. Comme si j’avais toujours pu tout faire faire à cet enfant.

Ce roman est le monologue d’une douleur qui écrit à une autre douleur. La mère du tueur, désemparée et éplorée, scrute sa mémoire et examine la vie que Mxolisi, son fils a connue… son univers. En quête de réponses pour elle-même, elle parle à l’autre mère.

Le lecteur voit l’Afrique du Sud de l’intérieur, Le peuple noir dépossédé, mis à l’écart.

– Ils sont forts pour nous donner des traitements pour lutter contre la tuberculose, reconnut Lwazi. mais pas pour les livres ni pour les enseignants.

– La tuberculose, ça s’attrape, tu ne le savais pas ? demanda Sazi. Les Boers ont la trouille qu’on la leur refile.

Ségrégation, création des townships et expulsion de la population noire des villes vers les banlieues.

Des enfants livrés à eux-mêmes avec une haine féroce en héritage et qui se traduit par une violence sans nom.

la tempête la plus importante est encore ici. Elle demeure dans notre cœur – dans le cœur des gens de cette terre. Car, laisse- moi te dire une chose, les racines de la haine sont profondes ici. Profondes. Profondes. Profondes.

Nos enfants sombrèrent vite dans la barbarie. Impunément, ils rompirent avec la tradition ancienne et franchirent la ligne frontalière qui sépare l’homme de la bête. L’humanité de l’être humain, ubuntu, s’enfuit. Elle fut grièvement violée. Elle s’ensevelit là où aucun de nous ne la retrouverait aisément.

Mère à Mère est un roman audacieux, déroutant, émouvant. L’Afrique du Sud y est racontée tout en nuances avec complexité et passion. Sindiwe Magona revient à l’héritage de l’apartheid – un système répressif et brutal, qui a engendré une violence inter et intra raciale insensée, ainsi que d’autres événements infâmes.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, à m’insérer dans la peau du personnage de la mère et pourtant la narration interne est là pour jouer ce rôle. J’aurais aimé lire l’histoire du point de vue de Mxolisi, j’aurais voulu entendre ses mots. Je pense que le récit aurait été encore plus dense.

Le récit comprend 12 chapitres non linéaires où l’on fait des sauts en arrière. Il n’y a pas mal de mots Xhosa, bon pour la culture générale mais faire des va-et-vient entre les références de pied de page et le texte, peut être fatiguant.

Ce roman est finaliste du Prix les Afriques 2021.

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TTL 104: Forget me not, Mama’s Boys-tome 2

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est: Gentils

Le 1er personnage qui m’est venu à l’esprit en découvrant le thème de la semaine est Gideon, Gid pour les intimes 😀

Gideon est un joueur de football américain et est le frère cadet de Gunnar. Lorsque sa mère adoptive a un problème de santé assez grave, il n’hésite pas à mettre sa carrière entre parenthèses pour courir à son chevet et s’occuper de son magasin de fleurs.

Gideon depuis le jour où il a été adopté, s’est fait la promesse de ne jamais causer de souci à sa mère. Il a tenu à être un enfant qui fait la joie de sa mère et lui cause le moins de souci possible.

Gideon est disponible pour ses frères, ses amis. C’est un gentil gars, un mec bien. Lorsque sa célébrité va commencer à mettre à mal la boutique de fleurs de Jannelle, il ne va pas hésiter à poser des actes pleins de bienveillance envers elle. C’est un personnage que j’ai beaucoup apprécié. Il est d’ailleurs mon nouveau bookboyfriend. Il est romantique, gentleman, protecteur et beau gosse. ❤

Pour parler de la romance dont il est le héros, elle met du temps à s’installer. L’accent est mis sur l’environnement familial de Gid et la suite de sa carrière. Son duo avec Janelle m’a ravie de façon éphémère ; le comportement puéril de cette dernière m’a ôté tout éblouissement. J’ai trouvé qu’elle manquait de caractère, d’audace. Une héroïne trop lisse à mon goût.

Quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?