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Swap Sens et Ressenti

Holà ! 

J’ai participé au Swap Sens et Ressenti sur Livraddict. Un swap qui fait appel aux cinq sens. Ma binôme n’était autre que l’organisatrice du swap à savoir Shury.

Nous avons opté pour le Menu Maxi – (2 livres obligatoires)
→ Un sens au choix : 1 Livre de la WL sur le sens choisi OU dans la thématique du sens
→ Un doigt de gentillesse (carte)
→ Une image mélodieuse (marque-pages)
→ Une bouche sucrée (une ou des gourmandise.s)
→ Une farandole des Tsukumogami (un ou des googie.s)
→ Un bonus sens : livre sur un handicap ou une maladie liée au sens OU 1 livre sur un autre sens (ou dans la thématique d’un autre sens)

La carte

Joli clin d’œil à la Bretagne. 

Les gourmandises 

La Bretagne encore une fois à l’honneur avec des galettes de pont Aven, des chips au sarrasin, de la crème de caramel au beurre salé, du miel & fleur de sel de Guérande. Ça fera la joie de toute la famille. 

J’ai également reçu du thé. Je pourrai ravitailler mon stock au bureau. 

Le marque-page 

 

Les livres 

Ma binôme m’a offert deux livres de ma WL et un livre bonus. Ma prochaine lecture sera sans doute mes contes de Perrault qui m’intrigue beaucoup.

Les goodies 

J’ai reçu un coffret de produits de toilette de Provence, un mini bloc-notes, un baume de massage de la Nouvelle-Calédonie et deux tartelettes de la marque Yankee Candle. Je suis beaucoup intriguée par le savon à la tomate. 

Composition Ach. Brito Savon - Tomate - UFC-Que Choisir

Création d’une marque portugaise Ach Brito. Ce sera une véritable première pour moi. 


En image, le colis que j’ai envoyé à ma binôme. A la fête du livre de Kinshasa, j’ai découvert des auteurs  de manga kinois et j’ai immédiatement pensé à elle. 

Encore une fois un bel échange. La situation sanitaire et les nombreux soucis de poste ont ralenti mon ardeur mais j’ai deux swaps en attente de réception et je suis inscrite au Père Noël Secret 2020. Si ça vous tente, voici le lien d’inscription.

signature coeur graceminlibe

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Les veilleurs de Sangomar – Fatou Diome

Nul ne s’aventure sans appréhension à Sangomar, ce bout de terre inhabitée où, dans la tradition animiste sérère, se rassemblent les djinns et les âmes des défunts. Sur l’île voisine, la jeune Coumba entame un long veuvage, recluse chez sa belle-mère. Elle vient de perdre son mari dans le naufrage du Joola, en 2002, au large du Sénégal. Dès la nuit tombée, après le cortège des prières rituelles et des visites obligées, Coumba peut enfin faire face à son chagrin, consigner les souvenirs heureux, invoquer les morts. Alors, sa chambre s’ouvre grand aux veilleurs de Sangomar, esprits des ancêtres et des naufragés qui lui racontent leur destin et la mèneront à la rencontre de son « immortel aimé ».

Un grand roman de liberté et d’amour fou, porté par le souffle ensorcelant de Fatou Diome.

mon-avis-de-lecture

Fatou Diome est une auteure que j’apprécie particulièrement pour ses prises de position sur l’immigration. 

Je n’ai lu à date que 40% de sa bibliographie. A chaque fois, le souvenir de la dernière lecture me précipitait dans les bras de la suivante. 

Les veilleurs de Sangomar évoque le lévirat et les conditions de la veuve à Niodor. Le lecteur assiste aux restrictions imposées à Coumba durant sa période de veuvage. Le lecteur tend l’oreille aux épanchements de cette jeune femme qui a perdu son amour, le père de sa fille dans le naufrage du Joola, en 2002. Dès que tombe la nuit, elle invoque les Veilleurs de Sangomar, l’île voisine où se rassemble, dans la tradition animiste, les esprits des morts. Elle invoque l’esprit de son époux. 

J’ai apprécié cette mise en avant de la culture animiste sérère ainsi que le portrait de Coumba, cette jeune femme qui va de l’avant, se reconstruit après le deuil. 

Fatou Diome aborde des sujets importants comme l’importance de rester soi-même sans se fermer aux autres. Additionner les cultures, être ouvert à l’autre sans se renier, tel est le message universel qu’elle semble vouloir transmettre à travers son oeuvre.

Je m’attendais à lire un roman de la même trempe que Celles qui attendent. Malheureusement, je n’ai pas été totalement convaincue par les veilleurs de Sangomar. La narration est lyrique, imagée mais le rythme est très lent, les longueurs sont nombreuses. Des paragraphes plus aérés auraient donné une fluidité du récit. 

Bref ! Ce n’est pas le roman de Fatou Diome que je recommanderais les yeux fermés 😦

détails ouvrage

Éditeur : Albin Michel

Date de publication : Août 2019

Nombre de pages :  336

Présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

fleur v1

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TTL 70 : Les cent puits de Salaga – Ayesha Harruna Attah

Qui dit jeudi, dit Throwback Thursday Livresque. Cette semaine, le thème est UNE SORTIE DU MOIS.

Throwback oblige, c’est un livre sorti en septembre 2019 que je vous présente.

Les cent puits de Salaga - Ayesha Harruna Attah - Babelio

Elles ont le nom de reines guerrières, et tout semble les opposer. Aminah a quinze ans, guette les caravanes de marchands dans la région de Gonja, vend un peu de nourriture. Bientôt, un raid de cavaliers fait d’elle une captive.
Wurche est une princesse, fille têtue du chef de Salaga, la ville aux cent puits, haut lieu du commerce d’esclaves. Elle a l’âge d’être bientôt mariée, alors qu’elle ne rêve que de pouvoir, en ces temps d’alliances et de conflits entre chefs de tribus, avec les Ashantis de la forêt voisine, avec les Allemands, les Anglais, les Français.
Et il y a Moro, l’homme à la peau si noire qu’elle est bleue. Il vit de la vente d’esclaves mais croit à la destinée, et cède à la beauté.

l'Afrique écrit

Ce roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020 m’a attirée par sa 1ère de couverture aux couleurs chatoyantes mais aussi par son résumé. J’ai sauté à pieds joints dans le récit et je n’aurais pas dû.

Au début de l’histoire, j’ai pensé retrouver l’atmosphère de No home de Yaa Gyasi mais ce roman est complètement différent. 

Les cent puits de Salaga c’est l’esclavage intra-continental africain observé à travers les yeux du marchand d’esclaves, Moro, de la maîtresse d’esclave Wurche et de l’esclave Aminah. Nous sommes au Ghana dans la période précoloniale. 

Spectateur, le lecteur voit se dérouler sous ses yeux les relations entre maîtresse et esclave. Il observe le commerce entre Africains et Européens au XIXe siècle, le jeu politique entre les familles royales africaines. Il observe des femmes qui veulent être maîtresse de leur destin. Wurche est une princesse rebelle, un garçon manqué. 

Il y a de l’amour dans l’air, une quête d’affirmation de soi et de liberté. 

L’auteure a fait le choix d’une alternance narrative. Deux femmes, deux voix : Aminah et Wurche. La narration à la 3e personne m’a laissé indifférente vis-à-vis des émotions des personnages.

L’auteur avait tous les ingrédients pour faire de ce roman un récit bouleversant mais il flotte dans ce récit un parfum de froideur. Le rythme manque cruellement de rythme. 

Le thème de l’esclavage intra-continental est très intéressant mais nécessitait un travail plus abouti de l’auteure. Le récit est accessible mais le style est simpliste. Peut-être un problème de traduction ?

Vous l’avez compris, Les cent puits de Salaga ne m’a malheureusement pas convaincue.

Et vous, quel livre auriez-vous proposé pour ce thème ?

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Les dogues noirs de l’empire : La force noire de Christophe Cassiau-Haurie et Massiré Tounkara

Couverture Les dogues noirs de l'empire : La force noire

Dahomey, août 1914. Bakary, jeune guerrier de l’ethnie Kabyé doit s’engager chez les tirailleurs sénégalais pour éviter que son village ne soit rasé par l’Administration coloniale. Son régiment d’affectation a pour mission d’envahir le Togo voisin, territoire sous protectorat allemand, qu’un simple ruisseau sépare du Dahomey. Les frontières coloniales ne tenant pas toujours compte des réalités locales, Bakary se trouve confronté à son peuple, dont son propre cousin… Cette bande dessinée à la ligne claire évoque cette page méconnue de l’histoire de l’Afrique.

La première guerre mondiale a aussi eu l’Afrique comme terrain de combat. Cette bande-dessinée fait ce rappel historique.

En juin 1910, le général français Charles Mangin, qui dirige les forces militaires dans les colonies africaines, fait un discours maladroit à l’Assemblée Nationale. Il prône la création d’une Force Noire en formant des régiments de tirailleurs africains pris dans les colonies françaises et dit cette phrase très suffisante: « à nous le cerveau, à eux les bras…« 

Quatre ans plus tard, les militaires français et allemands recrutent en masse et en force les jeunes hommes des villages. Ils brûlent les villages qui refusent de livrer leurs hommes.

Deux jeunes kabyé, Bakary et son cousin Babacar, vont être contraints de rejoindre les rangs de l’armée du colon. Les chefs de leurs villages respectifs ont compris qu’il fallait se soumettre à la loi des blancs. Les deux hommes s’engagent… mais hélas chacun dans une armée différente. Les villages de nos deux cousins sont en effet situés dans deux territoires différents : le village de Bakary se trouve au Dahomey (territoire français) et celui de Babacar au Togoland qui est une colonie allemande.

Une famille, deux cousins qui s’affrontent pour l’honneur du colon. Le lecteur est impuissant face à la tragédie qui s’annonce. Terrible de voir toutes ces vies sacrifiées, contraintes de participer à un conflit qui ne les concernaient guère.

Le titre de la bande-dessinée est un clin d’œil à l’un des poèmes de Léoplod Sédar Senghor. Un poème très puissant que j’ai découvert grâce à cette BD. Vous pouvez le lire en entier ICI.

En voici un extrait :

III.

Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France.
Seigneur, parmi les nations blanches, place la France à la droite du Père.
Oh ! je sais bien qu’elle aussi est l’Europe, qu’elle m’a ravi mes enfants comme un brigand du Nord des bœufs, pour engraisser ses terre à cannes et coton, car la sueur nègre est fumier.
Qu’elle aussi a porté la mort et le canon dans mes villages bleus, qu’elle a dressé les miens les uns contre les autres comme des chiens se disputant un os
Qu’elle a traité les résistants de bandits, et craché sur les têtes-aux-vastes-desseins.
Oui, Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques
Qui m’invite à sa table et me dit d’apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié.
Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement
Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire
Qui est la République et livre les pays aux Grands-Concessionnaires
Et de ma Mésopotamie, de mon Congo, ils ont fait un grand cimetière sous le soleil blanc.

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A l’orée du trépas – Khalil Diallo

« La passion justifie des actes ignobles que rien ne saurait expliquer, que personne ne saurait comprendre, encore moins présager. L’amour, le sien, l’avait à présent conduit dans cette place peuplée d’un marché du Caire. Il s’était perdu par amour et à présent ce sentiment l’avait conduit au point où il se sentait prêt, capable de détruire la terre entière et tout ce qu’elle portait en son nom. » Ce roman se présente comme un chant d’espérance, se servant de l’obscurantisme religieux, la mort, l’immigration, l’amour et la poésie afin de mettre en scène l’histoire, mais aussi et surtout la condition humaine.

Comment ce livre est-il arrivé dans ma PAL ?

J’ai découvert ce roman dans la liste des finalistes du Prix Orange du Livre en Afrique 2019 et du Prix Ivoire 2019. Le voir apparaître deux fois parmi des finalistes de prix m’a donné envie de le découvrir.

Je remercie Youscribe qui m’a permis de lire ce roman gratuitement.

L’intertextualité est fortement présente et ce dès les premières pages de ce roman de 190 pages : un grand nombre de textes d’auteurs français traverse les lignes du roman. J’ai trouvé qu’ils n’étaient pas énoncés de manière subtile.

Notre narrateur est un trentenaire et s’appelle Ismaila. Fils d’imam, il est orphelin de mère. Une absence maternelle qui l’affecte surtout que cette dernière a été victime de violences.

L’introverti Ismaïla fera la connaissance de la belle Amina. Une romance évidente voit le jour. Elle est classique et est parfois décrite de manière caricaturale. L’auteur s’est-il senti dans l’obligation d’évoquer des cheveux qui flottent dans le vent en parlant de la belle Amina ? Cette légère romance va être écourtée par un événement dramatique. Un événement qui va pousser Ismaïla à la radicalisation.

Je ne suis peut-être pas la cible de ce roman car je n’ai pas passé un bon moment de lecture. J’ai apprécié les descriptions de Dakar qui permettent au lecteur de se représenter la ville. L’idée de départ est intéressante à savoir le terrorisme mais elle n’a pas été développée en profondeur notamment sur l’intégration dans un groupe djihadiste.

Par ailleurs, je n’ai pas trouvé logique l’évolution du personnage d’Ismaila. Cela donne un caractère invraisemblable au récit.

Ce récit porte le parfum du premier roman avec sa candeur et ses maladresses. Il ne m’a malheureusement pas convaincue.

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Nouvelles du monde #6 : Cuba

L’histoire de l’île de Cuba est tumultueuse, conçue par tous les étrangers qui l’ont successivement envahie pour en faire leur « chose » et la ployer avec la force de leurs désirs. Elle n’a pas rompue, réinventant son identité aux rythmes entraînant de la musique métisse qu’elle a su installer pour elle-même dans les cœurs de ses habitants. Ce grand mélange des influences venues d’Europe, d’Afrique, d’Asie et du puissant voisin américain s’est solidement constitué sur les ruines autochtones, balayées par les violences de l’Histoire. Ce melting pot débarqué de l’extérieur s’est mué en une culture à part entière, aisément repérable, avec ses codes et ses douleurs, son charme et ses plaisirs. Elle aurait pu ne jamais advenir. Qu’on en juge !

Depuis le débarquement de Christophe Colomb qui s’imagine en Chine, autour de ces mers agitées, les pirates, les corsaires et tous les flibustiers s’en donnent à cœur joie. Le trafic maritime est tel qu’il laisse l’imagination et la cupidité des plus téméraires se débrider. Les cales des bateaux sont pleines, dans les deux sens. Un coup de chance peut rapporter gros. Le Jolly Roger, le pavillon noir orné d’une tête de mort, et L’Île au trésor (1883) de Robert Louis Stevenson sont nés dans ces parages, donnant encore d’autres couleurs au mythe cubain qui se constitue.

Après la colonisation espagnole, après la domination américaine, après poigne de Fidel Castro, une identité cubaine s’est affirmée qui donne aux textes proposés ici une résonance particulière, ancrée clairement dans la modernité du monde.

Mon tour du monde littéraire grâce à la collection Miniatures des Editions Magellan et Cie continue. Aujourd’hui, cap sur Cuba ! C’est une île qui fait partie de mes endroits à découvrir. En attendant, je l’explore via la littérature.

Neuf nuits avec Violeta Del Rio – Leonardo Padura

Un homme se souvient d’une chanteuse qu’il a aimée et avec qui il a passé neuf nuits d’amour. A l’époque c’est un jeune provincial catholique et révolutionnaire fraîchement arrivé à la Havane pour s’inscrire à l’université. Une nouvelle qui m’a donné l’envie d’écouter des boléros cubains

Danser avec l’ennemi de William Navarrete

Des Pancraciens exilés à Paris, ayant fui la république bananière de San Pancracio se retrouvent chez Bibiblue. La petite fête a pour but de chasser l’ennui du sombre hiver parisien. Mario figure parmi les invités. Il voue une haine farouche à la Momie, surnom donné au dictateur qui règne sur San Pancracio. A ce dîner, Mario fait la connaissance d’une jeune femme, Graciela. Une femme qui lui réserve bien des surprises.

Le chasse-neige par Wendy Guerra

La narratrice évoque l’enterrement de son oncle mort en ayant pris part à la guerre d’Angola. Une nouvelle qui ne m’a pas convaincue.

De la rue Cardenas on voit le capitole de Véronica Vega

Retrouvailles d’un homme et d’une femme après 7 ans. L’homme est désormais expatrié aux USA. Une nouvelle qui ne m’a pas convaincue.

Un air de guaguanco transatlantique à deux voix de Teresa Dovalpage

Le North Star, un paquebot transatlantique, s’est perdu entre Miami et Barcelone. Il semble que Peter Estrella qui s’appelle Pedro Perez en réalité ait sombré avec le bateau? Qui était Peter Estrella ? C’est Maryoli, une jeune fille devenue femme qui le raconte. Une nouvelle pleine d’humour.

Tel est l’avenir d’Ivan de la Nuez

Un essai sur l’avenir de Cuba, l’avenir de la jeunesse cubaine. J’ai été tellement déçue de lire un essai au lieu d’une nouvelle que je n’ai pas la force d’en dire plus sur les lignes d’Ivan de la Nuez.

Ce recueil est pour le moment l’une de mes grandes déceptions de la collection Miniatures. Je m’attendais à des récits plus enivrants, colorés, surprenants. J’attendais une véritable immersion dans le Cuba d’hier mais aussi d’aujourd’hui : ses traditions, sa culture. Je ne retiens que le boléro et le conga de ce recueil.

Je remercie chaleureusement la plateforme Youscribe qui m’a permis de lire ce recueil gratuitement. J’aurais été verte de rage si je l’avais acheté.

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Nouvelles du monde #5 Colombie

Les écrivains américains, en général, sont des raconteurs d’histoires, des « storytellers ». Les écrivains latino-américains en particulier. Les cuentos y tiennent donc une place de premier plan dans la littérature et dans l’histoire du « boom latino-américain », qui a donné au monde tant de géants. Preuve, s’il en est, que dans les processus d’écriture de fiction, et même de fiction au long cours, la nouvelle joue un rôle essentiel. Les conditions politico-économiques d’un pays ont fréquemment favorisé l’écriture de ces formats courts : la pauvreté, la censure, l’absence de maisons d’édition pouvant l’expliquer… Sous les dictatures, la nouvelle se porte généralement assez bien car la littérature se réfugie dans l’écriture de textes brefs mais denses. Du nord au sud de l’Amérique latine, on est à l’aise avec cette forme d’expression. Pour l’écrire et pour la lire. La Colombie ne déroge pas à cette règle. Les Français disent souvent, et cela date de Maupassant et de Marcel Aymé, qu’une bonne nouvelle est une nouvelle qui a une bonne chute. Ce n’est pas faux, mais peut-être aussi qu’une bonne nouvelle est un texte qui déploie le potentiel d’un univers de roman. Dans la densité des personnages et des décors mis en scène, dans l’action qui s’y déroule. Univers de romans, densité des personnages et des décors, intrigue forte et puissante : on retrouve un peu tout cela dans les six nouvelles colombiennes, exclusivement d’auteurs masculins… successeurs assumés de leurs grands aînés, sélectionnées avec Marianne Millon dont nous tenons à souligner ici l’apport important à la collection « Miniatures » pour tous les titres hispaniques déjà parus. Un jour, peut-être, publierons-nous un titre 100 % féminin…

6 auteurs, 6 univers à découvrir…

Le coffre de tes misères d’Andrès Candela

Nano et Chepe, deux hommes unis par les liens du mariage. Ils sont le grand-père maternel et paternel d’une fille qu’ils évoquent sans donner son prénom. Ils évoquent leur histoire commune qui semble être baignée dans le sang. Malheureusement, je ressors frustrée de ce récit car les mystères restent en suspens. Le fond de l’histoire baignée dans le sang n’est pas révélée au lecteur. On ignore ce qui est réellement arrivé à cette famille.

La planète boiteuse de Juan Diego Méija

Elle s’appelle Estefania, c’est une jeune coureuse noire. On la découvre à travers les yeux d’un soldat qui l’admire. Un soldat qui a perdu une jambe après l’explosion d’une mine. Elle ne le remarque pas mais cela ne l’empêche pas de courir à ses côtés, de graviter autour d’elle comme une planète autour du soleil. En toile de fond de cette nouvelle, un bref aperçu des guérilleros vivant dans les forêts.

L’habit fait le moine par Juan Esteban Constàin Croce

Le bref récit d’une bataille navale pour venger après tant d’années la mort du plus grand des souverains espagnols, Charles V. Une mort causée selon Don Juan d’Autriche par un moine. Un moine à la splendeur brune, turque qui rampait tel un serpent sur les chairs du souverain en susurrant à chacun de ses pores les miracles de la tentation...

Portrait-robot par Mauricio Vargas Linares

Un homme vient trouver un journaliste et lui annonce qu’il a été payé pour le tuer. Une nouvelle captivante avec de l’action qui fait passer un très bon moment de lecture. J’ai deviné dès les premières pages la chute mais cela n’a rien enlevé à l’intérêt de l’histoire.

Résidence 101 par Ricardo Silva Romero

Don Luis, gardien de la résidence 101, fait un état des lieux au gérant. Il faut dire qu’il s’est passé des choses mystérieuses dans cette résidence. Les confidences du gardien sont l’occasion pour le lecteur de découvrir les habitants de cet immeuble de 9 étages. Une nouvelle intéressante mais dont j’attendais plus de surprises.

La quiscale à longue queue apprend à chanter de Juan Gossain

L‘architecte Vicente Roman vit dans une profonde solitude avec sa femme. Leur cercle de camarades les a abandonnés, idem pour sa famille. Il se contente de la compagnie affectueuse des animaux en particulier Caruso, une quiscale à longue queue. Vicente est profondément touché par l’ingratitude, la perfidie humaine. La chute de cette nouvelle m’a fait de la peine. J’ai éprouvé de la compassion pour ce bon vivant très entouré dans sa jeunesse et presque tout seul dans ses derniers jours.

Nouvelles de Colombie est un sympathique recueil où le lecteur entrevoit la Colombie, sa situation politico-sociale. J’aurais voulu la découvrir à travers la description approfondie des paysages, de la gastronomie. J’aurais voulu un voyage intégral des sens.

Encore une fois, merci à Youscribe qui m’a permis de lire ce recueil gratuitement.

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Le silence des collines – Béatrice Uwambaje

Une Rwandaise témoin du génocide revient, 23 ans après, sur les lieux du drame. Entourée de son fils survivant et de ses deux enfants métis, elle tente de rétablir la relation avec ceux qui sont désormais les acteurs d’une société transformée. Le personnage-narrateur, un double qui regarde l’auteur, observe, se souvient, scrute, analyse. A la fois intime et pudique, son récit oscille entre évocation, litanie, métaphore passé, présent. Un témoignage sensible et puissant sur ce que peut la littérature après l’irréparable.

l'Afrique écrit

Elle s’appelle Mutesi. Témoin, victime du génocide des Tutsi en 1994. Son mari et sa mère n’y ont pas survécu. Elle retrouve son pays 23 ans après la tragédie. Comme un pèlerinage, elle revient sur les lieux du drame.

Si avec Scholastique Mukasonga, les collines murmurent, avec Béatrice Uwanbaje, elles sont sous silence. 

Et toutes ces collines de Buhoro, Kabali, Mvuyekure ? Celles-là auraient pu dire quelque chose tout de même ! Elles lui appartenaient comme on appartient à une mère bienveillante ! Elles ont aussi brillé par leur silence…

Mutesi fait la rencontre d’un Rwanda transformé. D’un Rwanda moderne qui ne se lamente pas, est allé de l’avant.

Si au début de ma lecture, j’ai eu l’impression que Mutesi en voulait à ceux qui avaient décidé d’aller de l’avant après le génocide des Tutsi de 1994,  détestait ce que son pays était devenu, j‘ai compris par la suite que ses mots cachaient une grande douleur. Mutesi n’avait pas encore réglé ses comptes avec le passé.

– Mana we, Mon Dieu, je crois que nulle part ailleurs dans le monde, les tueurs n’ont été plus efficaces dans leur « travail ». Tuer n’aura été aussi bien fait que dans cette ville.

A ce niveau de tueries, de barbarie, ce n’était plus vraiment le « travail » ! C’était purement et simplement de « la haute couture ». Méticuleux comme il faut ils étaient.
Méthodiques, studieux, nous les avons vus aller de maison en maison, de quartier en quartier comme si un trophée les attendait à la fin de la saison… On aurait dit qu’aucune négligence, aucune légèreté, ne leur était permise. C’est avec une précision exemplaire qu’ils ratissaient quartier par quartier, colline par colline. Aucune ruelle n’a été oubliée…Les finitions étaient parfaites.

En plus, comprendre signifierait peut-être pardonner,
Et je n’ai pas la force de pardonner, qui que ce soit.
Tant pis, je serai de ceux qui ne sauront jamais pardonner.
De ceux qui se contentent de faire semblant.

Aller de l’avant ne signifie pas oublier. Je suis admirative de ce Rwanda qui a réussi à relever la tête, a décidé de penser en nation et non en clan ethnique. 

– Mais non Mutesi, quelle question ! Les cartes d’identité « ethniques» n’existent plus, la seule réalité reconnue aujourd’hui est qu’il n’y a pas d’ethnies au Rwanda, il n’y a que des Rwandais.

Ce roman témoignage ne figure pas dans mes lectures mémorables mais j’ai beaucoup apprécié l’évocation de la culture du Rwanda, ses rites, l’organisation des familles et l’insertion des proverbes.

« Ne te lasse pas de crier d’être en vie et tu n’entendras plus d’autres cris ».

« Les enfants élevés par une femme seule doivent avoir l’intelligence de n’importe quel autre enfant, à laquelle il faut ajouter l’intelligence des orphelins. »

La plume de l’auteure est une première fois pour moi. J’ai découvert une plume lyrique, un style accessible, descriptif qui m’a parfois lassée en raison des répétitions et de la baisse d’intensité dans les péripéties narrées.

Christmas

Éditeur : Sépia

Date de publication : Mars 2019

Nombre de pages : 262

Disponible aux formats papier et numérique 

Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

fleur v1

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Rentrée littéraire Afro – Automne 2020

Oyé Oyé braves gens ! Apprêtez vos porte-monnaie, préparez vos paroles douces et séduisantes pour bénéficier des dons et cadeaux. Il y a du nouveau du côté de la littérature africaine et afro-descendante ! 18 romans à découvrir en cette rentrée littéraire.

Commençons par les auteures.

  1. Petina Gappah, zimbabwéenne

Le puissant roman d’aventure et d’exploration dans l’Afrique du XIXe siècle de Petina Gappah retrace l’histoire captivante des femmes et des hommes africains qui ont transporté le corps du Docteur Livingstone, explorateur et missionnaire, sur une distance de deux mille cinq cents kilomètres jusqu’à la côte, afin que sa dépouille puisse être rapatriée vers son Angleterre natale et son œuvre préservée. Racontée par deux de ses serviteurs, Halima, la cuisinière à la langue bien pendue, et Jacob Wainwright, le secrétaire de Livingstone d’une piété inflexible, l’histoire nous plonge au cœur du continent noir, juste au moment qui précède sa colonisation par les puissances européennes.
Avec une inoubliable galerie de personnages et au long d’un voyage riche en conflits et marqué par une incroyable ténacité, Hors des ténèbres, une lumière éclatante revisite un événement historique à travers le regard de ceux qui ont été souvent exclus de l’Histoire. Entraînant, profond, terrible et drôle, ce roman passe en revue toute l’hypocrisie de l’esclavage et de la colonisation – l’hypocrisie de l’humanité – tout en célébrant la résistance, la loyauté et l’amour.

2. Tayari Jones, afro-américaine

Tayari Jones nous livre la stupéfiante histoire de la mystification d’un homme, de la complicité d’une famille et de deux sœurs perdues au milieu, chacune tentant de trouver sa voie dans un château de cartes bâti sur le mensonge. Mais si la colère, la jalousie et l’amertume hantent ces pages, elles débordent surtout d’amour. Dans ce texte, pas de gagnants, juste des survivants, et un inoubliable et bouleversant portrait de famille se déployant sur trois générations, avec pour toile de fond la lutte pour les droits civiques et l’émancipation des femmes noires dans les États sudistes.

3. Yaa Gyasi, américaine d’origine ghanéenne

Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est une jeune chercheuse en neurologie qui consacre sa vie à ses souris de laboratoire. Mais du jour au lendemain, elle doit accueillir chez elle sa mère, très croyante, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et reste enfermée dans sa chambre. Au fil de souvenirs d’enfance émouvants, Gifty s’interroge sur sa passion pour la science si opposée aux croyances de sa mère et de ses ancêtres. Sublime Royaume raconte les difficultés d’avoir une peau noire en Amérique, et le choc des générations au sein d’une famille issue de l’immigration.

4. Bernardino Evaristo, britannique d’origine nigériane

Imaginez un chœur polyphonique réunissant douze femmes dont un homme trans, âgées de 19 à 93 ans, presque toutes noires, chantant leur(s) expérience(s) britannique(s) dans une scénographie multipliant décors et points de vue de Newcastle à Cornwall en passant par Londres et dans une chronologie s’étendant du XXe siècle aux trébuchements d’un XXIe siècle remodelé par les mouve-ments #metoo et #Blacklivesmatter. Cela donne Fille, Femme, autre, un roman-fusion époustouflant où, comme le soutien-gorge en son temps, la ponctuation a été allègrement jetée par la fenêtre. Son auteure, Bernardine Evaristo, a raflé comme une tornade dans son passage tous les honneurs dont le Man Booker Prize 2019 devenant ainsi la première femme noire à recevoir le prestigieux prix. C’est l’histoire entremêlée d’Amma, Yazz, Dominique, Carole, Bummi , LaTisha, Shirley, Winsome, Penelope, Megan/Morgan, Hattie et Grace et d’autres encore. Chacune d’elles cherche un avenir, une maison, l’amour, une mère absente, un père perdu, une identité, un genre – il, elle, iel – une existence, et au passage, le bonheur. Toutes ont traversé l’espace et le temps – pour atterrir au cœur de l’Angleterre, carrefour historique des migrations et échouer aux confins éternellement figés des castes britanniques. Femmes invisibles dans la société anglaise, elles prennent corps et âmes sous la plume libre et libératrice d’une auteure, poète, dramaturge qui, avec ce huitième roman, signe une œuvre d’une grande vitalité

5. Brit Bennett, afro-américaine

Quatorze ans après la disparition des jumelles Vignes, l’une d’elles réapparaît à Mallard, leur ville natale, dans le Sud d’une Amérique fraîchement déségrégationnée. Adolescentes, elles avaient fugué main dans la main, décidées à affronter le monde. Pourtant, lorsque Desiree refait surface, elle a perdu la trace de sa jumelle depuis bien longtemps: Stella a disparu des années auparavant pour mener à Boston la vie d’une jeune femme Blanche. Mais jusqu’où peut-on renoncer à une partie de soi-même ?
Dans ce roman magistral sur l’identité, l’auteure interroge les mailles fragiles dont sont tissés les individus, entre la filiation, le rêve de devenir une autre personne et le besoin dévorant de trouver sa place.

6. Sindiwe Magona, sud-africaine

Grand roman de l’apartheid où violence et quête d’humanité demeurent l’héritage de l’histoire. Sindiwe Magona signe un récit bouleversant sous forme de lettre. L’Afrique du Sud y est racontée tout en nuances, complexité et passion.

7. Akwaeke Emezi, nigériane

Eau douce - Akwaeke Emezi - Babelio

Au Nigéria, dans la cosmologie igbo, lorsqu’un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin. Mais à la naissance de la petite Ada, les portes entre le monde des humains et celui des esprits se sont temporairement ouvertes, le temps pour ces derniers de s’immiscer dans le corps de la fillette et de s’y trouver bloqués.
Un pied dans le monde des vivants, un pied dans le monde des esprits, Ada va ainsi grandir envahie par un cortège de voix qui vont se disputer le contrôle de sa vie, fractionnant son être en d’innombrables personnalités.
Mais lorsque Ada quitte son berceau géographique pour faire ses études aux États-Unis, un événement traumatique d’une violence inouïe va donner naissance à un nouvel esprit, beaucoup plus puissant, beaucoup plus dangereux. Ce nouveau «moi» prend possession d’elle et se nourrit de ses désirs, de sa colère et de sa rancœur. La vie de la jeune fille prend alors une tournure de plus en plus inquiétante, où la mort semble devenir une séduisante échappatoire.

8. Karine Silla, franco-sénégalaise

Aline Sitoé Diatta naît en 1920, au beau milieu des forêts luxuriantes de la Casamance, dans le sud du Sénégal. Enfant déterminée, puis adolescente indépendante, solitaire et douce, elle quitte la brousse pour se rendre à Dakar afin d’y travailler comme gouvernante dans une famille de colons. C’est là qu’elle entend, pour la première fois, des voix qui lui ordonnent de rentrer chez elle pour libérer son peuple. Prônant la désobéissance civile et la non-violence, Aline appelle les Sénégalais à lutter pour leurs terres et le respect qui leur reviennent de droit. S’entourant des anciens, comme le veut la tradition diola, écoutant les conseils de son sage ami Diacamoune, la jeune femme est vite érigée en icône de la résistance, magnétique et insoumise, et est sacrée reine. Menaçant l’ordre établi et mettant à mal l’administration française, Aline, la « Jeanne d’Arc du Sénégal », devient l’ennemie à abattre, mettant, dès lors, sa jeune vie en danger. À travers Aline, Karine Silla renoue avec l’histoire de ses origines et fait entendre la musique de tout un pays grâce à son écriture aussi envoûtante et inspirante que la voix de cette femme de lutte et de coeur qui, plus jamais, ne nous quittera.

9. Roukiata Ouedraogo, burkinabé

Le premier roman de Roukiata Ouedraogo est le récit très personnel d’une petite fi lle confrontée à l’univers des hommes. Avec l’humour tendre qui l’a rendue célèbre en France et dans toute la Francophonie, l’actrice burkinabè tient la chronique douce du drame qui a bouleversé son enfance.

10. Djaïli Amadou Amal, camerounaise

Ramla, Hindou et Safira. Trois femmes, trois histoires, trois destins liés.
Ce magnifique roman retrace le destin de Ramla, 17 ans, arrachée à son amour pour être mariée de force avec Alhadji Issa, un homme riche et déjà marié. Hindou, sa soeur du même âge, est contrainte d’épouser Moubarak, son cousin, alcoolique, drogué et violent. Quant à Safira, 35 ans, la première épouse d’Alhadji Issa, elle voit d’un très mauvais oeil l’arrivée dans son foyer de la jeune Ramla, qu’elle veut voir répudiée.
Pour les aider dans cette étape importante et difficile de leur vie, leur entourage ne leur donne qu’un seul et même conseil : patience !
Mariage précoce forcé, viol conjugal, consensus et polygamie, avec Les Impatientes, Amal brise les tabous en dénonçant la condition de la femme dans le Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes

Du côté des auteurs, ça donne quoi ?

1. Colson Whitehead, afro-américain

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

2. Fiston Mwanza Mujila, congolais

Sanza, exaspéré par la vie familiale, quitte ses parents et rejoint le Parvis de la Poste, où vivent d’autres gamins de la rue. Commence la dolce vita, larcins petits et grands, ciné avec Ngungi l’enfant-sorcier et voyages en avion vers l’infra-monde… Mais les bagarres et les séances de colle finissent par le mettre vraiment sur la paille et l’obligent à céder au mystérieux Monsieur Guillaume et à sa police secrète.

Lubumbashi est en plein chaos, on conspire dans tous les coins, on prend des trains pour nulle part, on se précipite dans l’Angola en guerre pour aller traquer le diamant sous la protection de la Madone des mines de Cafunfu, un écrivain autrichien se balade avec une valise pleine de phrases, le Congo devient Zaïre et le jeune Molakisi archevêque. Mais la nuit, tous se retrouvent au « Mambo de la fête », là se croisent tous ceux qui aiment boire et danser ou veulent montrer leur réussite et leur richesse. Là on se lance à corps perdu dans la Danse du Vilain.

3. Jeffrey Colvin, afro-américain

Années 1930. Kath Ella refuse de suivre son destin tout tracé de fille de couleur et quitte Africville, un quartier fondé par d’anciens esclaves en Nouvelle-Écosse, au Canada. Après une histoire d’amour marquée par le deuil, elle donnera naissance à un fils, Omar, qui sera rebaptisé Étienne.

Années 1960. Étienne, dont la pâleur lui permet de passer pour un Blanc, vit en Alabama. Il est déchiré entre ses racines noires et la peur de perdre la vie qu’il est en train de construire.

Années 1980. À la mort de son père, Warner se lance dans une quête de ses origines, qui le mènera dans ce qui reste d’Africville mais aussi dans une prison d’État au fin fond du Mississippi.

Trois destins, trois personnages aux prises avec la réalité sociale de leur époque et les aléas de la vie. Pas de pathos ni de velléité moralisatrice. Les héros de ce roman sont des êtres vrais, de chair et de sang. En toile de fond, Africville, à la fois aimant et repoussoir, dont l’empreinte se transmet de génération en génération.

4. Oho Bambe, franco-camerounais

Après avoir tenté l’aventure à Rome, le héros est rapatrié au Cameroun, son pays natal. En quête de sens, porté par l’amour de Sita, sa grand-mère, il s’engage dans une association qui lutte pour éviter les départs « vers les cimetières de sable et d’eau ». Au Maroc, il rencontre le père Antoine, qui accueille des réfugiés,
et Imane, dont il ne lâchera plus la main. Au rythme de cette épopée chorale lumineuse, les parcours s’enchevêtrent, les destins s’entremêlent, entre l’Afrique mère fondamentale et l’Europe terre d’exils. La voix et le phrasé uniques de Marc Alexandre Oho Bambe effacent les frontières entre roman, poésie et récit initiatique.

5. Serge Bilé, franco-ivoirien

En 1525, François Ier est emprisonné à Madrid, après sa défaite à Pavie. Le roi de France cherche à s’évader. Pour tromper la vigilance des gardiens, il décide de se barbouiller le visage de suie et de se faire passer pour l’esclave noir qui entretient la cheminée. En 1658, Louis XIV se produit dans le Ballet d’Alcidiane au palais du Louvre. Il incarne un prince de… Mauritanie. Quitte à interpréter un Africain, autant viser haut. Le roi est accompagné d’une suite mau-resque, composée de son frère, de marquis et duchesses. En 1809, Napoléon Ier participe à un divertissement chez un ministre italien. L’empereur surprend son hôte et son entourage. Il est « déguisé en nègre » et marche devant le quadrille, en soufflant gaiement dans une sorte de trompe. Ce livre fourmille d’anecdotes, plus étonnantes les unes que les autres. Il revisite l’histoire de France, à travers la suie, en remontant à la source du grimage, pratiqué dès le Moyen-Âge par le peuple, les princes et les rois.

6. Alain Mabanckou, franco-congolais

Rumeurs d'Amérique - Alain Mabanckou - Babelio

Pour la première fois, j’ouvre les portes de mon Amérique, celles de la Californie où je vis depuis une quinzaine d’années, où j’enseigne la littérature française, mais aussi où j’écris tous mes romans. L’opulence de Santa Monica, l’âpre condition des minorités de Los Angeles, le désespoir des agglomérations environnantes, mais également l’enthousiasme d’une population qui porte encore en elle le rêve américain, c’est aussi mon histoire aujourd’hui.
Faits divers, musique, sport, guerre des gangs, enjeux de la race, habitudes politiques et campagne de l’élection présidentielle, mœurs des Angelinos, découverte d’endroits insolites, tout est passé au crible ici pour dessiner le portrait d’une autre Amérique.

7. Gauz, ivoirien

Black Manoo - Gauz - Babelio

Vous en avez marre de Paris ? Il suffit de lire Black Manoo : Paris est ici le royaume des junkies et des petits dealers. Oubliez les Champs-Elysées, partez pour Belleville et ses recoins, juteux en potins comme en personnages hauts en couleurs !

8. Eddy L. Harris, afro-américain

Le Mississippi. Un fleuve mythique qui descend du lac Itasca dans le Minnesota jusqu’au golfe du Mexique, en passant par Saint-Louis et La Nouvelle-Orléans. Impétueux et dangereux, il charrie des poissons argentés, des branches d’arbre arrachées, des tonnes de boue, mais aussi l’histoire du pays et les rêves d’aventure de ses habitants. À l’âge de trente ans, Eddy décide de répondre à l’appel de l’Old Man River, de suivre en canoë son parcours fascinant pour sonder le cœur de l’Amérique et le sien, tout en prenant la mesure du racisme, lui qui ne s’est jamais vraiment vécu comme Noir. Au passage, il expérimentera la puissance des éléments, la camaraderie des bateliers, l’admiration des curieux ou l’animosité de chasseurs éméchés. Mais aussi la peur et le bonheur d’être seul. Il en sortira riche d’une force nouvelle et d’un livre fondateur, publié en France pour la première fois.

Quels titres vous tentent ?

Publié dans Arrêt sur une oeuvre

Mur méditerranée – Louis-Philippe Dalembert

A Sabratha, sur la côte libyenne, les surveillants font irruption dans l’entrepôt où sont entassées les femmes. Parmi celles qu’ils rudoient pour les obliger à sortir, Chochana, une Nigériane, et Semhar, une Erythréenne. Les deux amies se sont rencontrées là, après des mois d’errance sur les routes du continent. Grâce à toutes sortes de travaux forcés et à l’aide de leurs proches restés au pays, elles se sont acharnées à réunir la somme nécessaire pour payer les passeurs, à un prix excédant celui d’abord fixé. Ce soir-là pourtant, au bout d’une demi-heure de route dans la benne d’un pick-up fonçant tous phares éteints, elles sentent l’odeur de la mer. Un peu plus tôt, à Tripoli, des familles syriennes, habillées avec élégance comme pour un voyage d’affaires, se sont installées dans les minibus climatisés garés devant leur hôtel. Ce 16 juillet 2014, c’est enfin le grand départ. Dima, son mari et leurs deux fillettes ont quitté leur pays en guerre depuis un mois déjà, afin d’embarquer pour Lampedusa. Ces femmes si différentes Dima la bourgeoise voyage sur le pont, Chochana et Semhar dans la cale ont toutes trois franchi le point de non-retour et se retrouvent à bord du chalutier, unies dans le même espoir d’une nouvelle vie en Europe.

L’entreprenante et plantureuse Chochana, enfant choyée de sa communauté juive ibo, se destinait pourtant à des études de droit, avant que la sécheresse et la misère la contraignent à y renoncer et à fuir le Nigeria. Semhar, elle, se rêvait institutrice, avant d’être enrôlée pour un service national sans fin dans l’armée érythréenne, où elle a refusé de perdre sa jeunesse.

Quant à Dima, au moment où les premiers attentats à la voiture piégée ont commencé à Alep, elle en a été sidérée, tant elle pensait sa vie toute tracée, dans l’aisance et conformément à la tradition de sa famille. Les portraits tout en justesse et en empathie que peint Louis-Philippe Dalembert de ses trois protagonistes avec son acuité et son humour habituels leur donnent vie et chair, et les ancrent avec naturel dans un quotidien que leur nouvelle condition de  » migrantes  » tente de gommer. Lors de l’effroyable traversée, sur le rafiot de fortune dont le véritable capitaine est le chef des passeurs, leur caractère bien trempé leur permettra tant bien que mal de résister aux intempéries et aux avaries. Luttant âprement pour leur survie, elles manifesteront même une solidarité que ne laissaient pas augurer leurs origines si contrastées.
S’inspirant de la tragédie d’un bateau de clandestins sauvé par le pétrolier danois Torm Lotte en 2014, Louis-Philippe Dalembert déploie ici avec force un ample roman de la migration et de l’exil.

l'Afrique écrit

La 4e de couverture est très bavarde et en dit beaucoup sur l’histoire. Elle a néanmoins le mérite de me faire économiser quelques lignes et d’aller directement à l’essentiel.

A chaque fois que trois femmes sont réunies dans un roman, je pense à celui de Marie Ndiaye : trois femmes puissantes.

Ici, il est question de trois femmes migrantes entre 20 et 30 ans. Syrienne, Erythréenne et Nigériane, elles sont. Elles n’ont pas la même religion. Dima est musulmane, Semhar est chrétienne, Chochana est juive. Je remercie l’auteur qui a ajouté un plus à ma culture générale. J’ignorais qu’il y avait des nigérians juifs. 

Ces trois femmes fuient leurs pays respectifs pour protéger leur vie ou avoir un avenir meilleur. 

A travers 11 chapitres où Chochana, Semhar et Dima prennent tour à tour la parole, le lecteur découvre comment elles en sont venues à quitter leur pays et ce qui se passera lors de la traversée.

Mur méditerranée est un roman dense. Tantôt porté par une plume raffinée, tantôt par des mots appartenant au registre familier.

C’est un roman très dur mais nécessaire pour raconter l’enfer des migrants. L’immigration clandestine est un véritable business. Les réseaux de passeurs concurrents sont comme la mafia. Et que dire du sort réservé aux clandestins en transit en Lybie ? Ils sont réduits en esclavage. 

Si j’ai compati à la situation de Chochana, je n’ai pas été touchée par la vie de Dima. J’ai détesté cette  syrienne raciste jusqu’au bout des ongles qui s’est nourrie des préjugés sur les noirs. Ce personnage de papier, je vous assure que je l’ai tuée au moins cinq fois. 

Le personnage qui a réellement attiré mon attention, celui auquel je me suis attaché, celui dont j’ai ressenti chaque mauvais traitement, chaque désespoir, chaque larme est celui de Semhar.

Son histoire m’a révélé l’Erythrée et son service militaire sans fin.

Le sndi, comme les jeunes l’avaient baptisé entre eux : Service national à durée indéterminée. Tu sais quand tu entres, jamais quand tu sors. Officiellement, l’appel sous les drapeaux durait un an et demi. Dans la réalité, tout dépendait de l’homme fort du pays, au pouvoir depuis l’indépendance acquise aux dépens de l’Éthiopie en 1993.

Malgré les risques encourus, ça valait le coup, fit Meaza. Avec Dawit, ils en avaient marre de gâcher leur jeunesse dans ce service militaire sans fin, avec une solde de misère qui pis est. Marre de vivre dans cette prison à ciel ouvert qu’était l’Érythrée, où des barrages et un sauf-conduit spécial filtraient le passage d’une ville à l’autre. Marre de ne voir aucun avenir ouvert devant eux. C’était ça, le plus dur à avaler.
Savoir tous les horizons bouchés. Ne pas avoir les moyens de se retourner, même après la longue période de conscription. L’espoir devrait être le dernier à mourir, non ? Ici, c’était tout le contraire. Quel sens pouvait avoir la vie dans un tel cadre ?

Je me suis attachée à cette jeune fille de 20 ans qui avait soif d’un ailleurs où sa jeunesse s’épanouirait en toute liberté. 

Les italiens et espagnols ont migré pendant des décennies dans le monde en quête d’un monde meilleur.  Pourquoi la migration des africains aujourd’hui ne serait pas légitime ? Chaque migrant porte un désespoir, une histoire qu’il faut respecter.

J’ai beaucoup apprécié Mur Méditerranée qui a été récompensé de trois prix à savoir le Choix Goncourt de la Pologne, celui de la Suisse et le Prix de la langue française en 2019.

Si vous êtes sensible au thème de l’immigration, vous devriez y jeter un coup d’œil.

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Roman présélectionné pour le Prix les Afriques 2020

Éditeur : Sabine Wespieser 

Date de publication :  Août 2019

Nombre de pages : 336 (format broché)

Disponible en version grand format, poche et numérique 

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